lundi 20 mai 2019

Le Moi(s) Belfond #6: La vie dont nous rêvions

4e de couverture: Sam et Merry ont quitté New York pour s’installer dans un cottage en Suède et élever leur bébé au grand air. Loin de la grande ville, de ses tentations, de sa souillure, les voilà libres de se réinventer. 
Sam, en homme viril et fidèle qui assure le confort et la protection des siens.
Merry, en tendre épouse qui s’adonne à ses nouveaux devoirs de mère au foyer.
Le tableau idéal : au cœur de la nature, l’homme, la femme, l’enfant.

Mais aussi Francesca, la meilleure amie de toujours, venue leur rendre visite.
Francesca, la citadine, la sublime, la femme libre.
Francesca, qui ne se sent chez elle nulle part, qui n’a jamais été choisie par un homme, et qui a de très vieux comptes à régler…

Michelle Sachs nous offre un premier roman fort malsain, qui plonge dans les pensées les plus sombres de ses personnages. 

Oh là là, il y avait bien longtemps qu'un roman ne m'avais pas mis autant mal à l'aise, et ce dès les premières pages...et que ce malaise allait être présent tout au long du roman. Pourtant, je n'ai pu m'empêcher de le continuer, et de tourner les pages afin de savoir comment cette histoire malsaine allait finir. 

Mon Dieu, mais comment une auteure peut nous faire aller aussi loin dans la noirceur de l'âme humaine (alors j'en ai lu des romans avec des personnages horribles, hein: les romans de Mrs Oates, c'est pas les Bisounours): aucun personnage n'a trouvé grâce à mes yeux. Que ce soit Merry, Sam ou Frank (pour Francesca), ils sont tous abjects et leurs actes, que l'auteure prend plaisir à nous montrer parfois dans ses moindres détails, nous laisse une grimace de dégoût sur le visage ou complètement sans voix. 
En fait, le seul personnage que je sauverai dans ce roman, c'est le petit Conor, le fils de Merry et Sam, qui est l'innocence même et qui se retrouve au milieu de ce nid rempli de serpent à sang très froid. Le pauvre petit bonhomme. 

Pourtant le premier chapitre, raconté par Merry nous dresse le portrait d'une famille idéale: un mari, un petit garçon, une petite maison en bois au bord d'un lac en Suède. La petite famille idéale...sauf que, très vite, le lecteur se rend compte que ceci n'est qu'une façade, que tout est factice. Et l'auteure va nous le démontrer en décortiquant la vie de ses personnages au fil de l'histoire, nous lâchant des révélations sur le passé de Merry, Sam et Franck. Alors le fait que Merry, Sam et Franck prennent la parole à tour de rôle pour nous parler de leur vie présente et passé auraient pu nous faire ressentir de l'empathie pour eux. Alors, il est vrai qu'on ressent des choses à leur contact, mais rien de positif. Même leur passé ne réussissait pas à les racheter....sauf à nous faire comprendre comment ils en étaient arrivé là. 

En fait, ce roman est rempli d'hypocrites, qui sous des visages de façades, vivent une vie de mensonges. Et ces mensonges vont éclater progressivement, jusqu'à l’inéluctable. Et c'est ainsi qu'à la moitié du roman, un suspense se met en place après un drame que je ne dévoilerai pas. Et c'est ainsi que le lecteur est happé, pris dans les filets et ne peut faire autrement que de tourner les pages, allant toujours de surprise en surprise, jusqu'à un final étonnant pour ma part. 

Au final, un roman psychologique qui laisse planer un malaise constant au dessus de la tête du lecteur, qui pourtant, ne peut pas faire autrement que de continuer, tellement fasciné par ce qu'il lit. Les trois personnages principaux (Merry, Sam et Franck) sont fort bien dessinés, avec un passé foisonnant que Michelle Sachs dévoile au fil de l'histoire dans des flashbacks qui éclairent encore plus la personnalité trouble de ces trois personnes. C'est un roman dérangeant, fascinant,sur un sujet qui pourra déplaire à certains (et qui concerne la maternité..mais je n'en dirais pas plus)  qui vous tiendra en haleine jusqu'au bout. Un premier roman réussi, dans la lignée de ceux de Lionel Shriver. Saisissant! 

Merci aux Editions Belfond pour cette découverte très dérangeante, mais tellement hypnotique. 

Michelle Sacks: La vie dont nous rêvions, (You were made for this), Belfond, 329 pages, 2019





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dimanche 19 mai 2019

Slow Qui Tue #410: Father

Le slow qui tue de la semaine adresse une prière au Père du monde entier.

The Christians: Father



Bonne écoute!


samedi 18 mai 2019

Le Moi(s) Belfond #5: Les Délices de Turquie (Belfond Vintage Saison 1, Volume 1)

4e de couverture: Original, cru, provocateur, tendre, un roman à l’énergie contagieuse, à la liberté de ton étonnante, porté par une écriture fougueuse et sensuelle. Quelque part entre Les Valseuses et Le Dernier Tango à Paris, l’histoire d’une passion folle dans l’Amsterdam des années 1960. La redécouverte d’un roman culte et de son auteur, artiste total à la réputation scandaleuse, en révolte perpétuelle contre l’hypocrisie d’une société engoncée dans un protestantisme pudibond. Jan Wolkers est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands écrivains néerlandais d’après-guerre, aux côtés d’Harry Mulisch, Gerard Reve et Willem Frederik Hermans. 

Les Délices de Turquie ont été adaptés au cinéma en 1973 par Paul Verhoeven, avec Rutger Hauer et Monique Van de Ven dans les rôles principaux, et ont été désignés comme le meilleur film néerlandais du XXe siècle.

Premier titre qui lança la collection Belfond [Vintage], il y a 7 ans, Les délices de Turquie est un roman qui me faisait "peur". 
Je l'ai acheté parce que je suis un collectionneur et que, donc, j'aime bien avoir tous les titres d'une même collection...surtout d'une collection dont tous les titres lus jusqu'à présent,m'ont plu, à des degrés divers. 

Pourtant, ce titre, acheté il y a donc 7 ans, a dormi dans ma PAL tout ce temps, car le sujet et l'érotisme dont parlait la 4e de couverture m'attirait moyen. J'avais lu les premières pages il y a quelques années et j'ai de suite pensé que ce livre allait être difficile à lire pour moi, les livres érotiques n'étant pas trop ma tasse de thé. 

Puis, en lançant le Mois Belfond, je me suis dis qu'il serait peut être temps de lire ce premier numéro de [Vintage]. Je me suis dis: vu la ligne éditoriale de la collection et les titres proposés depuis 7 ans, il devait bien ressortir de ce livre quelque chose qui me plairait. 
Ainsi, je me suis lancé ce matin dans la lecture de ce roman et les débuts furent très difficile: la crudité des termes employés dans les premiers chapitres, un côté scato qui apparaît par moment, m'ont été un peu pénible à lire. J'avoue, j'ai commencé à lire ce livre avec un détachement et une volonté d'en finir vite afin de me dire: aussitôt, lu, aussitôt oublié, je pourrais passer à autre chose. 
Ainsi, les pages s'enchaînent et mon esprit est ailleurs, voulant au plus vite être débarrassé de cette lecture pénible...sauf que je me suis surpris a continuer ma lecture par intérêt. Le narrateur de l'histoire avait réussit à me happer et j'ai enfin compris, que derrière ce côté cru et provocant, se cachait un roman touchant sur une passion amoureuse débordante. 

Mais au fait, "Les délices de Turquie", ça raconte quoi: l'histoire du narrateur, qui n'est jamais nommé, qui vient de se faire quitter par sa femme, après deux ans de mariage et qui a du mal à s'en remettre. Il va ainsi nous raconter sa rencontre avec Olga, sur le bord d'une route, sa passion et ses parties de jambes en l'air avec elle, son dégoût pour sa belle-mère, qui fera tout pour que cela capote, car elle ne veut pas que sa fille vive avec un artiste. 

Si l'on passe outre ce côté provocant et sexuel, nous avons affaire à un roman terriblement émouvant sur une histoire d'amour fusionnelle et sans complexe, avec deux personnages tourmentés qui arriveront à briser votre carapace. Je vous assure que la fin du roman m'a donné des frissons tellement c'était beau. On ressent tout au long du roman la détresse du héros devant son amour perdu, mais aussi celle d'Olga, qui errera d'homme en homme après la rupture avec le narrateur, pour trouver le bonheur, si fugace soit il. 
En définitive, c'est un roman bien plus profond qu'il n'y parait, et, qui, sous couvert de raconter une histoire d'amour, nous parle d'une époque libérée sexuellement, celle de la fin des années 60. 

Au final,  un roman bien plus profond et subtil que cache ce côté sulfureux et provocant. Un roman que j'ai ouvert à reculons, en lisant les premiers chapitres avec détachement, mais qui a su me toucher de par ses deux personnages principaux, le narrateur et Olga. Deux êtres libérés qui se sont brûlés les ailes au feu du désir. Un roman sur le deuil d'un amour qu'on ne rencontre peut être qu'une fois dans sa vie. 



Jan Wolkers: Les Délices de Turquie, (Turks Fruit), Belfond, (Collection Belfond [Vintage]), 246 pages, 1969 (pour l'édition originale), 1976 (pour la traduction française), 2013 (pour la présente édition)


vendredi 17 mai 2019

Le Moi(s) Belfond #4: Le Messager (Belfond Vintage Saison 7, Volume 36)

4e de couverture: « Le passé est un pays étranger… » Ainsi s’ouvre ce classique aussi troublant que profond sur ces instants de l’enfance qui façonnent toute une vie. Publié en Angleterre en 1953 et en France deux ans plus tard, un roman tout en finesse porté par une langue précieuse, où Léon Colston, vieux monsieur, explore ses souvenirs et se replonge dans l’été 1900. Un été tragique et brûlant.
Adapté au cinéma par Joseph Losey et mis en musique par Michel Legrand, Palme d’or du festival de Cannes en 1971, un chef-d’œuvre à redécouvrir au plus vite !

Les petites phrases des écrivains qui apparaissent sur les couvertures des livres ou en 4e de couv, sont devenues monnaie courante. (combien de fois Stephen King fut mentionné sur une couverture en disant que ce roman est génial!). 

Le Messager a une citation d'un auteur, qui ouvre la 4e de couverture. Une citation que j'aurai du m'abstenir de lire, car elle a eu l'effet inverse escomptée. C'est à dire qu'au lieu de me donner envie de lire le livre, elle m'a donner envie d' y aller à reculons. Pourquoi, me direz-vous? Tout simplement, parce que l'auteur de cette citation, qui a lu ce livre quand il avait l'âge du héros du "Messager", et qui s'est identifié à lui, mentionne également qu'il a écrit un livre en hommage au roman de L.P. Hartley. Et là, patatras! En voyant le titre du "roman-hommage", je m'aperçois que j'ai lu le livre en question (et même vu l'adaptation ciné qui en fut tirée, plusieurs fois)! Ainsi, j'avais peur de m'être gâché la surprise de la découverte. 

Mais bon, je me suis lancé, et mes craintes ont été confirmées: les deux romans ont un postulat similaire, avec des différences tout de même dans le traitement. C'est pourquoi, il m'a fallu du temps pour entrer dans ce livre: plus d'une centaine de pages furent nécessaire pour accrocher (bon, le fait que j'ai eu peu de temps de lire cette semaine, a participé à cette lenteur)...puis le déclic, s'est fait. 

Après ce déclic, (et le fait que j'avais une matinée de libre) j'ai enchaîné les pages jusqu'à la fin, ne pouvant pas détacher les yeux de cette histoire tragique.  Certes, la fin ne m'a pas surprise, mais les personnages ont su faire le reste c'est à dire, m'intriguer pour savoir ce qui allait se passer. 

C'est un roman dans la pure tradition anglaise avec secrets, mariage arrangé, famille bourgeoise, mais également un roman initiatique d'un jeune garçon de 13 ans, qui découvre un nouvel univers: celui des grandes personnes. 
Effectivement, le personnage du petit Léon Colston, qui peut agacer par moments,se retrouve être mêlé dans un ménage à trois, à son corps défendant, et découvre ainsi, de manière bouleversante, et qui changera sa vie à jamais, le monde intransigeant des adultes, et surtout des convenances. 

Le Messager est également un roman très intéressant sur le thème de l'imaginaire: Léon est un jeune garçon très naïf et rêveur, qui s'invente des histoires, et qui sent l'importance de son rôle de messager, entre Marian, la soeur de son ami Marc, qui l'a invité à passer l'été dans la résidence de ses parents à Brandham Hall, et Ted,un fermier du village. Sauf que l'imagination débordante du garçon va être le catalyseur du drame qui se profile. 
Les nombreux passages d'introspection du jeune garçon sont parfois d'une telle arrogance, qu'on ne peut pas apprécier ce personnage. Heureusement que le Leon de soixante ans est là pour contrebalancer ce comportement détestable. 

En définitive, c'est un très bon roman et je comprend qu'il soit devenu un classique de la littérature anglaise: il est captivant de bout en bout, il est une formidable radiographie de cette Angleterre qui entre dans ce siècle des changements brutaux, qu'est le XXe, et qui ébranlera la famille Maudsley, sur plusieurs points. Mais  je pense que je l'aurai plus apprécié si je n'avais pas lu, il y a quelques années,  un roman, qui lui ressemble étrangement. Le fameux roman de cet auteur qui vie sa vie de petit garçon changer. 
 D'ailleurs, je l'ai aimé, sinon, je ne serai pas accroché coûte que coûte à la  lcture de ce roman. Puis, j'ai grandement envie de voir l'adaptation du film qui en fut tiré... et dont Michel Legrand composa la musique. 


The Go-Between 
(Fait remarquable: cette musique a servi de générique à "Faites entrer l'accusé")

Merci aux Editions Belfond pour leur confiance.



L.P. Hartley: Le Messager, (The Go Between), Belfond, (Collection Belfond [Vintage]), 390 pages, 1953 (pour l'édition originale), 1955 (pour la traduction française), 2019 (pour la présente édition)


mercredi 15 mai 2019

La Discothèque du 20e siècle #321

En 1950, Henri Salvador écrit et interprète une berceuse qui est  entré dans l'inconscient collectif.

Henri Salvador: Loup, la biche et le chevalier (le) (une chanson douce) (1950)


Cette berceuse, qui a agi sur plusieurs générations de bambins, est connue de tous sous le nom de Chanson douce. Mais son titre d'origine est  Le loup, la biche et le chevalier. Une fable de la Fontaine? Non, une composition d'Henri Salvador qui, fraîchement sorti de la revue de Mistinguett Paris s'amuse, obtenait là l'un de ses premiers grands succès. Sortie en 1951, Le loup, la biche et le chevalier a en effet été l'une des chansons plébiscitées par le public français, avec L'âme des poètes de Trenet et Un gamin de Paris de Mick Micheyl. (Source: Fascicule "L'encyclopédie de la chanson française n°10" Universal Collections)

Bonne écoute!


dimanche 12 mai 2019

Le Moi(s) Belfond #3: Les Indifférents

4e de couverture: Ils sont les enfants bénis. Les élus. Ils se surnomment les Indifférents.
Une bande d’adolescents bourgeois mène une existence paisible sur le bassin d’Arcachon. Justine arrive d’Alsace avec sa mère, recrutée par un notable du coin. Elle rencontre Théo, le plus jeune fils de la famille, et, très vite, intègre son clan.
De ces belles années, Justine raconte tout. Les rituels, le gang, l’océan. Cette vie d’insouciance parmi les aulnes et les fêtes clandestines, sous le regard des parents mondains.
Mais un matin sur la plage, un drame survient. Les Indifférents sont certainement coupables.
La bande est devenue bestiale.

En lançant le Moi(s) Belfond, mon intention était de faire découvrir la plus grande diversité possible de cette fabuleuse maison d'édition, que ce soit dans le catalogue étranger (qui m'est très familier depuis 9 ans et dont je possède beaucoup de romans), mais également dans le catalogue français (qui m'est plus étranger). 
Une occasion pour moi de découvrir de nouveaux auteurs et voir ce que Belfond pouvait proposer dans la littérature française. 

J'en avais déjà eu un bel aperçu avec  Yoan Smadja, et son  premier roman "J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi",( un coup de coeur monumental), et je voulais en découvrir plus. 

Julien Dufresne Lamy fait parti des auteurs Belfond que j'avais grandement envie de découvrir, sauf que je n'avais jamais osé franchir le pas de l'achat. Il a fallu que j'apprenne que son prochain roman allait faire partie de la rentrée littéraire 2019,pour me pencher sur cet auteur. 

Et j'ai jeté mon dévolu sur son précédent roman Les Indifférents, qui me faisait de l'oeil depuis sa sortie il y a un peu plus d'un an. 

Que dire: Les indifférents fut une claque monumentale. Avec un style sec comme une serpe, des phrases courtes comme des uppercut, j'ai été happé et pris au piège de ce roman énervant, cruel mais passionnant comme un polar. 
Julien Dufresne Lamy dresse le portrait sans concession, d'adolescents et de leur côté le plus sombre et violent. Mais on le sait dès la première page et, c'est consciemment, qu'on se plonge dans ce roman, où l'on sent que les personnages vont nous énerver. 

En fait, tout est résumé dès le prologue: 

Les adolescents sont des adultes en puissance. Incontrôlables et morts de faim.
En bande, ils sont plus forts. Ils cambriolent, font crisser les pneus des bagnoles. Ils se brisent les coeurs et les mains. Mais ils ont le droit. Ils vivent à l'âge transitoire. Leurs pulsions sont animales. Ils sont à part, incapables d'extractions. Le monde est à eux aussi loin qu'on regarde.
On les laissera faire. On les laissera jouer et tuer. L'adolescence est un passage obligé. Une espèce de souveraineté. 
C'est la sombre période de l'indifférence. (p. 9)

Tout est déjà expliqué dans ces premières lignes. 
Et la suite nous indique qu'un drame va se produire lors d'une matinée sur la plage. 
Puis retour en arrière 4 ans plus tôt où on fait la connaissance de Justine qui quitte l'Alsace avec sa mère, pour le bassin d'Arcachon. La jeune fille va faire la connaissance de Théo, le fils du patron de sa mère, qui les héberge. Théo qui va lui présenter sa bande d'amis: Léonard et Daisy,  bande que l'on surnomme "les Indifférents". 

Tout au long du roman, Julien Dufresne Lamy va osciller entre passé et présent, nous délivrant au compte goutte les événements de cette matinée, où se déroule le fameux accident dont les "Indifférents" sont témoins, et le passé de toute cette bande, qui éclaircira le présent. 
C'est diaboliquement mis en scène par Julien qui tient le lecteur en haleine, ce dernier ne pouvant pas faire autrement que de continuer sa lecture pour avoir le fin mot de cette histoire. 

Comme je le disais, c'est un roman sur l'adolescence, ses dérives, ses peurs, ses joies, ses peines, ses insouciances, et Julien a eu la formidable idée, de nous montrer que cette période difficile de la vie, ingrate et cruelle, est la même pour tous. Et pour le démontrer,rien de mieux que de raconter l'adolescence des parents, qui fait écho à celle de leurs enfants, comme un miroir déformant. En effet, à l'aide de flashbachs, l'adolescence de la mère de Justine nous est conté et le lecteur s'aperçoit que celle ci a un lien avec les parents de Théo, l'ami de Justine. En fait, la mère de Justine, n'a pas choisi ce lieu par hasard: elle y passait ses vacances d'été quand elle avait le même âge que sa fille. 
Ainsi, les secrets, et les fautes d'adolescence des parents (et surtout Paul Castillon) se répercutent sur leurs enfants. Et tout cela nous est dévoilé par petites touches, tout au long du roman, remettant les pièces d'un puzzle qui ne dévoilera son image qu'à la fin. 

C'est également un roman saisissant sur la bourgeoisie, et le portrait qu'en fait Julien Dufresne Lamy n'est pas glorieux. Entre secrets, magouilles, arrangements, le lecteur sent monter en lui un dégoût qui va crescendo et qui laisse un goût de bile amer lorsque survient la fin brutale et saisissante du roman. Je vous le dis, le dernier chapitre (avant l'épilogue) a laissé une fureur en moi et une rage au ventre, que j'en ai laissé tomber le livre, tellement j'ai été dégoûté. par tant d'immoralité. 
Il y a peu j'ai lu "L'étincelle" de Karine Reysset, sur le même thème: une jeune fille d'un milieu modeste qui passe un été dans une famille aisée, où tout son monde va s'écrouler. Là où "l'étincelle" avait une lueur d'espoir, ici, elle n'existe pas du tout et c'est un sentiment d'injustice qui nous submerge. 

En refermant le livre, j'ai été pris d'un sentiment de contradiction: je ne pouvais décemment  pas aimer ce livre, ses personnages malsains, qui se comportent comme des bêtes, son absence de morale et son injustice. Ma bonne conscience me disait: "tu ne peux pas aimer ce livre!"...sauf que je ne peux pas faire autrement. J'ai adoré ce livre pour tout ce qu'il représente. Pour sa construction diabolique. Son écriture acérée, haletante et incisive. Pour son côté amoral. Pour son portrait diablement juste de l'adolescence. Pour son sens du suspense. Pour la rage et la colère qu'il m'a fait ressentir au fond de moi. Je ne peux tout simplement pas faire autrement que d'aimer ce livre. 

Au final, un roman percutant sur la période la plus pernicieuse et cruelle de la vie, l'adolescence, montré sans concession par un auteur de génie, qui n'hésite pas à bousculer son lecteur dans le mauvais sens du poil afin de le faire hurler...au risque de se faire détester. Non franchement, chapeau! 
Un auteur que je suis ravi d'avoir enfin pris le temps de découvrir. Un auteur que je vais continuer à lire, c'est certain, avec ses précédents romans, mais aussi ses futurs "enfants de papiers". Un auteur que je vous encourage fortement à lire, si ce n'est pas déjà fait. 















Julien Dufresne-Lamy: Les Indifférents, Belfond, 346 pages, 2018


Slow Qui Tue #409: I believe

Le slow qui tue de la semaine croit qu'il est trop tard pour croire.

Tears For Fears: I believe



Bonne écoute!