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mercredi 5 juin 2013

L'attente de l'aube




4e de couverture: Consulter un psychanalyste a parfois des conséquences inattendues : en proie à des troubles sexuels, Lysander croise la fascinante Hettie chez son thérapeute viennois et tombe fou amoureux. Acteur aguerri, il est pourtant démuni lorsque Hettie le conduit à endosser le rôle de sa vie : agent secret. Dans l’Europe en guerre, il traque une taupe de l’armée britannique ? toute erreur de réplique serait fatale…

Dernier roman choisi pour le prix Points, cette "Attente de l'aube" nous fait plonger de plein fouet dans ce XXe siècle nouveau qui va connaitre ses premiers chambardements.
William Boyd, grand écrivain britannique dont je découvre la plume  à travers ce roman, réussit à trousser de manière spectaculaire une histoire d'espionnage rocambolesque, qui a pourtant un semblant de crédibilité.

Son héros, Lysander va se retrouver, à son corps défendant, impliqué dans les affaires politiques et militaires de son pays en guerre. De Vienne à Londres en passant par la Suisse, ce héros malgré lui va aller de surprises en découvertes improbables, tout comme le lecteur qui se demande où il a mis les pieds. C'est alors un roman sans temps mort, commencé de façon étrange (pensez donc Lysander se rend chez un psychiatre pour soigner des troubles sexuels, rencontre une femme fatale dont il va tomber amoureux et à cause d'elle, le voilà embarqué dans le contre-espionnage anglais).

Tout d'abord dérouté par l'angle de départ, j'ai été bluffé au fil des pages par l''imagination débridée et sans bornes de William Boyd. Il mène son héros et le lecteur par le bout du nez. Le lecteur, amateur d'aventures, que je suis, n'a pas pu lâcher le livre avant la fin. Petit à petit, toutes les pièces du puzzle mis à notre disposition se remettent en place et tout devient clair.

William Boyd nous parle également d'un pan de l'histoire britannique peu connu de notre côté de la Manche (au moins par moi): la 1ere Guerre Mondiale vue par le prisme d'une affaire d'espionnage aux enjeux primordiaux pour l'issue du conflit. Cela fut très intéressant.
De l'histoire, de l'aventure, de l'action, de l'amour, de la trahison, du sexe (juste ce qu'il faut): il y a tout ça dans ce roman foisonnant et somme toute sympathique, que l'auteur d'"Un anglais sous les Tropiques" nous offre.

Au final, un bon roman qui m'a fait passer des heures agréables et que je ne regrette pas d'avoir découvert. Un roman divertissant qui m'a transporté dans une aventure trépidante, qui va à cent à l'heure. Un bon moment de lecture.

William Boyd: L'attente de l'aube; (Waiting for Sunrise); Points; 441 pages; 2012





dimanche 26 mai 2013

Les soeurs Brelan

 


4e de couverture: A la mort de leur père, les sœurs Brelan se retrouvent à un conseil de famille qui doit décider de leur sort. Cette année, Marthe, l'aînée, devient majeure : elle peut donc hériter sa part et surtout prendre ses sœurs en charge. Malgré les tensions, le juge semble séduit par les trois drôlesses, qui mènent une vie à leur guise… Une saga familiale qui embrasse près de cinquante ans d’histoire des changements idéologiques du XXème siècle de l’après-guerre jusqu’à la chute du Mur de Berlin.

Pas  facile d'entrer dans ce roman de très belle facture, comme il n'est pas évident d'entrer dans  une nouvelle famille, de peur de casser l'équilibre fratricide.
C'est l'impression que m'a fait le début de ce roman. Les Soeurs Brelan sont un peu intimidantes tout de même et il m'a fallu un petit temps pour me familiariser avec leurs caractères (mais aussi de trouver le bon tempo de lecture et apprivoiser le style rapide de Françoi Vallejo). La narration et les dialogues s'entremêlent pour mieux nous enfermer dans cette maison si particulière.
Les Soeurs Brelan, Marthe, Sabine et Judith ont tous un caractère différent: Marthe, la réservée, Sabine, l'ambitieuse et Judith, l'éternelle rebelle. Pourtant, elles sont indissociables et ne peuvent pas se séparer comme des soeurs siamoises.
De manière resséré, François Vallejo raconte 30 ans de l'histoire de ses héroïnes, prenant pour repère le Mur de Berlin: de sa construction à sa chute, les Soeurs Brelan vont vivre des aventures rocambolesque dans 3 parties distinctes: chaque partie correspondant au parcours d'une soeur. Malgré les séparations successives, les 3 soeurs resteront à jamais ensemble, ne parvenant, et ne voulant pas casser ce lien qui les unis.

François Vallejo dresse trois beaux portraits de femmes, d'une écriture rapide, fine et fluide dans la France d'après guerre jusqu'aux années 80. S'il m'a fallu un petit temps d'aptation, j'ai été charmé par ces trois soeurs. Un joli petit roman que je vous conseille fortement.

François Vallejo: Les Soeurs Brelan; Points; 285 pages; 2010


jeudi 23 mai 2013

Marcus

 

 4e de couverture: Il n’est qu’un sourire le gamin, pourtant il n’a plus rien et un môme sans parents autour, ça marche pas, je le sais bien. Alors, je l’ai pris par la main et je l’ai embarqué dans ma vie de guingois : les marchés, les combines et les verres au bord du zinc. Lui, il a déboulé avec ses dessins, son cartable trop lourd, ses bagarres à la récré, et ses flans à la vanille. Lui et moi, on est bien.

Pierre Chazal nous offre un premier roman touchant avec ce portrait des petites gens qui peuplent notre jolie France. Ce roman est un peu comme un bonbon acidulé que le lecteur déguste avec plaisir.  
L'auteur réussit a donner une gouaille à son narrateur Pierrot qui fait chanter les mots et donne un rythme enlevé au récit. 
Le duo que forme Pierrot et Marcus sonne vrai: ils apprennent à se connaitre et à s'aimer: le jeune célibataire, ancien amoureux transi de la mère du gamin, qui s'est suicidée en laissant la garde de son petit Marcus, 8 ans, à son meilleur ami, et ce petit orphelin qui va retrouver un équilibre et une famille en la personne de Pierrot et toute la petite bande qui gravite autour de lui, vont se comprendre et apprendre à vivre ensemble. 

Puis, il y a aussi ce petit twist au milieu du roman: une deuxième partie qui chamboule tout et change l'ambiance que Pierrot avait instauré dans son récit: se déroulant en prison, cette partie est beaucoup plus "noire" (on ne retrouve quand même pas l'ambiance qu'Audiar avait mis en image dans "Le Prophète". Cela reste quand même supportable à la lecture) et casse le semblant de paradis que le narrateur nous racontait dans la première partie. Le lecteur comprend alors que cette deuxième partie se déroule dans le présent et qu'il s'est passé un évènement dramatique qui conduisit Pierre en prison.

Je ne veux pas trop en dire pour ne pas tout déflorer car il est aussi important de  faire sa propre découverte d'un roman (j'en ai déjà trop dit avec le passage sur la prison). Pierre Chazal signe donc un roman touchant, nostalgique quelquefois d'une époque révolue mais pourtant pas si lointaine (les années 90). Il fait partie de cette famille d'écrivains qui savent croquer le quotidien des petites gens en leur donnant la parole, comme le fait Barbara Constantine, par exemple. 

Au final, un petit roman sur la vie, les petits bonheurs et les moments de malheur, qui ne tombe pas dans le misérabilisme. De plus, l'auteur laisse la porte ouverte au lecteur pour que celui ci puisse imaginer le futur de Pierre et Marcus. Un petit bonbon acidulé à déguster sans modération. 

(Ce roman, que j'ai lu dans le cadre du Prix des Lecteurs des Editions Points sort en poche le 6 juin 2013)

Pierre Chazal: Marcus; Points; 258  pages, 2012


mardi 30 avril 2013

Batalle de chats

4e de couverture: Anthony Whitelands, expert britannique en peinture, n’en revient pas. Débarqué à Madrid en mars 1936, il trouve un Velasquez inconnu chez le duc de la Igualada. D’où vient cette toile ? Pas le temps d’y réfléchir, ils veulent tous la récupérer : fascistes excités, démocrates à l’agonie, communistes en embuscade. Qu’importent les moyens ! Mauvaise idée que d’arriver la veille d’une guerre civile… 

Eduardo Mendoza entraine le lecteur dans l'Espagne des années 30, et plus particulièrement en février 1936, quelques mois avant le début de la guerre civile espagnole.  
Le lecteur va alors se sentir comme le héros du roman, Anthony Whitelands, embarqué dans une course folle et une histoire qui va progressivement le dépasser. Entre peinture, politique et complots, Antthony (et le lecteur) n'est pas au bout de ses surprises.

Je dois vous avouer que j'ai mis un peu de temps pour entrer dans ce roman. Les 100 premières pages m'ont paru intéressantes mais je tâtonnais dans ce Madrid des années 30 que je ne connaissais pas du tout, ayant peu lu de roman sur cette période.
Puis, dimanche, je me suis posé et ai repris le roman pour ne plus le lâcher. J'ai été hypnotisé par l'écriture fabuleuse, riche, puissante, poétique, vibrante, entrainante d'Eduardo Mendoza. Le lecteur novice que je suis en matière d'aventures espagnoles, s'est un peu senti comme Anthony Whitelands: un pion (consentant pour ma part) dans un jeu politique qui le dépasse. L'auteur arrive à nous emmener dans cette époque en nous expliquant les aboutissants dans ce futur conflit qui se prépare (il nous parle de Mussolini, d'Hitler), on croise même Franco, personnage célèbre de cette guerre.

Si l'un des points importants de ce roman est le conflit civil qui se prépare, il est question également de peinture et surtout de Velázquez, célèbre peintre espagnol du XVIIe siècle. On sent que l'auteur s'y connait mais n'étale cependant pas sa science. Il parle de peinture mais ces passages servent le récit. C'est encore une fois réussi et passionnant.

Puis le récit s'emballe et l'histoire va à cent à l'heure, donnant une impression de vertige, mais un vertige fascinant et bienheureux qui fait qu'on ne peut absolument pas lâcher ce roman. Le lecteur avance, en allant de surprise en surprise et se demande jusqu'où l'auteur va aller avec son héros. Mais il n'y a pas que lui dans l'histoire: il y a aussi la famille qui va lui demander d’expertiser les tableaux familiaux en vue d'un départ prochain, si guerre il y a, afin d'avoir quelques liquidités. Les De  Igualada sont des êtres étranges, je trouve, surtout les deux filles du Duc, Paquita et Lili, qui vont tour à tour faire chavirer notre expert anglais. Pourtant, ce sont cette famille qui font le sel de ce roman avec Jose antonio Primo de Rivera, jeune homme à la tête d'une organisation fasciste.

Comme vous pouvez le voir, ce roman est riche et passionnant. Il se passe tellement de choses fascinantes qu'on ne peut pas faire autrement que de le dévorer: de la politique à l'histoire de l'art, à l'histoire tout court, vous êtes entrainé dans un tourbillon qui vous fait tourner la tête. C'est admirable.

Au final, un roman passionnant, riche, qui ravira les amateurs d'aventures, d'histoire, de complots, d'art, d'amour également. En fait, c'est un pan de l'historie espagnole qui se dévoile à vous. Vous êtes entrainé dans un tourbillon qui vous transportera et vous laissera essouflé, pantelant mais ravi d'avoir le fin mot de toute cette histoire dès la dernière page tournée. Après tout c'est tout ce qu'on demande à un livre: de nous faire apprendre et découvrir des choses en nous divertissant.

Rockeby Venus de Diego Velázquez  (tableau évoqué dans "Bataille de chats")




Eduardo Mendoza: Bataille de chats (Riñas de gatos), Points, 470 pages, 2012














jeudi 18 avril 2013

L'ombre de moi-même

4e de couverture: Mona a vingt ans. Depuis dix ans, son père est atteint d’une terrible - et incroyable - maladie. Laquelle ? Nul ne le sait. Dès les premiers symptômes, il est devenu gris. Et la maison familiale, elle aussi, a perdu ses couleurs. Une vie en noir et blanc, s’agit-il d’une dépression ? Étrange. Comme la relation compulsive, poétique, et totalement irrationnelle, que Mona entretient avec les nombres.

Il flotte un vent de folie sur le roman d'Aimee Bender, qu'Agnès Desarthe, écrivain français et traductrice a très bien su retranscrire.
C'est une folie douce qui va accompagner les lecteurs que nous sommes dans la vie un peu étrange de Mona. Cette jeune femme, qui s'est offert une hache pour son vingtième anniversaire, dont le père est atteint d'une maladie étrange dont on ne sait pas le nom mais qui est devenu gris soudainement. Elle devient prof de maths dans une école primaire et on va la suivre dans ses pérégrinations avec ses petits élèves et surtout ceux de la classe de CE1 comme Lisa, Ann ou Danny.

Dès les premières lignes, j'ai compris qu'un univers particulier se présentait sous mes yeux avec ce conte étrange d'une ville où personne ne meurt, sauf que la ville commence à être surpeuplée: le maire de la ville décide alors que chaque famille devra faire un sacrifice en choisissant quel membre de la famille devra mourir. Seulement voilà, une famille n'arrive pas à se décider et chaque membre de la famille décide de se séparer d'une partie de leur corps pour constituer l'équivalent d'un être humain. Comme vous pouvez le voir, on part dans un univers complètement barré et ce n'est que le début.
Sauf que malheureusement, je ne suis pas entré dans cet univers: je n'ai pas réussi a m'imprégner de cette ambiance, trouvant cela un peu trop fou pour moi. Aimee Bender à un style particulier, mélangeant les dialogues et la narration dans une même phrase, faisant ainsi du récit de  Mona,  une sorte de monologue . J'ai lu ce roman sans empathie aucune, n'arrivant pas à trouver l'histoire de Mona si intéressante que ça car justement hors de la réalité.

En revanche, je peux louer qu'Aimee Bender à un univers bien à elle, qu'elle exploite jusqu'au bout, ne s'interdisant aucune folie, ne se hissant aucune barrière. Au contraire, elle dépasse les limites de l'absurde pour aller jusqu'au bout de sa pensée. J'ai également trouver cette folie très poétique. La ville où habite Mona est hors du temps, du lieu, une ville de conte où Mona prend le lecteur par la main pour lui présenter tous les habitants un peu étrange qui peuplent cette ville. Sauf que Mona n'a pas su me guider et je suis resté à l'entrée de cette ville.

Au final, un roman particulièrement étrange, teintée de folie douce qui n'a pas su m'embarquer dans son univers. Je reconnais que l'auteur à un certain talent et qu'elle va au bout de son idée, ne s'interdisant aucune étrangeté, aucune limite dans l'absurde: ce qui est louable mais également risqué car elle peut laisser certains lecteurs sur le bord de la route, dont moi qui ne suis pas entrer dans cet univers. A mon grand regret.

Aimee Bender: L'ombre de moi-même (An Invisible sign on my own), Points, 305 pages, 2001














lundi 1 avril 2013

Les étoiles dans le ciel radieux

4e de couverture: Voilà des semaines qu’elles attendaient ça ! Les Sopranos se retrouvent pour partir en vacances. Manda, Chell, Kylah, Finn et Kay ont quitté le lycée. Toutes ont suivi des chemins différents. Malgré les failles naissantes dans leur amitié, elles n’ont pas perdu le sens de la fête. Entre gueule de bois et perte de passeport, l’aventure commence dès l’aéroport… qu’elles ne sont pas prêtes de quitter !

2e volet des aventures des "Sopranos", ce roman est tout aussi prenant que "Les Sopranos".
Nous sommes au début des années 2000, les Sopranos se retrouvent pour passer des vacances ensemble...sauf qu'elles ne sont pas prêt de quitter l'aéroport.

Bizarrement, j'ai pris beaucoup de plaisir à retrouver cette bande de filles. Je dis bizarrement car elles sont toutes un peu givrées, alcoolo...bref, des filles que je fréquenterais pas dans la vie réelle. Mais Alan Warner réussi à les rendre vraies.
Pourtant, qu'est ce que Manda à pu me saouler. Je crois qu'elle est encore pire qu'avant. Elle n'arrête pas d'ouvrir sa grande gueule, de s'enfiler des pintes de bières comme c'est pas permis. En bref, c'est l'un des personnages les plus irritables que j'ai rencontrée dans un roman. Pour vous dire, même les autres filles n'en peuvent plus de Manda.

J'ai eu un petit pincement au coeur de ne pas retrouver Orla, mon personnage préféré des "Sopranos". Le lecteur apprend son décès au début du roman. C'est Ava, nouveau personnage, et nouvelle amie de Finn qui va débarquer dns la petite bande, et elle nous réservera quelques petites surprises.

Je tire mon chapeau à l'auteur car il a réussi à me captiver alors qu'il ne se passe pas grand chose dans ce roman: on suit six filles entre beuveries et clopages, dans un aéroport, coincée là à cause de Manda qui a perdu son passeport (le boulet!). Un lieu unique pour une intrigue minime. Le roman se déroule sur 5 jours, du vendredi soir au mardi après-midi. Pourtant, j'ai tourné rapidement les pages, ravi de me retrouver dans cet univers complètement déjanté.
De plus, cette fois ci la lecture fut agréable: la traductrice a rectifié le défaut du 1er volet au niveau des dialogues.

Puis, il y a ce final renversant qui me laisse encore sur le cul. C'est à ce moment là que j'ai compris à quel moment se déroulait l'action du livre: nous sommes en 2001.

Au final, un roman qui se lit très bien, vulgaire certes, mais bien ancrée dans son époque. (D'ailleurs ce roman n'est il pas trop marqué par son époque pour passer les années? L'apprécierai-je si je le lisais dans 10 ou 20 ans?) Un roman qui peut se lire indépendamment du 1er volet. Un roman que j'ai lu très rapidement, comme hypnotisé par l'écriture d'Alan Warner et les aventures de ces 6 filles.
Ce qui est encore plus bizarre, c'est que je serai curieux d'avoir un 3e volet pour avoir de leurs nouvelles.

Alan Warner: Les étoiles dans le ciel radieux (The Stars in the Bright sky), Points, 516 pages, 2011










mardi 26 mars 2013

Les mille automnes de Jacob de Zoet

4e de couverture:
Dejima, comptoir de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, ou la promesse d’une fortune facile. Jeune clerc, Jacob de Zoet débarque sur l’île en 1799, bercé par l’espoir d’un mariage à son retour. Là, il est comme envoûté par Mlle Aibagawa, douce sage-femme au visage étrangement brûlé. Or la demoiselle est enlevée sous ses yeux par le diabolique Enomoto et conduite sur le mont Shiranui… 

Hasard ou coïncidence (un petit clin d'oeil à Claude Lelouch, en passant): j'ai entendu parler de David Mitchell par l'intermédiaire de la bande annonce du dernier film des "frères" Wachowski (les réals de la trilogie "Matrix"): "Cloud Atlas". (qui en français donne "Cartographie des nuages"). 
En voyant cette bande annonce magnifique mais à l'intrigue complexe, j'ai été intrigué. J'ai alors appris que "Cloud Atlas" était tiré d'un roman de David Mitchell.
Puis, voilà que David Mitchell croise ma route par l'intermédiaire du Prix du Meilleur Roman Points avec un autre de ses romans au titre tout aussi poétique que le précédent: "Les mille automnes de Jacob de Zoet". 
Impatient de le découvrir mais un peu peur aussi de m'y perdre,(surtout au vu d'un certain commentaire sur un site marchand qui comparait l'écriture de David Mitchell à Thomas Pychon, un auteur que je n'apprécie pas du tout et qui m'est tombé des mains, il y a quelques années), j'ai tout de même sauté le pas.

C'est ainsi que je suis parti pour un pays et une histoire fascinante. Ce roman est multiple:
Composée de 3 parties distinctes, David Mitchell m'a pris par la main et m'a emmené, tout comme son personnage Jacob de Zoet, pour un voyage et un pays fascinant. 
Une première partie qui m'a fait penser au roman Historique avec la découverte d'une culture, d'un pays (le japon), d'une époque charnière (fin XVIII, début XIXe siècle) et la rencontre de personnages multiples, intrigants et passionnants (Vorstenbloch, Marinus, Ogawa, Orito Aibagawa), un japon du XVIIIe qui se dévoile au lecteur par la plume clinique, synthétisée de David Mitchell qui se transforme ici en historien (mais qui n'en oublie pas pour autant son histoire) en plantant le décor et les situations. J'ai lu cette partie là lentement en essayant de ne pas me sentir trop perdu. 

Puis vient la deuxième partie: l'auteur passe du roman Historique à un roman Onirique. L'histoire se focalise sur Orito Aibagawa, la sage femme, et j'ai cru me retrouver dans le roman d'un auteur asiatique: la plume de David Mitchell se fait plus sensible, poétique et c'est à partir de ce moment là que je me suis laissé bercé par cette musique des mots qui venaient chuchoter à mon oreille. Pourtant, j'ai toujours eu un peu de mal avec la littérature asiatique qui ne me charme pas plus que cela, mais ici, cela est passé: peut être parce que l'auteur est anglais et pas japonais. 
En tournant la dernière page de cette seconde partie, je ne savais pas à quoi m'attendre: l'auteur avait su me conquérir avec une écriture sensible et une intrigue onirique charmante et cruelle à la fois. Est ce que la magie allait retomber? 

En commençant la 3e partie, de nouveaux personnages font leur apparition (comme s'il n'y en avait pas déjà assez depuis le début) et le roman se transforme en un formidable roman d'Aventures: on retrouve Jacob, Marinus, Van Cleef et les autres personnages néerlandais du début du roman. 
Le roman retrouve un ryhtme beaucoup plus rapide, qui va à cent à l'heure et qui nous fait vivre de grandes batailles: David Mitchell s'est transformé en un Patrick O'Brien, un C.S. Forester (avec son héros Capitaine Hornblower) ou un Alexander Kent. Je me suis surpris à tourner les pages avec envie: j'ai été emballé, vivant au côté de Jacob et les autres, comme si je participais moi même à la bataille. 

Vous l'aurez compris, j'ai dévoré ce foisonnant roman à une vitesse grand V. David Mitchell a su me happer et me garder auprès de lui. Son écriture multiple faisant passer son roman d'un genre à un autre, est d'une beauté sans pareil, et nous emmène dans ce pays des mille automnes qui fascine les occidentaux que nous sommes. Le japon s'ouvre à nous et nous conte ses histoires et légendes. Ce roman a su trouver sa place dans la collection "Grands Romans" des éditions Points: un grand roman sensible, poétique, aventureux et historique qui nous emporte loin pour nous faire rêver et voyager. 
Après avoir lu "Les mille automnes de Jacob de Zoet", je suis prêt à découvrir la "Cartographie des nuages" . J'espère que ce voyage sera aussi beau.

David Mitchell: Les mille automnes de Jacob de Zoet (The Thousand Autumns of Jacob de Zoet), Points, 740 pages, 2012














jeudi 21 février 2013

Freedom

4e de couverture:
Patty, Richard et Walter. Ils étaient libres. Libres de s’aimer, de se perdre, de choisir la vie dont ils rêvaient. Aujourd’hui, les espoirs l’ont cédé à l’amertume. Patty a épousé Walter et est devenue mère au foyer. Les enfants partis, Walter s’investit dans l’écologie et Patty se laisse submerger par le quotidien. Un jour Richard réapparaît et avec lui la question : avons-nous fait les bons choix ?

Ouf! Mon calvaire littéraire vient de se  terminer après avoir tourné la dernière page du roman de Jonathan Franzen. 

Malgré que je sois un amateur de littérature et que je ne ferme aucune porte littéraire, m'intéressant à plusieurs genres et à des auteurs différents, je sais qu'il y a des auteurs qui ne sont pas pour moi. 
Jonathan Franzen fait partie de cette catégorie là. 
Après avoir lu "Les Corrections", il y a un an et demi, j'avais eu un sentiment mitigé, certaines parties du roman m'ayant plu et d'autres qui m'avaient laissé sur le bord de la route. J'avais alors pensé que j'avais choisi une mauvaise période pour le lire: le moment de la rentrée des classes étant très chargé et qu'il  me laissait peu de temps pour la lecture. 
J'avais donc décidé de redonner une chance à Jonathan Franzen avec un autre roman. Sauf qu'au vu des avis plutôt négatifs que j’avais lu sur son dernier opus "Freedom", mon choix ne se porterait pas sur celui là. 
Malheureusement, pour moi, j'appris que je ferais parti du jury pour le Prix du Meilleur Roman des lecteurs de Points (ce n'est pas ça la mauvaise nouvelle, ça c'est génial)  et que ce roman faisait partie de la sélection (voilà la mauvaise nouvelle!)
C'est donc avec appréhension que j'ai laissé ce livre de côté, attendant d'être en vacances pour pouvoir lire ce livre dans de bonnes conditions. 

J'ai entamé ce livre doucement, avec une peur au ventre, et voilà que ce que je redoutais est arrivé: ce n'est pas la fatigue qui m'avait donné ce sentiment mitigé du roman "Les Corrections". C'est simplement que l'écriture (et les idées) de Jonathan Franzen, ne me plaisent pas. 
Je peux vous dire que je n'ai pas pris de plaisir à cette lecture et que je replongeais dans ce livre avec une souffrance viscérale. Je me suis forcé à aller au bout de ce roman qui ne m'a pas plu. 
Certes, certaines parties du roman sont intéressantes comme le passé de Patty avec Eliza ou les aventures de Joey, son fils...mais tout le reste m'a laissé de marbre et m'a plutôt énervé. Les personnages m'ont tous été antipathiques; les passages sur les palurines ont été le summum de mon exaspération: pour être honnête, j'ai même sauté des passages entiers qui parlaient de ces charmantes petites bêtes. Les passages environnementaux, écologiques, patinés de politiques me sont passé au dessus et m'ont barbés au plus haut point.

Puis, quelle idée peut bien pousser Jonathan Franzen à faire aussi long pour pas grand chose au final. Près de 800 pages sur du rien, c'est un peu lourd tout de même. A croire que Jonathan Franzen se prend pour Balzac et croit être payé au mot, délayant son histoire jusqu'à l'indigestion: cette logorrhée verbale m'a vraiment écœuré . Son propos serait plus pertinent si Jonathan Franzen était plus concis et ne noyait pas le lecteur dans un océan de pages qui ne mène nulle part.

Au final, jamais une lecture ne m'avait autant fait souffrir et j'ai vraiment poussé un ouf de soulagement en tournant la dernière page. Je suis allé au bout pour ma conscience de juré de ce prix (et de la confiance que m'ont témoigné les éditions Points). Si cela n'avait été que de moi, j'aurai abandonné depuis longtemps. 
Tout ce que ce roman m'a appris, c'est que Jonathan Franzen n'est pas un auteur pour moi. Je suis ravi que certaines personnes apprécient ses romans, ce n'est pas mon cas. Mais bon, il faut de tout pour faire un monde et on ne peut pas plaire à tout le monde. 

Jonathan Franzen: Freedom (Freedom), Points, 787 pages, 2011













samedi 9 février 2013

Une femme fuyant l'annonce

4e de couverture: Ofer, mon enfant, nous irons ensemble à la frontière palestinienne. Tu rejoindras le camion militaire et je partirai sans me retourner. Je marcherai sur les chemins de Galilée, avançant toujours, jusqu’à ton retour. Je n’irai pas seule. Avram, mon amour de jeunesse, sera avec moi. Je lui parlerai de toi, de tes colères, tes silences butés, ton sourire et tes sanglots. Ofer, mon enfant, reviens-moi.

Un roman n'a pas besoin d'être un coup de coeur pour être un grand roman.
Une femme fuyant l'annonce de David Grossman est probablement l'un des romans qui va le plus me marquer cette année. Il n'est pourtant pas si facile d'accès. J'y suis entré lentement, me demandant ce que j'allais y trouver. En fait, le long prologue du roman est peut être le moment le plus ardu dans la lecture: le lecteur se demande où il est, il fait la connaissance d'un trio (Avram/Ora/Ilan) qui va avoir son importance pour la suite.

A partir du voyage d'Ora, la lecture se fait doucement, avec intérêt et envie d'en connaitre plus. Ora emmène son fils, Ofer, à l'aéroport, celui ci s'étant engagé de nouveau dans l'armée. A partir de ce moment, Ora décide de partir en  randonnée en Galilée,   qu'elle avait prévue  de faire avec son fils. Elle emmène avec elle,  Avram, son amour de jeunesse, et part sans se retourner et sans vouloir savoir ce que devient son fils. Elle ne veux pas savoir s'il est mort lors d'un combat. Pour éviter cet état de fait, elle décide de raconter à Avram, la vie de son fils Ofer et de sa famille, pour le garder en vie.
L'auteur va alors balader le lecteur entre le passé et le présent, dans de longs chapitres qui deviennent presque étouffant de par cette longueur.

Dans ce roman, David Grossman nous parle tout simplement d'amour: l'amour d'une mère pour son fils (et la peur de le perdre), l'amour de deux êtres qui se sont perdus en route et qui se retrouvent lors de ce voyage, mais également l'amour pour un pays, Israel, qui a bien du mal à trouver sa place et la paix dans ce monde. Un pays déchiré par un conflit que j'ai eu peine à comprendre tant j'en suis éloigné. Pourtant cette incompréhension ne m'a pas empêcher d'être intrigué et de m'y intéresser.

Certains passages du livre m'ont vraiment bouleversés et m'ont fait manquer d'air. J'ai été estomaqué par le sort d'Avram durant son emprisonnement. Les passages ou Ilan, son meilleur ami l'écoute parler sans discontinuer jusqu'à la folie, sans rien pouvoir faire m'ont mis mal à l'aise.

J'ai un peu de mal à trouver les mots pour pouvoir dire ce que j'ai ressenti lors de cette lecture éprouvante. J'ai pris mon temps pour le lire, comme une façon de digérer à chaque fois ce que j'avais lu la fois d'avant. Puis, j'ai été pris d'une frénésie de lecture, d'une boulimie qui m'ont fait tourner les 300 dernières pages en une journée, prenant le risque d'avoir trop d'émotions d'un coup.

Le final du roman m'a laissé dans l'expectative, ne sachant pas ce que l'auteur avait finalement choisi: Ofer est il mort ou vivant?: c'est alors au lecteur de faire ce choix, même si certains indices nous sont dit à demi mots..Puis, tant qu'Ora parlera de lui, Ofer sera toujours vivant.

Je crois que ce qui m'a le plus touché dans le roman, jusqu'aux larmes, (le trop plein d'émotions m'ayant submergé) , ce fut les derniers mots que David Grossman adresse au lecteur: au moment de l'écriture du roman, il fut dans la même situation qu'Ora: son fils cadet est parti faire son service militaire au moment de la 2e guerre du Liban. David Grossman pensait que les mots qu'il écrivait protègeraient son fils. Malheureusement ce dernier fut tué quand son tank fut touché par une roquette alors qu'il tentait de sauver, avec le reste de l'équipage,  un autre blindé.
David Grossman termine par ses mots:

"Après la semaine de deuil, je me suis remis à écrire. Le roman était presque achevé. Ce qui a changé surtout, c'est l'écho de la réalité dans lequel la version finale a vu le jour. ( p.784)

Ce roman n'a pas besoin d'être un coup de coeur pour être un grand roman. Pour cela, il suffit juste d'ouvrir les yeux et d'écouter la voix d'Ora qui vous parle de son fils Ofer: vous serez touché en plein coeur.

David Grossman: Une femme fuyant l'annonce, (Icha boharat mibsora), Points, 784 pages, 2011














vendredi 25 janvier 2013

Grand-père avait un éléphant

4e de couverture: Du monde, Kounnioupattoumma ne sait rien, sinon que son grand-père avait un éléphant ! Fille de notables musulmans, elle est en âge d’être mariée. Pour sa mère, les prétendants ne sont jamais assez beaux, riches, puissants… surtout quand on songe à la splendeur passée de la famille. Hélas, la voici ruine?e ! La jeune fille peut enfin prétendre à des jours meilleurs…

Avec ce roman, je découvre la littérature indienne. C'est toujours intimidant d'entrer dans un nouvel univers géographique qu'on ne connait pas. On essaie d'y entrer à petits pas en espérant adhérer de suite à l'univers et l'histoire qui nous ait racontée.
Pour tout vous dire, j'ai eu un peu de mal à entrer dans ce livre: je lisais avec curiosité ce petit conte qui nous parle des coutumes, des traditions, superstitions et de la religion musulmane en Inde. Je trouvais le propos de l'auteur intéressant mais je n'adhérais pas du tout aux personnages. J'étais comme hermétique à ce que je lisais, sans me sentir impliqué complètement. Je lisais. Point.
C'est avec la chute du père de Kounnioupatoumma et la rencontre avec Nisar et Aïsha que le roman prend une autre tournure et que j'y ai trouvé enfin un plaisir. L'histoire d'amour qui se profile entre Patoumma et Nisar est tendre, drôle. Je me suis senti comme un bienheureux devant ce futur bonheur qui pourtant est gâché par les traditions que la Oumma (la mère) de Kounnioupatoumma n'arrête pas de rabâcher à sa fille.

Voilà un petit roman tendre, drôle, étonnant qui nous replonge en enfance, nous donne un petit goût d'exotisme qui fait du bien. Alors, même s'il m'a fallu du temps pour y entrer, j'ai bien aimé. Sans plus. C'est un petit conte qui se lit très vite, qui nous ravit sur le moment, qui nous questionne sur la religion et les coutumes d'un pays. Oui, mais après? Que m'en restera t'il dans quelque temps? Je ne sais pas.
 Mais bon, le principal n'est il pas qu'il m'ait fait passer un bon moment sur l'instant. Après tout, les histoires ne sont que des histoires, qui nous font rêver. N'est ce pas cela l'essentiel?

Vaikom Muhammad Basheer: Grand-père avait un éléphant (Ntuppuppâkkorânéntârnu), Points, 153 pages, 2005














samedi 5 janvier 2013

Scintillation

4e de couverture: Des adolescents disparaissent mais ici ça n’a aucune importance. Ici, c’est l’Intraville, lieu de pluie et de brouillard où les vapeurs toxiques des usines embrument les esprits et dégradent les corps. Malgré ce marasme, Leonard, 14 ans, a soif de vivre. Brillant et passionné, il dévore les livres, aime les filles et affectionne les virées entre amis. Dans les limbes, l’espoir scintille…

Voilà un roman qui m'a complètement perdu mais époustouflé par sa fin magistrale qui éclaire le lecteur sur l'histoire nébuleuse, mise en place par l'auteur.
En fait, j'ai commencé à trouver le roman intéressant et moins complexe au bout de 70 pages quand Léonard, le jeune héros sympathique et solitaire duquel je me suis senti très proche, prend la parole. Tout ce qui se passe avant avec Morisson, Smith et consorts était nébuleux au possible.
Dès que Léonard apparait le roman devient compréhensible et l'histoire démarre réellement, je dirais.
Pourtant, j'ai été surpris: de par son intrigue d'enfants disparus, j'imaginais une enquête policière classique (et je trouvais donc étonnant de ne pas avoir classé ce roman dans les polars). Quelle erreur j'aurai commise car l'intrigue des enfants disparus n'est qu'un pretexte. Le principal est ailleurs.
Burnside construit une atmosphère pesante, noire qui m'a asphyxié, comme l'ancienne usine de l'Intraville: à tel point que j'étais toujours mal à l'aise de reprendre le roman. Pourtant, j'y revenais pour savoir ce qui allait arriver à Léonard.
Le style de Burnside est hypnotique: il nous tient dans ses griffes pour ne pas nous lâcher, même si ses phrases et le contexte nous parait compliqués nous laissant perdus, on oublie tout autour de soi pour se retrouver sur cette presqu'île où il ne fait pas bon vivre. C'est âpre, violent, désolant, tortueux, dégueulasse et pourtant, nous ne pouvons faire autrement que d'y retourner, comme si nous étions aussi maso que les habitants de cette presque'île.
Personne n'est à sauver dans cet endroit, que ce soit adolescents ou adultes: come si l'Intraville faisait ressortir le côté sombre de chacun des personnages.
Oui, mais voilà, dans les derniers chapitres, l'auteur m'a encore une fois fait perdre le fil et j'ai un peu lâché prise...jusqu'au "bouquet" final qui m'a laissé pantois. Quelle fin mais quelle fin mes amis. En lisant le dernier chapitre "Paradis", la porte de mon esprit s'est ouverte,  le roman à pris un sens particulier et j'ai compris où l'auteur voulait nous amener. Le twist final est un coup de Maître. Rien que pour ça, ce roman vaut d'être découvert et nous montre les talents de conteur de John Burnside.
Un roman particulier dans la littérature d'aujourd'hui, entre le rêve et la réalité, qui nous décrit un monde violent âpre, coupé du reste du monde mais qui pourtant est rempli d'espoir...car au bout du tunnel, il y a toujours une lumière pour nous guider vers le bon chemin.

John Burnside: Scintillation (Glister), Points, 308 pages, 2011










mardi 1 janvier 2013

Accabadora

4e de couverture: Dans l’obscurité d’un village sarde, une silhouette drapée d’un châle longe les murs, pénètre dans une maison un instant, puis disparaît tel un mirage. À l’aube, un vieillard agonisant aura enfin trouvé la paix. L’ accabadora, la dernière mère, a œuvré. Maria, fille adoptive de Tzia, heurtée par cette coutume, l’interroge. Il est des mystères auxquels seule une mère peut vous initier…

 Dès le titre, Accabadora, Michela Murgia emmène le lecteur pour un voyage fantastique et poétique où se mêlent les légendes et les superstitions.
Dans ce village de Sardaigne, Maria, Fill'a de anima, que sa mère abandonna pour la confier à une femme veuve qui ne pouvait avoir d'enfant, va comprendre en grandissant le secret que lui cache sa mère adoptive Tzia Bonnaria, quand elle la voyait quitter la maison la nuit, alors qu'elle était enfant.

J'ai trouvé ce petit roman magique. Malgré sa brièveté, Michela Murgia construit son histoire sans omettre aucun détail. Sa plume envoutante ravive à notre mémoire les légendes d'une Sardaigne ancienne qui n'existe pratiquement plus. Les ellipses temporelles que se permet l'auteur pour arriver au coeur du roman: ce drame qui se noue et dont Maria va être l'un des témoins, remettant en cause la suite de sa vie et son amitié avec le jeune Andria, ne sont pas gênantes, bien au contraire: elles permettent de se focaliser sur l'évolution des personnages et donne un rythme soutenu au roman qu'on ne peut pas lâcher avant la dernière ligne.

Voilà un roman touchant, qui par le prisme de légende et de tradition,  parle de filiation,  de superstition, de la vie, de la mort mais aussi des non-dits, d'amour, d'apprentissage.
J'ai été happé par cette histoire, touché par  Maria et Tzia Bonnaria, ainsi que par leur relation: les liens du sang ne sont pas tout. Les liens du coeur sont parfois plus puissants.

Michela Murgia ravive pour nous la flamme des légendes anciennes avec force et vivacité. Un roman d'apprentissage qui change notre regard sur la mort et la vie et chamboule nos croyances.
Un roman qui rappelle ces histoires que l'on se racontait au coin du feu, lors des veillées. Alors, asseyez vous, tournez la première page d'Accabadora  et partez pour un voyage inoubliable. 

Michela Murgia: Accabadora (Accabadora), Points, 182 pages, 2011














mardi 11 décembre 2012

Prix du Meilleur Roman des Lecteurs de Points



Cette fin d'année m'offre de beaux cadeaux. C'est Noël avant l'heure.

Après avoir eu la chance  de fouler les plateaux de "N'oubliez pas les paroles, il y a un mois, pour la 3e fois (une journée exceptionnelle que je n'oublierai pas de sitôt), voici que j'ai appris dans un mail que j'allais faire parti des 40 Lecteurs composant le Jury 2013 pour le Prix du Meilleur Roman des Lecteurs de Points (mail reçu la semaine dernière. Je n'en parle que maintenant car il fallait attendre que la liste soit mis en ligne sur le site des éditions Points avant d'en parler).

Vous n'imaginez pas la belle surprise qui m'a été faite. Je vais lire, donner mon avis, discuter, partager, voter,  pour élire le meilleur roman parmi une sélection de 10 romans paru aux Editions Points cette année. J'ai hâte de commencer cette belle aventure.

Bien évidemment, il va falloir que j'organise mes lectures car lire 10 romans en 4-5 mois, (c'est faisable off course) demande une petite organisation. J'ai envie de faire cela bien. On me donne la chance de faire parti d'un jury, je vais prendre mon rôle très à coeur.

Dans quelques jours, je vais recevoir les 5 premiers romans de la sélection:

 Petit roman qui m'a l'air sympathique.
 C'est celui là qui me fait le plus peur, par son épaisseur (près de 800 pages dans l'édition poche) mais aussi parce que ma première rencontre avec Franzen s'était passé un peu difficilement étant ressorti mitigé de son roman "Les Corrections". Peut être que cette fois ci, je ne passerai pas à côté.
 J'avais très envie de lire ce roman, repéré en grand format dès sa sortie. Hâte de m'y plonger.
 Cet auteur m'intrigue. C'est donc avec plaisir que je vais découvrir ce roman dont j'ai entendu de bons échos ici ou là.




Un autre petit roman au résumé poétique et intriguant. La couverture est très jolie.











Cinq autres romans suivront de janvier à avril 2013. Le vote aura lieu début mai 2013.

Si vous avez lu certains de ces romans n'hésitez pas à me donner votre avis en commentaires.

Je suis vraiment impatient de recevoir ces 5 premiers livres pour commencer réellement l'aventure.

L'année 2013 va être belle!