vendredi 13 mai 2016

Haute tension à Palmetto

4e de couverture: « Dans ce gros village assoupi que l'on devine cuit et recuit au soleil, l'été, où les passions alanguies, sans prétexte, longtemps endormies, ont figé les êtres dans leur petite vie maniaque, mesquine, répétitive et exsangue, l'irruption de Vernona, splendide et libre, porte à chaud et à blanc les défauts et les vices de chacun. Les grotesques, les tarés, les innocents, les démunis, presque tous de cette maîtresse d'école rêvent de faire leur maîtresse. Dures, impitoyables, cyniques, douées pour le mal, ainsi se révèlent toutes les femmes du livre. Rusés, roués, butés, incrustés dans leurs frustrations, médiocres, ainsi se donnent à voir les hommes. »

Après Le Bâtard, je continue ma découverte des romans d'Erskine Caldwell avec Haute tension à Palmetto. 

Encore une fois, j'ai été ébahi par la justesse de ton d'Erkine Caldwell, quand il parle des "Pauvres blancs". Il décrit sans concession et avec causticité ces hommes et ces femmes, en faisant d'eux, un portrait pas très glorieux. 
Ce roman pourrait s'apparenter à une pièce de théâtre: l'auteur respecte quasiment les trois unités (de temps, (le roman se déroule sur une semaine du vendredi soir au jeudi soir suivant), de lieu (tout se déroule à Palmetto, entre la salle de classe et la pension où habite Vernona) et d'action (la conquête de Vernona par les hommes de Palmetto, en quelque sorte). Et dans cette "pièce", Vernona, qui tient le rôle principal, est celle "par qui le scandale arrive". 
Jeune institutrice, dont c'est la première rentrée à Palmetto, elle ne veux qu'une chose:pouvoir enseigner une année afin de prouver aux autres qu'elle n'est pas comme sa soeur, qui se fait entretenir par un vieil amiral). Sauf que dans cette petite ville du Sud, l'arrivée d'une jeune femme venant de l'Est, c'est un événement et elle attire tous les regards (des hommes) et la jalousie (des femmes). 

Le lecteur que je suis a toujours pris parti pour elle, trouvant tous ces prétendants, ignares, geignards, orduriers et surtout, ne tenant pas compte de son avis à elle. Ils prennent pour acquis qu'elle va se marier ou bien finir dans leur lit sans lui demander ce qu'elle en pense. De Floyd, élève de 16 ans, qui s'est amouraché de son institutrice,  à Em Gee Sheedwood, fermier, veuf qui cherche de nouveau à se caser, en passant par Jack Cash, le pompiste célibataire, qui vient rendre visite à toutes les institutrices (qui se sont succédées depuis ces 15 dernières années, ces dernières ne restant qu'une année en poste) afin de leur proposer un rendez-vous et voire, même le mariage), aucun n'est à sauver et n'a trouvé grâce à mes yeux. 
Les femmes ne sont pas mieux, jalouse et vindicative, comme la femme de Milledge,  un avocat qui ne croit qu'à la politique et se voit gouverneur, ou même Winnie Mae, la femme du directeur de l'école, Milo Clawson (ancienne institutrice qui a mis le grappin sur le fameux directeur d'école), qui voit d'un très mauvais oeil, l'arrivée de cette belle institutrice (lui rappellerait t'elle quelqu'un par hasard, elle-même, peut -être?) et qui veut tout faire pour la virer. 
Tout est vicié dans cette ville où il ne fait pas bon vivre. 

Plus on avance dans le roman, plus on se doute qu'il va se passer un drame (et le nouveau titre du livre (pour la première édition française du livre, en 1952, le premier traducteur avait traduit le titre original au plus juste puisque celui ci était Episode à Palmetto) traduit bien ce sentiment): Erskine Caldwell maintien cette tension jusqu'à la dernière page, qui m'a laissé sans voix, car, même si j'avais deviné les intentions des personnages, l'auteur réussit à prendre un chemin détourné. 

Encore une fois, j'ai été enthousiasmé par la plume d'Erkine Caldwell. Elle est sans concession et frappe là où ça fait mal. C'est un réell bonheur de découvrir cet auteur, dans une belle édition, qui, propose souvent une préface qui vient éclairer le roman. En revanche, cette préface est à lire après avoir lu le roman, car celle ci, dévoile toute l'intrigue (c'est le seul reproche que je fais aux préfaces, que je lis maintenant, après avoir lu le bouquin, pour ne pas me gâcher le plaisir de lecture) et enlèverait cette tension permanente qui  grandit et qui vous tient en haleine jusqu'à la dernière page. 
Erskine Caldwell, un auteur à découvrir de toute urgence! 

Merci à Brigitte et aux Editions Belfond de m'avoir permis de continuer ma découverte de l'univers si particulier d'Erskine Caldwell. 

Erskine Caldwell: Haute tension à Palmetto, (Episode in Palmetto), Belfond (Collection Belfond [Vintage]); 297 pages, 1950 (pour l'édition américaine), 1952 (pour la première traduction  française à Mondiales éditions), 1979 (pour la nouvelle traduction aux Editions Belfond), 2015 (pour la présente édition)


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire