vendredi 11 novembre 2016

La tentation d'être heureux

4e de couverture: Dans une Naples grouillante de vie et de clameurs, une comédie à l'italienne sur la vieillesse et la solitude, mais aussi sur ces petits riens qui font que la vie vaut la peine d'être vécue. Porté par une galerie de personnages profondément attachants, un roman qui fait du bien, plein de poésie et d'espoir.
Dans un vieux quartier napolitain, il y a un immeuble. Dans ce vieil immeuble, il y a des habitants qui ont toujours été là. Il y a Mme Vitagliano, la dame aux chats ; Marino, que la mélancolie a cloué à son fauteuil.
Et puis il y a Cesare Annunziata, soixante-dix-sept ans et une colère intacte. Sa femme ? Une lâcheuse qui l'a abandonné en mourant cinq ans plus tôt. Sa fille ? Une coincée qui passe son temps à le supplier d'arrêter de boire et de fumer. Son fils ? Un lâche qui n'ose même pas lui avouer son homosexualité. Sa maîtresse ? Une chouette fille, mais peu présentable. Les autres ? Un ramassis de menteurs et de couards.

Et voici qu'un jour débarque un jeune couple. Et très vite résonnent les échos de violentes disputes.

Que faire quand soir après soir vous tremblez pour la voisine ? Et si, en tentant de sauver la jeune femme, Cesare se sauvait lui-même ? Et s'il était temps de baisser enfin la garde ? 

Voilà un livre qui rend heureux, malgré les sujets graves qu'il aborde. Tout ça grâce à son personnage principal. 

J'ai voulu prendre le temps de lire ce livre, car, avec un planning assez chargé en ce mois de novembre, et pour dissiper la morosité ambiante qui s'installe progressivement, c'était un véritable bonheur de retourner vers ce livre. Il fallait donc le lire, doucement, par petite touche, tout comme Cesare, qui chemine progressivement pour tenter d'embellir sa vie, un peu complexe, le peu de temps qui lui restera à vivre (il dit ça, parce qu'il est vieux, et qu'il sait que le temps est compté et qu'il faut en profiter chaque minute, sans s'embêter, ni prendre de gant). 

Cesare est un personnage truculent, mais plein de bon sens. Cependant, même si les personnages qui gravitent autour de lui n'ont pas autant d'esprit, ils sont tout aussi attachant, à la longue même sa fille Sveva, qui pourtant saoule avec sa bonne morale et sa  conscience. 

C'est un roman dans l'ensemble joyeux, mais qui cache une fêlure bouleversante (Emma, la jeune voisine de Cesare, est battue par son mari): le thème des femmes battues est très bien traité, avec pudeur, mais sans complaisance: l'auteur ne prend pas de gants pour nous parler sans se cacher derrière des phrases toutes faites, vide de sens. Non, il y a un sens derrière tout ça. L'auteur va même jusqu'à terminer cette histoire d'une manière très réelle, même si elle fait mal au coeur. 

Heureusement;la répartie de Cesare nous donne des moments de joie et de rigolades. Ces facéties envers les gens qu'il aime ou ceux qui croisent sa route, sont des plus drôles et on sourit, devant tant d'espièglerie, comme si, maintenant que la vieillesse s'est bien installée, il ne s'interdisait plus rien. 
Il y a aussi de belles réflexions sur le sens de la vie, des questionnements auxquelles est confronté Cesare, face à son entourage. Un entourage haut en couleur, et qui vont progressivement ouvrir leur coeur au lecteur, que ce soit Mme Vitigliano, Marino, Emma, Dante, son fils, et même Sveva. 

En fait, ce livre sent bon l'Italie et à tout d'une comédie italienne, qui oscille entre joie et gravité, où comment parler de sujet grave (les femmes battues, la solitude des vieux) sans se prendre trop au sérieux.
Un roman qui se déguste lentement pour en garder toute la tendresse et la générosité qu'il renferme. Un roman que j'ai beaucoup aimé, et ce, grâce à Cesare, un personnage qui vaut le coup d'être découvert. Un roman qui rend heureux, tout simplement. 

Merci à Brigitte et aux Editions Belfond pour ces jolis moments de joies.

Lorenzo Marone: La tentation d'être heureux, (La tentazione di essere felici), Belfond, 326 pages, 2016


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