mardi 4 février 2014

Wisconsin

4e de couverture: La famille Lucas vit dans le nord du Wisconsin, belle terre oubliée peuplée d'ouvriers européens immigrés et d'Indiens Ojibwés. John, violent et alcoolique, passe son temps dans les bars, quand il ne s'acharne pas sur sa femme et ses enfants. L'aîné, James, lassé des frasques paternelles, s'engage pour le Vietnam. Il ne reviendra pas, laissant son jeune frère Bill à ce sombre quotidien. Seuls les Morriseau veillent de loin et le soutiennent pendant le périlleux passage de l'enfance à l'âge d'homme. Mais au coeur de cette nature immuable et splendide qui panse les blessures et apaise les peurs, ce qui reste d'amour donne doucement la force de survivre.


Il y a des romans qui nous happent dès les premières lignes, sans pourtant l'avoir cherché. Puis,  en arrivant à la fin de ces romans on se sent bouleversé et l'on se rend compte que cette histoire et ces personnages nous ont touchés au plus profond.

En débutant « Wisconsin », je savais très bien que ce roman allait me plaire (je le savais de toute façon, en le choisissant, il y a de cela deux ou trois ans, rien qu'à la 4e de couverture) : les paysages du Wisconsin, les sixties, la guerre du Vietnam, des histoires de familles...tout ce que j'aime dans les romans américains. Je n'étais pourtant pas préparé aux émotions qu'il allait me faire ressentir.

L'histoire du roman est tragique : ces deux frères unis contre leur père, alcoolique, menteur et moins que rien (ça, c'est mon appréciation personnelle), qui les bat, ainsi que leur mère, vont voir leur vie chamboulée : pour fuir ce père violent, qu'il déteste (mais également pour montrer qu'il est un homme), James, l'aîné, s'engage pour le Vietnam. Il y laissera la vie, laissant son jeune frère, Bill, à la merci de ce père tyrannique qui va transformer sa vie en enfer.

Mary Ellis nous conte cette histoire de manière tellement vibrante et touchante, avec des mots percutants qui vous restent en tête et vous trifouillent le ventre, jusqu'à en avoir mal, qu'on ne peut rester indifférent.
La puissance du roman vient du fait que l'auteur donnent la parole à certains de ces personnages. Ainsi, Claire, la mère des deux garçons, Rosemary, leur voisine, qui accueillent chez ellle et Ernie, ces deux garçons qui remplacent ceux qu'elle n'a pas pu avoir, et James, l'aîné de la fratrie Lucas, nous livrent leurs pensées, à nous ,pauvres temoins impuissants de leur destin.

Les chapitres où James prend la parole pour nous raconter sa vie au Vietnam sont les moments les plus forts du roman : Mary Ellis ne nous épargne rien et nous fait vivre ce conflit vietnamien (absurde) de l'intérieur.

Voilà un roman bouleversant de bout en bout qui nous plonge dans l'horreur de la guerre mais aussi dans le quotidien déchirant d'une famille. La douleur est omniprésente dans le récit des personnages.
J'ai ressenti beaucoup d'affection envers Bill, sa mère Claire et son frère James. Mon empathie envers eux était complète (ce qui veut dire que Mary Ellis, de par son écriture a réussi à leur insuffler une âme).

En tournant les dernières pages, j'ai ressenti une grosse boule au fond de ma gorge, qui a éclaté en lisant le dernier témoignage de James.

Au final, un roman magnifique sur une famille déchirée par la haine et la lâcheté d'un être cruel, une famille qui essaye de survivre tant bien que mal, sur la guerre du Vietnam qui a fait naître des blessures non refermée, même après la fin du conflit. Un roman d'une beauté vibrante et touchante qui renferme une lueur d'espoir, à travers Ernie et Rosemary Morisseau, les voisins des Lucas, qui seront leur bouée de sauvetage.

Je défie quiconque lisant ce livre (lecture que je vous recommande vivement) de rester insensible devant le destin de ces êtres de papier, pourtant si vivants. C'est impossible : vous aurez beau faire, l'émotion sera trop forte et vous sentirez quelques larmes couler le long de vos joues.

Pleurer en lisant un livre : c'est aussi ça qui fait la force d'un grand roman.


Mary Relindes Ellis: Wisconsin (The Turtle Warrior), 10/18, 443 pages, 2007



6 commentaires:

  1. Quel beau billet! Tu as su insuffler un peu de l'émotion ressentie lors de ma lecture, parce que je suis d'accord, comment rester insensible au destin tragique de cette famille?

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    1. Merci. J'ai essayé de retranscrire au mieux ce que j'ai ressenti lors de ma lecture. Mais j'ai toujours du mal à parler des livres qui m'ont bouleversé.

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  2. Superbe roman. Je ne sais pas si tu l'as vu mais le second roman de l'auteur vient de paraître. Une idée, comme ça, pour l'une de tes descentes en librairie :-D

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    1. C'est justement en remarquant cette sortie que j'ai voulu sortir "Wisconsin" de ma PAL. Et j'ai très bien fait.

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    1. Je ne dirai pas le contraire. En tout cas, je remarque qu'il a marqué beaucoup de personnes.

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