lundi 15 mars 2021

Rage

 

Résumé: Neuf heures cinq. L'écureuil cavale sur la pelouse. Dans la salle 16, Mme Underwood donne son cours d'algèbre... "Si l'on augmente le nombre de variables, les axiomes eux-mêmes restent valides..."

L'interphone crache alors une giclée de mots-requins. Charles Decker est convoqué chez le directeur.
Neuf heures vingt. Après un entretien destroy, Charly met le feu aux vestiaires. Dans les marais puants de son subconscient, son dinosaure personnel patauge avec rage. Charly ouvre la porte de sa classe, tire sur son prof, qui s'effondre. Exit. Tuée sur le coup. Charly se sent merveilleusement bien. Il est allé jusqu'au bout..
.Neuf heures cinquante. Océan de silence dans la classe prise en otage. Charly se prépare pour le sprint final. Psychodrame et lavage de cerveau. Tout le monde va passer à la moulinette…

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu de Stephen King. J'avais envie de retrouver sa plume et son univers, et je voulais le faire de manière chronologique. 
(Sauf qu'en notant la bibliographie chronologique du Maître Stephen, je me suis trompé dans les dates en notant la sortie de ce roman en 1966, alors qu'il est sorti en 1976. Damned. Mais bon, on va dire que j'ai lu son premier roman sous le pseudonyme de Richard Bachman (je m'en sors comme je peux). 

Plaisanterie mise à part, j'ai voulu lire ce roman, (que l'on ne trouve plus  aujourd'hui dans les librairies à la demande de l'auteur après une tuerie dans un lycée américain par un jeune qui s'est dit inspiré par ce livre)pour son sujet mais aussi parce qu'il m'a également inspiré une nouvelle que j'ai écrite il y a quelques années. En effet, c'était le livre préféré de mon personnage principal qui s'en est inspiré pour prendre son prof de maths et sa classe en otage dont il était le souffre douleur.(Faire référence dans une nouvelle qu'on écrit à un roman qu'on a pas lu, faut le faire quand même. Car oui, je ne connaissais que le point de départ du roman.)

Le plus grand nombre n'ose pas se lancer dans un Stephen King par peur de l'horreur et du fantastique, genre dont il est devenu l'un des grands maîtres, en se disant qu'ils ne lisent pas et n'aiment pas ces genres là. Sauf que ce serait une erreur de réduire Stephen King à ces genre là. D'ailleurs, ce me semble, dans les romans qu'il a signé Richard Bachman, il est peu question d'horreur et de fantastique. 
Pour Rage, le fantastique est totalement absent et l'horreur, bien présente ma foi, n'est pas celle que vous croyez lire. (Elle serait même pire car bien réelle et ordinaire). 
Ce roman a été une véritable claque pour moi. J'ai été en apnée tout au long de ma lecture, complètement hypnotisé par ce que je lisais. De son style, rapide, cru, et percutant, l'auteur nous parle d'un de ses thèmes de prédilection: l'adolescence et ce qu'elle a de plus terrible. C'est violent, certes, mais c'est un miroir de la société saisissant, et toujours d'actualité, malheureusement. 
Ce huis clos qui se déroule sur une matinée, m'a fait aller de surprise en surprise. Les chapitres flashback qui nous présente la vie peu glorieuse de Charlie, fait qu'on ressent de l'empathie pour ce dernier (ce qui est l'une des forces des romans de King, avoir de l'empathie pour les psychopathes), mais surtout, c'est la réaction de ses camarades de classe, qui vont peu à peu prendre le parti de leur preneur d'otages...jusqu' une scène qui m'a totalement bluffé. 

Stephen King est l'un des auteurs qui a le mieux compris et parlé de l'enfance et de l'adolescence...et ce Rage en est encore une preuve. Je peux comprendre qu'il ne soit plus édité mais c'est pourtant un roman essentiel, qui nous parle de la jeunesse d'aujourd'hui, même si ce roman a été écrit il y a 45 ans. En fait, il démontre que malheureusement, rien n'a changé. 
Une véritable claque que j'ai eu la chance de trouver dans une Boite à Livres, et qui me démontre, si cela n'était pas déjà  le cas, que Stephen King est un des grands auteurs de la littérature américaine. 

Stephen King: Rage (Rage), J'ai lu, 251 pages, 1990



Modeste Mignon

 

Résumé: Nous sommes au Havre. Un négociant part refaire sa fortune dans les mers du Sud en laissant derrière lui la plus exquise des filles, Modeste Mignon. Modeste entretient une correspondance avec un écrivain célèbre, Canalis, poète élégiaque et carriériste bigot, à travers lequel Balzac ne s'est pas gêné pour décocher quelques traits à Lamartine et Vigny. Mais c'est le secrétaire de Canalis, Ernest de la Brière, qui répond aux lettres et devient amoureux fou de Modeste. 


2e roman de la Comédie Humaine, dans l'ordre chronologique dans lequel Balzac l'a placé et voulu, "Modeste Mignon", fut fort agréable. 

Je continue ma découverte de "La Comédie Humaine" avec étonnement. Oui, étonnement car, comme je l'expliquais dans mon billet précédent, je n'aimais pas Balzac depuis mon adolescence. Eh bien, aurais je atteint l'âge et la maturité nécessaire pour apprécier cet auteur? Il semblerait au regard de ce roman que j'ai encore une fois beaucoup apprécié (la rapidité à laquelle je l'ai lu est aussi une preuve de mon intérêt. 3 petits jours pour lire ce roman fort délicieux). 

Dans celui ci, on fait la connaissance de Modeste Mignon, jeune fille de province, que ses parents et ses différents chaperons entourent de leur affection et protection, après que la première fille de M. et Mme Mignon, se soit amouracher d'un homme qui l'a éconduit au final, au point d'en mourir. Ils ne veulent donc pas qu'il arrive la même chose à Modeste. Cependant, cette dernière va entretenir une correspondance avec un certain Canalis, un poète que la jeune fille admire...sans savoir qu'elle correspond avec le secrétaire de ce dernier. 

C'est à un véritable vaudeville auquel Balzac nous invite, avec cette plume drôle et incisive, auquel je ne m'attendais pas. J'ai aimé partir à la découverte de cette population de province et faire la rencontre de tous ces personnages, Modeste, mais aussi Ernest de la Brière (mon préféré), le fameux Canalis, imbu de sa personne, M. et Mme Mignon, mais aussi Butschak, le clerc  et protégé de M. et Mme Latournelle, qui s'est pris d'une profonde amitié pour Modeste et qui l'aidera à faire le bon choix. 

Tout au long de ma lecture, j'ai remarqué que Balzac était drôle. Ce roman est une véritable comédie que je rapprocherai des pièces de Molière, ou de "Beaucoup de Bruit pour rien" de Shakespeare, et même "L'importance d'être constant", de Wilde. Les quiproquos, les petites mesquineries, les calculs pour ravir le coeur de Modeste, tout ceci est bien agencé, et même si je me suis spoilé la fin, en lisant le portrait que Balzac fait de Modeste dans son "Dictionnaire des Personnages",(chose que je ne ferai plus pour mes prochaines lectures), j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce joli roman. Alors, certes, les longues descriptions de Balzac et la longue mise en place avant que l'histoire débute réellement sont un passage obligé que je redoute à chaque fois, elles ne m'ont pourtant pas fait soupirer. Je les lisais, avec parfois l'esprit ailleurs, mais sans que cela me gâche le plaisir. 

Je savais que je ne faisais pas une erreur en achetant l'intégrale de la Comédie Humaine. Je pressentais qu'en vieillissant, j'allais apprécier sa plume, et, pour le moment, les deux romans et quelques nouvelles que j'ai lu me donnent raison. Me voilà donc rassuré et je continuerai la découverte de "La Comédie Humaine", avec le prochain roman, dans quelques semaines. 


Honoré de Balzac: Modeste Mignon (La Comédie Humaine Volume 10), Classiques Garnier, 277 pages, 2008




vendredi 12 mars 2021

La Dernière récolte

Résumé: Tous les étés, dans la bourgade de Black Oak, Arkansas, les paysans se préparent à la récolte du coton. La ferme Chandler, dirigée par le solide grand-père Eli, recrute les indispensables saisonniers, " ceux des collines " et les Mexicains. Ensemble, ils ramasseront le coton avant la saison des inondations. Pour le petit Luke Chandler, c'est toujours l'occasion de rencontres, même si la cueillette est difficile pour un enfant de sept ans. Mais Luke ne compte pas rester à la ferme : plus tard, c'est sûr, il deviendra professionnel de base-ball... Pour l'heure, au cours de ce qui sera sa dernière récolte, Luke va cueillir les premières leçons de la vie. Et elles ne seront pas toujours aussi douces que du coton...


John Grisham, grand auteur de thrillers judiciaires, dont j'apprécie énormément la plume et la maîtrise du suspense, a aussi voulu s'essayer à d'autres genres. 


Cette "Dernière récolte" fut donc  le premier roman non judiciaire que Grisham publia (en suivront d'autres comme "Pas de Noël cette année", "Le dernier match" ou "Calico Joe") après les succès de "La Firme, "L'affaire Pélican" ou "Le Client". 

J'avais envie de retrouver la plume de John Grisham mais pas forcément dans une intrigue judiciaire. J'avais envie d'autre chose. C'est ainsi qu'en fouillant dans ma Pile Grisham qu'il me reste à lire, je suis tombé sur ce roman sudiste en tout point. Et...j'ai adoré! 

J'ai aimé retrouver la plume trépidante de John Grisham, très fluide, mais aussi avec une sensibilité qu'on ne voit pas dans ses thrillers. En fait, j'ai trouvé génial que l'auteur se mette à hauteur d'enfant pour nous raconter cette histoire initiatique. Car, en effet, en suivant le parcours du jeune Luke, du haut de ses 7 ans, il nous donne de belles leçons de vie et sur la manière dont son petit héros rempli de rêves sportifs et d'ailleurs, va réussir à grandir sous les yeux et les secrets des adultes. Dans l'histoire de Luke, on sent quelque chose de très personnel qui plane, comme si l'auteur nous racontait un pan de sa jeunesse sudiste. Comme si le petit Luke, c'était lui. 

On ressent toute la chaleur et les temps incertains du Sud des Etats Unis, les rancoeurs aussi de ces petites villes. Il m'a aussi beaucoup rappelé les romans de Steinbeck (en particulier, "Les Raisins de la colère"), s'inscrivant ainsi dans la tradition des purs romans sudistes américains. Bien sûr, on ne se refait pas et même si l'aspect thriller n'est pas là, Grisham sait maintenir un suspense avec des scènes angoissantes où la violence n'est pas loin (très bien incarné par Hank, l'un des saisonniers de la famille Chandler), surtout quand elles sont vus par un regard d'enfant. 

En dressant le portrait de toute une galerie de personnages, Grisham nous parle également de lutte des classes et cette différence entre propriétaire terrien, qui cultive le coton, ces saisonniers, (qu'il viennent des collines ou qu'ils soient Mexicains) qui viennent pour la cueillette du coton ou ces métayers, qui sont tellement pauvres qu'ils ont du mal à survivre dans cette Amérique d'après guerre (la Seconde). Et cette autre guerre qui fait rage en Corée et qui laisse planer une ombre angoissante au dessus de la tête des Chandler, matérialisé par le jeune oncle de Luke, Ricky, dont la présence flottera dans le récit comme un fantôme. 

Il y aurait encore tant à dire sur ce roman foisonnant qui nous embarque dans le Sud des années 50, comme le sport (et le baseball en particulier) ou la notion de nouvel espoir et changement de vie pour le petit Luke, pour lequel sa mère veut un autre destin que celui de fermier. 

En tout cas, ce fut un réel plaisir de retrouver la plume vive et saisissante de John Grisham avec une petite pointe de nostalgie sur ce Sud des Etats Unis qui m'a tant fasciné. Je vous conseille vivement cette dernière récolte. 


John Grisham: La dernière récolte, (A painted house), Pocket, 456 pages, 2002




 

samedi 6 mars 2021

C'était ma petite soeur

Résumé: Nous ne savions pas ce qui nous attendait...

Jeanne se souvient. L'été 1960 s'achève, elle a sept ans. L'Assistance publique les a confiées, elle et ses deux demi-soeurs, à mademoiselle Eugénie qui vit avec ses parents au château des Marguerites. Jeanne a connu les coups et les brimades, avant. Ici, elle goûte, le coeur à peine apprivoisé, à une certaine insouciance : soigner les bêtes, déguster la bonne brioche chaude...
Un jour, tous se pressent autour d'un bébé dans son berceau drapé de blanc. "Ta petite soeur", a murmuré Mademoiselle, les yeux brillants.
Jeanne, petite marguerite, voudrait juste qu'on l'aime, un peu, vraiment, beaucoup. Mais elle comprend qu'on ne lui dit pas tout...
 


Il y avait longtemps que je n'avais pas lu un roman de la collection "Terres de France" des Presses de la Cité. Pourtant, à chaque fois que je commence un roman de cette collection, la porte de ma mémoire s'ouvre sur l'enfance, et la magie opère. 


Je n'avais jamais lu de roman d'Yves Viollier. Ce fut donc une totale découverte, et quelle belle découverte ce fut. Tout d'abord, il y a cette jolie couverture qui m'a charmé et m'a fait ouvrir mon imagination. Sauf que je ne m'attendais pas à lire une telle histoire. 

L'histoire de Jeanne, personnage attachant et bouleversant, est des plus touchante. Petite fille de l'Assistance Publique, elle est confiée, avec ses deux petites soeurs, à une famille de campagnard qui les accueillent aux Marguerites, un château dans la campagne charentaise, il m'a semblé. Sauf que Jeanne, au caractère dur, qui a connu les brimades et les coups dans d'autres famille d'accueil a un besoin d'amour tel qu'elle pense le trouver dans cet endroit. Sauf que Mademoiselle Eugénie, qui les a pris en charge, ne va pas être la femme aimante que Jeanne souhaite. Et l'arrivée d'un bébé aux Marguerite va venir tout chambouler...surtout le coeur de ces petites filles qui vont voir arriver cette petite soeur qu'elle n'attendaient pas. 


J'ai aimé ce roman, la redécouverte de cette campagne que j'ai moi même côtoyé, ces années 60 que j'aime toujours retrouver. Ce parfum de nostalgie qui m'étreint à chaque fois que je lis ce genre de roman et qui me fait penser à ma grand-mère, qui adorait les lire. J'ai été bouleversé par le destin de Jeanne et sa quête d'amour qu'elle poursuivra tout au long de sa vie. 

De sa plume délicate et élégante, Yves Viollier lui rend un vibrant hommage, nous croquant des personnages attachant (douce Jacqueline, bon Monmon, le père de Mademoiselle Eugénie, qui sera l'un des seuls à donner de la tendresse à Jeanne) et d'autres moins, dont Mademoiselle Eugénie, que j'ai cordialement détesté. Puis, ménageant quelques surprises tout au long de l'histoire jusqu'à une scène aux trois quart du roman qui m'a laissé sans voix (et que je vous laisserai découvrir). Mais c'est surtout les deux dernières pages du livre qui m'ont sans doute le plus ému. Yves Viollier s'adresse à la petite Jeanne en espérant lui avoir insufflé un peu de bonheur. Pour ma part, vous avez réussi à la mettre en lumière de la plus belle des manières. 

La découverte de la plume d'Yves Viollier m'a charmé et je serai heureux de la retrouver. Encore une fois, lire un roman de la collection "Terres de France" m'a emporté dans le pays de mes souvenirs d'enfance et je me dis que je devrais y retourner un peu plus souvent à l'avenir. Car cela fait du bien. Je retenterai donc le voyage avec un autre livre de "Terre de France". 


Merci aux Presses de la Cité pour cette formidable découverte. 

Yves Viollier: C'était ma petite soeur, Presses de la Cité, collection "Terres de France", 298 pages, 2019





vendredi 26 février 2021

Snjor (Dark Iceland Tome 2)


 Résumé: Siglufjördur, ville perdue au nord de l'Islande, où il neige sans discontinuer et où il ne se passe jamais rien. Ari Thór, qui vient de terminer l'école de police à Reykjavik, y est envoyé pour sa première affectation.


Mais voilà qu'un vieil écrivain fait une chute mortelle dans un théâtre et que le corps d'une femme est retrouvé, à moitié nu, dans la neige.

Pour résoudre l'enquête, Ari Thór devra démêler les mensonges et les secrets de cette petite communauté à l'apparence si tranquille...

(Notifier que "Snjor" est le tome 2 des enquêtes d'Ari Thor n'est pas une erreur de ma part. Cela s'explique simplement par le fait que le premier tome des enquêtes du jeune flic (dont le titre est  "Fölsk Nota") n'a pas été traduit en français. Alors aucune incidence de commencer par  Snjor puisque celui ci  raconte bien les débuts d'Ari dans la police et son arrivée à Siglufjôrdur. Alors, je pense que ce premier tome non traduit  raconte les circonstances de l'enquête sur la mort du père d'Ari Thor (qui est évoqué au début de "Snjor"), et je suis déçu qu'il n'ai pas été traduit pour le moment, car j'aurai aimé le découvrir.)

L'admiration de Ragnar Jonasson pour Agatha Christie (au point qu'il a lui même traduit dans sa langue,  plusieurs romans de la reine du crime dans sa jeunesse) se ressent dans son écriture et sa manière de mener l'intrigue. 

En effet, Ragnar Jonasson met le temps de poser ses personnages et l'intrigue policière qui va les concerner avant de rentrer dans le vif du sujet, tout comme le faisait Agatha Christie. D'ailleurs, la mort d'un des personnages n'intervient qu'au bout de cent pages. 
Ce n'est pas du tout pour me déplaire. Ce que j'aime dans les romans policiers, c'est aussi l'ambiance qu'il peut instaurer et en savoir plus sur les personnages afin de savoir qui aurait pu commettre un crime. Et c'est toujours agréable de nous présenter le milieu dans lequel on va évoluer pendnt plusieurs pages); 
Ici, niveau ambiance, on est servi. Ce petit village islandais pris dans la tempête de neige m'a glacé les os, dans tous les sens du terme. Tout comme le jeune héros, Ari Thor, qu'on apprend à apprécier, et qui fait ses premières armes de flic dans un petit village du nord de l'Islande où il ne se passe jamais rien...du moins, en apparence. Car cela va changer. 
Ainsi, comme le personnage principal, on se retrouve immergé dans un nouveau lieu qu'il va falloir apprendre à apprivoiser. Pour ça, l'auteur va nous présenter toute une galerie de personnages dans des petits chapitres où il va prendre le temps de s'attarder sur leur passé, en semant des petites graines afin de découvrir le fin mot de l'histoire. Certains chapitres écrits en italiques, et disséminés par petites touche au début de roman  nous parle d'une femme séquestrée par un homme, totalement intriguant pour nous...sauf que l'explication nous sera donné vers la fin du roman. 

Ragnar Jonasson a l'art et la manière de ficeler une belle et bonne intrigue, au point que je n'ai pas vu venir la résolution, même si j'ai cherché. J'ai été complètement pris et charmé par l'ambiance du roman et par son personnage principal Ari Thor, que j'aurai plaisir à retrouver dans une prochaine enquête. J'ai aussi été agréablement surpris que certains s'en sortent sans dommage...comme dans la vraie vie, en fait. 

Si vous aimez les ambiances glaçantes , les enquêtes qui prennent leur temps et des personnages fouillés, auquel on s'attache, je vous conseille d'embarquer pour Siglufjördur. Pour ma part, j'y retournerai avec plaisir. 

Ragnar Jonasson: Snjor, (Snjoblinda), Editions Points, 337 pages, 2018



mardi 9 février 2021

Les loups à leur porte

 

Résumé: Une maison qui brûle à l'horizon ; un homme, Duane, qui se met en danger pour venir en aide à un petit garçon qu'il connaît à peine ; une femme, Mary Beth, serveuse dans un dîner perdu en plein milieu de l'Indiana, forcée de faire à nouveau face à un passé qu'elle avait tenté de fuir ; et un couple, Paul et Martha, pourtant sans histoires, qui laisseront un soir de tempête, entrer chez eux un mal bien plus dévastateur. Qu'est-ce qui unit tous ces personnages ? Quel secret les lie ?


Si je n'aime pas les films qui font peur, il n'en est pas de même pour les livres. La Terreur et la violence qu'ils racontent ne sont visualisée que par mon seul esprit. Je peux ainsi contrôler ce que je veux voir... (enfin, ça, c'est sans compter sur Jérémy qui prend un malin plaisir à me balancer certaines images que je ne voudrais pas que mon cerveau imagine.) 


Après avoir lu Héléna, il y a de cela deux ans et demi, je me suis enfin décidé à lire son premier roman "Les Loups à leur porte". Encore une fois, Jérémy a fait très fort pour ce premier livre, qui est bien plus puissant que son 2e roman. (c'est là que je me dit que j'ai bien fait de les avoir lu dans cet ordre...car peut être que mon ressenti sur son 2e roman aurait été moins fort...quoique). 

D'ailleurs, ces Loups à leur porte est il réellement un roman ou un recueil de nouvelles, plus terrifiantes les unes que les autres? Car, en effet, c'est le premier ressenti que j'ai eu en lisant les premiers chapitres, sans lien (apparent) entre eux. On suit plusieurs personnages,(Loretta, Duane, Claire, Louise, Walter, Marie Beth, Scott...) , dans plusieurs lieux différents (dont la fameuse maison du Kansas, que l'on reverra dans son 2e roman) des Etats Unis à la France, et même  un petit détour par Londres, sur plusieurs temporalités différentes, des années 70 à aujourd'hui. 

J'ai suivi ces personnages sans vraiment savoir où ils me menaient puis tout à coup, un fil se tisse entre les différentes histoires et un personnage fait le lien entre tous: Darryl Greer, le Mal absolu. 

Jérémy a voulu parler dans ce roman du Mal dans tout ce qu'il a de plus complexe et de plus horrible. Chaque personnage va être confronté au Mal, qu'il soit réel ou venu de notre imaginaire, comme le Croquemitaine ou le Wendigo. Et le lecteur va être transporté dans un tourbillon de violence et d'horreur qui va être souvent insoutenable (certaines scènes m'ont fait grimacé de dégoût en m'exclamant: "Mais non, Jérémy, pourquoi?"); En fait, Jérémy Fel va jouer avec nos peurs d'enfant et les réveiller par des scènes chocs qui nous prennent aux tripes et on se surprend à remonter la couverture pour un peu mieux se cacher sauf que cette scène se passe sous nos yeux; On y peut rien, on est happé par ce flot d'angoisse qui nous étreint le coeur. (Je pense que le chapitre "Damien" va me rester en mémoire longtemps. C'est en tout cas celui qui m'a le plus horrifié. Et dire que je l'ai lu juste avant de m'endormir. Mamma Mia!). 

Sur plus de 300 pages, Jérémy ne va pas nous lâcher et va nous assener des coups plus violents, les uns que les autres. Aucun moment de répit, pour ainsi nous montrer toute l'horreur de la nature humaine, souvent incarné en un seul homme: Darryl Greer. Tout gravite autour de lui, et cette ombre va planer sur nos personnages, pour montrer leur côté le plus sombre. En fait, Jérémy Fel se questionne sur le Mal et sur les différentes formes qu'il peut prendre, de manière frontale, crue et violente (seuls deux chapitres seront des moments de respiration...je ne vous dis pas lesquels): en cela, il se rapproche de mon écrivain préférée: Joyce Carol Oates. Comme elle, il emmène le lecteur dans les abysses noires de l'âme humaine, pour mieux parler de notre monde et de ses dérives, dans une plume acérée, rythmée mais par moments poétiques, sachant ménager son suspense et me surprendre.  Une vraie plume d'écrivain.

La fin ouverte du roman ne m'a pas gênée, bien au contraire. Certains destins croisés dans ce roman ne trouent pas de finalité à la fin du livre. Cela me permet d'imaginer la suite de leur histoire. Puis, quand on y pense, c'est un peu comme dans la vie: on croise certaines personnes à un moment de notre vie, on partage un moment avec eux puis on se quitte sans savoir ce qu'il va advenir d'eux par la suite. 

Encore une fois, Jérémy à frappé fort et je lui tire mon chapeau, parce qu'en plus c'est son premier roman. Un coup de maitre où il met la barre très haute (barre qu'il a su franchir une 2e fois avec Héléna). Aurais je trouvé en Jérémy Fel, le double masculin de mon écrivain adorée: Joyce Carol Oates?  A voir avec son 3e roman...que je lirai assurément. 


Jérémy Fel: Les loups à leur porte, Rivages poche, 410 pages, 2016




vendredi 5 février 2021

Mes Chats

 

Résumé: Le meilleur ami du chat, c’est l’écrivain, on le sait.

Evelyne Dress n’échappe pas à la tradition et nous dévoile quelques anecdotes savoureuses sur ses rencontres félines.

« Ces êtres silencieux, tantôt émouvants et sages, tantôt profonds et rebelles, m’ont aidée à panser mes blessures secrètes. Ils méritaient bien que je leur consacre quelques lignes. »


Le dernier livre d'Evelyne Dress est ce que j'appelle un "petit livre doudou". Un joli écrin consacré à cet animal légendaire et vénéré: le chat. 

De tous temps, les chats ont été les amis des écrivains et certains leur ont même consacré des livres, dont l'une des plus célèbres: Colette. 

Par ce petit texte, Evelyne Dress rend hommage à ce félin majestueux, qui partage sa vie depuis son enfance. Mais en parlant de ses rencontres félines, Evelyne Dress se raconte avec drôlerie comme elle en a l'habitude (d'ailleurs, la première anecdote qui est un rappel d'une scène mémorable dans "Et la tendresse, bordel?" en est la preuve), mais aussi avec tendresse, finesse. 

Je me suis laissé porter par ces histoires avec envie et délassement. Comme un petit cocon douillet dans lequel on ne veut plus sortir. D'ailleurs, le seul reproche que je ferai à ce livre, c'est sa brièveté. C'était beaucoup trop court. J'aurai voulu passer encore plus de temps en compagnie d'Evelyne et de ses chats. 

Je dois dire également que l'édition du livre est sublime et donne cette impression de cocon. Illustré par des photos de chats, il donne l'envie de le dorloter et d'en prendre soin. Un petit livre de chevet qu'on a envie de garder auprès de soi et le relire lors de nos soirées de cafard pour nous redonner du baume au coeur. 


Pour finir, je voudrai dire un très grand merci à Evelyne Dress pour sa fidélité et sa gentillesse. J'aime votre plume et je continuerai à vous lire...car vous avez su m'apprivoiser petit à petit. C'est toujours un bonheur de vous retrouver. 


Evelyne Dress: Mes Chats, Editions Glyphe, 90 pages, 2021