dimanche 2 juillet 2017

Personne ne gagne

4e de couverture: De San Francisco au Canada, de trains de marchandises en fumeries d’opium, d’arnaques en perçages de coffres, du désespoir à l’euphorie, Jack Black est un voleur: parfois derrière les barreaux, toujours en cavale. Avec ironie, sagesse et compassion, il nous entraîne sur la route au tournant du vingtième siècle. Personne ne gagne est un hymne à une existence affranchie des conventions. Qu’il soit hors-la-loi, opiomane ou source d’inspiration pour Kerouac et Burroughs, qu’importe, qu’il vole au devant de la déchéance ou qu’il flambe comme un roi, qu’importe, Jack Black n’est guidé que par son amour de la liberté. C’est dur, c’est brut, c’est profondément américain. Black est peut-être un vaurien, il est surtout un conteur qui, sans jugement, joue avec son passé afin de nous remuer et de nous remettre sur le droit chemin.


"Vous avez lu l'histoire de Jesse James. Comment il vécut, comment il est mort. Ça vous a plu, hein, vous en demandez encore. Eh bien écoutez l'histoire de* Jack Black " 

En introduction, ce livre aurait pu commencer comme cela, surtout que Jack Black est devenu ce qu'il est car il fut fasciné, adolescent par l'histoire et la fin tragique de Jesse James, dont il lisait le compte rendu dans les journaux. Enfin, cela a été l'un des facteurs, mais pas le seul. 

L'histoire de Jack Black est fascinante et captivante à plus d'un titre. En premier lieu, elle nous dévoile une Amérique aujourd'hui bien révolue: celle de la fin du 19e siècle, celle du grand Ouest américain, mais surtout, celle des bas fonds de l'Amérique, celle des Hobos, et des voleurs au grand coeur,qui ont et  un code d'honneur et le respecte. 
Jack Black l'écrit lui même, il n'est pas devenu voleur par fainéantise ou par peur du travail, mais plus pour le goût de l'aventure. Puis, c'est aussi au gré de ces rencontres que sa vie s'est forgée. S'il n'avait pas rencontré ces vagabonds sur le bord d'une route, qui l'on accueillit à bras ouvert, peut être n'aurait il pas continué cette vie de bohème et d'errance. 
Toutes les personnes qu'il rencontre, que ce soit George, Sanctimonious Kid ou Salt Chunk Mary, et même Julia, la première femme qui l'a fasciné et qu'il a aidé à se sortir de la prostitution, on ne  peut que les aimer, malgré leur méfaits. Car oui, on se prend d'affection pour ces voleurs, et ces brigands qui font de leur vie, une vie d'errance et de larcins plus ou moins important qui ne leur épargne pas la prison, mais toujours avec un code d'honneur (qui n'existe plus de nos jours). Ces gens là, n'avaient qu'une parole et quand il la donnait, il s'y tenait. 

C'est un livre qui nous fait voyager à travers l'Amérique, surtout celle de l'Ouest, de San Francisco à Seattle, mais aussi au Canada, où Jack Black a sévit pendant quelques mois, et tout ça, dans des trains où l'on monte clandestinement, vivant de vols de coffre forts, ou de cambriolages (c'est d'ailleurs fascinant, la façon dont Jack Black nous raconte ses méfaits, car on tremble avec lui quand il entre par effraction chez les gens ou dans certains magasins, se demandant s'il va s'en sortir.) 

Bien sûr, il n'évitera pas la prison, et, c'est ainsi qu'il nous parle également du système carcéral, de manière cru et viscéral, nous montrant un système injuste et cruel (entre coup de fouet et camisole de force), qui nous fait nous poser des questions sur son utilité dans ces conditions. Car, comme le dit si bien Jack Black, la violence engendre la violence. Les coups infligés aux détenus ou les conditions inimaginables (comme l'utilisation de la camisole de force) ne font qu'engendrer de la haine et de la rancoeur qui n'aidera pas le condamné à se ranger après avoir purger sa peine. Bien au contraire, elle n'engendrera que violence et récidive contre le système et la société. 
D'ailleurs, c'est parce qu'une personne l'a pris sous son aîle et qu'un juge ne l'a pas condamné à perpétuité, mais a une peine plus légère d'un an, que Jack Black leur a promis de se ranger et de vivre une vie normale..;et qu'il s'y est tenu. 
A la fin du livre, un petit manifeste de Jack Black  qui s'intitule "Qu'est ce qui cloche chez les honnêtes gens?" démontre bien mieux ce que j'essaye d'expliquer: que la violence n'engendre que la violence et que si les directeurs de prison, les gardiens, traitaient plus décemment les détenus, certains n'auraient pas de haine contre eux et la société, et ne récidiverai pas...et il rappelle une émeute qui tourna au carnage dans une prison qu'il a connu parce que les détenus étaient maltraité par le directeur et les gardiens. Un petit texte intéressant qui éclaire mieux le combat de Jack Black, après sa vie de hobo cambrioleur, contre la peine capitale et les traitements inhumains, en privilégiant la prévention plutôt que la violence. 

En tout cas, Personne ne gagne (que ce soit les voleurs, les honnêtes gens ou les gens de la justice (juge, flics, directeur et gardiens de prison), tout le monde est perdant, au final) est, à mon sens un livre important de la littérature américaine, car il nous décrit dans une langue brute, crue, mais toujours juste, l'Amérique de la fin du 19e siècle, début 20e, celle des bas fonds, des hobos, des voleurs, mais aussi des bordels, des petites gens, avec un talent de conteur grandiose, qui vous happe dès les premières pages. Un livre à découvrir de toute urgence dans cette belle édition de Monsieur Toussaint Louverture Editeur, a un prix plus qu'abordable (moins de 12€). 
Un parcours exceptionnel qui ne donne qu'une envie: monter dans le prochain train, tailler la route pour partir à l'aventure. 

Merci aux Editions Monsieur Toussaint Louverture pour ce voyage fascinant dans cette Amérique  aujourd'hui révolue. 

Jack Black: Personne ne gagne, (You can't win), Edition Monsieur Toussaint Louverture, 470 pages, 2017

*extrait de Bonnie & Clyde, (Serge Gainsbourg)



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