vendredi 26 mai 2017

Journal (1970-1986)

4e de couverture: Quand Andreï Tarkovski commence, en avril 1970, à tenir le journal qui accompagnera les seize dernières années de sa vie, il a tout juste 38 ans, sa femme attend un enfant. Le cinéaste vient d’acheter une maison à la campagne et son film autobiographique, Le Miroir, est en germe dans son esprit. Derrière lui : un Lion d’or à Venise pour L’Enfance d’Ivan, et un monument, Andreï Roublev.
Il ne cesse dès lors de noter ses lectures et ses réflexions, les aléas de ses productions, les espoirs et les difficultés de son travail, la sortie de ses films dans ce qui s’appelle encore l’Union soviétique. Au cours des années 1980, ce journal devient un « journal d’exil ». Tarkovski tourne en Italie Nostalghia, en Suède Le Sacrifice, et c’est à Paris qu’il meurt d’un cancer en 1986, à l’âge de 54 ans.
Revivre la vie de ce créateur, au jour le jour, est une expérience passionnante : on y découvre, dans toute leur concision et leur naturel, les intuitions qui font d’Andreï Tarkovski l’un des très rares artistes philosophes de notre époque. La publication de ce livre-boussole montre à quel point son oeuvre reste inachevée et ouverte.
La nouvelle édition du Journal contient des textes inédits, des réflexions et projets retrouvés par sa femme Larissa. Rétablissant également des erreurs d’attribution des premières parutions, elle est en cela l’édition définitive. Le parcours tourmenté d’un artiste en quête de sa liberté, un éloge bouleversant de la vie, porté par un inusable espoir.

Avec la 70e édition du Festival de Cannes, qui se déroule en ce moment, j'ai trouvé que c'était le bon moment (justement) pour me lancer dans la lecture de ce journal d'un réalisateur Russe(Andreï Tarkovski) des années 60-70, qui a justement concouru à ce fameux Festival de Cannes. 
Quand j'ai reçu ce livre fin janvier,j'ai été plus que surpris et la tête que j'ai fait à ce moment là était comique ("hein? Qu'est ce que c'est que ça?): j'aime le cinéma, c'est vrai, mais comment les éditions Philippe Rey, ont pu penser que la lecture du journal intime d'un réalisateur russe que je ne connaissais pas du tout (comme quoi ma culture cinéma est toujours à faire et à construire) pouvait m'intéresser?...puis la grosseur de ce dit journal n'a pas aidé (plus de 500 pages, écrit en petits caractères) pour le faire sortir rapidement. 
Il a donc traîné des mois durant dans ma PAL service presse, jusqu'à ce fameux mois de mai (je trouvais que le mois du Festival de Cannes était propice à sa lecture, et tout en ne sachant pas, avant lecture, qu'Andreï Tarkovski y avait participé et qu'il l'évoquait régulièrement. 

C'est donc avec appréhension, mais aussi curiosité que je me suis lancé dans ce pavé, comme on jette une bouteille à la mer...et j'en ressors étonnamment surpris, car j'ai aimé découvrir ce parcours difficile et passionnant, tournant même les pages sans m'en rendre finalement compte (pour vous dire, j'ai lu  une centaine de pages, le premier jour, vendredi dernier). 
L'histoire d'Andreï Tarkovski est des plus tragiques et complexes: il revient sur ses rapports difficiles avec les autorités de son pays, (la Russie) qui l'empêche souvent de travailler (il met un temps fou à trouver les financements pour ses films, à les tourner, à les monter), tout ça parce qu'il se voulait hors du système, ne voulant travailler que sur les scénarios qu'il écrivait, et les projets qu'il voulait, refusant, catégoriquement de  tourner des films pour le régime (des films de propagande, diront nous). Cet esprit libertaire lui a toujours été fatal et il a dû se battre toute sa vie pour ses idéaux, ne recevant pas du tout la reconnaissance dans son pays, qu'il avait le plus souvent dans les autres pays européens, comme la France, L'Italie, la Suède ou même les Etats Unis. 
On le suit jour après jour, sur les 16 dernières années de sa vie, entre l'un de ses films les plus célèbres (Solaris (dont Steven Soderbergh fit un remake dans les années 2000 avec George Clooney) et son dernier film sorti en 1985, Le Sacrifice. (A la fin du livre, dans les annexes, est relaté le nombre de films qu'Andreï Tarkovski a tourné en une vingtaine d'années (7 films sans compter quelques courts métrages) et le nombre de projets filmiques qu'il avait en tête (plus de 40) et qu'il n'a jamais pu réaliser, tout ça à cause du Goskino, qui contrôlait le cinéma en Russie et qui lui a mis des bâtons dans les roues à chaque fois ((tout ça à cause d'Emarch, le directeur qui le détestait royalement). 
Andreï Tarkovski revient sur sa vie en Russie, mais aussi sur ses années d'exil en Italie, puis en France, car il ne voulait pas retourner dans son pays où on lui aurait empêcher de repartir et surtout de travailler...sauf que cet exil a eu un prix trop lourd à porter (la séparation d'avec son dernier fils, Andrioucha, qu'il n'a pas vu pendant 4 ans). J'ai trouvé cette situation inhumaine et j'ai  été révolté par celle ci. 

Andreï Tarkowski n'était pas un tendre avec les autres réalisateurs (comme Bondartchouk, mais aussi Bergman, Coppola (il parle du Parrain 2 qu'il n'a pas trouvé sensationnel) ou les grands autorités de son pays qui pourrait le faire paraître arrogant de supériorité...sauf que tout cela est contrebalancé par le fait qu'il est aussi très critique envers ses films (au fil du temps, il trouve que ses premiers films sont mauvais, même Solaris, qu'il avait pourtant mis tant de temps à monter). Ce qui le rend finalement plus humain et moins arrogant qu'on ne le pense. C'était un esprit critique et cultivé qui voulait juste faire son métier le plus librement possible; 

Alors, je ne vous cache pas que j'ai souvent été perdu par le nombre de noms qu'il évoque (et surtout des noms russes imprononçables) et que j'ai ressenti une petite lassitude vers la fin. Je pense que cela est dû au fait que je n'aurai pas dû le lire d'une traite (comme je le fais pour tous les livres que je lis, car je suis incapable de lire deux livres en même temps, par peur de tout mélanger) mais le lire par parcimonie, en le couplant avec une autre lecture, car c'est tout de même une lecture dense, complexe et qui fait réfléchir. Sauf que je me suis fait cette réflexion à 150 pages de la fin, donc autant aller au bout. Puis, j'étais déjà bien familier avec les noms employés, le style de l'auteur (vers la fin, j'ai simplement sauté les citations d'autres auteurs, qu'Andreï Tarkovski glissait dans son journal, j'avoue) et je voulais savoir si Andreï allait revoir son fils avant sa mort (oui, bizarrement, il y a un certain suspense, créée par une tension permanente, dans ce livre). 
Un petit conseil, donc si vous voulez vous lancer dans la lecture de ce journal passionnant: lisez le par petites touches afin de ne pas ressentir une lassitude qui arrive forcément, quand on lit un journal tenu au jour le jour. 

Au final, une belle surprise que la lecture de ce Journal, d'un réalisateur russe que je ne connaissais pas, qui m'a fait voir le monde du cinéma de l'intérieur et surtout la vie en Russie dans les années 70-80 (qui n'étaient pas des plus joyeuses)...comme quoi, la curiosité m'a fait vaincre ma peur d'un livre que je ne pensais pas pour moi et que j'ai grandement apprécié. Je ne sais pas encore si je me laisserai tenter par le visionnage d'un film d'Andreï Tarkovski (je pense toutefois que cela pourrais venir un jour)  mais son parcours fut des plus passionnants. Le parcours d'un homme qui voulait simplement créer le cinéma qu'il voulait, en toute liberté. 

Merci aux Editions Philippe Rey pour cette découverte surprenante.

Andreï Tarkoski: Journal 1970-1986; Editions Philippe Rey, 619 pages (dont 53 pages d'Annexes en fin de volume) 2017 (édition définitive)


Aucun commentaire:

Publier un commentaire