mercredi 17 octobre 2018

La Discothèque du 20e siècle #291

En 1939, Johnny Hess nous enchantait avec ce titre très swing, précurseur du mouvement zazou qui allait arriver durant la guerre.

Johnny Hess: je suis swing (1939)


Durant la guerre, les zazous vont afficher leur différence, d'abord par le biais du vêtement (vestes longues jusqu'aux genoux, pantalons ultra-courts) et de la coiffure (cheveux longs et houppette), le tout contrastant avec les costumes stricts et les coupes rases prônés par les tenants de l'ordre moral. Côté musique, leur références constantes au swing sont considérées, de Berlin à Vichy, comme preuves de dépravation et de dégénérescence. Johnny Hess, le comparse des débuts de Charles Trenet en bon Helvète pas si neutre que cela, est le champion de ce courant, lui qui avait chanté je suis swing dès 1938! (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1930/39", Polygram Direct)

Bonne écoute!


lundi 15 octobre 2018

Le malheur du bas

4e de couverture: « Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. »

Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Rentrée Littéraire 2018 (#9)

Un premier roman percutant et fort dérangeant qui ne peut laisser indifférent. 

Déjà, l'incipit du roman met mal à l'aise et on sent qu'on est parti pour un enfer qui va aller en s'amplifiant tout au long de ses 260 pages. 
Je ne peux pas nier que ce roman m'a embarqué dans son histoire malsaine, et que j'ai voulu savoir comment cette descente aux enfers allait se terminer. 
Alors, il est vrai que l'auteure commence son roman de manière très forte, et je dois dire que le reste n'atteint pas ce degré de force. Mais l'histoire se tient du début jusqu'à la fin. . Inès Bayard réussit parfaitement à nous emmener dans la tête de Marie qui vit une souffrance telle qu'elle pense plusieurs fois à commettre l'irréparable. 
Le viol est montré de la manière la plus cru possible et le lecteur que je suis s'est souvent senti dérangé devant ce voyeurisme forcé...car l'auteure nous montre ce viol de manière très violente et je me suis surpris à lâcher ce livre à ce moment là, petit être sensible que je suis. 

Inès Bayard nous parle également du silence des femmes violées, qui n'osent pas parler pour ne pas voir leur souffrance étalée en public, mais aussi par peur de la menace que le violeur se fait le plaisir d'énoncer à Marie tout de suite après cet acte abject. 
L'auteure nous montre les conséquences horribles de ce viol, par l'intermédiaire de ce petit être innocent qu'est Thomas, le petit garçon qui naîtra après le viol. La folie va alors s'insinuer dans la tête de Marie qui ne pourra pas aimer ce petit être qui grandit en elle, tout d'abord, et devant ses yeux après la naissance. 

Pour tout dire, j'ai oscillé entre fascination et répulsion tout au long de ce roman, et même si je ne me sentais pas bien lors de la lecture, je ne pouvais pas détacher mes yeux de ce livre. 
En revanche, je n'ai ressenti aucune empathie pour les personnages: que ce soit pour Marie, pourtant victime de l'acte le plus abject qui soit, ou même pour le petit Thomas, victime innocente et dommage collatéral du viol de sa mère, ou bien le mari aimant Laurent, qui ne verra pas à temps le comportement différent de sa femme. 
Alors, vous pourrez me croire inhumain devant ce drame, quand je vous dis que je n'ai rien ressenti mais cette non empathie pour ces êtres de papier (car c'est ce qu'ils sont restés pour moi)  est voulu (horreur et damnation!): ce fut primordial pour moi et un acte de protection pour ne pas souffrir. Il me fallait cette distance pour aller au bout de ce livre (et je vous assure qu'il faut avoir le coeur bien accroché devant certains passages, car Inès Bayard, ne nous cache rien et le fait de manière violente, crue,afin de garder présent ,ce malaise qui est au dessus de nos tête, en permanence), car sinon je m'effondrais. 

J'avais deviné la fin quelques pages avant de la lire, car c'était la meilleure fin qui soit pour ce roman, comme un pied de nez morbide à cette descente aux enfers. 

Au final, je ne peux nier que c'est un roman percutant qui vous mets mal à l'aise, et qui frappe là où ça fait mal, et dont je ne ressortirais pas indemne. Pourtant, j'ai tout fait pour ne pas laisser mes émotions m'envahir, quitte à fermer la porte de mon coeur à ces êtres de papier, qui resteront, pour moi, à jamais enfermé dans ce livre dérangeant à souhait. 

Inès Bayard: Le malheur du bas, Albin Michel, 268 pages, 2018


dimanche 14 octobre 2018

Slow Qui Tue #379: Baby I love you way

Le slow qui tue de la semaine aime l'être aimée comme il est.

Will To Power: Baby I love your way



Bonne écoute!


vendredi 12 octobre 2018

Quai des Chartrons

4e de couverture: Fidèles à la tradition viticole de leurs pères, les cousins David et Gaspard font l’acquisition d’une belle propriété dans le Médoc. En 1900, à l’Exposition universelle de Paris, le clos-marzacq, fruit de leurs récoltes, reçoit une médaille d’or. Dès lors, ils affichent clairement leur ambition : entrer dans le monde très fermé des négociants et conquérir de nouveaux marchés. Il leur faut donc accéder au quai des Chartrons à Bordeaux, sésame pour l’Angleterre et les Etats-Unis…
Gaspard et David sauront-ils conforter leurs succès et leur fulgurante ascension malgré l’épreuve du temps ? Leurs liens profonds, leurs amours aussi, pour Hélène et Constance, y résisteront-ils ? 
Quai des Chartrons fait revivre le Bordelais viticole et portuaire du début du xxe siècle, et exalte la passion d’hommes amoureux de leur terre, soucieux d’en tirer le meilleur vin.


Rentrée Littéraire 2018 (#8)

Ce roman de Jean-Paul Malaval n'est pas à proprement parlé, une nouveauté, puisque ce "Quai des Chartrons" est sorti en 2002. Mais il fait tout de même parti de la Rentrée Littéraire puisqu'il est sorti en poche en Août de cette année. 

Cela fait des années que je croise le nom de Jean-Paul Malaval (surtout à France Loisirs où ses romans ont une belle place), mais je n'avais jamais eu l'envie de le lire. Probablement dû au fait que je n'avais plus envie de lire ce genre littéraire qu'est le roman régional. Mais voilà, mon envie de me replonger dans ce genre est revenu cette année et j'ai profité de la sortie de ce livre pour découvrir cet auteur.

Et qu'est ce que j'ai bien fait! J'ai adoré ce livre, et ce dès les premières pages. Je suis allé de surprise en surprise. J'en ai découvert plus sur le monde viticole, et surtout celui des négociants en vins. Car oui, moi qui pensais que nous allions vivre aux côtés de David sur les terres de sa vigne, c'est plutôt sur les traces de Gaspard que nous allons aller, arpentant les grands salons et les hautes sphères de la société, avec ses arrangements, ses marchés, ses magouilles et ses négociations, au sein de cette société Bordelaise,qui fait et défait les propriétés viticoles. Car, chose étrange, ce n'est pas forcément le mérite et la valeur d'un vin qui est récompensé, mais plutôt les arrangements fait en haut lieu. C'est surprenant mais passionnant.

Des deux cousins, David et Gaspard, c'est ce dernier, dont nous allons suivre l'ascension. Sur plus de vingt ans, celui ci va passer d'un simple paysan agricole, à un négociant en vins, fort respecté, à défaut d'être respectable, et à gravir les marches du pouvoir, quitte à en écraser certains. Mais on ne peux lui en vouloir puisqu'il le fait par amour. Du moins, le croit on.
Dans ce parcours, on voit un Rastignac, un ambitieux qui fait tout pour réussir, quitte à se parjurer. Et la distance qui s'opère entre les deux cousins est irréversible. C'est passionnant de bout en bout.
Tout au long de ma lecture, je n'ai pas arrêté de penser qu'il y avait du Balzac dans cette histoire. La plume de Jean-Paul Malaval, fluide et ciselée, nous ouvre les portes de la bonne société, dans les hautes sphères du pouvoir avec des êtres puissants comme Olivier de Serguy, banquier dont Gaspard va devenir un ami, sans pour autant s'empêcher de tomber amoureux de la femme de ce dernier, sans oublier Castillard, l'ingénieur qui investit dans le vignoble Marzacq de David et Gaspard, et qui va devenir le mentor de ce dernier.
Mais n'oublions pas les femmes dans ce roman: Constance et Hélène, femmes fortes et indépendantes qui vont faire tourner la tête et chavirer le coeur de Gaspard et David.

Je vous le dis, c'est un roman passionnant où l'on apprend beaucoup de chose sur les négociants en vins et comment se passait ce marché dans ce début du XXe siècle. Avec des histoires de pouvoir, d'argent, mais où l'amour n'est jamais loin, sans oublier l'aventure et les rebondissements, dont celui de la grande Guerre, c'est à une histoire folle et passionnante à laquelle l'auteur nous invite.
Pour moi, ce fut aussi la découverte d'un grand auteur et d'un grand raconteur d'histoires qui tisse un lien entre ses romans (quelques références à certains de ses autres romans sont faits dans ce livre, mais sans incidence de compréhension, je vous rassure), qui donne vraiment envie d'en découvrir d'autres. Ce que je ne manquerai pas de faire.

Au final, un roman passionnant qui m'a embarqué dans ce Bordelais et ce Medoc du début du XXe siècle avec l'histoire de Gaspard, cet ambitieux, qui par amour, va monter les marches du pouvoir, quitte à s'y brûler les ailes. Si vous n'avez pas lu ce roman à sa sortie, profitez de ce sa sortie en poche pour vous y plonger. J'espère que comme moi, vous ne serez pas déçu.
Un roman divertissant, passionnant et instructif, à dévorer.

Merci aux Editions Presses de la Cité pour cette aventure passionnante vécue au Quai des Chartrons.

Jean-Paul Malaval: Quai des Chartrons, Presses de la Cité, Collection "Trésors de France", 397 pages, 2002 (pour la 1ère édition), 2018, pour la présente édition)


mercredi 10 octobre 2018

La Discothèque du 20e siècle #290

En 1938, Rina Ketty nous offre l'une de ses plus belles chansons.

Rina Ketty: J'attendrai (1938)



20 ans avant Dalida ou Gloria Lasso, Rina Ketty fut la première "chanteuse à accent": elle était italienne et son phrasé exotique séduisait les foules au moment où triomphaient des danses cosmopolites telles que la rumba, le tango ou le passo doble! Standard de la chanson française, J'attendrai est l'adaptation d'un air italien; il fut repris par tant d'interprètes depuis 1938 (y compris Dalida) qu'on en oublierait presque que Rina Ketty en fut la créatrice! (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1930/39",, Polygram Direct)

Bonne écoute!


dimanche 7 octobre 2018

Les Jours de silence

4e de couverture: Porté par une grâce et un style uniques, ce roman d’apprentissage livre le portrait complexe d’une famille du Vieux Sud pétrie de littérature, mais incapable de trouver les mots pour exprimer ses grandes joies et ses infinies douleurs. Convoquant Poe, Wolfe, Faulkner ou Salinger, Phillip Lewis livre un futur classique des lettres américaines.
Sur un contrefort élevé des Appalaches se tient une étrange demeure, curiosité de verre et d’acier, que chacun, dans le petit village d’Old Buckram, prétend maudite. C’est ici que vivent les Aster.
Il y a le père, Henry Senior, intellectuel autodidacte, homme de lettres révolté dans une contrée hostile aux bibliophiles. La mère, Eleonore, femme insoumise et lumineuse, qui partage ses journées entre la contemplation de la nature environnante et l’élevage de pur-sang. La cadette, Threnody, adorable fillette affublée d’un prénom imprononçable tiré d’un poème de son père. Et, au milieu, se tient Henry Junior, petit garçon sensible et attentif, qui passe le plus clair de son temps caché dans la bibliothèque, à regarder, fasciné, la figure paternelle noircir, jour et nuit, les feuillets qui composeront le roman de sa vie. 

Des années plus tard, Henry Junior n’a qu’une idée : quitter Old Buckram. Fuir pour devenir un homme ; fuir les montagnes et ce silence intranquille qui le ronge ; et, surtout, fuir pour tenter de comprendre ce qui a poussé son père, un matin, à abandonner les siens, en emportant avec lui son mystérieux manuscrit… 

Rentrée Littéraire 2018 (#7)
Un premier roman (vraiment?) fort envoûtant, aux tons gothiques qui n'est pas sans rappeler Poe, dont l'âme flotte tout au long de ces pages. 
J'ai pris le temps de découvrir ce roman. C'est une histoire forte et ténébreuse, qui nous dresse le portrait d'un jeune homme, hanté par ce père, avocat, se rêvant écrivain et vouant une passion pour les livres, qui les abandonne, alors qu'il est en pleine adolescence. Dans la pure tradition du roman d'apprentissage à l'américaine (et j'adore toujours autant en lire. D'ailleurs, les passages à l'université ont été mes préférés, comme souvent), Phillip Lewis nous emporte dans un abyme très sombre, dans lequel le jeune Henry se trouve plongé à son corps défendant, cherchant à tout pris à en sortir, quitte à abandonner lui aussi les siens, en prenant l'excuse de ses études universitaires. 
C'est étonnant comme ce roman m'a capté, mais en même temps, m'a fait prendre le temps de le découvrir. En effet, je n'ai pas pu le lire d'une traite, tellement il a un côté dérangeant parfois, et cela est dû à la maison où habite la famille du jeune Henry (et que l'auteur décrit fort bien): cette sorte de manoir, aux pièces immenses fait froid dans le dos et tout comme la soeur d'Henry, Threnody, on a envie de la quitter au plus vite: c'est d'ailleurs pour ça que les passages à l'université, plus lumineux, sont des pauses bienvenues dans ce récit aux notes noires que ces paysages parfois morbides, faisant penser à la lande anglaise (alors qu'elle a souvent les attraits lourds et moites du Vieux Sud), nous étouffe quelque peu. 
Au gré des pages, j'ai découvert le parcours d'Henry, son passage de l'enfant à l'âge adulte, qui se fait par touche de mystères et de révélations fracassantes, qui m'a tenu en haleine. Car oui, le lecteur a envie de savoir pourquoi le père d'Henry les a abandonné et où il se trouve. La révélation, qui sera fera dans les dernières pages du roman, sera des plus surprenantes. Tout au long du roman se dégage un côté gothique (déjà rien que par la maison de la famille)...mais il ne faut pas oublier que l'on se trouve en Caroline du Nord et que le racisme est très présent et se dévoile à travers le personnage du père de Story, la fille dont Henry est amoureux, et qui, elle aussi part à la recherche du secret de ses origines. 
En fait, tout le roman est traversé par des silences qui étouffent les personnages et le lecteur. Mais parfois, les silences ne sont ils pas plus salutaires que des vérités terribles? Au vu du roman, la question peut se poser et apporter une réponse potentiellement positive. 
C'est également un très beau roman sur la littérature: le père d'Henry est un amoureux des livres, collectionneur dans l'âme, mais lecteur avide de tout savoir (et sa bibliothèque en ferait rêver plus d'un): ainsi plusieurs auteurs sont cités, de Poe, à Faulkner (que Henry Senior voudra sauver des flammes (enfin ses écrits) en passant par Camus. En cela, ce roman est aussi fait pour les amoureux des livres. 
Au final, un premier roman majestueux et envoûtant, qui ,avec des accents gothiques, nous conte l'histoire d'un jeune homme qui essaye de grandir en cherchant à savoir qui était ce père qui les a abandonné, tout ça, parce qu'il ne pouvait devenir celui qu'il voulait être. Un roman très beau qui, avec étonnement, va vous bouleverser. Une nouvelle plume que je vous encourage à découvrir. 
Merci aux Editions Belfond pour la découverte de ce nouvel auteur. 
Phillip Lewis: Les jours de silence, (The Barrowfields), Belfond, 426 pages, 2018



Slow Qui Tue #378: L'amour, c'est comme un jour

Le slow qui tue de la semaine rend hommage au dernier des grands artisans de la chanson française.

Charles Aznavour: L'amour, c'est comme un jour


Bonne écoute!


mercredi 3 octobre 2018

La Discothèque du 20e siècle #289

En 1934, le comique troupier Ouvrard nous offrait l'une de ses chansons phares.

Ouvrard: Je ne suis pas bien portant (1934)


Ouvrard, véritable star du genre "comique troupier", fait figure d'anachronisme lorsqu'il triomphe en 1934 avec cette scie désopilante qui aurait aussi bien pu être composée 50 ans plus tôt. A noter, l'utilisation hilarante qui a été faite du titre dans le film On connait la chanson d'Alain Resnais, il y a quelques années, dans une scène où Jean-Pierre Bacri se plaint à son médecin de ne pas être "bien portant". (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1930/39", Polygram Direct)

Bonne écoute!