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vendredi 16 août 2019

Dans la vallée

4e de couvertureLe temps semble s’être arrêté dans ce village du sud de l’Irlande égaré dans la vallée et battu par la famine. Nóra Leahy a perdu son mari et sa fille et se retrouve seule avec son petit-fils de quatre ans, infirme. Pourtant, Nóra s’en souvient : quelques années plus tôt, Micheál marchait et commençait déjà à parler. Que lui est-il arrivé ? A-t-il été changé, remplacé pendant la nuit par les fées qui auraient posé une autre créature dans le berceau ? Est-ce à lui que la vallée doit la malédiction qui la frappe ? Mary, la jeune servante que Nóra vient d’engager, se laisse impressionner par les commérages du village et les rapporte à sa maîtresse. Ensemble, les deux femmes se mettent
en quête de la seule personne en mesure de sauver Micheál : une originale, qui vit seule dans la lande et parle le langage des plantes. Car, même si tout le monde s’en méfie, on sait que la vieille Nance Roche a le don. Qu’elle communique avec le peuple invisible. Et qu’il n’y a qu’elle pour faire revenir ceux qui ont été enlevés…

Voilà un roman qui avait tout pour me plaire. Une ambiance très fantastique, avec des histoires de légendes et de fées, dans une Irlande du XIXe siècle qui a encore ses croyances. 
Alors, il est vrai que l'ambiance est là, et Hannah Kent réussit grandement à nous immerger dans cette vallée, où il ne fait pas si bon vivre que cela; je me suis senti oppressé une bonne partie du livre, cette vallée, peuplée de Fairies, me faisait grandement peur. Nous allons suivre Nora qui vient de perdre son mari dans un accident et qui va rejeter la faute sur son petit fils, un petit enfant difforme, qu'elle élève depuis la mort de sa fille, quelques mois plus tôt. 
J'ai trouvé que les personnages n'étaient pas foncièrement sympathiques, tout le monde médisant un peu sur tout le monde (comme souvent dans les petits hameaux ou villages). Seule la jeune Mary Clifford, qui vient pour aider Nora à s'occuper du petit  Michéal, semble  dénué de sentiments humains. Nora, elle va complètement sombrer dans la folie, quitte à aller jusqu'à commettre l'irréparable. Nance, a aussi trouvé grâce à mes yeux, probablement pour le rejet qu'elle suscite, de par sa différence, Les gens la considère comme une sorcière, même si elle rend des services à chacun.

Mais je ne peux pas expliquer pourquoi j'ai mis autant de temps à le lire. J'ai l'impression qu'il m'a manqué quelque chose. L'ambiance, fantastique était là, et le côté superstition fait de l'effet, mais j'ai trouvé à un moment que cela tournait un peu en rond, et il faut attendre le dernier tiers pour voir arriver un changement et les conséquences de la croyance des gens. 
En fait, j'ai aimé jusqu'à un certain point, mais une certaine lenteur m'a un peu lassé et j'ai fini le livre très lentement, voyant arriver le final, avec peut être un petit désintéressement. Je pense, cependant que le livre n'y est pour rien. Je suis dans un état d'esprit en ce moment, qui n'est pas propice à la lecture et mon avis sur les livres s'en ressent. Donc, si l'ambiance très féerique, fait, de croyances à des petits êtres qui peuvent hanter les vallées, et les forêts, ou bien l'Irlande du XIXe siècle vous intéresse, foncez, ce livre devrait vous plaire. 
Hannah Kent: Dans la vallée, (The Good People), Presses de la Cité, 474 pages, 2018

lundi 2 avril 2018

1666

4e de couverture: 1666 : l'année de la grande peste en Europe. Punition de Dieu infligée aux hommes ou intervention du Malin ? Les passions s'exacerbent, la peur se répand et la trame fragile du tissu social se délite. Eyam, un village perdu du centre de l'Angleterre, n'est pas épargné par l'épidémie et ses habitants décident de se mettre en quarantaine sous l'influence d'un pasteur au charme ambigu. Très vite, Anna Frith, une jeune servante qui élève seule ses deux enfants, se distingue par son abnégation dans les soins qu'elle prodigue aux malades et le courage qu'elle affiche lorsque la superstition renaît et entraîne une chasse aux sorcières meurtrière. Dans ce huis clos suffocant où les hommes se révèlent diaboliques, cette jeune femme sans éducation fera triompher la générosité et la raison, au péril de sa vie.

Il m'a fallut une semaine pour lire ce livre. Pourtant, il n'est pas la cause de mon désintérêt pour la lecture et ma lenteur car je l'ai trouvé bien. 
Non, je pense que ma boulimie livresque de la semaine passée, et qui m'a vu enchaîner 3 livres en quelques jours en est la cause. Je pense que j'avais besoin d'une petite pause. 

Ce roman historique relate la peste qui frappa l'Angleterre en cette année 1666 et plus particulièrement un petit village (celui d'Eyam, perdu au centre de l'Angleterre),et elle est vu par l'intermédiaire d'une jeune servante, Anna, qui va voir sa vie bouleversée par cette tragédie.
J'ai beaucoup aimé le mélange de religion, superstition et sorcellerie que renferme ce roman. J'ai aimé le personnage d'Anna, jeune femme courageuse, rempli de compassion et faisant tout pour aider son prochain. J'ai aimé la voir évoluer et devenir cette femme forte qui va lutter pour sa survie. Quand on y pense, ce roman est un roman d'émancipation. L'émancipation d'une jeune femme qui va se révéler face à l'adversité. 

Alors, je préfère prévenir, ce roman n'est pas joyeux du tout (on pourrait s'en douter de par son sujet) et le huis clos qui s'installe dans ce village, dont les habitants vont se couper du monde afin de ne pas propager la maladie, fait que certains passages (surtout ceux décrivant les corps des mourants) sont d'une violence inouïe et pourraient en choquer certains. Mais l'auteur dépeint la cruelle réalité de l'époque et de cette épidémie. Mais j'ai souvent froncé le nez et avoir un visage dégoûté à la lecture de certains passages.
Les personnages antipathiques ne manquent pas dans ce village, à commencer par le père d'Anna: c'est un être abject qui ira jusqu'aux plus basses besognes pour se faire de l'argent sur le malheur des autres. Mais la nature humaine d'autres personnages sont guidés par la peur, comme la scène du lynchage d'Anys Gowdie, et de sa tante, qui soigne par les plantes et qui sont considérées comme des sorcières. Tout cela nous est décrit dans les moindres détails. 
Autre petit détail: la religion a une place importante dans le roman et le pasteur du village Michael Montpellion, n'y est pas étranger. C'est lui qui impose aux habitants de mettre le village en quarantaine et qui garde la main mise sur le village, même s'il se dépense sans compter pour son prochain. Alors Dieu est souvent évoqué dans le roman. 

Au final, un roman historique bien mené, qui vous emmène dans un univers de croyances, de morts et de superstitions, avec son lot de personnages courageux (braves Anna et Elinor) qui feront face à l'adversité, rempli de situations graves et parfois effrayantes. Un roman qui ne ménage pas quelques surprises, jusque dans ses dernières pages. Un roman que j'ai pris le temps de lire, pour peut être m'y imprégner et aussi car le sujet était un peu difficile à aborder. Un roman dont  je ne regrette pourtant pas la découverte. 

Géraldine Brooks: 1666, (Year of wonders), 10/18, 335 pages, 2003



lundi 24 avril 2017

Leopard Hall

4e de couverture: Anna Emerson, secrétaire de vingt-cinq ans, s'apprête à quitter Melbourne pour retourner sur sa terre natale du Congo : Karl, son père qu'elle n'a pas revu depuis dix-huit ans, est malade. Sur le lit de mort du vieil homme, Anna fait un serment : veiller sur Leopard Hall, sa villa remplie d'oeuvres d'art pillées aux Africains. Mais tout est remis en question lorsqu'elle découvre que Karl n'est pas son père biologique.
Pourquoi sa mère ne lui a-t-elle rien dit ? En quête d'indices sur son passé, Anna se lance sur les pistes aux côtés d'Eliza, mystérieuse photographe américaine. Mais dans ce pays fraîchement indépendant, livré aux rebelles simbas, les tensions sont vives, parfois sanglantes, et les deux femmes voient leurs chemins se séparer brutalement...

D'un palace colonial abandonné sur les bords du lac Tanganyika à un hôpital de mission dans la jungle, Anna finira-t-elle par trouver les réponses qu'elle cherche ? Et si c'était à Leopard Hall, ce lieu auquel elle tente d'échapper, que le destin lui avait donné rendez-vous ?


Leopard Hall est une saga comme je les aime: une saga qui me fait voyager (ici, au Congo), me fait rêver, et si en plus elle m'apprend des choses, c'est un bonus non négligeable. 
Il y a quelque temps, j'avais lu une saga (Le pays du Soleil Rouge) qui aurait pu rassembler tout ça, sauf que j'en suis sorti insatisfait. 
Ici, ce n'est pas du tout le cas: j'ai adoré ce livre. Tout d'abord pour son côté exotique (les paysages du Congo nous sont dévoilés avec maestria (je dois dire que Katherine Scholes réussit ses descriptions, à tel point qu'on s'y voit); mais aussi son côté historique: ici l'indépendance du Congo qui mena à la guerre Civile, dans les années 60, et tout ça à travers deux personnages forts et attachants: Anna et Dan. 
Anna, cette jeune australienne, qui apprend que son père, qu'elle n'a pas revu depuis près de vingt ans, est mourant et qu'il lui demande de revenir au Congo pour la voir une dernière fois. D'abord réticente, elle finit par arriver à Albertville, et va en découvrir plus sur son passé, et sur ce père qu'elle a peu connu. 
Dan, ensuite, ce militaire d'une cinquantaine d'années, organisateur de Safari pour riches européens, qui décide d'abandonner tout ça, pour s'engager comme mercenaire, pour combattre les Simbas (les rebelles qui se battent contre le nouveau gouvernement Congolais). 
Nous allons alors suivre ces deux personnages dans des périples plus dangereux les uns que les autres, dans un pays ravagé par la guerre. D'ailleurs, plus on avance, et plus Dan prend de l'importance, parfois au détriment d'Anna (mais ce n'était pas pour me déplaire). 
Bien sûr, Anna et Dan, sont entouré de personnages enthousiasmant, comme Eliza, une femme riche, qui va accueillir Anna chez elle, et qui va se retrouver pris dans les conflits, mais aussi tous les mercenaires qui sont sous les ordres de Dan, (et dont les noms m'échappent), qui nous embarquent dans cette croisade sanglante. 

L'originalité de cette saga, c'est que Katherine Scholes évite la sempiternelle histoire d'amour qu'on peut parfois trouver dans ce genre d'histoire, et heureusement, car dans ce contexte, elle aurait été je pense, malvenue. Car Katherine Scholes ne nous épargne pas: c'est un texte dur, violent, par moments (les massacres des Simbas nous sont décrit dans des scènes parfois insoutenables), âpre, et qui vous prend aux tripes. On est fasciné, par les paysages, mais parfois aussi révolté et au bord de l'angoisse pour tous ces personnages qui vivent devant nos yeux, devant la violence des combats et de la vie au Congo.  
De plus, nous apprenons beaucoup de choses sur ce conflit Congolais, sur la lèpre, qui sévissait et qui sévit peut être encore aujourd'hui, sur les enjeux de chacun. 
J'ai trouvé aussi que le récit était bien amené et que les situations n'étaient pas factices, ou faciles: elles le sont peut être, mais je trouve que Katherine Scholes s'en est  bien sorti car cela ne s'est pas trop vu. En revanche, je me suis tout de même demandé ce qui reliait les deux histoires (car Anna et Dan ne font pas le même parcours dans ce pays en guerre) et, l'auteur nous donne l'explication, même si je l'avais un peu deviné avant de l'avoir. 

Au final, une saga magnifique qui vous transporte dans un pays superbe, malgré les atrocités qu'il a connu. Une histoire forte, prenante, et qui ne vous lâche pas, avec un style âpre, dur, et qui ne nous épargne rien (il faut avoir le coeur bien accroché, et si vous êtes sensible, lancez vous tout de même, en sautant les passages trop durs, car cette saga vaut vraiment le coup. Une saga qui me fait voyager, tout en apprenant des choses sur l'histoire du pays visité, avec des personnages forts, c'est tout ce que je demande, et avec Leopard Hall, tout cela était au rendez-vous. J'en sors donc ravi et vous le recommande chaudement. 

Merci aux Editions belfond pour ce voyage aux pays des Léopards, et pour la découverte de cette nouvelle collection qu'est "Le Cercle". 

Katherine Scholes: Leopard Hall, (Congo Down), Belfond (Collection "Le Cercle"), 636 pages, 2017


dimanche 26 mars 2017

Le pays du soleil rouge

4e de couverture: Angleterre, 1941. Accusée d’avoir agressé le père d’un de ses élèves, Lara Penrose, une jeune enseignante, choisit pour éviter la prison de partir enseigner en Australie. Quand elle arrive à Shady Camp, bourgade reculée au nord de l’île continent, c’est le choc. D’abord, il n’y a pas d’école. Et puis la région est infestée de crocodiles. Mais Rick va régler le problème. Dès leur première rencontre, Lara est séduite par cet homme, éconduisant le Dr Jerry qui lui faisait jusque-là une cour assidue… 
Des paysages exotiques et envoûtants, une héroïne qui doit lutter contre l’adversité pour trouver le bonheur et sa place dans la société… Sont ici réunis tous les ingrédients qui ont contribué au succès des sagas de Tamara McKinley, Sarah Lark ou Colleen McCullough.

Habituellement, ce genre de saga est tout à fait ce que j'aime: de l'aventure, de l'amour, de l'exotisme, dans une période historique qui m'est chère. Alors, il y a tout ça dans ce livre. 
Sauf que je n'ai pas adhéré du tout à ce roman. J'ai su, dès le départ qu'il y avait un problème. Les soucis de Lara Penrose, institutrice anglaise, accusée d'avoir frappé le père d'un de ses élèves (alors qu'elle est parfaitement innocente)  et condamnée à la prison, pour ça (!!!) et qui se voit contraint à l'exil en Australie...j'ai trouvé ça too much. C'est ça, tout simplement exagéré et trop gros pour y croire. (je pense que l'auteur aurait dû trouver autre chose ou un délit plus grave pour faire partir son héroïne vers les Territoires du Nord Australien).
Puis l'héroïne m'a exaspéré avec son comportement de bourgeoise anglaise qui découvre les territoires marécageux du Nord Australiens en s'évanouissant au moindre bruit, et ouvrant de grands yeux devant le comportement des "bouseux australiens" (le comportement de Lara envers eux m'a fait penser à cette expression là). 

Alors, oui, la vie de Lara dans la petite communauté de Shady Camp est très sympathique et ses habitants sont tous chalereux (l'un des points qui m'a plu dans ce roman),que ce soit Betty, Colin, Monty, même Rick, le chasseur de crocodiles, qui viendra aider Lara à se débarrasser de ces gros mammifères), sauf que leurs comportements son parfois exagéré (on y revient encore). Et on évite pas le sempiternel triangle amoureux entre Lara et ses deux prétendants Rick, le chasseur de crocos, et Jerry, le médecin de la région, avec ses rebondissements too much, auxquels, je n'ai pas cru. 

L'autre soucis, qui fait que je n'ai pas pu adhérer, c'est que j'ai souvent eu l'impression que l'auteur s'était trompé d'époque: en effet, j'avais toujours la sensation que l'action se passait au XIXe siècle, plutôt que durant la Seconde Guerre mondiale (alors celle ci se rappelle à nous durant une attaque à Darwin,mais l'impression du XIXe revenait toujours ), j'étais toujours étonné que le roman se déroule durant le 2e conflit mondial, car, devant le comportement de Lara, c'est comme si la petite communauté de Shady Camp en était resté au XIXe siècle. 

Alors, c'est vrai que cela se lit bien, mais j'ai trouvé l'écriture pas adapté à notre époque, avec des termes mal choisi (comme souvent répété le terme "garçon" pour parler d'hommes murs, marié,avec plusieurs enfants), ou  vieillots, qui font très XIXe (je n'ai pas de termes précis en têtes). Enfin, cela m'a fait tiquer quelquefois et m'a agacé, durant ma lecture. 
En fait, je l'ai lu rapidement pour pouvoir passer à autre chose. 

Au final, une saga qui avait tout pour me plaire sur le papier, mais qui a fait pshitt, par une écriture semblant datée et maladroite, et des intrigues parfois trop exagérés auxquelles, je n'ai pas cru (comme si l'auteur devait faire du rocambolesques pour avoir de l'action et des révélations). Alors cela plaira probablement aux amoureux de sagas (car l'exotisme est tout de même là et les aventures de Lara sont nombreuses pour passer d'agréables moments de lectures et d'évasion), avides d'évasion, d'amour et d'exotisme, qui y trouveront leur bonheur. Pour ma part, cela ne l'a pas fait et j'en suis le premier chagriné. Dommage pour moi. 

Merci tout de même, aux Editions de L'Archipel pour ce voyage en terre Australe. 

Elizabeth Haran: Le pays du soleil rouge, (Flight of the Jabiru), Editions de l'Archipel, 453 pages, 2017


dimanche 25 octobre 2015

Les quatre filles du révérend Latimer

4e de couverture: Australie, début du XXe siècle. Les sœurs Latimer sont au nombre de quatre : Edda et Grace, les aînées, sœurs jumelles nées de la première union de leur père, un pasteur dont l’épouse est morte en couches ; Heather et Kitty, des jumelles également, filles de l’ancienne gouvernante du presbytère qui a épousé le révérend en secondes noces.
En 1925, les sœurs âgées de 18 et 19 ans fuient l’austérité du presbytère et l’autorité maternelle pour se former au métier d’infirmière dans l’hôpital de leur ville natale, en Nouvelle-Galles du Sud.
Là, chacune pourra aussi laisser libre cours à ses aspirations personnelles, dont la recherche de l’amour. Mais la Grande Dépression n’est pas loin, qui pourrait balayer bien des rêves d’émancipation dans une société encore très patriarcale…
Une grande fresque sentimentale qui s’attache à la destinée de quatre jeunes femmes énergiques et attachantes.


Colleen McCullough, grande auteure australienne, qui connut un énorme succès avec ses romans, dont "Les Oiseaux se cachent pour mourir", nous a quittée en janvier 2015. 

Je connais Colleen McCullough depuis longtemps: l'adaptation de son grand roman "Les Oiseaux se cachent pour mourir" a bercé mon enfance (Richard Chamberlain et Rachel Ward m'ont fait rêver).Mais, bizarrement, je n'ai jamais lu un seul de ses romans. (J'ai bien essayé étant ado de me replonger dans l'univers des "Oiseaux se cachent pour mourir" en lisant l'exemplaire de ma mère, mais je n'ai pas pu dépasser les premières pages: la grosseur du livre, la petitesse des caractères d'impression et le fait que je connaisse déjà l'histoire ont joué dans ce désintérêt. 

C'est pourquoi, quand les Editions de l'Archipel m'ont proposées de lire le dernier livre de l'auteure, j'ai foncé. 
Toutefois, je trouve cela étrange de découvrir l'univers et la plume d'un auteur par la fin. Car, oui, ce "Quatre filles du révérend Latimer" sera le dernier livre de Mrs Cullough. C'est comme ci on montait dans un train en marche. Mais cela ne m'a pas empêché de m'y plonger avec grand plaisir

Je peux vous dire que c'est avec curiosité qu'on se lance dans ce  roman. Déjà, de par son titre français (qui diffère du titre original): celui ci m'a fait immanquablement penser au roman de Louisa May Alcott. En un sens, il est très bien trouvé, car ces 4 soeurs Latimer ont des points communs avec les soeurs March. Leurs caractères forts et bien trempés, pour certaines, mais chacune à une personnalité propre, malgré leur gémellité (car ces soeurs Latimer sont deux paires de jumelles). Mais surtout leur entente et leur amour indéfectible qu'elles ont l'une pour l'autre. 
J'ai été embarqué dans une histoire, foisonnante qui nous emmène  dans l'Australie des années 20, juste après la 1ere Guerre et jusqu'à la grande Dépression de 1929, et au delà. J'ai trouvé cela très intéressant de voir ce grand bouleversement du côté Australien. C'est d'ailleurs pour ça que je suis toujours ravi de découvrir des romans (ou des séries) se déroulant en Australie, un pays fascinant que je connais peu finalement. 

L'auteur nous embarque dans une histoire forte, émouvante, et culottée. Car, les Soeurs Latimer n'ont pas leur langue dans leur poche et disent les choses telles qu'elles veulent qu'elles soient. Que ce soit Edda, Kitty, Heather et même Grace (qui s'affirmera au fil du temps), c'est la Femme à l'état pur qui nous est montré. Elles sont fortes, indépendantes, volontaires et donnent souvent des coups de pied dans les fourmilières. Ce féminisme m'a enthousiasmé et comblé. 

Colleen McCullough a surtout ce don de construire son histoire de manière très structurée. Chaque soeur va avoir son "moment de gloire", celui où l'auteur se focalisera sur elle: ce qui est très fort et bien mené, c'est que chacune a su trouvé un intérêt à mes yeux. Leurs histoires m'ont toutes enthousiasmées. 
Par le prisme de ces 4 soeurs, c'est le début du 20e siècle qui nous est conté, et plus particulièrement la Crise de 1929, qui va chambouler l'existence des soeurs Latimer. Chacune va connaitre son lot de malheur: de Grace, qui va vivre un drame lors de cette crise, mais qui l'a rendra plus forte, jusqu'à Kitty, qui va lier son destin à Charles Burdum (que j'ai peu aimé, je l'avoue), un britannique qui va tout faire pour se faire une place au soleil de Corunda. (Avec ce personnage, l'auteure nous montre également que les anglais n'étaient pas très appréciés des australiens, car malgré, leur langue commune, leurs caractères sont diamétralement opposés). 

En faisant des 4 soeurs, des infirmières, c'est à l'univers médical que nous convie Colleen McCullough (univers qu'elle connait bien puisqu'elle travailla dans le monde médical avant de se consacrer à l'écriture à 37 ans): et là, j'ai été ravi car j'aime beaucoup cet univers là dans les fictions (oui, j'aime pas beaucoup les hôpitaux dans la réalité); de plus, c'est fascinant de découvrir cet univers médical dans le contexte du début du XXe siècle, qui va connaitre les avancées les plus grandes en matière de médecine. Mais elle n'oublie pas non plus le côté politique (incarné par Charles Burdum), bien développé mais qui, malgré son intérêt certain, m'a moins charmé. 

En tout cas, j'ai passé un très bon moment avec cette saga culottée et piquante, avec des héroïnes au fort tempérament. Elle m'a permis d'en découvrir plus sur l'Australie et surtout, elle m'a fait découvrir (enfin) l'univers de Colleen McCullough, l'une des plus grandes auteures du XXe siècle, aux univers variés et fascinants. 

Au final, un très bon roman qui m'a fait passer d'agréables moments, et qui m'en a appris plus sur l'Australie, un pays des plus fascinants. Un roman avec 4 beaux portraits de femmes, qui ont un lointain cousinage avec les Soeurs March de Mrs Alcott., qui ont bercé mon enfance. Encore une fois, j'ai été plus que ravi de découvrir une nouvelle plume (même si celle ci s'est envolée vers les étoiles en début d'année, les mots qu'elles a écrits resteront à jamais) que je serai ravi de retrouver. Maintenant que ce premier pas a été franchi, rien ne me retient de retrouver le Père Ralph de Bricassart et la petite Meggie, en lisant "Les Oiseaux se cachent pour mourir",  pour un autre voyage vers le pays de mon enfance.

Merci à Camille et aux Editions de l'Archipel  pour la découverte de ces soeurs pas comme les autres. 

Colleen McCullough; Les Quatre filles du révérend Latimer, (Bittersweet) (traduit de l'anglais par Danièle Momont), L'Archipel, 453 pages, 2015



mercredi 30 janvier 2013

Trois dollars

4e de couverture: Mais comment Eddie a-t-il pu tomber si bas ? Son cursus universitaire fut exemplaire, sa carrière, son épouse, sa fille et son pimpant pavillon de Melbourne, tout autant. Mais voilà qu'il se retrouve seul, à trente-huit ans, sur un quai de gare avec trois malheureux dollars. Tout a commencé, se souvient-il, le jour ou la petite fille blonde dont il était amoureux l'a quitté parce qu'elle était riche... Vibrant au rythme des coups de blues tragi-comiques, des crédits impayés et autres découverts autorisés, l'inévitable « dégringolade sociale postindustrielle » d'Eddie, antihéros rêveur, fan de Joy Division et de golden retrievers, peut logiquement commencer...

La sortie du 3e roman d'Elliot Perlman , "La mémoire est une chienne indocile", aux Editions Robert Laffont, en ce début d'année 2013, a été le bon moment pour moi de sortir son premier roman de ma PAL. 
Je dois dire que j'en ressort un poil mitigé: il ne m'a pas déçu, loin de là, sinon, je pense que j'en aurait trainé la lecture pendant plus de 4 jours. J'ai trouvé même ce roman captivant, étant hypnotisé par le style flamboyant d'Elliot Perlman. 
C'est justement ce style qui m'a quelquefois complètement perdu: l'auteur part dans des réflexions quasi philosophique sur le monde qui entoure Eddie, le héros et narrateur de ce roman, qui m'ont fait perdre le fil et l'intérêt de l'histoire. Je décrochais alors complètement, lisant avec un voile dans mon cerveau qui s'estompait trois paragraphes plus loin quand l'histoire retrouvait de l'intérêt. Voilà ce qui explique mon sentiment mi-figue, mi-raisin sur ce roman.
Pourtant, j'ai trouvé ce dernier très intéressant: comme l'indique la 4e de couverture, le lecteur va suivre Eddie et savoir comment ce dernier à fait pour en arriver à tomber aussi bas. Justement, j'ai mal compris la 4e de couverture en la lisant, cela arrive. Je pensais suivre  Eddie après sa déchéance mais pas du tout. Le roman va n'être qu'un long flashback, de la naissance d'Eddie jusqu'à ce fameux matin où il se retrouve avec 3 dollars en poche, sur un quai de gare.
A travers Eddie, c'est toute une génération qui se livre, celle des trentenaires qui approche des fameux 40 ans. L'auteur nous raconte la déchéance de cet homme d'une manière brut et sans pathos, presque froidement, comme un constat. J'ai trouvé Eddie très touchant, dans sa relation avec Tanya, sa femme, qui va lentement tomber dans la dépression
Il y a aussi Amanda, qui tel un fantôme hante le roman et la vie d'Eddie. Ce dernier la rencontre tous les 9 ans et demi depuis son plus jeune âge. C'est elle qui sera le catalyseur de sa déchéance. Le plus fort, c'est qu'on le sait depuis le départ puisque Amanda fut l'amour d'enfance d'Eddie. Sauf qu'ils vont être séparés car ils ne sont pas du même monde. Puis, ensuite, à chaque étape stratégique de sa vie, elle se rappelera à lui dans des rencontres de hasard. 

Elliot Perlman a construit un premier roman ambitieux et maitrisé, sur la déchéance d'un homme qui ne pourra rien faire pour enrayer sa chute: on peut être maître de son destin mais il ne faut pas oublier que quelquefois, quelqu'un d'autre de plus puissant tire les ficelles. Eddie sera le jouet de personnes plus haut placé que lui. Un roman captivant qui parfois, m'a laissé sur le bord de la route pour mieux me reprendre à son bord, quelques paragraphes plus loin. Je suis maintenant paré pour lire son 2e roman: Ambiguités, qui a l'air encore plus complexe que ne fut Trois Dollars. Cela promet une lecture exigeante mais passionnante. 
Elliot Perlman, un jeune auteur australien , avocat de métier, devenu un grand de la littérature contemporaine. A découvrir assurément. 

Elliot Perlman: Trois Dollars, (Three Dollars), 10/18, 403 pages, 2006














9/Adapté en 2005 par Robert Connolly avec David Wenham, Sarah Wynter, Nico Billeam... (après lecture du roman, je suis curieux de voir cette adaptation)










jeudi 23 août 2012

Bienvenue chez les Law

4e de couverture: Si votre adolescence n'a été qu'un long combat orthodontaire ; si vous avez subi l'horreur fashion des années 80 ; si vous avez d'affreux souvenirs de Noëls en famille ; si vous avez participé, enfant, à des spectacles artistico-niais dans des maisons de retraite ; s'il vous reste quelques cicatrices de batailles fraternelles ; si, par hasard, vous avez vécu une rencontre aussi violente que sensuelle avec un diable de Tasmanie, ne cherchez plus, ce livre est pour vous !

En vingt-trois vignettes, Benjamin Law nous entraîne à la découverte de la plus excentrique, la plus irrésistible, la plus cruelle des familles : la sienne. Dans la lignée des oeuvres d'un David Sedaris, un ovni littéraire hilarant et grinçant qui nous donne à voir une Australie fort éloignée des guides touristiques.


Souvent, les auteurs de premier roman s'inspirent de leur vie pour broder le canevas de leur premier roman. Le jeune Benjamin Law ne déroge pas à la règle puisqu'il nous entraîne dans ce premier roman dans les aventures rocambolesques de sa famille. Et quelle famille!  Entre une mère aimante mais aussi inquiète et disant ce qu'elle pense, un père souvent absent mais aimant sa famille à sa manière, des soeurs et un frère qui prennent pas mal d'espace, le jeune Benjamin à souvent du mal à trouver sa place. 

Benjamin Law nous ballade au gré de ses souvenirs, et nous donne une vision drôle et charmante d'une famille chinoise en Australie. Du voyage à Hong Kong pour aller rechercher les cendres de sa Poh-poh -sa grand-mère- qui se terminera par un petit tour à Disneyland où chacun des membres de la famille va imaginer Minnie débarquant à la Parade en criant au viol (je vous assure que ça vaut son pesant de cacahuètes et j'ai ri aux éclats en imaginant la scène) ou bien de la relation un peu chaotique qu'entretient Benjamin avec Andrew, son frère avec qui il partage une petite chambre et qui un soir qu'il avait sept ans va le "forcer" à regarder "Ça" (vous savez le téléfilm tiré du roman de Stephen King avec le Clown qui fout les jetons). Et voilà Benjamin qui fait des cauchemars où des clowns le pourchassent. 
Il parle également de la mort d'une manière poétique mais sans mâcher ses mots (il appelle souvent un chat un chat si vous voyez ce que je veux dire. Il ne s'embarrasse pas de métaphore) en disant que sa mère parlait souvent de sa mort prochaine (qui n'est pas encore arrivé bien évidemment), mais aussi des grossesses successives de sa mère. Et là, je peux vous dire que cela peut choquer certaines personnes car Mrs Law a son franc-parler et explique la grossesse à ses filles de manière à les dégouter d'avoir des enfants. Moi cela me faisait plutôt rire même si parfois les images que mon cerveau fabriquait étaient des plus ragoutantes. 
Benjamin Law nous parle également de son homosexualité, mais aussi de l'émigration de la famille de sa mère, de son apprentissage un peu hasardeux du cantonais qu'il n'a jamais bien su parler devenant progressivement tonalement sourd. Et tant d'autres choses. 

Voilà un "roman" drôle (j’ai beaucoup ri), touchant, choquant par instant, vivant: en un mot, jubilatoire. Le seul petit bémol (pour moi qui ne suis pas très friands de nouvelles), c'est que ce livre n'est pas forcément un roman mais plus un recueil de nouvelles. Le thème central du livre, c'est la famille Law qui fait le lien entre toutes les histoires mais celles ci ont un début et une fin sur un thème donné: "La grossesse", "L'homosexualité", "Les parcs d'attractions", "Le théâtre", "L'apprentissage d'une langue". Voilà pourquoi j'ai mis cinq jours pour le lire ( le fait que le travail ne me laissait pas beaucoup de temps y est aussi pour quelque chose): j'étais ravi de retrouver les membres de la famille Law mais j'avais du mal à enchainer les histoires comme dans un roman où on peut enchainer les chapitres pour savoir la suite. 

Cependant, Benjamin Law a trouvé la solution la plus logique et la plus naturelle de raconter l'histoire de sa famille: il laisse les souvenirs venir à lui de manière aléatoire au gré d'un mot, d'un thème et non de manière chronologique. (J'ai toujours trouvé étrange les romans autobiographiques qui commencent par la naissance et enchainent les années chronologiquement). Ce qui fait qu'on se ballade de l'enfance à l'adolescence jusqu'à l'âge adulte au gré des souvenirs évoqués par un mot comme les parcs d'attractions ou "les camps de vacances" consacrés à Dieu (cette histoire aussi vaut son pesant de cacahuètes tellement c'est hallucinant. Tellement hallucinant qu'on se demande si l'auteur n'a pas inventer tout ça) ou les Noëls en famille. Puis l'avantage de ce procédé, c'est qu'on peut lire ou relire les histoires dans l'ordre qu'on veut. 

En bref, un roman jubilatoire, extravagant, drôle mais également touchant, écrit d'une plume sincère, qui nous raconte l'histoire d'une famille chinoise à travers les yeux d'un garçon gay, souvent gaffeur qui rend un vibrant hommage à sa famille excentrique. Rendre une petite visite aux Law, c'est se retrouver dans une famille pas si éloignée de la nôtre: les souvenirs de Benjamin font échos aux nôtres et nous font entrouvrir notre propre mémoire. Au final, je me suis dit que Benjamin, c'était un peu moi par certains côtés. 

Merci à Brigitte des Editions Belfond de m'avoir permis de faire la connaissance de la famille Law. 

Benjamin Law: Les lois de la famille (The Family Law), Éditions Belfond, 260 pages, 2012

 














lundi 10 octobre 2011

Une Histoire de l'Australie


4e de couverture: De la sauvage Tasmanie aux rivages du Pacifique sud, une fresque grandiose, véritable épopée qui retrace plus d’un siècle d’une histoire australienne faite d’aventures, de passions et de tourments. La redécouverte d’une saga inoubliable par l’une des signatures majeures de la littérature australienne.

Eldorado pour certains, bagne et tombeau pour d’autres, l’Australie du début du XIXe siècle revêt bien des formes pour les pionniers qui débarquent sur ses rives.

Parmi ces colons de la première heure venus tenter leur chance sur cette terre du bout du monde, les Forbes, les Brown et les King. En eux, une même énergie vitale, un même rêve fou : plier cette nature hostile et sauvage à leur volonté.

Colonisation des territoires aborigènes, ruée vers l’or, guerres mondiales... Au gré des blessures et des drames, ces trois familles vont forger leur histoire. Et c’est dans ce passé tumultueux que leur descendante, la belle et indépendante Maggie, puisera la force d’affronter les obstacles et d’unir son destin à celui de son pays...


Voilà un grand roman comme je les aime. Une saga qui me parle d'un pays que je connais peu et dont l'auteur va me raconter l'histoire.
En ouvrant le roman de Nancy Cato, grande romancière australienne au même titre que Colleen McCullough, disparue en 2000 (et dont les éditions Belfond ont eu la belle idée de rééditer ses romans), je savais que j'allais passer des moments formidables.
A travers plusieurs générations de trois familles qui ne feront plus qu'une au final par l'intermédiaire de Maggie et Vincent, Nancy Cato nous raconte l'histoire fabuleuse de l'Australie, des premiers colons arrivés dans les années 1820 et dont Joseph Forbes est un exemple, éleveur de moutons venus faire fortune en Australie, jusqu'à la fin des années 1960 et les manifestations anti-guerre du Vietnam et les combats pour les droits des aborigènes (dont Joseph Forbes King, le fils de Maggie et Vincent, sera l'un des défenseurs).
En fait, "Les étoiles du Pacifique" est un roman foisonnant de personnages, de grands destins, si bien que parfois on à l'impression de s'y perdre un peu. Heureusement, la force de Nancy Cato, c'est de raconter cela de fort belle manière et la plus concise possible en rappelant parfois au lecteur ce que l'un des ancêtres de Maggie à fait (et tout de suite, le lecteur se rappelle ce qu'il a lu 200 pages avant).
En fait, avec "Les étoiles du pacifique", on a l'impression de lire 5 romans en un. Composés de cinq parties, le roman nous raconte cinq destins: du premier Joseph Forbes, venu élever des moutons en Australie, quittant l'île de Tasmanie, aux Brown, dont le père est un ancien prisonnier canadien emmené en Australie pour purger sa peine (chose que j'ignorais totalement), à Samuel King, qui sera obsédé par l'or et deviendra prospecteur d'or, nous parlant ainsi de la ruée vers l'or que connu les Etats Unis bien sûr mais également l'Australie, à Vincent King, le fils de Stanley et petit fils de Samuel, qui sera fasciné par les voitures et les courses automobiles et qui épousera Maggie, descendante de la famille Brown. Pour terminer le roman par le destin de Joseph Forbes King (JFK comme le président américain) qui se battra pour les droits à la terre des Aborigènes (d'ailleurs, une réflexion m'est venu comme quoi, l'histoire se répète inlassablement que ce soit aux States avec le combat des Noirs pour leur liberté ou les Aborigènes pour retrouver leur droits et leurs terres en Australie. Car n'oublions pas que les Aborigènes (tout comme les Indiens d'Amérique qui connurent un destin horrible étant oubliés dans des réserves alors qu'ils étaient là les premiers) étaient les premiers habitants d'Australie. Il y a tout cela et plus encore dans ce roman de Nancy Cato. Car bien evidemment, j'oublie de parler de certains personnages et c'est tant mieux. Je vous laisse ainsi la surprise de les découvrir.

Je pense que la littérature sert à ça: apprendre en se divertissant. Avec "Les Etoiles du Pacifique", j'ai passé des moments merveilleux d'aventures et j'ai appris beaucoup de choses passionnantes sur l'Histoire de ce pays qu'est l'Australie. Voilà ce que je demande à un roman.

En conclusion, une saga Australienne magnifiquement bien écrite et documentée (Nancy Cato en sait autant sur la ruée vers l'or que sur les courses automobiles), qui sur un siècle et à travers trois familles, nous embarque pour un merveilleux voyage vers l'Australie. Vous, qui avez peut être rêvé de faire ce voyage vers l'Australie un jour, ouvrez ce roman de Nancy Cato et attacher vos ceintures. Je vous garantis que vous ne regretterez pas le voyage.

Merci à Brigitte des Editions Belfond de m'avoir permis de faire ce fabuleux voyage.

Nancy Cato: Les Etoiles du Pacifique (Forefathers), Belfond, 703 pages, 1985 (pour la première édition), 2011 (pour la présente édiition)

vendredi 15 avril 2011

La mort est une belle conteuse d'histoire


Résumé: Leur heure venue, bien peu sont ceux qui peuvent échapper à la Mort. Et, parmi eux, plus rares encore, ceux qui réussissent à éveiller Sa curiosité. Liesel Meminger y est parvenue. Trois fois cette fillette a croisé la Mort et trois fois la Mort s'est arrêtée. Est - ce son destin d'orpheline dans l'Allemagne nazie qui lui a valu cet intérêt inhabituel ou bien sa force extraordinaire face aux événements ? A moins que ce ne soit son secret... Celui qui l'a aidée à survivre. Celui qui a même inspiré à la Mort ce si joli surnom : la Voleuse de livres...

Mon avis: Grâce à Liyah qui a fait de La voleuse de livres un livre voyageur, j'ai passé un moment formidablement émouvant devant ce conte cruel et merveilleux.
Par le biais du conte et le fait que la narratrice du roman soit la Mort elle même, Markus Zusak nous plonge dans la seconde guerre mondiale mais du côté allemand. Malgré un début un peu ténébreux où je me demandais ce que je lisais, j'ai été happé par l'histoire dès que Liesel fait son entrée chez les Hubermann. J'ai beaucoup aimé suivre le destin de cette petite fille que l'on surnommera "la voleuse de livres". On la suit dans ses aventures avec Rudy, son meilleur ami (et le premier garçon dont elle tombera amoureuse). Et les Hubermann, quels humanistes! Je les ai énormément aimé; même Rosa malgré son vocabulaire un peu fleuri: ils prennent tous les risques en cachant Max, un juif, dans leur sous sol. Ce cher Max qui donnera les deux livres qui compteront le plus pour Liesel.

Le fait que la Mort soit la narratrice est une idée fabuleuse pour nous parler des camps de la mort. Markus Zusak ne donne pas une image édulcorée des camps mais il ne nous les montre qu'à travers un personnage fortement humain et doux. Oui, j'ai trouvé la Mort très douce avec les âmes qu'elle prend.
Hitler est souvent évoqué, pendant les défilés des Jeunesses Hitlériennes ou lors de combats imaginaires avec Max: moments du livre que j'ai trouvé très bien fait et culottés.

J'ai été ému par la fin du livre: pourtant la Mort nous prévient plusieurs pages avant du sort des Huberman et de Rudy, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'être ému devant le chagrin de Liesel, celle qui fut sauvée par un livre.

Les livres et les mots ont une part importante dans le roman et l'auteur a très bien décrit le pouvoir que les mots pouvaient avoir. Il dit même que si Hitler n'avait pas eu les mots pour régner (c'est vrai qu'Hitler était un vrai orateur qui savait hypnotiser et galvaniser les foules), il n'aurait peut être pas amener le chaos avec lui. Et ces extraits le disent bien.

"Oui, le Führer avait décidé qu'il dominerait le monde par les mots. "Je ne tirerai pas un seul coup de feu, décida-t-il. Je n'en aurai pas besoin." Pour autant, ce n'était pas quelqu'un d'irréfléchi. Accordons-lui au moins ceci. Il n'était pas du tout idiot. Pour commencer, il allait planter les mots dans un maximum de zones de sa patrie.
Il les planta jour et nuit et il les cultiva.
Il les regarda pousser et,bientôt, toute l'Allemagne fut couverte d'une forêt de mots...C'était une nation de mots cultivés.
(p.514-515)

"Elle arracha une page du livre et la déchira.
Puis un chapitre entier.
Bientôt, elle fut entourée de mille morceaux de mots. Les mots. Pourquoi fallait-il qu'ils existent? Sans eux, il n'y aurait rien de tout cela. Sans les mots, le Führer ne serait rien. Il n'y aurait pas de prisonniers boitillants. Il n'y aurait pas besoin de consolation et de subterfuges pour les réconforter.
A quoi bon des mots?
Elle le répéta à haute voix, dans la pièce baignée d'une lumière orange. "A quoi bon des mots?"
(p. 599-600)

Troublant de vérité, je trouve.

En conclusion, un roman déconcertant de par sa narration et le style, mais qui dès qu'on est entré dans l'histoire s'avère passionnant, émouvant, troublant et fascinant et qui m'a fait me poser des questions sur le pouvoir que peuvent avoir les mots sur un peuple. Puis, découvrir la Seconde Guerre Mondiale du côté allemand a été une nouveauté pour moi. J'ai beaucoup aimé et je vous le recommande.

Encore merci à Liyah d'avoir fait voyager ce livre. Grâce à elle, j'ai fait une belle découverte.

Markus Zusak: La voleuse de livres (The Book Thief), Pocket, 634 pages, 2007

mercredi 13 octobre 2010

Le poids des secrets


Résumé: "Si j’avais affaire à quelqu’un d’autre, je tournerais les talons. Je ne me faufilerais pas sous le rideau de branches de l’acacia en baissant la tête. Je ne me raccrocherais pas à son tronc rugueux de crainte de trébucher. Je n’écarterais pas le feuillage. Je n’apercevrais pas une clairière. Et je ne découvrirais pas le secret de Jasper Jones."

Une nuit de 1965, Jasper Jones, le paria de la petite ville minière de Corrigan, le gamin à moitié aborigène, frappe à la fenêtre de Charlie Bucktin, treize ans. Il n’a confiance en personne, il a besoin d’aide, aussi Charlie accepte-t-il de le suivre jusqu’à cette jolie clairière enfouie dans le bush où l’attend une terrible découverte.
Cette nuit-là, Jasper Jones lui fait jurer de garder le silence. Mais ce secret bien trop lourd à porter pour des enfants n’est pas le seul qui lézarde la ville de Corrigan…


Mon avis: Voici un autre coup de coeur de cette rentrée littéraire. Après ma découverte du livre d'Amanda BoydenEn attendant Babylone, j'ai voulu découvrir le livre de ce jeune auteur australien, Craig Silvey.

Et ce fut une découverte totale: ma première incursion dans la littérature australienne, ma découverte de ce pays, son bush et cette petite ville minière Corrigan. C'est un roman à plusieurs facettes: c'est un roman à suspense puisqu'il commence par la découverte du corps d'une jeune fille, Laura Wishart par deux jeunes garçons qui vont vouloir découvrir qui est son assassin, mais aussi un roman "psychologique" puisque Jasper Jones demande à Charlie de garder le secret de la mort de Laura et de ne rien dire. On suit alors, le parcours intérieur de Charlie: comment il vit avec ce secret qui le ronge alors que toute la ville est à la recherche de Laura. Et surtout, il ne sait pas comment vivre avec ça et le fait de vivre sa première histoire d'amour avec Eliza, la soeur de Laura. Il a l'impression de la trahir. Mais il se rend compte qu'elle aussi lui cache quelque chose.

Il y a du Mark Twain, (cité plusieurs fois), dans ce roman, on pense à Tom Sawyer, Jasper, ce jeune aborigène, copie d'Huckleberry Finn et Jack Lionel Le Fou que les deux jeunes soupçonnent du meurtre s'apparentant à "L'Indien".

J'ai aimé suivre les aventures de Charlie. Je me suis reconnu en lui: comme lui, j'aimais me plonger dans les livres (et très jeune dans ceux de ma mère),comme lui, j'ai vécu les brimades de mes camarades de classe. Et comme lui, j'ai détesté sa mère. Je n'ai pas aimé cette femme qui commençait à faire de sa vie un vrai cauchemar car elle n'aimait plus la sienne dans cette petite ville qu'elle détestait. Ai-je été influencé par Charlie dans cette détestation? Peut être, vu ce qu'il en dit parfois:

Je lui ai fait honte, le soir où la police m'a rattrapé; ça j'en ai bien conscience. J'ai détruit la façade derrière laquelle elle s'abritait. Au diable les apparences! J'ai souillé le nom de notre famille et sa réputation avec. Depuis, les mauvaises langues se déchaînent. Les calomnies se répandent comme des fruits de pissenlit sous un coup de vent. les associations féminines et sportives dont ma mère est membre l'ont mise au ban. Je ne suis plus un fils modèle; ce qui signifie qu'elle n'était pas une mère modèle. En un sens, et tant pis si ça parait mesquin, j'en suis presque fier.

J'ai aimé la relation amicale entre Charlie et Jeffrey, le petit vietnamien fan de cricket qui se fait houspiller par les autres. Il faut dire qu'il ne fait pas bon être Viet en Australie pendant la guerre du Vietnam. Et le saccage du jardin des Lu par des gars de la ville le démontre bien.

J'ai aimé le personnage marginal de Jasper et son combat pour découvrir qui a tué celle qu'il aimait. Et ce qu'il découvrira lui fera encore plus mal.

C'est un roman plein de finesse, de tendresse mais également de cruauté et qui nous démontre le poids des secrets. Car avec la disparition de Laura, cette petite ville en apparence tranquille de Corrigan va se fissurer devant les secrets qui vont être dévoilés. Car on aura le fin mot de l'histoire sur la mort de Laura. Et c'est pas joli à voir. Et pourtant, j'avais pensé à cette hypothèse mais j'ai quand même été surpris par le dénouement de l'affaire Laura Wishart.

Un roman à découvrir qui m'a fait passer un merveilleux moment. Un coup de coeur!

Extrait: Je n'ai mis le nez dehors que le temps d'expédier quelques corvées de jardinage. Et pourtant, à ce moment là, les autres gamins recommençaient à sortir. J'ai lu un paquet de bouquins. Mes parents ne pouvaient pas m'empêcher de m'évader entre leurs pages. Celui que j'ai préféré, c'est encore Vol au dessus d'un nid de coucou. Je l'ai trouvé génial. Je l'ai d'ailleurs lu deux fois. Le personnage de McMurphy m'a beaucoup plu. Il m'a rappelé Jasper Jones. Du coup, j'ai encore plus regretté qu'il ne soit pas là. (p 209)

Craig Silvey: Le secret de Jasper Jones (Jasper Jones), Calmann-lévy, 2010, 382 pages