Affichage des articles dont le libellé est Challenge J.C. Oates. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Challenge J.C. Oates. Afficher tous les articles

vendredi 6 octobre 2017

Rentrée Littéraire #12: Paysage perdu

4e de couverture: C'est avec un mélange d'honnêteté brute et d'intuition acérée que Joyce Carol Oates revient sur ses jeunes années. Son enfance pauvre dans une ferme de l'État de New York fourmille de souvenirs : ses parents aimants, ses grands-parents hongrois, les animaux, la végétation, le monde ouvrier, l'école. Ces années lui offrent à la fois un univers intime rassurant, mais un univers limité, cerné par des territoires inaccessibles, propices à enflammer l'imagination de la jeune fille qui trouve là ses premières occasions de fiction. Des territoires où la mort rôde et où les êtres souffrent : cette maison dans la forêt où les enfants sont battus par un père ivrogne qui y mettra le feu ; sa camarade Cynthia, ambitieuse élève qui se suicidera à l'âge de dix-huit ans ; sa soeur cadette autiste, Lynn Ann, qui deviendra violente au point de dévorer littéralement les livres de son aînée... 
Joyce Carol Oates explore le monde à travers les yeux de l'enfant et de l'adolescente qu'elle était, néanmoins consciente des limites de sa mémoire après tant d'années. Cette lectrice d'Alice au pays des merveilles sait que la vie est une succession d'aventures sans fin, qui voit se mêler comédie et tragédie, réalité et rêverie. 
La plume toujours ciselée, l'oeil aiguisé, Oates arpente un endroit et un temps oubliés qui virent la naissance de l'écrivain qu'elle est devenue, un voyage captivant qui ne manquera pas de renvoyer son lecteur à ses propres paysages perdus.


A près de 80 ans, la grande Joyce Carol Oates s'est penchée avec honnêteté sur ses souvenirs d'enfance, d'adolescence jusqu'à son entrée dans l'âge adulte. 

Il va m'être difficile de parler de ce livre avec objectivité, puisque je suis déjà un lecteur conquis de cette grande dame de la littérature américaine, depuis presque 8 ans. Autant vous dire que je me suis plongé avec délice dans ces mémoires dans lesquelles je suis entré avec facilité et sans appréhension, comme cela peut l'être avec l'un de ses romans. 
En effet, Joyce Carol Oates parle sans fard de son enfance qui ne fut pas aussi noire que ce qu'elle peut raconter dans ses romans. Elle a eu une belle enfance, entourée de parents aimants et de grands-parents tout aussi protecteurs. En fait, son enfance et son adolescence fut comme beaucoup d'enfance, sans trop de heurts et de drames. (Les drames, elle les a plutôt connue par l'intermédiaire de voisins ou d'amies d'enfance et d'adolescence). 

Constituée d'une trentaines de textes, qu'elle a écrit sur une vingtaine d'années, pour différents journaux, et qu'elle a parfois réécrit pour les compulser dans cet ouvrage, Joyce Carol Oates parle sans fard de la petite fille qu'elle a été dans les années 40. (Mais en parlant d'elle, elle parle aussi d'une Amérique au paysage perdu, celle des années 40-50, bien différente de ce que l'amérique est devenue maintenant. En ce temps là, surtout en campagne, la vie s'écoulait paisible, et on ne savait pas tous les drames et malheurs qui arrivaient, même chez les voisins les plus proches. Les familles ne parlaient pas non plus des secrets qui pouvaient hanter leur famille (et la famille Oates en avait certains, comme la mort du grand-père maternel de Oates, lors d'une bagarre et qui déboucha, sur l'abandon de sa mère, que sa grand-mère confia à sa soeur. C'est ainsi que les grand-parents de la petite Joyce ne sont que des grand-parents adoptifs.Malgré l'amour qu'ils ont porté à Carolina Oates, la mère de Joyce, celle ci a toujours eu ce sentiment d'abandon maternel, jusqu'à la fin de sa vie. 

Avec pudeur (le texte sur sa soeur Lynn Ann, atteint d'autisme est d'une beauté pudique absolue), tendresse (le portrait qu'elle dresse de ses parents est fort touchant) mais aussi lucidité (J.C. Oates connait les tours que nous jouent notre mémoire et qu'on ne se souvient pas de tout dans les moindres détails et qu'il faut parfois broder (elle écrit dans sa postface, que la Joyce dont elle parle dans ce récit est parfois un personnage de fiction à part entière), Joyce fait  des choix en piochant dans sa mémoire certains faits qu'elle a vécu(comme de parler d'une de ses meilleures amies Cynthia, qui se suicidera) ou de Helen Dunn, qui fut l'une de ses petites voisines et amies, et qui vécut un drame atroce). Pourquoi ce choix plutôt que d'autres...parce que ce sont ces événements et ces amies qui sont revenus à la mémoire de Joyce Carol Oates). 

Bien évidemment, on retrouve le style de Mrs Oates et qui fait d'elle le grand écrivain que j'aime, comme le fait de choisir le "tu" pour s'adresser à la petite fille qu'elle était dans le chapitre concernant l'une des activités de son père qui peignait des enseignes de commerces(Les Enseignes de Fred). Ou bien de choisir comme narrateur, un poulet qu'elle prénommait Heureux, pour nous parler de la petite fille qu'elle était (car l'on sait très bien que les premiers souvenirs de la vie n'arrivent souvent que vers l'âge de 5/6 ans, et qu'avant, il n'y a que des flashs. De ces premières années, elle se rappelle de ce poulet "Heureux" et je pense que c'est pour ça qu'elle lui donne "la parole" dans l'un des premiers textes de ces mémoires"("Heureux le Poulet: 1942/1944"). 

Comme je le disais plus haut: en parlant d'elle, Joyce Carol Oates, parle surtout de cette Amérique perdue (celle des années 40 jusqu'aux années 60 (et les émeutes qu'elle connue à Détroit alors qu'elle était jeune mariée et professeur) et qui ne reviendra pas. 
C'est tout simplement l'un des textes les plus beaux et touchants que j'ai lu dans ma jeune vie. J.C. Oates se penche sur ses jeunes années pour nous les confier, avec tout le talent qui la caractérise. 
Alors je ne suis pas objectif, puisque je suis un admirateur de cette grande dame des lettres, mais ce livre ravira les admirateurs de Joyce Carol Oates, qui la découvriront autrement qu'à travers ses romans; mais il pourra aussi être découvert par les néophytes de J.C. Oates, qui voudrait la découvrir mais ont peur de se plonger dans ses romans. 
L'un des textes les plus touchants qui revient sur l'enfance d'une grande dame de la littérature américaine, qui j'espère, aura le prix Nobel de Littérature pour son oeuvre magistrale et toujours aussi prolifique, même à près de 80 ans. Elle le mérite amplement. 

"Au commencement, nous sommes des enfants imaginant des fantômes qui nous effraient. Peu à peu, au cours de nos longues vies, nous devenons nous mêmes ces fanttômes, hantant les paysags perdus de notre enfance." (p.15)

Merci aux Editions Philippe Rey pour ce voyage dans le pays perdu de l'enfance de mon auteure favorite. 

Joyce Carol Oates: Paysage perdu, (The Lost Landscape), Editions Philippe Rey, 421 pages, 2017















jeudi 2 mars 2017

Valet de pique.

4e de couverture: Quel auteur n’envierait le sort d’Andrew J. Rush ? Écrivain à succès de romans policiers vendus à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde, père de famille heureux, Andrew vit dans une petite ville du New Jersey où il trouve le calme nécessaire pour édifier son œuvre.
Mais Andrew a un secret que même ses plus proches ignorent : sous le pseudonyme de Valet de pique, il écrit des romans noirs, violents, pervers, romans qui scandalisent autant qu’ils intriguent le monde littéraire.
Cet équilibre tout en dissimulation qu’Andrew a patiemment élaboré va être menacé. Au départ, la plainte d’une voisine, Mme Haider, probablement un peu dérangée, qui l’accuse d’avoir plagié ses romans autopubliés. Parallèlement sa fille lui pose des questions gênantes après avoir trouvé des traces autobiographiques dans un roman du Valet de pique ; sa femme Irina est soupçonnée par Andrew d’entretenir une liaison avec un professeur de maths. Ces éléments menaçants vont réveiller chez Andrew des fantômes du passé, réveiller aussi la voix désormais plus insistante et terrifiante du Valet de pique…

S'embarquer dans un roman de Mrs Oates est toujours un voyage qui se prépare psychologiquement...même quand on a lu plusieurs ouvrages de la dame. 
Ce dernier opus,qui parait aujourd'hui en France, est encore une fois un petit bijou qui joue avec les nerfs du lecteur, en lui parlant des angoisses et des ennuis des écrivains et de leurs créations. 
Dans ce court roman, Joyce Carol Oates aborde plusieurs sujets liés au "métier d'écrivain": le plagiat tout d'abord (abordé ici en la personne d'une femme qui accuse Andrew d'avoir plagié ses écrits non publiés (ou auto-publié), mais également de l'écrivain ayant un "double", cet autre écrivain qui est en lui et qui écrit des romans plus sombres et violents sous un pseudonyme (le Valet de Pique) et qui prend de plus en plus de place (c'est là qu'on pourrait penser qu'Andrew est un "avatar" de Joyce Carol Oates puisqu'elle a écrit des thrillers et des romans policiers sous des pseudos, tout comme Stephen King, qui est longuement évoqué dans le livre (d'ailleurs, en lisant ce petit livre, j'ai repensé à la nouvelle "Vue imprenable sur jardin secret" tiré du recueil "Minuit" et qui part sur le même postulat que ce roman, à savoir un homme qui accuse un écrivain célèbre de l'avoir plagié). Bien sûr,y voir ici un hommage à Stephen King et non un plagiat puisque  le traitement que fait Mrs Oates de cette histoire de plagiat est fort différente.

Encore une fois, Joyce Carol Oates nous offre un roman psychologique dont elle à le secret. Elle plonge dans les tréfonds de l'âme d'Andrew, jusqu'à la folie. C'est terrifiant, affolant, et le lecteur est prit d'une frénésie de lecture pour savoir jusqu'où Andrew va se laisser influencer par "Valet de Pique" qui prend de plus en plus de place dans sa vie. C'est alors que le roman bascule vers le roman  noir pour ne plus revenir vers le côté clair. Pourtant le lecteur était prévenu dès le départ avec un premier chapitre mystérieux et glaçant (comme souvent chez Mrs Oates)

En fait, ce petit roman aurait très bien pu être écrit par Rosamond Smith, puisque le thriller s'invite dans l'univers de Mrs Oates. Ainsi l'auteur (Mrs Oates) et son double (Rosamond Smith) se retrouvent dans l'écriture tranchante et palpitante (où, encore une fois, Claude Seban a su retrouve toute la moelle, dans notre langue) de ce Valet de Pique que je vous encourage à découvrir, même à ceux qui n'ont jamais lu de Joyce Carol Oates.

Au final, j'ai retouvé avec plaisir et passion, l'une des mes auteures préférées, qui, encore une fois, m'a embarqué dans son univers noir et sombre et dans lequel je ne ressors jamais totalement  indemne. Un roman divertissant qui fait se poser les bonnes questions sur le "métier d'écrivain" et les angoisses qu'ils peuvent connaître. Un roman qui parle également de la part sombre que chaque personne à en lui et qu'il laisse sortir ou pas, jusqu'au point de non retour. Un roman qui ne se lâche pas avant la fin. Fascinant...comme souvent avec Joyce Carol Oates. Même après toutes ses années, la grande dame de la littérature contemporaine américaine n'a rien perdu de sa sève créatrice. Admirable!

Merci aux Editions Philippe Rey pour cette nouvelle plongée fascinante dans l'univers de Joyce Carol Oates.

Joyce Carol Oates: Valet de Pique (Jack Of Spades), Philippe Rey, 224 pages, 2017


dimanche 27 mars 2016

Infidèle

4e de couverture: « Personne dans la vallée de la Chautauqua ne savait où s’était enfuie la jeune épouse de John Nissenbaum mais tout le monde savait, ou avait son opinion sur la raison de sa fuite. Sans foi, voilà ce qu’elle était. Une femme sans foi. »
Ce livre, placé sous le signe d’Edgar Allan Poe dont Oates partage l’amour du fantastique et de l’horreur, réunit vingt et une nouvelles. Leur thème commun : la frontière joue entre le bien et le mal. Joyce Carol Oates traite ce sujet dans des styles et des tonalités d’une variété impressionnante. Parfois réaliste, souvent d’un comique grinçant mais toujours avec une admirable économie de moyens, elle raconte la vie d’hommes et de femmes aux prises avec leurs contradictions et leurs obsessions. L’infidélité sexuelle, les tricheries, les malhonnêtetés routinières, les secrets de famille, les ambitions revues à la baisse, les manigances du journalisme à scandale, l’attachement érotique aux armes à feu, la violence, l’aliénation, la volonté de se faire passer pour un autre : autant d’angles d’approche qui permettent à l’auteur de disséquer l’âme humaine.
Chronique de mœurs, mais aussi critique sociale d’une Amérique en quête de repères, Infidèle met en scène les laissés-pour-compte comme les privilégiés. D’une histoire à l’autre, Joyce Carol Oates esquisse d’une main de maître un impitoyable portrait de son pays natal.


Les nouvelles ne fait pas partie des genres que je préfère...mais je n'avais jamais testé la grande Oates dans ce genre là. Il fallait donc bien m'y coller. 

On retrouve dans ce recueil la patte de Oates, que ce soit dans les thèmes abordés (la mort, la maladie, l'infidélité, le meurtre, les manipulations et chantages en tout genre). On retrouve aussi le style si particulier de Oates, un style coup de poing qui ne fait pas dans la dentelle et qui va, encore une fois fouiller dans le noir profond de l'âme humaine. 
C'est encore une fois, une belle peinture, pas trop jolie certes, de la société américaine et de ses dérives. J'ai l'impression que Mrs Oates est la reine de cet état de faits et elle le décrit si bien,alors pourquoi s'en priverait elle. 
Mais (car oui, il y a un mais, même avec Mrs Oates. Cependant ce n'est pas elle qui est mis en cause mais le genre utilisé), je n'ai pas réussi a m'immerger complètement dans ces histoires. Le format nouvelle n'est pas ce que je préfère et cela se confirme même avec Mrs Oates. En effet, dès que je commence à m'intéresser aux personnages, il faut déjà leur dire au revoir, et c'est frustrant. Surtout, qu'il faut un certain temps pour se réhabituer au style de Mrs Oates, et là, dès que je suis entré dans l'histoire, elle est déjà finie. 
Surtout, je trouve que Joyce Carol Oates ne réussit pas toujours sa chute. L'histoire se finit en queue de poisson, avec une chute banale. Mais, il est vrai que la chute est la chose la plus importante dans une nouvelle et que c'est celle qui est la plus difficile à trouver. 
Mais, surtout, passer d'une histoire à l'autre fait que j'oublie facilement les protagonistes des histoires précédentes. Pour tout vous dire, en arrivant, au final de ce recueil, je ne savais déjà plus très bien ce que racontait la première. C'est un peu bête, vous ne trouvez pas. 

Toutefois, certaines histoires ont retenu mon attention comme "Mais alors qu'elle aurait été ma vie?" (l'histoire de cette femme, journaliste télé, qui se remémore un souvenir à la ferme de ses grands-parents, un souvenir douloureux qui l'a marqué au fer rouge et dont ses cousins sont responsables. Et qui se demande ce qui se serait passé, si grand-mère Wolpert l'avait gardé avec elle dans la cuisine, au lieu de l'envoyer relever des pièges avec ses cousins). 
Puis il y a aussi "Aventure à Manhattan" ou le regard d'une petite fille, que son père vient chercher pour une après-midi, chez sa mère, et qui l'emmène faire un tour à Manhattan, entre boutique, jeu, déguisement et goûter dans un café et qui va tourner au cauchemar...puis la chute, qui là, est réussi et m'a laissé pantois, je pense que c'est ça qui m'a fiat m'en souvenir. Mais il y a aussi "Tusk" qui rappelle le personnage de "Zarbie, les yeux verts", ou la nouvelle Couloir de la mort, qui nous plonge dans cet antichambre, que je ne comprendrais jamais et puis aussi, "Au "Pays des Flics" qui glace le sang, et ne donne pas une belle image de la police. 

Au final, je n'ai pas détesté lire ces nouvelles, j'ai aimé retrouver le style de Mrs Oates, qui me plait toujours autant, mais je n'ai pas réussi à m'immerger comme il faut dans toutes ces histoires d'infidélités, de mensonges et autres. Mais je retenterai l'aventure "nouvelles" avec Mrs Oates (puisque j'en ai encore dans ma PAL et que je veux lire "tout Oates"). Peut être arriverai je à me faire à ce genre qu'est les histoires courtes? Qui sait. 

Joyce Carol Oates, Infidèle, histoires de transgressions (Faithless: Tales of Transgressions), Le Livre de Poche, 663 pages, 2003














6e livre lu dans le cadre du challenge "Oates" organisé par George 

dimanche 7 juin 2015

Viol: une histoire d'amour

4e de couverture: 4 juillet : feu d’artifice à Niagara Falls. En rentrant chez elles après la fête, Tina et sa fille ont la mauvaise idée de passer par le parc. Elles croisent des jeunes défoncés qui violent Tina et la laissent pour morte dans un hangar à bateaux. Très vite, la ville la condamne : ne serait-elle pas trop jolie pour être honnête ?

L'envie de retrouver la plume de Mrs Oates a été tellement forte, que je n'ai pas pu résister. Et c'est ce petit livre qui m'a appelé (oui carrément, il m'a murmuré à l'oreille: "découvre moi, plonge en moi et imprègne toi de ma substance narrative"). 
C'est donc ce petit roman (j'aime bien alterner petit roman et gros pavé quand je lis un livre de Joyce Carol Oates) qui s'est livré à moi, et malgré son sujet gravissime, j'ai aimé retrouver la plume de Mrs Oates. Plus je lis des livres de Joyce Carol Oates, plus j'arrive à y entrer sans trop de soucis: c'est comme retrouver une amie chère qu'on a pas vu depuis un moment. 

Comme toujours chez J.C. Oates, ses débuts de romans sont percutants et vous lancent une claque monumentale en imprégnant dans votre esprit une image forte qui ne vous lâchera plus tout au long du roman. La première scène du livre revient sur le viol qu'à subi Tina, le soir du 4 juillet 1996, dans un hangar à bateaux. Voilà le postulat de départ qui va être décliné à l'infini dans ce roman. C'est bien simple, toute la première partie ne concerne quasiment que cette terrible nuit où Tina fut victime d'un viol collectif. L'auteur va alors alterner les points de vue, en nous présentant les différents protagonistes de cette macabre histoire: de la fille de Tina, Bethie, de Dromoor, le flic qui va découvrir la victime, et qui va se prendre de compassion pour la mère et la fille... J'ai été souvent révolté, ulcéré et groggy devant ces scènes violentes (car le lecteur est aux premières loges de ce viol et l'auteur le décrit de manière cru et sans fioriture, comme elle sait si bien le faire...mais qui peut choquer les lecteurs un peu trop sensible). 
Ce qui est surtout révoltant, c'est la réaction des habitants de Niagara Falls: beaucoup d'entre eux pensent qu'elle l'a bien cherché (c'est même le titre du premier chapitre): comme si, s'habiller de manière sexy devait pousser au viol. Le comportement de l'avocat de la défense est abject au plus haut point puisqu'il va propager la rumeur que Tina était consentante. Le comportement du juge n'est pas mieux faisant de cette audience une mascarade. 
La 2e partie du livre va alors changer la donne...mais je ne vous dis pas comment. 

Voici un roman qui vous prend aux tripes. Avec un style percutant, fait de courtes phrases qui donne  un rythme rapide et sec , à tel point que le  lecteur croit se prendre  une volée de claques en pleine figure. C'est hypnotique et surtout tellement réaliste. Joyce Carol Oates réussit à merveille à décrire ces instants innommables de cruauté. Elle montre encore une fois la noirceur du monde et c'est cela qui me fascine chez elle: la justesse de son propos et surtout l'absence de fioriture, qui fait qu'elle va droit au but et qu'elle démontre encore une fois le côté sombre du monde. Cependant, une petite lueur finale peut redonner de l'espoir et ce n'est pas en vain que le lecteur a vécu ce traumatisme. (D'ailleurs, le titre, incompréhensible pour moi au début car tellement antinomique, prend un sens particulier dans la 2e partie du roman). 

Au final, un court roman qui ne vous laissera pas indifférent (loin s'en faut), sur la bassesse du monde et les préjugés des hommes et des femmes. Un roman qui, je l'avoue, n'est pas à mettre entre toutes les mains: personnes sensibles s'abstenir car les scènes dans le hangar sont tellement atroces que le lecteur ressent un malaise permanent. Heureusement que ce roman ne fait pas plus d'une centaine de pages. Un concentré de violence qui vous percutera comme un coup de poing reçu au ventre, à vous couper le souffle. 
Du grand art encore une fois: normal, c'est du Joyce Carol Oates: la plus grande auteure américaine de notre temps. 

P.S. Un grand bravo et merci à Claude Seban, la traductrice française,  depuis quelques années de Joyce Carol Oates, qui réussit à chaque fois à retranscrire merveilleusement le style et les mots de cette grande auteure. Merci madame Seban pour le travail exceptionnel que vous effectuez à chaque livre.

Joyce Carol Oates: Viol, une histoire d'amour, (Rape, A love story), Points, 183 pages, 2006


 5e roman lu dans le cadre du challenge "Oates" organisé par George 

dimanche 18 mai 2014

Petit oiseau du ciel

4e de couverture: Krista a confiance en son papa. Elle sait qu’il n’a pas pu tuer Zoe Kruller. Pourtant, à Sparta, les rumeurs s’amplifient, la police s’en mêle, on parle de crime adultère. Krista aimerait comprendre pourquoi sa famille est ravagée par cette histoire sordide. Adolescente sacrifiée sur l’autel des erreurs paternelles, elle conçoit peu à peu un amour étrange et obsessionnel pour Aaron, le fils de Zoe…


Est ce son métier d'enseignante qui pousse Joyce Carol Oates à mettre en scène des adolescents? Maybe. 
En tout cas, ce sont encore une fois deux adolescents, qui sont les principaux protagonistes de Petit oiseau du ciel
Par le prisme de ces deux adolescents, Krista et Aaron, l'auteur nous montre les répercussions, souvent désastreuses, que peuvent avoir un meurtre sur l'entourage de la victime. 
En effet, Zoe Kruller, une femme au destin sulfureux, qui a quitté mari et enfant, est retrouvée étranglée dans un appartement qu'elle partageait avec une amie, Jacky DeLucca. Deux hommes vont être suspectés dans l'affaire: son mari Delray (le père d'Aaron, également le fils de la victime), et l'un de ses amants, Eddy Diehl (le père de Krista). 
Les suspicions et les les rumeurs vont faire voler en éclats les deux familles. 

Alors, je vous le dis tout de suite: ce n'est pas un roman policier ou un thriller. Si vous vous attendez à lire un roman qui vous donnera la solution du meurtre et le meurtrier de Zoe Kruller, vous risquez d'être déçu. 
Le meurtre de Zoe  est seulement "un prétexte" (c'est horrible de dire ça, je m'en rend compte en l'écrivant) pour l'auteur de nous montrer les circonstances que cette mort peut avoir sur deux familles. Comme souvent chez Oates, le côté psychologique est présent du début à la fin et est le côté principal du roman. 

Pourtant, tout le roman va tourner autour de Zoé et de son meurtre et n'en bougera pas. Composé de trois parties, le roman va décliner ce meurtre et cette histoire sous différents angles: 
Dans une première partie, c'est Krista qui prend la parole pour nous parler de sa famille et des conséquences du meurtre de Zoé sur ses proches. Tout porte à croire qu'Eddy Diehl est le coupable de ce meurtre...cependant, le lecteur ne peut concevoir cela et est du côté d'Eddy...tout simplement parce que Krista croit en l'innocence de son père (comme cette partie est raconté de son point de vue, le lecteur ne peut qu'être de son côté), ce qui n'est pas le cas de sa mère Lucille (qui a demandé le divorce) et de son frère Ben, qui ne voudra plus entendre parler de son père. 
Par petite touche, l'auteur nous emmène vers le climax dramatique de cette fin de partie: le moment où Krista est séquéstrée par son père dans une chambre d'hôtel. Cette fameuse nuit, qui sera un point de non-retour pour Eddy, et qui sera primordiale pour l'avenir de Krista. 
En arrivant à la fin de cette première partie, (qui arrive a un peu plus de la moitié du roman) je me suis demandé ce que l'auteur allait bien pouvoir nous raconter: le dénouement final dramatique de cette première partie nous faisait tourner une page sur l'histoire des Dielh et le meurtre de Zoe. 
Quelle ne fut donc pas ma surprise , en lisant la première page de cette 2e partie, que Joyce Carol Oates opérait un retour en arrière et nous faisait revivre les semaines avant le meurtre de Zoé le moment du meurtre, et les semaines et années après...vu sous les yeux d'Aaron Kruller, le fils de la victime. Ce fils qui découvrira en premier le corps de sa mère. 
On pourrait croire, alors que le roman devient redondant, à raconter les mêmes événements: que nenni. Le roman continue sur sa lancée (malgré que Zoé, tel un fantôme hante toujours les pages), en nous montrant les répercussions du meurtre, dans la propre famille de la victime. Krista et Aaron n'ayant pas vécu les même choses, le lecteur a alors un nouveau regard et un nouveau ressenti sur "l'affaire Zoé Kruller". 

Dans ces deux parties, il y a bien évidemment des rencontres entre Krista et Aaron, qui vont avoir une sorte de fascination/répulsion l'un pour l'autre. 

Dans une dernière partie (plus courte), l'histoire se déroule 20 ans après le meurtre de Zoé. Elle sert de conclusion et d'aboutissement à l'histoire. L'auteur nous donne également le "meurtrier" de Zoé. Le lecteur est ainsi contenté, même si le doute persiste toujours, car le meurtrier qui nous est livré, n'est simplement que la version d'un des protagonistes de l'histoire. Le meurtrier n'est donc qu'un autre suspect. Ce qui démontre que l'essentiel n'était pas là. 

On retrouve bien évidemment des thèmes propres aux romans de Oates (la violence, la drogue, les affres de la vie adolescente, l'admiration paternelle, jusqu'à l'aveuglement parfois, la disparition de la mère (déjà décliné dans des romans tels que "Zarbie les yeux verts" (d'ailleurs  la dualité est un autre point commun avec "Zarbie", puisque là ou Francesca avait inventé "Zarbie" pour s'exprimer, Aaron s'est inventé "Krull" pour pouvoir faire face) ou "Sexy"). 
On retrouve également ce style inimitable, avec des moments crus, qui peuvent déranger certains lecteurs je le conçois. Mais pour ma part, cela fonctionne toujours. Je suis à chaque fois fasciné par l'écriture de Joyce Carol Oates et chaque livre m'emmène toujours un peu plus loin dans son univers dérangeant, malsain, souvent, mais toujours captivant. 
Elle a cette capacité à nous décrire avec justesse, force et sans tabou, l'humanité sous toutes ses formes, de la plus éclatante à la plus sombre. Si vous voulez connaître les tréfonds de l'âme humaine, plongez vous dans n'importe quel roman de Oates, et vous en aurez un aperçu. Bien sûr, celui ci ne sera pas joli. (Car oui, les romans de Joyce Carol Oates, ne se déroule jamais au pays des Bisounours. Il ne faut pas rêver. Chez Oates, Noir, c'est noir, et le lecteur est souvent dans un univers très sombre ou, cependant, une petite lueur d'espoir est tapie dans l'ombre, quelquefois. Il suffit de la voir. Et cette petite lueur existe dans Petit oiseau du ciel

Avant de conclure ce billet, je voulais tirer un coup de chapeau à Claude Seban (qui depuis quelques années est devenue la traductrice française des romans de Joyce Carol Oates). Elle réussi le tour de force de traduire avec justesse, le style compliqué et hasardeux de Oates. Et je trouve qu'elle le fait de façon magistrale, car cela ne doit pas être une mince affaire de retrouver le sens et la plume de Oates. Bravo à vous, chère Claude Seban. C'est grâce à vous, aujourd'hui, que l'âme et les pensées de Joyce Carol Oates se livrent aux lecteurs français. 

Au final, un roman captivant, qui vous happe pour ne plus vous lâcher. Certes il peut déconcerter les novices de Joyce Carol Oates, qui n'ont pas l'habitude de son écriture et de ses thèmes, mais qui raviront les amoureux de cette auteure. Un roman psychologique qui fait encore une fois la part belle aux adolescents. Personnages récurrents de beaucoup de romans de Mrs Oates. Mais c'est une matière inépuisable pour cette professeur de lettres, qui les connait si bien. 

Merci à Marie-Delphine et aux Editions Points pour cette découverte. 

Joyce Carol Oates: Petit oiseau du ciel (Little Bird of Heaven), Points, 544 pages, 2012







4e roman lu dans le cadre du challenge "Oates" organisé par George . 













dimanche 28 juillet 2013

Zarbie les Yeux Verts

4e de couverture: Francesca est appelée Franky par ses amies mais se surnomme Zarbie les Yeux Verts, lorsque l’adolescente rebelle l’emporte sur la jeune fille sage. Elle habite à Seattle avec sa sœur Samantha et leur demi-frère Todd. Elle a tout pour être heureuse : une somptueuse maison, une mère artiste et attentive, un père riche et surtout célèbre, Reid Pierson, à qui elle voue une véritable vénération. Mais les apparences sont parfois trompeuses. Franky sent bien que quelque chose ne va pas. De là à imaginer le drame qui se prépare sous son toit… Il faudra beaucoup de courage à Francky pour laisser Zarbie lui ouvrir les yeux sur la vérité.

L'adolescent (et l'adolescence par extension) est un personnage souvent utilisé par Joyce Carol Oates dans ses romans pour  parler de sujets graves. C'est probablement son expérience de professeur qui lui a donné cette envie de donner la parole à ces jeunes et de les confronter à des situations complexes et dangereuses.

Dans ce roman, Mrs Oates donne la parole à Franky, une ado de 15 ans qui va voir se déliter la cellule familiale. Cette ado, jeune fille sage, bien sous tous rapports, va voir débarquer dans sa vie "Zarbie les Yeux Verts", son double rebelle, à la suite d'une soirée qui va tourner au cauchemar quand un garçon va vouloir la forcer à avoir un rapport sexuel. Bien évidemment, Franky et Zarbie ne sont qu'une seule et même personne, mais Franky a besoin de Zarbie pour pouvoir s'exprimer.

Comme à chaque fois, les premières scènes des romans de Oates sont très prenantes et donnent un choc au lecteur (ici c'est la scène de tentative de viol dont est victime Franky). Passée cette scène, le lecteur, qui sait à quoi il faut s'attendre de la part de l'auteur, entre dans le vif du sujet: ici, c'est la désintégration d'un couple mais aussi l'emprise que peut avoir un adulte sur ses enfants. Franky, sa soeur Samantha et son demi-frère Todd vouent un véritable culte à leur père, footballeur professionnel, devenu un commentateur sportif réputé et célèbre. Ce dernier va alors les monter contre leur mère quand celle ci va partir et disparaitre.

Pour moi, c'est encore un coup gagnant. J'ai été happé par cette histoire. Joyce Carol Oates ne m'a pas déçue et m'a offert un roman fort, vrai et captivant. Par les yeux d'une adolescente, elle parle de l'emprise qu'un homme peut avoir sur ses enfants. Puis,  d'un drame psychologique, le roman passe à une intrigue policière avec la disparition de la mère de Franky et Samantha.
Bien sûr, j'ai deviné dès le départ, la solution de la disparition de la mère de Franky mais la solution de l'intrigue policière n'est pas le but final du roman. C'est plutôt de voir l'évolution d'une adolescente qui va progressivement ouvrir les yeux sur la nature humaine et surtout sur celle de son père, qu'elle vénère. Heureusement Zarbie, son côté rebelle, sera là pour lui ouvrir les yeux. La vérité ne sera pas joli à voir mais nécéssaire pour avancer.

"Zarbie les Yeux Verts", étant un roman jeunesse, il  n'est pas difficile d'accès: l'écriture de Joyce Carol Oates est puissante, mais moins complexe que dans "Blonde" ou "Haute Enfance". Pour découvrir la plume de cette immense auteur, il peut être un bon point de départ.

Pour ma part, j'ai encore une fois beaucoup apprécié ce roman de Mrs Oates, que j'avais acheté les yeux fermés sans lire le résumé (de toute façon, comme je veux tout lire de Mrs Oates, pas besoin de lire les 4e de couverture). Puis, pour une fois, pas besoin d'un temps d'acclimatation pour entrer dans ce roman: j'y suis entré tout de suite, chose rare pour un roman de Oates qu'il fallait que je le souligne.

Au final, un roman passionnant, bouleversant sur la désintégration d'un couple, l'emprise qu'un homme peut avoir sur ses proches, la désillusion d'une ado sur le monde qui l'entoure. Je le recommande à tous: aux admirateurs de Mrs Oates qui seront encore une fois conquis mais aussi aux lecteurs qui veulent découvrir sa plume et qui n'osent pas se lancer, par peur. Mais également à ceux qui ne sont pas à l'aise avec les thèmes et le ton de ses romans: "Zarbie les Yeux Verts" est facile d'accès et son sujet, quoique grave, n'est pas aussi dérangeant que dans d'autres de ses romans. Alors lancez vous sans crainte.

Joyce Carol Oates: Zarbie les Yeux Verts, (Freaky, Green Eyes), Folio, 296 pages, 2005














3e roman lu dans le cadre du challenge "Oates" organisé par George.

dimanche 20 janvier 2013

L'amour en double

4e de couverture: Molly Marks, une jeune et jolie femme de vingt-sept ans, décide de suivre une thérapie - plus par désoeuvrement que par nécessité - avec le Dr Jonathan McEwan, qui ne tarde pas à devenir son amant.
Il lui apprend qu'il a un frère jumeau, James, qui réside à New York, également psychiatre, avec qui il est brouillé depuis dix ans.
Décidée à découvrir la raison de la rupture entre les deux frères, Molly se présente chez James McEwan sous un nom d'emprunt. Et elle en devient la maîtresse...
Désormais, elle ne cesse de comparer les jumeaux : leurs manies, leur façon de faire l'amour, leur écriture... Mais les manoeuvres de Molly se retournent peu à peu contre elle..


Pour ma 5e incursion  dans l'univers Oastien, j'ai voulu découvrir son double de papier Rosamond Smith. Oates a écrit des romans parfumé de  suspense sous ce pseudonyme.  
Qu'ai-je pensé de cet "Amour en double"?
Premièrement, je suis entré dans ce roman beaucoup plus facilement que d'autres romans de Oates  lus précédemment. L'histoire se met en place dès les premières pages et le lecteur se laisse facilement embarquer dans cette histoire rocambolesque, comme le fait Molly, l'héroïne de ce roman. En fait, j'ai trouvé que Oates s'était moins focalisé sur son style si particulier (que l'on retrouve pourtant dans certaines parties du livre nous faisant penser que la grande romancière Oates est derrière tout ça, mais avec un doute toutefois) pour nous trousser une histoire à vous rendre complètement fou/folle.

Les jumeaux m'ont toujours fasciné (voilà pourquoi j'ai été attiré par ce roman pour découvrir la plume de Rosamond Smith): ces deux êtres tellement semblables qu'on ne puisse pas les identifier. Oates/Smith se joue de cet état de fait pour que le lecteur se sente aussi perdu que Molly. Oates se sert de la dualité pour montrer la double facette de l'être humain (le bien et le mal se cache en chacun de nous: c'est ensuite à nous de faire le choix du bien ou du mal): j'ai même cru à un moment que le jumeau n'existait pas et que Jonathan et James n'étaient qu'une seule et même personne. D'ailleurs l'auteur nous fait douter à chaque instant. C'est fascinant.

J'ai également trouvé que ce roman était moins malsain que le fut "Hudson River", "Sexy", voir même "Blonde". Des sujets comme la trahison, la folie, et le sexe (des thèmes de prédilections de cette chère Mrs Oates) sont bien présents mais amené de manière moins crus que d'habitude. En revanche, la cruauté fait parfois son apparition devant le traitement que fait subir James (le jumeau "diabolique" si je peux m'exprimer ainsi) à Molly. Mais cela ne m'a pas dérangé. J'étais plutôt intrigué et curieux de savoir quel mystère cachait Jonathan à Molly.

 Un roman psychologique teinté de suspense qui vous tient en haleine et qu'on ne peut lâcher avant la fin. Pour vous dire, je l'ai pratiquement lu lors de ce dimanche neigeux, voulant savoir où l'auteur allait bien pouvoir nous emmener...et elle nous entraine dans une fin nébuleuse et ouverte qui n'a pas totalement attisé ma faim...mais c'est pas grave puisque le mystère des frères McEwans est levé avant les dernières pages. Ce qu'il va advenir d'eux et de Molly est de moindre importance. L'auteur n'a pas voulu faire de choix. Au lecteur d'imaginer, s'il le souhaite, le dénouement du trio Jonathan/Molly/James. L'essentiel est ailleurs. Cette "fin ouverte" ne doit pas vous empêcher de vous plonger dans ce très bon roman.

Joyce Carol Oates: L'amour en double, (Lives of the Twins), archipoche, 254 pages, 1989 (pour la première édition), 2012 (pour l'édition actuelle)






















organisé par George

dimanche 13 mai 2012

Hudson River

4e de couverture: A Salthill-on-Hudson, on cultive les orchidées et on roule en voiture de luxe. On est beau, on est riche et on vit comme suspendu hors du temps. Mais quand Adam Berendt, le sculpteur aimé de la commune, trouve la mort dans un accident de bateau, c'est tout ce petit monde idyllique qui est précipité dans le chaos. La disparition de cet homme charismatique délie les langues et déchaîne les passions. Une même question obsédante taraude la ville entière : qui était vraiment Adam Berendt ? Dès lors, un manège de personnages et de destins se met à tourner à folle allure, entraînant le lecteur au coeur des pensées les plus intimes des protagonistes. Bâti comme une enquête à plusieurs voix, ce roman, sous prétexte de reconstruire l'histoire d'un homme insaisissable, révèle les désirs et les fantasmes d'individus rongés par le désoeuvrement.Avec Hudson River, Joyce Carol Oates réussit une farce sociale brillamment composée, une comédie noire doublée d'une ronde sociale vertigineuse, une variation magistrale sur le thème de l'apparence et de la vérité. 

Joyce Carol Oates est une auteur difficile d'accès, ce n'est pas nouveau. Si je le répète encore une fois, c'est justement pour vous faire comprendre pourquoi j'ai mis près de 15 jours pour lire ce roman. Ne croyez pas qu'il ne m'a pas plu: si je l'ai fait trainer, c'est qu'un livre de Miss Oates se lit lentement. Il y a toujours un temps plus ou moins long pour se réhabituer au style de l'auteur.
La particularité de ce roman, c'est son postulat de départ: la mort d'Adam Berendt, sculpteur renommé d'une petite ville du New Jersey. C'est à partir de la mort de ce personnage que la trame des histoires du roman se tissent. Le lecteur va alors suivre cinq personnages proches du défunt et voir les conséquences de cette disparition sur les habitants de Salthill-on-Hudson.
Ces cinq histoires n'ont pas eu le même impact sur moi: celle de Marina, meilleure amie d'Adam, m'a plu du début à la fin: elle va partir en exil dans une maison qu'Adam lui a léguée; celle de Camille Hoffman était ma préférée mais son développement dans les deux dernières parties ne m'ont pas totalement convaincu; celle d'Abigail des Prés commençait bien et son développement a tenu la route jusqu'au point d'orgue final. Celle de Roger est très liée à celle de Marina: je ne pensais vraiment pas que ces deux personnages étaient fait pour s'entendre: l'auteur m'a contredit et c'est tant mieux. La dernière histore sur Augusta est la plus courte mais également ma préférée car c'est elle qui va réellement nous dévoiler qui était Adam Berendt.
Car oui, même si Adam Berendt meurt dans les premières pages du roman, sa présence est très forte et traverse le roman du début à la fin .

C'est un roman fort sur le deuil. L'auteur nous montre le parcours de cinq personnages qui vont voir leur vie chambouler par ce décès. Avec son style inimitable, sans concession, cru par moment et qui peut choquer, elle fissure ce petit monde bourgeois d'une petite bourgade du New Jersey: elle nous parle d'adultère, de relation parents-enfants qui se craquelle pour exploser: Abigail perdra son filsaprès l'accident, ce dernier préférant couper les ponts avec sa mère qu'il croit folle. Roger verra ses relations avec sa fille se déliter jusqu'à ne plus exister non plus.
L'autre particularité de ce roman c'est également son optimisme: pour une fois, Joyce Carol Oates offre un nouveau départ à ses personnages comme une deuxième chance. Il n'y pas forcément de happy end pour tout le monde mais la dernière partie: "Et ils vécurent heureux..." nous donne un peu d'espoir. C'est tellement rare dans les romans de Oates (du moins: ceux que j'ai lu n'avaient pas de fin totalement heureuse) que c'est à souligner.

Au final, un roman qui nous dépeint un monde bourgeois qui se fissure, avec des personnages parfois à la limite du détestable mais qu'on apprécie toutefois. Un roman sur l'acceptation du deuil et les nouveaux départs. Un roman que j'ai lu lentement pour apprécier encore une fois toute la force du style de Miss Oates.  Un roman que je conseille à tous les amateurs de Joyce Carol Oates.

Joyce Carol Oates: Huson River (Middle Age: A Romance), Le Livre de Poche, 665 pages, 2004

1er roman que je lis dans le cadre du challenge Oates organisé par George.