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dimanche 17 juillet 2022

Un livre de martyrs américains

 

Résumé: 2 novembre 1999. Luther Dunphy prend la route du Centre des femmes d'une petite ville de l'Ohio et tire sur le Dr Augustus Voorhees, l'un des " médecins avorteurs " de l'hôpital. De façon remarquable, Joyce Carol Oates dévoile les mécanismes qui ont mené à cet acte meurtrier et offre le portrait acéré d'une société ébranlée dans ses valeurs profondes. Entre les fœtus avortés, les médecins assassinés ou les " soldats de Dieu " condamnés à la peine capitale, qui sont les véritables martyrs ?


Je continue tranquillement mon exploration de l'univers littéraire de Joyce Carol Oates. Cette année, après la lecture  d'un recueil de nouvelles (Femme à la fenêtre)  et d'un de ses premiers romans (Amours profanes), c'est à un de ses pavés les plus récents que je me suis attaqué. 

Il faut quand même avouer qu'il n'est pas facile de choisir une lecture de JC Oates dans l'énorme PAL qui est la mienne concernant cette auteure (plus de 70 titres). Vers quel titre me tourner? Pour la lecture de ce Livre de martyrs américains, l'actualité américaine m'a fortement aidée (le revirement du congrès américain sur la loi de l'avortement qui a eu lieu il y a quelques semaines) ainsi que la mise en lumière de ce titre par l'auteur Jérémy Fel, sur sa page Facebook, me l'a fait sortir de ma "PAL Oates". 

Il y avait longtemps qu'un roman de Oates ne m'avait pas autant remué. Peut être depuis "Blonde", c'est vous dire. En tout cas, L'auteure prend le sujet de l'avortement à bras le corps et le fait de manière intelligente. En effet, elle décide de donner la parole d'abord à l'assassin, Luther Dunphy, en nous parlant de sa vie, de ses convictions religieuses et de ses engagements, afin de nous faire comprendre ses motivations. Puis, ensuite, de nous raconter la vie d'Augustus Voorhees, le médecin assassiné. Elle passera ensuite d'une famille à l'autre en se focalisant surtout sur les deux filles des deux protagonistes, Dawn Dunphy et Naomi Voorhees. 

Dans son écriture, Oates est très factuelle, sans jugement, elle raconte l'histoire de ses deux hommes sans prendre parti...et c'est admirable, car quoi qu'on dise on ne peut pas être pour les deux parties, il faut choisir un camp (et Oates est "pro choix", donc plutôt du côté de Voorhees)...sauf qu'elle ne juge pas pour autant le choix de Luther Dunphy l'assassin. Ainsi, elle montre à son lectorat les deux facettes, sans laisser quelqu'un sur le bord de la route. Si elle jugeait Dunphy, elle sait très bien qu'elle se mettrait une partie de la population  américaine (et donc de son lectorat)  à dos. Non, elle préfère raconter l'histoire d'hommes et de femmes qui font leur propre choix...choix qui vont changer à jamais le cours de leur vie. 

En faisant ce choix de narration (être le plus factuel possible), J.C. Oates, pose la question: qui sont les martyrs dans cette histoire: le médecin assassiné et sa famille ou l'assassin et sa descendance? Eh bien peut être tous messieurs dames. Dans cette histoire, il n'y a pas de gagnant et de perdant; il y a simplement des hommes et des femmes perdus dans cette société devenue folle. 

Honnêtement, j'ai été souvent mal à l'aise devant l'acharnement de ces hommes et femmes 'pro-vie" qui se prennent pour des guerriers. Mais Oates le rappelle très bien: 

"Qu'il y avait une guerre religieuse aux Etats Unis pour le coeur et l'esprit des citoyens...des électeurs. Qu'il y a une guerre.

Et dans une guerre des innocents périssent. " (P. 229)

Je vous le dis très sincèrement, c'est l'un des romans les plus importants qui existent sur le sujet de l'avortement. Si vous voulez comprendre l'état d'esprit des Etats Unis aujourd'hui, lisez ce livre absolument. 

Certes, ce livre n'est pas exempt de temps mort: peut être est il un peu trop long. En tout cas, j'ai ressenti un temps mort et des longueurs dans les dernières parties (celles concernant l'après procès de Luther Dunphy et se focalisant sur les filles de Luther et de Gus), qui on un peu douché mon enthousiasme du début, mais pas relâcher mon intérêt (sauf pour les parties sur la boxe qui n'est pas mon sport préféré, contrairement à Mrs Oates qui s'y connait et cela se sent dans son écriture et ses descriptions). Mais cela ne m'a pas empêché de le lire jusqu'au bout. Et cela ne remet pas en couse les premières parties coup de poing du roman. 

Encore une fois, j'ai aimé retrouvé le style de Claude Seban dans la traduction de Mrs Oates. J'aime ce qu'elle insuffle à l'écriture de Joyce Carol Oates. Pour moi, c'est vraiment la voix de cette grand autrice. C'est toujours un bonheur de lire Joyce Carol Oates dans le style de Claude Seban. 


Au final, un roman essentiel sur un sujet fort actuel et qui fait encore et toujours débat (l'avortement), raconté sans jugement par l'une des plus grandes autrices actuelles. Ne passez pas à côté de ce roman coup de poing et fort en émotion. Magistral. 

"Les fonds publics devaient ils servir à financer des avortements? Et quels avortements? Thérapeutiques, en cas de viols ou d'inceste, choisis? Les fonds publics  devaient ils servir à financer la contraception? Ces questions de société qui semblaient avoir été définitivement réglées des années plus tôt s'avéraient ne pas l'avoir été, et se retrouvaient au contraire constamment sur la sellette, particulièrement depuis l' élection présidentielle de Ronald Reagan en 1980. Aucun sujet n'excitait davantage les passions au sein des deux partis politiques et à chaque nouvelle élection, à chaque nouvelle campagne pour le maintien, l'augmentation et la diminution du budget, Gus Voorhees intervenait en qualité de porte parole de la médecine de  santé publique." (P. 193).  

Joyce Carol Oates: Un livre de martyrs américains (A book of Americans Martyrs), Points, 841 pages, 2019




vendredi 11 février 2022

La mort sur ses épaules

 

Résumé: A Lynch, en Virginie occidentale, les gens qui n'ont pas déserté la petite ville vivent dans la pauvreté, voire le dénuement. Il y a peu d'emplois et toute la communauté est sous la coupe de Ferris Gilbert, le cruel patriarche d'une famille de criminels, qui fait régner la terreur.

Lorsque Jason Felts, travailleur social qui a la particularité d'être nain, est chargé d'assister l'un des frères Gilbert, détenu à la maison de redressement pour possession de stupéfiants, Ferris y voit l'occasion de faire passer en fraude un dangereux colis à son jeune frère. Ferris Gilbert menace aussi Terry Blankenship, un jeune homme pauvre qui a fui la maison familiale pour vivre dans les bois avec le garçon dont il est amoureux.


Jordan Farmer nous propose avec son premier roman, "La mort sur ses épaules" un polar âpre, noir et poisseux, comme peut l'être le Sud des Etats Unis, lieu de l'intrigue de ce roman. 


Jordan Farmer fait le portrait de personnages paumés sans but dans la vie, vers lesquels on pourrait se sentir éloignés. Mais l'auteur arrive à en rendre certains attachants comme Terry, jeune homosexuel, shooté du matin au soir et qui, pour s'en sortir, est obligé d'accepter la sale besogne que lui a confié Ferris Gilbert, le mafieux du coin, afin de se sortir de ses galères, ou encore Huddles Gilbert, le frère de Ferris, qui se retrouve incarcéré après avoir été pris en possession de drogue. 


Ce qui fait que j'ai été captivé par ce roman, c'est sa construction: une construction en puzzle qui sombre progressivement dans la désolation, au point de nous faire peur devant l'issue inéluctable du roman, qui va fatalement vers une impasse où le happy end serait oublié. Ce qui est difficile a accepté en tant que lecteur quand on s'est pris d'affection pour des personnages comme Terry ou Huddles. 


J'ai toutefois ressenti comme un petit coup de mou dans la 2e partie (celle consacré à Jason, le conseiller de la prison où est enfermé Huddles). Ce dernier, atteint de nanisme (j'ai d'ailleurs eu beaucoup de mal à me représenter le personnage, ne sachant pas à quel point il pouvait être petit par rapport aux autres personnages du roman). Alors, son histoire n'est pas intéressante, mais j'étais tellement pris avec celles des deux garçons, Huddles et Terry, que j'ai eu un peu de mal à les mettre de côté durant cette 2e partie. 


Mais bon, ce n'est qu'un petit bémol car, passé cette partie, le roman repart de plus belle. Un roman noir qui ne ménage pas ses rebondissements dont certains m'ont surpris. La brièveté du roman y est peut être pour quelque chose: ainsi, l'auteur va à l'essentiel et ne passe pas des pages à faire hésiter ses personnages. 

Puis, vient la fin du roman: une fin que j'ai trouvé mélancolique, tout comme la ville de Lynch et ses habitants, qui se meurent à petit feu, comme si ceux ci étaient des condamnés en attente d'une mort prochaine. 


Au final, un petit polar rural surprenant qui a su me conquérir par son ambiance: celle d'un Sud Etasunien en déliquescence où chaque personnage essaie de trouver une porte de sortie, quitte à risquer leur vie. 




Jordan Farmer: La mort sur ses épaules, (The Pallbearer), Rivages, 287 pages, 2022











lundi 29 novembre 2021

L'enfant du silence

 

Résumé: Un enfant de quatre ans, de race blanche, a été retrouvé sur la réserve indienne des Barona, dans une bâtisse inhabitée, à cinq heures trente du matin. Il était attaché à un matelas par une corde à linge.

Bo Bradley, du service de protection de l'enfant, a été chargée de son dossier. Pourquoi était-il attaché, et la personne qui l'a mis là avait-elle l'intention de revenir ? Bo découvre que l'enfant est sourd, et s'attache à lui.
Mais, bientôt, des tueurs surgissent à l'hôpital où est soigné le rescapé et cherchent à le tuer. Bo engage alors une course contre la montre pour découvrir quelle malédiction pèse sur l'enfant et essayer de le sauver.

Les Editions Rivages ont la belle idée de rééditer certains romans de leur catalogue qui sont probablement difficile à trouver. 
C'est le cas pour cet "Enfant du silence" sorti en 1995 et que Rivages a republié en octobre 2021. Ce fut alors l'occasion pour moi de découvrir le premier roman d'Abigail Padgett (mais aussi 1er volet de la série "Bo Bradley"). 

Je dois dire que j'ai passé un agréable moment avec ce roman. L'enquête, même si très classique (pour vous dire, j'ai même compris la clé du mystère bien avant de la découvrir dans le livre) est fort bien menée par l'autrice du début à la fin. L'écriture est rythmée et nous fait tourner les pages rapidement. Non, il n'y a pas à dire, ce livre fait le taf, même si ce n'est pas original dans l'intrigue.
Mais attention, l'originalité se cache ailleurs  et est très réussie. Ce qui fait l'originalité de ce livre c'est son héroïne et le milieu professionnel dans lequel elle évolue: en effet, Bo Bradley est enquêtrice pour les services de protection de l'enfance et se retrouve avec l'affaire d'un petit garçon de 4 ans retrouvé dans une cabane, attaché à un matelas. Je trouve que c'est une très belle idée que de nous montrer l'envers du décor d'un milieu pas trop exploité dans les policiers et les thrillers. Un bon point pour Abigail. 

Mais ce qui retient l'attention, c'est également Bo et le fait qu'elle soit atteinte de dépression (elle est maniaco-dépressive) et doit gérer se affaires ainsi que sa maladie et son passé qui revient la hanter (sa soeur Laurie, sourde à mis fin a ses jours, il y a plusieurs années. Le fait que le petit garçon retrouvé et sa soeur partage cet handicap la ramène vers ses démons intérieurs). 
L'autrice réussit très habilement à nous immerger dans la tête de son héroïne, ce qui fait de ce roman un pur thriller psychologique de très bonne facture. La surdité est également très bien traité par l'autrice entre l'absurdité et les préjugés des uns et l'aide et l'empathie de certains concernant le petit garçon. , Ainsi, le petit Weppo (le gamin retrouvé) trouve sa place dans ce roman très facilement. De plus, le rapprochement progressif entre le Dr Andrew et Bo est très prometteur pour la suite.
Et pour finir, dernière originalité: le choc des cultures avec le personnage d'Annie, une indienne de la tribu des Paiutes, qui découvre le petit Weppo. L'autrice encore une fois maitrise son sujet et nous fait découvrir, par petites touches, cette culture indienne qui fait aussi le charme de l'Amérique.  

Comme vous pouvez le voir, ce thriller psychologique a débuté une petite série de manière fort prometteuse, qui donne envie de découvrir les autres tomes de la saga. L'enquête est classique mais tous les à côtés (une héroïne torturée, le handicap et les indiens Paiutes) rattrape le tout avec originalité, sur un rythme soutenu qui nous fait passer un très bon moment de lecture. Alors, laissez vous tenter par cette réédition. 

Merci aux Editions Rivages pour la découverte de cette série prometteuse. 

Abigail Padgett: L'enfant du silence, (Child of silence), Rivages, 269 pages, 1995 (pour la 1ere édition), 2021 (pour la nouvelle édition)



mardi 12 octobre 2021

Hangsaman

 

Résumé: La jeune Natalie Waite a du mal à trouver sa place dans une famille dysfonctionnelle, entre un père écrivain médiocre mais imbu de lui-même et une mère au foyer névrosée. La noirceur s'immisce dans son esprit et dans sa vie au point que celle-ci va tourner au cauchemar.

Inspiré par la disparition (inexpliquée à ce jour) d'une étudiante non loin de l'endroit où vivait Shirley Jackson, ce roman est une exploration aussi magistrale qu'effrayante de la perte des repères chez une adolescente en perdition.

Shirley Jackson est une autrice qui, malgré une courte carrière à marqué la littérature de son empreinte, faisant d'elle l'inventrice du "gothique noir moderne" et la reine du roman d'horreur psychologique. Elle aurait été l'une des inspiratrices de Stephen King, rien de moins. 

Comment ne pas être intrigué et vouloir découvrir sa plume. Chose faite grâce aux Editions Rivages qui ont la belle idée de traduire et publié ses écrits depuis quelques années. J'ai eu la chance de recevoir le dernier roman paru ce mois ci chez Rivages, "Hangsaman". Celui ci est le 2e roman de Shirley Jackson et son pitch fut des plus intriguant. Une jeune fille de la petite bourgeoisie, qui s'ennuie tellement dans son monde qu'elle n'hésite pas à s'inventer des vies parallèles. 

Avec ce livre, j'ai fait un "aussitôt reçu, aussitôt lu", tellement impatient de découvrir cette autrice. Je me  suis plongé direct dedans sans savoir dans quoi il allait m'embarquer et je dois dire que dès les premières pages, j'ai été complètement largué (mais je pense que c'est un peu le but de l'autrice) mais aussi complètement soufflé. Dès les premières lignes, on ressent un malaise qui ne va plus nous quitter avant la fin. Même, il va aller grandissant. Attention, c'est un livre qui va vous déboussoler jusqu'à la folie. D'ailleurs, c'est bien simple, je me suis demandé, dès le départ, si Natalie, la jeune protagoniste du roman, n'était pas folle...et je dois dire qu'en arrivant à la fin, je ne suis pas loin de le penser. 

En fait, ce roman, c'est une angoisse permanente et latente, mais aussi une critique de la société aisée de cette époque (les années 40-50), mais aussi de la "société universitaire", avec cette hypocrisie qui suinte à travers les murs de l'université. Le père de Natalie est imbu de lui-même, autoritaire ,mais que Natalie vénère toutefois, la mère est soumise et s'inquiète souvent pour sa progéniture. 

En quittant son milieu familial, où elle étouffe un peu, Natalie pense trouver une liberté à l'université, sauf que l'hypocrisie qui y règne, vont faire qu'elle va rester dans sa solitude et dans son monde imaginaire. Et cette "future écrivain" n'en manque pas, d'imagination. Celle ci bouillonne en elle et parasite énormément le roman. C'est bien simple, on ne sait pas si on est dans la réalité ou dans la fiction, et une frustration s'installe, surtout que l'autrice prend un malin plaisir a jouer de cette frustration en ne montrant pas, par exemple  l'agression dont serait apparemment victime Natalie de la part d'un invité de son père. Frustration renforcée par le fait que Natalie fait comme s'il ne s'était rien passé. Et c'est ainsi que la fiction prend plus le pas sur la réalité. 

En définitive, ce livre est dérangeant jusqu'au malaise. Malaise que l'autrice prend plaisir a renforcer, page après page, jusqu'à un dernier quart angoissant et hypnotique où l'on tremble pour Natalie, tout en se demandant: mais est ce vraiment vrai de vrai? Et c'est ça qui fait la force du livre: ce perpétuel questionnement de la fiction sur le réel. C'est également de par ses peurs, que Natalie grandira et deviendra adulte. 
Non, franchement, "Hangsaman" fut une lecture fort déconcertante, qui ne m'a pas laissé indifférent. J'ai été mal à l'aise ,certes,  mais vraiment hypnotisé par l'écriture et l'imaginaire de Shirley Jackson, que Fabienne Duvigneau a su magistralement retranscrire dans notre langue . Vraiment, une très bonne découverte que l'univers de Shirley Jackson, qu'il faut absolument (re)découvrir. D'ailleurs, merci aux Editions Rivages de nous permettre de connaître l'oeuvre de cette autrice fondatrice, que je serai ravi de continuer à lire, avec un prochain titre. 

Shirley Jackson, Hangsmaman, (Hangsaman), Rivages, 281 pages, 2021




samedi 9 octobre 2021

Bilan Lecture du 26 septembre au 8 octobre 2021

 Je vais tenter quelque chose de nouveau sur le blog: les courtes chroniques. En effet, j'ai lu quelques livres ces dernières semaines, et je n'avais pas vraiment grand chose à dire sur mes lectures et de faire de longs développement. Donc, essayons, la chronique courte et succincte. Voyons voir si je réussis. C'est parti! 


Une intrigue qui se passe en pensionnat, un meurtre, des secrets, une ambiance, très "poètes disparus", j'aurai dû adorer ce livre. Oui, mais voilà, j'ai mis une semaine pour le lire (ce qui est peu quand on sait que le livre fait plus de 700 pages), tellement je n'avais pas envie de retrouver cette bande de gamins prétentieux et imbus d'eux-mêmes. 

Mais, bon, qu'est ce que ça raconte? dès les premières pages, on apprend que les protagonistes tels que Richard, Henry, les jumeaux, et Francis sont responsables de la mort de leur camarade Bunny. Puis, retour en arrière, on découvre Richard qui est accepté dans une université du Vermont où il va faire la connaissance d'un cercle, dans lequel il va s'intégrer. Il y a le chef, Henry, qui sait déjà tout, les jumeaux, inséparables, Francis, et Bunny, un être un peu à part, dans le groupe. Tous, sont des gosses de riches et cela se ressent dans leur comportement. Richard, fasciné, va alors entrer dans un cercle infernal qui va l'amener à commettre l'irréparable. 

Alors, j'ai trouvé que l'intrigue était très bien menée, puisque l'on voit d'abord comment Richard et sa clique en sont arrivés à tuer leur camarades, puis dans une 2e partie, les conséquences de leur acte. Mais je n'ai pas pu m'attacher à cette bande de "gamins" prétentieux, qui boivent plus que de raison (Charlie, l'un des jumeaux, devient même un alcoolique, qui couche avec sa jumelle), se droguent et se prennent carrément pour des divinités. Ils sont imbus d'eux mêmes, se prennent pour le centre du monde et trouvent que les autres, élèves comme profs, sont de la merde. Comment voulez-vous avoir de l'empathie pour eux? Cela me fut impossible. Cependant, Donna Tartt, dont je salue le talent, a su, a à peine 20 ans, menée son intrigue de main de maitre, distillant un suspense à petites gouttes jusqu'à un final surprenant qui m'a  réjouis (oui, je suis sadique). Un roman, dont j'attendais probablement beaucoup trop, qui ne m'a pas totalement embarqué à cause de personnages antipathiques. Mais je conçois que c'est devenu un classique dans le genre des romans à l'ambiance universitaire, avec une intrigue puissante fort bien menée. A lire évidemment. Et je continuerai à découvrir la plume de Donna Tartt. Assurément. 

Donna Tartt, Le maître des illusions (The secret History), Pocket, 706 pages, 1993




  






Il y avait un moment que je n'avais pas lu du Balzac. C'est ainsi que le week-end dernier, j'ai lu "Une double famille", une nouvelle qui se trouve dans "Scènes de la vie privée". 

Dans celle-ci, on va suivre une vieille femme et sa fille Caroline, couturières, pratiquant leur métier dans leur appartement, fenêtre ouverte. C'est ainsi que le jeune comte de Grandville remarque la jeune Caroline et en tombe amoureux. Ils se mettent en ménage. Puis, petit retour en arrière sur la vie antérieure du Comte de Grandville. Celui ci est promis à une amie d'enfance, Angélique, qui s'avèrera dévote, jusqu'à la bigoterie. 

Ces deux histoires vont alors n'en faire qu'une et Balzac, de sa plume incisive et drôle va dresser un portrait peu glorieux de la bigoterie qui excuserait presque que le jeune comte de Grandville prennent une maitresse en la personne de Caroline, car il est malheureux en amour. 

Plus je découvre Balzac, plus je me familiarise avec sa plume que j'apprécie de plus en plus. je trouve que le procédé (qu'il a déjà utilisé dans d'autres nouvelles) du retour en arrière et du double récit ne fonctionne pas totalement ici. En cause, le titre choisi de la nouvelle. On comprend que le comte de Grandville, se retrouve dans une situation d'adultère. Donc plus de surprise. Le précédent titre de la nouvelle (la femme vertueuse), laissait cet aspect de surprise. Dommage. Puis, j'ai trouvé la fin très nébuleuse, tellement qu'il a fallu que je me réfère, au "Dictionnaire des personnages de la Comédie Humaine" pour comprendre cette fin arrivée trop abruptement. Mais cela fut quand même fort plaisant de retrouver la plume de Balzac. je continuerai donc ma découverte de la "Comédie Humaine" à mon rythme. 

Honoré de Balzac: Une double famille, 70 pages, Classiques Garnier, 1830










Dans "L'Âme de l'Empereur", nous allons suivre, Shai, une jeune Forgeuse qui a le don de modifier le passé des objets, qui se fait arrêter pour le vol du Sceptre de l'empereur. Elle est emprisonnée. C'est alors, que le conseil lui offre de fabriquer une nouvelle Âme pour l'Empereur, victime d'une tentative d'assassinat. 

Avec ce court roman, je continue ma découverte de la plume et de l'univers de Brandon Sanderson (dont j'avais lu l'année dernière "Elantris" que j'avais adoré), celui d'Elantris et plus généralement du Cosmère. 

J'ai trouvé ce petit livre fascinant, à plus d'un titre. Fascinant par sa brièveté (moins de 200 pages). En effet, les univers fantasy sont souvent de gros pavés de plus de 500 pages, développés sur des sagas au long cours. Non, ici, Brandon Sanderson nous explique un univers magique dans une simple histoire qui n'a pas besoin d'être développée sur des millier de pages (ce que le monsieur sait aisément faire sur ses autres saga, n'est ce pas "Les archives de Roshar"!) et il le fait admirablement bien. On a le temps de s'attacher à Shai, à découvrir ses capacités magiques. L'histoire est bien développée et trouve une conclusion fort acceptable, qui se suffit à elle même. Il n'y a pas de sentiment de trop peu. C'est seulement un petit roman qui pose sa pierre à l'édifice du Cosmère. Un petit roman plaisant, qui me donne envie de continuer ma découverte de l'univers de Brandon Sanderson. A suivre donc, avec la saga "Fils des Brumes". 

Brandon Sanderson: L'äme de l'Empereur, (The Emperor' Soul), Le livre de poche, 200 pages, 2014










Bienvenue à Shancarrig, petite bourgade irlandaise, où vit toute une petite communauté, tous plus sympathique les uns que les autres, mais qui cachent des petits secrets. 

J'ai tout d'abord été déstabilisé par ce livre, dans lequel il a fallu entrer progressivement. En effet, l'histoire débute par l'ouverture d'une école dans le petit village de Shancarrig. Le Père Gunn attend la visite de l'Evèque, qui doit bénir la nouvelle école. Passé ce chapitre, on va alors suivre le destin des instituteurs et des élèves de cette école. C'est ainsi que chaque chapitre va se concentrer sur un instituteur (comme Maddy Ross ou le couple Kelly) et sur certains élèves, comme Eddie, Maura, Leo (qui est une fille) ou Nessa. 

Ce qui fut déstabilisant, c'est d'avoir l'impression de lire un recueil de nouvelles, dont le lien est un petit village irlandais. En effet, chaque histoire a son début, son milieu et sa fin, sans vraiment de liant apparent entre elles. Chaque histoire commence au début de la vie du protagoniste qu'on suit, ce qui fait qu'on revient tout le temps en arrière. Alors, oui, parfois certains éléments des histoires précédentes sont rappelés dans les autres chapitres , car tout ce joli petit monde se côtoie, mais je n'ai pas eu l'impression de lire un roman. En fait, c'est plus un recueil de nouvelles, dont le protagoniste principal est l'école communale (car le livre débute par l'ouverture et la fermeture de l'école). 

Passé cet état de fait du recueil de nouvelles, les histoires se suivent, avec plus ou moins de plaisir (selon les personnages que l'on suivait). Ce fut plaisant à lire, surtout en cette période automnale. Après, que va t'il m'en rester. je ne sais pas encore. On verra avec le temps. Lecture plaisante, mais pas indispensable. 


Maeve Binchy: Les secrets de Shancarrig, (The Copper Beech), Pocket, 382 pages, 1993




vendredi 24 septembre 2021

Mère disparue

Résumé: Elle est allongée sur le sol du garage. Inerte. Ses jolis vêtements sont imprégnés de sang. Épouvantée, Nikki secoue sa mère. En vain. Devant ce corps déjà froid, elle doit se rendre à l’évidence : on l’a assassinée. Pour la retenir encore un peu, Nikki enquête auprès de ses proches, ose les questions qu’elle n’a pas eu le temps de poser. Les réponses ont un parfum de révélations…
 

Est-ce dû au fait que j'ai complété ma collection des livres de Joyce Carol Oates cette année (portant le nombre de volumes à 87 (et il m'en manque encore quelques uns) . Oui, 87 livres de Oates sont en ma possession (dans le lot, il y a  trois romans de J.C. Oates que je possède en deux exemplaires: en VO et en VF), mais j'ai une envie irrépressible de lire ses ouvrages. 

Ainsi, Mère disparue est le 4e ouvrage de J.C. Oates que je découvre en cette année 2021. Et encore une fois, je suis parti dans un genre complètement différent et j'adore ça. C'est aussi ce qui me fascine chez Mrs Oates: sa capacité à se balader dans plusieurs genres différents et le faire avec maestria à chaque fois. 

Dans Mère disparue, c'est la notion du deuil que l'auteure va explorer. En effet, Nikki, la protagoniste principale de cette histoire va perdre sa mère brutalement dans des circonstances tragiques. Le lecteur va alors la suivre durant son processus de l'acceptation du deuil et de son évolution, tant physique que psychologique. 

Qu'est ce que j'ai aimé ce livre (je pense même qu'il fera partie de mes préférés de l'auteure). Ici, il se dégage une telle peine, une telle tendresse envers son personnage, comme si l'auteure voulait l'accompagner sur ce chemin difficile. Bien sûr, la violence est encore présente mais elle n'est pas le coeur du livre. Elle n'est qu'une raison du deuil et surtout l'électrochoc qui fera que Nikki avancera et changera. 

Voilà un roman  bouleversant qui parlera à chacun: tout comme Nikki, qui n'a pas perdu un être cher et chercher à comprendre comment cela à pu arriver. Puis, commencer à chercher des réponses sur celle qu'on pensait connaître et qu'on découvre encore, en faisant le ménage et le tri dans ses affaires. En habitant la maison de ses parents et en faisant le tri dans leurs affaires, Nikki va découvrir des pans de la vie de sa mère qu'elle ignorait et qu'elle aurait peut être aimé ne jamais savoir. Ces fameux secrets que les parents cachent à leurs enfants et que ceux ci découvrent une fois que ceux ci sont partis. 

Un Oates bien différent de ses écrits habituels: le cynisme n'a pas vraiment sa place ici: il se dégage une certaine pudeur dans ce voyeurisme bienveillant (je sais, c'est contradictoire, mais je l'ai ressenti comme ça. le lecteur accompagne Nikki dans son voyage intérieur durant la première année de la mort de sa mère.). Entre ses relations conflictuelles avec sa soeur (qui démontre que chacun vit son deuil différemment puisque Clare prendra la fuite et sera plus virulente. Comme si, la mort de leur mère, avait inversé les rôles) et ses discussions avec les amis de sa mère, qui lui dévoileront bien des secrets, Nikki, se dévoile plus humaine et plus touchée qu'elle ne le montre au début du livre. Et surtout, elle devient plus apaisée à mesure que le temps passe. 

C'est fou, tout de même la capacité de Joyce Carol Oates, d'écrire un roman de plus de 500 pages dans lequel il ne se passe "rien" et où l'on ne s'ennuie pas une seule minute, où l'on est ému par la détresse de Nikki, où l'on se questionne sur notre propre rapport avec la mort et celle de ceux qu'on aime. 

Comme une sorte de catharsis, Joyce Carol Oates a écrit ce roman juste après la mort de sa mère, à qui elle dédie ce roman. En parlant de la souffrance et du deuil de Nikki, Joyce Carol Oates a probablement voulu parler de la sienne et l'exorciser dans un roman. Sa force est que de son histoire personnelle, elle en a fait quelque chose d'universel, qui parle à chacun d'entre nous. Grandiose. Probablement l'un de ses plus beaux romans et l'un de ceux qui m'a le plus touché. 


Joyce Carol Oates, Mère disparue, (Missing Mom), 514 pages, 2007



jeudi 26 août 2021

Rentrée Littéraire 2021 #4: La Splendeur et l'infamie

 

Résumé: 10 mai 1940. Le jour où Churchill est nommé Premier ministre, Adolf Hitler envahit les Pays-Bas et la Belgique. Au cours de l’année qui suit, l’Allemagne nazie mène contre l’Angleterre une campagne de bombardement d’une intensité inédite. Acculé, le « Vieux Lion » doit préserver à tout prix le moral de son peuple… et convaincre le président Roosevelt d’entraîner les États-Unis dans la guerre.

Si durant cette période la vie publique de Churchill est chaotique, sa vie privée ne l’est pas moins.

L'idée de ce livre est venu à Erik Larson il y a quelques années. Il venait de s'installer à Manhattan et il prenait conscience de ce qu'avait pu vivre les habitants de New York après les attentats du 11 septembre 2001. De suite, il a repensé à ce qu'avait dû vivre les anglais en 1940 lors des attaques incessantes des allemands durant plusieurs nuits, suivis de plusieurs raids six mois plus tard, et se demandait comment ils avaient pu le supporter. C'est ainsi qu'une figure tutélaire s'est imposée à lui: Winston Churchill. 

Voilà le point de départ d'un livre totalement génial. 680 pages de pur bonheur qui nous plonge complètement dans l'attente des bombardements, et dans l'action. Ce livre va raconter la première année de fonction de Winston Churchill en tant que premier ministre de l'Angleterre. Erik Larson va alors nous dresser le portrait d'un homme entêté, courageux, parfois même téméraire, qui s'est battu bec et ongles pour que l'Angleterre ne tombe pas aux mains des allemands. 
Le côté politique est très présent, c'est vrai et parfois on pourrait se sentir submergé d'informations, mais la plume d'Erik Larson (très bien retranscrite par Hubert Tezenas qui a fait un travail de traduction formidable), rend cela très fluide et surtout très addictif. 

Malgré l'épaisseur du livre (près de 700 pages), je ne me suis pas ennuyé une seule minute et j'ai tourné les pages s'en m'en rendre compte. L'auteur réussit le pari de nous raconter la bataille d'Angleterre, à la manière d'un thriller, qui en fait un page-turner addictif à  va vous couper le souffle. Il nous immerge complètement dans cette ville de Londres qui va connaitre des heures d'angoisse très sombres. 

Ce que j'ai aussi beaucoup apprécié, c'est la sphère privée de Winston Churchill. Si la partie politique prend une grande part dans le livre, entre réunion d'informations, de préparations d'attaques et de défense, il n'oublie pas la sphère privée de Winston Churchill. Ainsi, une grande place est donné à sa fille Mary, 18 ans, qui voudra elle aussi participer à l'effort de guerre, au grand dam de sa mère. Mary sera aussi le témoin de la première année de son père au pouvoir exécutif et nous fera partager son ressenti sur le tempérament du Vieux Lion. 
Un autre personnage aura aussi son importance: John Colville, l'un des conseillers du premier ministre, qui nous fera partager les secrets d'alcôve, sans oublier de nous parler également de sa vie amoureuse chaotique, mais fort touchante. 

Dans ce livre, fort complet, sur cette période, Erik Larson, nous parle certes, de l'Angleterre durant l'année 1940-1941, avec les protagonistes qui ont contribué à cette période (de Winston Churchill, en passant par Beaverbrook, conseiller et ami de Churchill, Lindemann, scientifique qui contribua à la défense du pays, Colville, cité plus haut...) mais il n'en oublie pas pour autant de nous parler des autres participants de cette période charnière, du côté allemand, avec Hitler, Göring, en charge de l'attaque contre les Anglais, de Goebbels, responsable de la propagande du parti nazi...) mais aussi du côté américain avec Roosevelt, Hopkins, et Harriman, qui auront une part importante dans la "séduction" que Winston engage pour que les Etats Unis entre dans la guerre. 

Pour son livre, Erik Larson s'est appuyé sur beaucoup de documents souvent inédits, comme des minutes et notes confidentielles que prenaient Churchill, de journaux intimes: ceux de Mary Churchill, John Colville, et Göring entre autres. C'est ainsi qu'il va insérer dans sa narration, des extraits de journaux des protagonistes de l'Histoire, pour faire ressentir au lecteur ce qu'ils ont vécu et ainsi nous immerger dans cette période terrible de l'Histoire. Il rend tout cela très fluide et très immersif. On tremble pour eux, on sourit quelquefois, car la vie continue tout de même malgré les bombardements. C'est totalement génial et le seul regret que je pourrais avoir, c'est que ce soit déjà fini. Oui, malgré la grosseur du livre, j'aurai voulu que l'auteur nous raconte la suite de cette première année (alors il le fait dans un Epilogue de quelques pages...sniff)
Je vous rassure, il ne manque rien dans ce livre, il est complet et très riche d'informations, qui vous surprendra jusqu'à la dernière page. Ma frustration est simplement là pour dire que j'ai tellement aimé ce livre, qu'il aurait pu durer encore des pages et des pages. 

Ce "Splendeur et l'infamie" est un livre à ne pas manquer. Basé sur des faits  historiques, bien documenté,  écrit comme un thriller, au style rythmé et fluide, très addictif (l'auteur est bien romancier et ça se ressent!) , il séduira tous les amoureux d'Histoire, mais également les autres qui seront surpris de se retrouver plonger dans une intrigue angoissante, et forte en suspense. Je vous assure qu'une fois commencé, vous ne pourrez plus le lâcher. Où comment s'instruire en s'amusant follement. 

Merci aux Editions du Cherche-Midi pour cette découverte passionnante. 

Erk Larson: La Splendeur et l'infamie, (The Splendid & the Vile), Editions du Cherche-Midi, 680 pages, 2021



 

dimanche 8 août 2021

Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage

Résumé: Écrit en 1969, le premier volume des mémoires de Maya Angelou (née Marguerite Johnson) raconte l’enfance d’une femme exceptionnelle, devenue une figure emblématique des États-Unis.

Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage est une oeuvre majeure de la littérature américaine du XXe siècle, un précieux témoignage qui explore les thèmes de l’identité, du racisme, de la résilience et de l’apprentissage du langage et de la littérature.

 (Source: Babelio)


Maya Angelou, écrivain, comédienne, chanteuse, danseuse...est une figure emblématique du combat pour la liberté du peuple noir. 


J'ai sorti ce livre de ma PAL sans relire le résumé (du moins avant de finir ma lecture) et j'ai bien fait, car le résumé me vantait une "histoire" de femme écrivain militante dans l'Amérique des années 60 (alors ce qu'est Maya Angelou, incontestablement) alors que ce livre raconte l'enfance et l'adolescence de Marguerite Johnson (qui deviendra Maya Angelou) dans le Sud profond des Etats Unis puis en Californie. Sa carrière d'écrivain est probablement relaté dans les autres volumes de son autobiographie mais pas dans celui-ci.  

J'ai aimé découvrir la vie de cette petite Marguerite. L'auteure décrit admirablement, avec puissance et sans complaisance la vie dans le Sud profond avec tout le racisme qui l'entoure. On a parfois envie de hurler devant l'injustice que vit les Johnson dans cette petite ville de Stamps...surtout quand on pense que Annie Henderson, la grand-mère de Marguerite, tient un magasin qui marche bien et qu'elle gagne correctement sa vie, et qu'elle se fait tout de même  humilier par des petiblancs, bien plus pauvres qu'elle...mais que par la force des choses, elle laisse faire. Je peux comprendre la révolte de Maya face à cette injustice et cette incompréhension. 

Maya n'a pas eu la vie facile, et son enfance est marqué par des moments très douloureux (déjà l'abandon par ses parents, qui l'envoient, elle et son frère, vivre chez leur grand-mère. La première scène du livre est hyper violente (son frère et elle, alors âgé de 3 et 4 ans sont laissé par leur père dans un train, à la charge d'un contrôleur qui   laissera  les enfants seuls, bien avant leur destination finale )  et donne le ton d'un livre sans concession qui ne nous épargnera rien). 

Alors, ma lecture s'est faite en deux temps qui n'ont pas la même saveur: j'ai adoré toute la partie dans le Sud, même si sa vie n'est pas rose, on sent que sa grand-mère et son Oncle Willie, le frère handicapé de son père qui vit encore chez sa mère, prennent soin d'eux et font face à l'adversité avec dignité. Bien sûr, j'ai ressenti toute l'amertume de Maya, mais aussi sa combativité...et surtout nous sommes dans les années 30 et le racisme est omniprésent. Cette lucidité et cette combativité m'ont beaucoup plu. En revanche, les parties où Maya et son frère retournent d'abord à Saint Louis, chez leur mère (où elle vivra un terrible évènement alors qu'elle est âgé de 8 ans) puis en Californie pour les protéger, m'ont moins emballé. Alors, ils sont tout autant intéressant, et les rapports entre son père et elle, distendues au possible, et entre sa mère, un peu plus présente, mais pas autant qu'elle le voudrait, montre bien l'abandon qu'elle a vécu et qui l'a fait grandir trop vite. On ressent cette douleur vive chez elle et Bailey, son frère, qui aura du mal à se remettre de l'abandon de sa "maman chérie". On ressent également ce besoin d'indépendance qui viendra très tôt chez eux. En même temps, ils sont souvent livré à eux même très jeunes. N'oublions pas qu'ils n'ont qu'une dizaine d'années. A la fin du livre, ils sont âgés de 17 et 18 ans, mais on a l'impression qu'ils ont déjà vécus mille vies.  

Non, franchement, c'est un livre remarquable qui fait bien comprendre au lecteur que tout se joue dans l'enfance: si la petite Marguerite n'avait pas vécu dans le Sud profond dans les années 30, si elle n'avait pas été noire, elle ne serait probablement pas devenue la femme militante qu'elle fut et qui se battit aux côtés de Martin Luther King et Malcolm X pour les droits des noirs américains. Un premier volume que je vous encourage à lire si  l'histoire de l'Amérique et le combat des afro-américains pour leurs droits vous intéressent. Un beau portrait de femme, que je serai curieux de continuer à découvrir avec un autre livre de Maya Angelou.  


Maya Angelou: Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage, (I know why the caged birds sing), Le Livre de Poche, 346 pages, 2008






dimanche 25 juillet 2021

Folles nuits

RésuméPlus inventive, et brillante, que jamais, Joyce Carol Oates joue dans ces nouvelles irrésistibles àimaginer les derniers jours de cinq géants de la littérature américaine. C’est ainsi que, dans Le Phare, Edgar Allan Poe, devenu gardien de phare, se retrouve sur une île déserte du Pacifique en proie à ses abominables souvenirs de souffrance et de deuil, avec pour seule compagnie celle d’un chien, témoin aussi de sa transformation en un monstre hybride, parent du « Cyclophage » né de sa démence. Grandpa Clemens et Poisson Ange, 1906 décrit un Mark Twain obsédé par les très jeunes filles, tandis que Papa à Ketchum, 1961 raconte un Hemingway réfléchissant à son suicide. Dans Le maître à l’hôpital Saint-Bartholomew, 1914-1916, Henry James doit pénétrer dans une salle remplie de soldats blessés et surmonter ses révulsions premières avant de s’enticher de ces « chers garçons » qu’il a toujours secrètement désirés… EDickinsonRépliLuxe fait revenir à la vie Emily Dickinson sous la forme d’une poupée androïde, un robot vivant fait sur mesure pour un couple de bobos entichés de poésie… Un prodigieux tour de force que ces histoires de folie, de désespoir, de solitude, et de frustration sexuelle, superbement tricotées par Oates dans le style même de chacun de ces cinq maîtres pourtant réputés inimitables.


Je continue mon exploration dans l'oeuvre littéraire de J.C. Oates, avec, cette fois ci un recueil de nouvelles. (J'essaye ainsi d'alterner petit roman, gros pavé, et nouvelles pour essayer de découvrir toutes les facettes de cette auteure de génie). 

Alors, je ne suis pas trop nouvelles, voire, pas du tout. D'ailleurs, le premier recueil de nouvelles que j'ai lu de Mrs Oates ne fut pas une belle surprise. Je trouvais qu'elle n'arrivait pas à bien conclure ces histoires et j'avais un goût de trop peu. Mais si je veux découvrir et lire tout Oates, je ne peux pas faire l'impasse sur ses nouvelles, ce serait tricher, dans ce challenge personnel que je me suis lancé il y a 11 ans. 

C'est ainsi que j'ai voulu lire ces "Folles nuits". J'étais intrigué de savoir comment Oates allait s'approprier ces cinq grands de la littérature. Bien, je peux vous dire qu'elle le fait avec brio. Cette fois ci, à la différence du recueil de nouvelles "Infidèle", j'ai trouvé que ces histoires avaient un début, un milieu et une fin très acceptable. En même temps, en racontant les derniers jours de la vie de ces cinq grands de la littérature, elle ne prenait pas trop de risque de mal terminer. 

Surtout, ce qui fait la force de ces nouvelles, c'est sa manière de s'immerger dans le propre univers des auteurs dont elle raconte la fin de vie. Par exemple, la nouvelle sur Edgar Poe (celle du phare, qui ouvre le recueil) est tout à fait dans l'esprit de l'univers de Poe avec cette créature fantastique qui débarque soudainement dans le récit, montrant bien la folie qui s'empare de Poe. Une nouvelle très frissonnante. 

Celle sur Mark Twain nous montre un personnage peu recommandable et c'est d'ailleurs, ce qui ressort beaucoup des nouvelles de ce recueil. Oates ne dresse pas un portrait idyllique de ces auteurs, bien au contraire: Poe est un fou qui se laisse emporter par sa folie, Emily Dickinson parait froide au premier abord, Twain passe pour un pédophile, Henry James pour un couard et un homo honteux, et Hemingway comme un alcoolo misogyne. Je vous l'accorde, on peut faire mieux comme hommage, mais je pense que Oates n'est pas trop loin de la vérité, et son but n'est pas de mettre ces auteurs sur un piédestal mais de se rapprocher au plus près de leur univers, pour mieux se les approprier. D'ailleurs, je n'ai pas trop reconnu le style de Oates dans ces nouvelles qui m'ont paru écrites par cinq auteurs différents. Chapeau à elle  pour avoir su comprendre l'univers de ces cinq grands auteurs. 

La nouvelle qui m'a le plus fasciné est sans doute celle sur Emily Dickinson. En faire une poupée robotisée pour un couple de bourgeois est assez gratiné, mais cela fonctionne à merveille. Cette nouvelle d'anticipation montre très bien la solitude et la froideur que devait avoir et ressentir la poétesse. 

Ce recueil de nouvelles fut une passionnante découverte, où Oates démontre encore une fois son talent: ici, celui de s'imprégner de l'univers de cinq auteurs qui ont marqué la littérature et en faire des personnages d'histoires plus passionnantes les unes que les autres. Plus je découvre l'univers de Mrs Oates, plus j'en ressors à chaque fois fasciné. Vivement le prochain, dans pas trop longtemps j'espère, car il me reste encore beaucoup de livres de Joyce Carol Oates à découvrir. 


Joyce Carol Oates, Folles nuits, (Wild Nights!), Philippe Rey, 232 pages, 2011





 

jeudi 8 juillet 2021

Jusqu'à ce que la mort nous sépare

Résumé: Tess croyait avoir trouvé le mari idéal en la personne de Jim Beckett, un policier jouissant d'une excellente réputation dans la petite ville de Williamstown, Massachusetts.

Mais deux ans après le mariage, elle découvre l'horreur : son époux a assassiné, dans des circonstances effroyables, plusieurs femmes. Tess n'a d'autre choix que de le dénoncer à la justice.

En attendant d'être jugé, Jim est placé dans un quartier de haute sécurité. Le jour où, tuant deux gardiens, il parvient à s'évader, il n'a plus qu'une idée en tête : retrouver celle qui l'a trahi.

Et lui rappeler qu'ils sont unis, quoi qu'il arrive, jusqu'à ce que la mort les sépare...
 


Cela fait quelques années que j'entends parler de Lisa Gardner et que j'avais envie de me plonger dans son univers. Mais par où commencer (car ses romans font souvent partie de séries avec des personnages récurents (comme souvent dans les thrillers)?...eh bien par le commencement: son premier roman qu'elle signa de son nom (car elle a écrit avant sous pseudonyme). 

"Jusqu'à ce que la mort nous sépare", premier volet de la série "FBI Profiler" tient toutes ses promesses. Un thriller psychologique, qui nous embarque dans une histoire de jeu du chat et de la souris, entre un tueur en série et son ex-femme. 

La force de ce roman n'est pas forcément l'action (même si celle si est présente dans les dernières pages du livre qu'on tourne avec frénésie pour avoir le fin mot de l'histoire (et les surprises qui vont avec) mais plutôt sur la psychologie des personnages. Et là, Lisa Gardner fait le taf car ses personnages et leur passé, qu'elle arrive à distiller par petite touches tout au long du roman, sont fouillés jusque dans les moindres détails. Que ce soit Tess, mais aussi J.T., le mercenaire vers lequel elle se tourne pour l'entraîner, ou Marion, la soeur de J.T., agent du FBI. Ces deux personnages qui pourraient passer pour deux persos secondaires, voient leur passé disséqué à la loupe par l'auteur. Ce qui nous les rends très attachants. (Ce qui est encore plus douloureux quand on les croient en danger). 

Non, franchement, un thriller qui tient toutes ses promesses, qu'on ne lâche pas avant la fin (très surprenante pour certains des protagonistes: je ne m'attendais pas à l'avenir de certains persos), un postulat fort plaisant avec un jeu du chat et de la souris entre un tueur et sa potentielle victime, des personnages fouillés auquel on s'attache, la psychologie du tueur fort bien amenée et expliquée par l'auteure. Non, pour un premier roman, c'est très prometteur pour la suite. 

Vous l'aurez donc compris, ma première expérience de lecture d'un Lisa Gardner est une totale réussite et je compte bien continuer à la lire...dans l'ordre chronologique de parution pour voir son évolution. En tout cas, si vous n'avez pas franchi le pas de la découverte, foncez: Lisa Gardner, c'est du très bon, et elle fait déjà fort pour son "premier" roman. Pour ma part, je suis curieux de savoir ce que va donner la suite. Apparemment, c'est aussi du très bon...Après lecture de ce premier roman, je n'ai pratiquement plus de doute. 


Lisa Gardner: Jusqu'à ce que la mort nous sépare, (The perfect husband), Le Livre de Poche, 413 pages, 1998




dimanche 4 juillet 2021

La Couronne des 7 Royaumes Tome 1

Résumé: Dans un royaume au bord de la guerre civile, Tavis de Curgh, un jeune noble, est faussement accusé d'un meurtre particulièrement cruel, celui de sa fiancée.

Serait-il victime d’une machination des mystérieux sorciers Qirsi qui servent les empereurs, les rois et les ducs à travers les sept royaumes ?

 Se plonger dans un nouveau Cycle de Fantasy est toujours un peu difficile pour moi (surtout que je ne suis pas un adepte hardcore de ce genre littéraire, que je lis avec parcimonie), surtout quand celui ci s'avère complexe, de par l'univers qu'il propose. 


Avec "La Couronne des 7 Royaumes", David B.  Coe nous embarque dans un monde où deux peuples cohabitent tant bien que mal (plutôt mal que bien d'ailleurs), les Eandis, au pouvoir, et les Qirsis (sortes de magiciens) qui sont souvent à leur service. Seulement un complot se met en place pour que les Qirsis reprennent le pouvoir. 

Alors, je ne vais pas vous en expliquer plus car moi-même j'étais un peu perdu. Comme dans tout premier tome, qui est souvent, voire tout le temps introductif, la mise en route est toujours un peu difficile. Surtout quand l'univers présenté est des plus complexes. Sauf qu'au début j'étais totalement perdu: l'auteur nous présente des personnages qu'on ne reverra pas forcément par la suite. C'est ainsi que je me suis mis à naviguer en eaux troubles, me demandant où l'auteur voulait en venir. 

Et c'est ainsi que l'intrigue commence vraiment à se mettre en place avec l'arrivée du jeune Tavis et le destin tragique qui l'attend. Mais cette intrigue débute vraiment après 200 pages (sur 700, certes)...ce qui est un peu long, mais forcément nécessaire. En tout cas, après cette longue introduction, le livre a du mal à être lâché et l'histoire va tambour battant, avec ses retournements de situation à gogos. 

La couronne des 7 Royaumes est un univers fantasy comme je les aime. On est dans des intrigues de cour, de complots, de mystères, de secrets, de trahisons, plus que dans l'action et les scènes de combats (alors certaines scènes de combats sont présentes, mais pas plus appuyées que ça). Ce qui me ravi, car je ne suis pas fan de scènes de batailles (je sais, c'est souvent le propre de la Fantasy, mais j'ai toujours un peu de mal à visualiser ces scènes, même si ici, elles semblent bien décrites). 

Côtés personnages, on a notre quota, de couard, d'ordures, de crétins, et de méchants, de bravoure et ce serait vraiment trop long pour tous vous les présenter. Alors, je vais me contenter de quelques-uns: Tavis, par exemple qui est le jeune homme le plus tête à claques que j'ai rencontré. Il est arrogant, imbu de lui-même, mais le malheur qui va le frapper, va le faire mûrir et je me suis surpris à l'aimer à la fin de ce premier volet. Il y a également Xaver, son homme-lige, et ami, que j'ai  apprécié de suite. Son courage et sa loyauté envers Tavis, en fait l'un des personnages les plus nobles de coeur que j'ai pu rencontrer. Il y a  également Grinsa, Glaneur Qirsi (un glaneur est un qirsi qui lit l'avenir des jeunes eandis dans une pierre de cristal au moment de leur Révélation) qui va révéler son funeste avenir à Tavis et se sentir lié à lui. Il va alors venir à son secours. J'ai beaucoup aimé ce personnage des plus intrigants et j'ai hâte de poursuivre leur histoire à tous deux. Puis, il y a les ducs de chaque royaumes comme les Curgh (parents de Tavis), braves et courageux, le Duc de Kentigern que je n'ai pas aimé et qui est bête comme ses pieds (même si je comprends son aveuglement envers Tavis, vu le drame qu'il traverse),  les Glyndwr, qui seront les médiateurs de cette probable guerre qui se prépare. Et d'aures ducs qui ne sont pas trop présents; 

Comme vous pouvez le voir, c'est un livre foisonnant, mais passionnant qui, par le prisme d'un complot et de Terres (les terres du Devant) à protéger,  parle également de racisme (racisme que les Eandis ont envers les Qirsis et inversement) et d'esclavage (car quoi qu'on en disent, les Qirsis sont les serviteurs involontaires des Eandis (quoique pas tous), de rébellions, de prise de pouvoir, avec une grande menace qui plane sur ce joli petit monde. 

Pour ma part, j'ai trouvé cet univers passionnant. David B. Coe, nous propose un univers foisonnant, cohérent, bien travaillé, qui, je pense n'a pas encore montré toutes ces facettes. Une intrigue des plus complexe à souhait avec des personnages fouillés, à multiples facettes qui ne vont faire qu'évoluer. Un univers que je vous encourage à découvrir et que, pour ma part, j'aurai plaisir à retrouver. Et la bonne nouvelle, c'est que cette fois ci, je connaitrais le fin mot de l'histoire puisque la saga est terminée en 5 tomes. Des tomes que j'ai tous en ma possession. J'espère que je ne mettrais pas un an pour retourner sur les Terres du Devant. On croise les doigts. 


David . Coe: La couronne des 7 Royaumes Tome 1, (Rules of Ascension, Winds of the Forelands Book 1),France Loisirs,  700 pages, 2004




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