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samedi 18 mai 2019

Le Moi(s) Belfond #5: Les Délices de Turquie (Belfond Vintage Saison 1, Volume 1)

4e de couverture: Original, cru, provocateur, tendre, un roman à l’énergie contagieuse, à la liberté de ton étonnante, porté par une écriture fougueuse et sensuelle. Quelque part entre Les Valseuses et Le Dernier Tango à Paris, l’histoire d’une passion folle dans l’Amsterdam des années 1960. La redécouverte d’un roman culte et de son auteur, artiste total à la réputation scandaleuse, en révolte perpétuelle contre l’hypocrisie d’une société engoncée dans un protestantisme pudibond. Jan Wolkers est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands écrivains néerlandais d’après-guerre, aux côtés d’Harry Mulisch, Gerard Reve et Willem Frederik Hermans. 

Les Délices de Turquie ont été adaptés au cinéma en 1973 par Paul Verhoeven, avec Rutger Hauer et Monique Van de Ven dans les rôles principaux, et ont été désignés comme le meilleur film néerlandais du XXe siècle.

Premier titre qui lança la collection Belfond [Vintage], il y a 7 ans, Les délices de Turquie est un roman qui me faisait "peur". 
Je l'ai acheté parce que je suis un collectionneur et que, donc, j'aime bien avoir tous les titres d'une même collection...surtout d'une collection dont tous les titres lus jusqu'à présent,m'ont plu, à des degrés divers. 

Pourtant, ce titre, acheté il y a donc 7 ans, a dormi dans ma PAL tout ce temps, car le sujet et l'érotisme dont parlait la 4e de couverture m'attirait moyen. J'avais lu les premières pages il y a quelques années et j'ai de suite pensé que ce livre allait être difficile à lire pour moi, les livres érotiques n'étant pas trop ma tasse de thé. 

Puis, en lançant le Mois Belfond, je me suis dis qu'il serait peut être temps de lire ce premier numéro de [Vintage]. Je me suis dis: vu la ligne éditoriale de la collection et les titres proposés depuis 7 ans, il devait bien ressortir de ce livre quelque chose qui me plairait. 
Ainsi, je me suis lancé ce matin dans la lecture de ce roman et les débuts furent très difficile: la crudité des termes employés dans les premiers chapitres, un côté scato qui apparaît par moment, m'ont été un peu pénible à lire. J'avoue, j'ai commencé à lire ce livre avec un détachement et une volonté d'en finir vite afin de me dire: aussitôt, lu, aussitôt oublié, je pourrais passer à autre chose. 
Ainsi, les pages s'enchaînent et mon esprit est ailleurs, voulant au plus vite être débarrassé de cette lecture pénible...sauf que je me suis surpris a continuer ma lecture par intérêt. Le narrateur de l'histoire avait réussit à me happer et j'ai enfin compris, que derrière ce côté cru et provocant, se cachait un roman touchant sur une passion amoureuse débordante. 

Mais au fait, "Les délices de Turquie", ça raconte quoi: l'histoire du narrateur, qui n'est jamais nommé, qui vient de se faire quitter par sa femme, après deux ans de mariage et qui a du mal à s'en remettre. Il va ainsi nous raconter sa rencontre avec Olga, sur le bord d'une route, sa passion et ses parties de jambes en l'air avec elle, son dégoût pour sa belle-mère, qui fera tout pour que cela capote, car elle ne veut pas que sa fille vive avec un artiste. 

Si l'on passe outre ce côté provocant et sexuel, nous avons affaire à un roman terriblement émouvant sur une histoire d'amour fusionnelle et sans complexe, avec deux personnages tourmentés qui arriveront à briser votre carapace. Je vous assure que la fin du roman m'a donné des frissons tellement c'était beau. On ressent tout au long du roman la détresse du héros devant son amour perdu, mais aussi celle d'Olga, qui errera d'homme en homme après la rupture avec le narrateur, pour trouver le bonheur, si fugace soit il. 
En définitive, c'est un roman bien plus profond qu'il n'y parait, et, qui, sous couvert de raconter une histoire d'amour, nous parle d'une époque libérée sexuellement, celle de la fin des années 60. 

Au final,  un roman bien plus profond et subtil que cache ce côté sulfureux et provocant. Un roman que j'ai ouvert à reculons, en lisant les premiers chapitres avec détachement, mais qui a su me toucher de par ses deux personnages principaux, le narrateur et Olga. Deux êtres libérés qui se sont brûlés les ailes au feu du désir. Un roman sur le deuil d'un amour qu'on ne rencontre peut être qu'une fois dans sa vie. 



Jan Wolkers: Les Délices de Turquie, (Turks Fruit), Belfond, (Collection Belfond [Vintage]), 246 pages, 1969 (pour l'édition originale), 1976 (pour la traduction française), 2013 (pour la présente édition)


vendredi 17 mai 2019

Le Moi(s) Belfond #4: Le Messager (Belfond Vintage Saison 7, Volume 36)

4e de couverture: « Le passé est un pays étranger… » Ainsi s’ouvre ce classique aussi troublant que profond sur ces instants de l’enfance qui façonnent toute une vie. Publié en Angleterre en 1953 et en France deux ans plus tard, un roman tout en finesse porté par une langue précieuse, où Léon Colston, vieux monsieur, explore ses souvenirs et se replonge dans l’été 1900. Un été tragique et brûlant.
Adapté au cinéma par Joseph Losey et mis en musique par Michel Legrand, Palme d’or du festival de Cannes en 1971, un chef-d’œuvre à redécouvrir au plus vite !

Les petites phrases des écrivains qui apparaissent sur les couvertures des livres ou en 4e de couv, sont devenues monnaie courante. (combien de fois Stephen King fut mentionné sur une couverture en disant que ce roman est génial!). 

Le Messager a une citation d'un auteur, qui ouvre la 4e de couverture. Une citation que j'aurai du m'abstenir de lire, car elle a eu l'effet inverse escomptée. C'est à dire qu'au lieu de me donner envie de lire le livre, elle m'a donner envie d' y aller à reculons. Pourquoi, me direz-vous? Tout simplement, parce que l'auteur de cette citation, qui a lu ce livre quand il avait l'âge du héros du "Messager", et qui s'est identifié à lui, mentionne également qu'il a écrit un livre en hommage au roman de L.P. Hartley. Et là, patatras! En voyant le titre du "roman-hommage", je m'aperçois que j'ai lu le livre en question (et même vu l'adaptation ciné qui en fut tirée, plusieurs fois)! Ainsi, j'avais peur de m'être gâché la surprise de la découverte. 

Mais bon, je me suis lancé, et mes craintes ont été confirmées: les deux romans ont un postulat similaire, avec des différences tout de même dans le traitement. C'est pourquoi, il m'a fallu du temps pour entrer dans ce livre: plus d'une centaine de pages furent nécessaire pour accrocher (bon, le fait que j'ai eu peu de temps de lire cette semaine, a participé à cette lenteur)...puis le déclic, s'est fait. 

Après ce déclic, (et le fait que j'avais une matinée de libre) j'ai enchaîné les pages jusqu'à la fin, ne pouvant pas détacher les yeux de cette histoire tragique.  Certes, la fin ne m'a pas surprise, mais les personnages ont su faire le reste c'est à dire, m'intriguer pour savoir ce qui allait se passer. 

C'est un roman dans la pure tradition anglaise avec secrets, mariage arrangé, famille bourgeoise, mais également un roman initiatique d'un jeune garçon de 13 ans, qui découvre un nouvel univers: celui des grandes personnes. 
Effectivement, le personnage du petit Léon Colston, qui peut agacer par moments,se retrouve être mêlé dans un ménage à trois, à son corps défendant, et découvre ainsi, de manière bouleversante, et qui changera sa vie à jamais, le monde intransigeant des adultes, et surtout des convenances. 

Le Messager est également un roman très intéressant sur le thème de l'imaginaire: Léon est un jeune garçon très naïf et rêveur, qui s'invente des histoires, et qui sent l'importance de son rôle de messager, entre Marian, la soeur de son ami Marc, qui l'a invité à passer l'été dans la résidence de ses parents à Brandham Hall, et Ted,un fermier du village. Sauf que l'imagination débordante du garçon va être le catalyseur du drame qui se profile. 
Les nombreux passages d'introspection du jeune garçon sont parfois d'une telle arrogance, qu'on ne peut pas apprécier ce personnage. Heureusement que le Leon de soixante ans est là pour contrebalancer ce comportement détestable. 

En définitive, c'est un très bon roman et je comprend qu'il soit devenu un classique de la littérature anglaise: il est captivant de bout en bout, il est une formidable radiographie de cette Angleterre qui entre dans ce siècle des changements brutaux, qu'est le XXe, et qui ébranlera la famille Maudsley, sur plusieurs points. Mais  je pense que je l'aurai plus apprécié si je n'avais pas lu, il y a quelques années,  un roman, qui lui ressemble étrangement. Le fameux roman de cet auteur qui vie sa vie de petit garçon changer. 
 D'ailleurs, je l'ai aimé, sinon, je ne serai pas accroché coûte que coûte à la  lcture de ce roman. Puis, j'ai grandement envie de voir l'adaptation du film qui en fut tiré... et dont Michel Legrand composa la musique. 


The Go-Between 
(Fait remarquable: cette musique a servi de générique à "Faites entrer l'accusé")

Merci aux Editions Belfond pour leur confiance.



L.P. Hartley: Le Messager, (The Go Between), Belfond, (Collection Belfond [Vintage]), 390 pages, 1953 (pour l'édition originale), 1955 (pour la traduction française), 2019 (pour la présente édition)


samedi 6 avril 2019

Mrs Caliban (Belfond Vintage Saison 7, Volume 35)

4e de couverture: Dorothy se languit. D’action, d’amour, d’enfants. Jusqu’à ce qu’une gigantesque créature débarque chez elle. Une créature qui dit s’appeler Larry et avoir besoin d’aide. Une créature qui va bouleverser son existence…
Parue en 1982 aux États-Unis et encore inédite en français, une fable saisissante d’imagination, comparée par les critiques aussi bien à King Kong, à La Belle et la Bête, au Magicien d’Oz, qu’aux récits d’Edgar Allan Poe, aux contes de fées d’Angela Carter ou encore aux œuvres hallucinées de David Lynch. Inspirée par la deuxième vague féministe, Rachel Ingalls brosse le portrait d’une jeune femme qui se libère d’un quotidien monotone et castrateur, se découvre, émotionnellement, sexuellement, et existe enfin.

Une pépite Vintage à redécouvrir au plus vite !


Voilà qu'au moment où sort ce roman inédit de Rachel Ingalls aux Editions Belfond, dans leur collection "Vintage", j'apprends que l'auteure vient de nous quitter. 
C'est étrange, mais en apprenant la nouvelle, j'ai ressenti de la tristesse...comme si j'avais manqué un rendez-vous en la découvrant trop tard.Heureusement, elle apprit avant sa mort que l'un de ses romans allait enfin être connu en France. 

Et justement, ce "Mrs Caliban" que les français découvrent grâce aux Editions Belfond (et à la traductrice Céline Leroy) que vaut il? 
Eh bien, je dois dire que j'en ressors fort surpris. Encore une fois, j'ai été emporté par un roman de la collection Vintage. Non, vraiment, celle ci est vraiment faite pour moi. 

Ce roman féministe nous emmène à la rencontre de Dorothy, femme au foyer qui voit sa vie se disloquer depuis la mort de son fils. Son mari, Fred n'est plus qu'un courant d'air et aucune discussion n'est possible avec lui...au point que la solitude fait un peu perdre la boule à la desperate housewife qui entend des voix, sortie tout droit de sa radio. Mais tout va changer, le jour où elle va faire la rencontre de Larry, un "homme poisson", qui s'est enfui d'un laboratoire. 

De cette fable grinçante, mais tellement poétique par certains côtés, (la relation entre Dorothy et Larry est belle et surtout très humaine...comme quoi le monstre n'est pas celui que l'on croit), Rachel Ingalls donne une image peu glorieuse de la middle class américaine, et surtout, montre qu'un être peut tout changer dans la vie d'une femme, quand celle ci se sent de nouveau aimée. Puis, elle lui permettra d'ouvrir les yeux sur sa condition et sur sa vie. 

Ce qui fait également la force de cette fable, qui oscille entre Poe et del Toro (j'ai souvent pensé au film "La Forme de l'eau" en le lisant), c'est sa brièveté. L'auteure va à l'essentiel et je me suis surpris à lire ce titre d'une traite, comme en apnée, étant subjugué par le sens de la narration de Rachel Ingalls. Tout est fort bien menée, et la fin, m'a surprise. 

Au final, (car il serait criminel de trop en dévoiler, tellement ce roman est bref) un petit roman piquant et mordant, sur l'émancipation d'une femme qui, au contact d'une créature, va ouvrir les yeux sur son quotidien et voir sa vie exploser...mais c'est pour mieux prendre son envol.
 Voilà une 7e saison, qui démarre sur les chapeaux de roue. 

Merci aux Editions Belfond de me permettre de découvrir les pépites de la collection "Vintage". 

Rachel Ingalls: Mrs Caliban, (Mrs Caliban), Belfond, (Collection Belfond [Vintrage]), 128 pages, 1982 (pour l'éditions originale), 2019 (pour la traduction et l'édition française) 


samedi 2 février 2019

Berlin Finale (Belfond Vintage Saison 6, Volume 33)

4e de couverture: " Nous tenons entre nos mains un témoignage historique absolument unique. " 
Fritz J. Raddatz, essayiste et journaliste 

Publié en 1947 en Allemagne, vendu à plus de 100 000 exemplaires, Berlin finale est l'un des premiers best-sellers post-Seconde Guerre mondiale. Une œuvre passionnante, haletante, audacieuse, qui a su, alors que l'Europe se relevait à peine de la guerre, décrire dans toute sa complexité le rapport des Berlinois au nazisme.
Jusqu'alors inédit en France, un roman-reportage brillant qui nous raconte, à travers les destins d'une poignée de résistants, les derniers jours de Berlin avant sa chute. Un texte majeur, un Vintage événement. 

71 ans après sa première publication en Allemagne, le roman de Heinz Rein, Berlin Finale,  arrive en France, grâce aux Editions Belfond, dans leur collection "Vintage". 

Par où commencer pour vous en parler? 
Comme vous le savez déjà, la Seconde Guerre Mondiale est une période du XXe siècle qui me fascine le plus. J'ai lu énormément sur cette période, vu beaucoup aussi, en films ou séries...mais cela traite toujours de la France dans la seconde guerre mondiale. C'est pourquoi, j'essaye maintenant de chercher des titres qui me parleront de cette période autrement, d'un point de vue différent. 

Dans ce "Berlin Finale", c'est à la fin de la guerre que l'auteur s'intéresse, et surtout aux derniers conflits dans la capitale allemande. Ainsi, c'est du point de vue des allemands que l'on vit cette période et vous pouvez pas savoir comme c'est passionnant, de bout en bout. 
Par contre, c'est à un voyage au long cours auquel je me suis attelé avec ce Berlin Finale, et il m'a fallu dix jours pour venir à bout des plus de 800 pages de ce roman. D'ailleurs, c'est un livre au multiples genres: on oscille entre l'action d'un livre de guerre, au suspense d'un thriller mais aussi au genre journalistique quand l"auteur nous plonge avec minutie au plus près des combats dans chaque rue de Berlin. On assiste impuissant à la destruction de cette ville qui fut le berceau du nazisme. 
Bien évidemment, c'est à un roman que l'on à affaire, donc, il y a des personnages que l'on va suivre tout au long de ces derniers jours de la guerre, en ce printemps 1945. On fait d'abord la connaissance de Joachim Lassehn, un jeune soldat qui vient de déserter en ce mois d'avril et qui arrive dans le restaurant de Oskar Klose, à Berlin. C'est par ce restaurateur, qui comprend de suite la situation du jeune homme, que ce dernier va entrer dans la résistance. (car il ne faut pas oublier que certains allemands résistaient au régime nazi) C'est ainsi que l'on va faire la connaissance de Wiegand, entré dans la clandestinité depuis le début de la guerre, quittant femme et enfants pour ce lancer dans son combat pour la liberté, le Dr Böotcher, autre figure de la résistance. 
Au fil des pages et des rencontres, Lassehn va progressivement ouvrir les yeux sur le régime national socialiste, régime qu'il a toujours connu (il n'a que 22 ans, au moment où commence le roman), passant de la désillusion à l'espoir et inversement. 
Tout au long du roman, le lecteur voit les allemands passer de l'espoir à la désillusion. Certains restent ancrés dans leurs convictions d'une prochaine victoire de l'Allemagne, malgré l'avancée de l'armée Russe d'un côté, et des Américains et Anglais de l'autre. 

Ce roman, émaillé d'extraits de journaux, ou de flash infos donnés par Göring, ou Hitler lui même, montre également la folie d'un homme, qui n'hésita pas à continuer les combats, refusant de capituler, mais aussi de sa lâcheté, quand il vit que la fin de la guerre était inéluctable, et qu'il préféra se suicider plutôt que d'assumer ses actes horribles devant la justice des hommes, laissant ainsi le peuple allemand dans le désarroi le plus total. Cet homme, c'est évidemment Hitler, qui reste bien planqué dans son bunker, alors que son armée continue de se battre et de se faire tuer pour une Allemagne qui n'existe déjà plus. 

Il est très difficile de résumer ce livre tellement il est foisonnant. Parler de quoi exactement, de quel aspect. Il touche à l'intime, quand il nous parle des sentiments contradictoires de Joachim. Mais  également de  politique et d'idées dans des dialogues où les protagonistes échangent leurs points de vue. 
Alors, ce roman écrit dans l'urgence, à peut être certains défauts, comme le fait parfois de s'étendre trop longuement sur des discussions à n'en plus finir, où contient certaines erreurs anachroniques (même si ce roman fut écrit en 1946), mais on passe outre, car, mis à part certains spécialistes de cette période, ces anachronismes vous passeront sous le nez (honnêtement, je ne les aurait pas connu si je n'avais pas lu la postface de Fritz Radditz à la fin du livre) , et puis, ce livre est tellement une radiographie de ce qui s'est déroulé en avril 1945, dans la capitale allemande, qu'il est un témoignage important de l'Histoire. Important, voire indispensable. 
En tout cas, c'est le livre que j'attendais, sur le Seconde Guerre mondiale. Un livre qui nous montre la guerre du point de vue des allemands. 

Avant de conclure ce billet, je voudrais dire bravo à Brice Germain, le traducteur de ce roman (Brice Germain dont j'ai déjà découvert le travail cette année, puisqu'il était derrière la traduction de "De notre côté du ciel"), qui a fait un travail de recherche formidable et qui a su trouver un style clair et précis pour nous offrir une lecture agréable de cette petite brique. Sans lui, ce livre n'aurait jamais trouvé le chemin des lecteurs français (sans oublier les Editions Belfond, qui sont aller chercher ce petit trésor). 

Au final, un roman indispensable, qui nous plonge, dans les horreurs des derniers combats de la guerre, dans cette ville dévastée. Tout ça parce qu'un fou ne voulait pas s'avouer vaincu. 
Après "Minuit" de Irmgard Keun, "La Ville sans Juif" de Hugo Bettauer,, les éditions Belfond , avec leur "collection Vintage" continue l'exploration de cette littérature allemande, qui donnait sa vision du nazisme, avec "Berlin Finale". J'espère qu'ils continueront à trouver des petites pépites comme celles ci. 
Berlin Finale est une petite pépite essentielle, que je vous encourage fortement à découvrir. 

Merci à Brice Germain d'avoir permis aux lecteurs français de lire ce formidable roman. 
Merci aux Editions Belfond pour cette découverte essentielle.

Heinz Rein: Berlin Finale,( Finale Berlin), Belfond, (collection Belfond [Vintage]), 869 pages, 1947 (pour l'édition originale), 2015 (pour la réédition), 2018 (pour la traduction et la présente édition)


mardi 21 août 2018

Un intrus (Belfond Vintage Saison 6, Volume 30)

4e de couverture: Parue en 1959 aux États-Unis et en 1960 en France, adaptée au cinéma par Roger Corman, une analyse aussi virtuose que glaçante de la montée du populisme pour un Vintage noir choc, qui n’a malheureusement pas perdu une once de son actualité. 
La petite ville sudiste de Caxton est déboussolée : l’arrêt de la Cour suprême vient de tomber ; désormais, les écoles publiques sont ouvertes aux enfants noirs. On s’étonne, on s’agace, et puis finalement on laisse faire.
Jusqu’à l’arrivée d’un intrus.
L’inconnu s’installe, intrigue, séduit, et petit à petit distille le poison : des Noirs ? Avec vos enfants chéris ? Vous n’y pensez pas !
Alors on s’invective, on rugit, on brandit le poing. Et puis montent la fureur, la haine, le sang…


Dès les premières pages, on sent que "Un intrus" est un livre qui dérange et met mal à l'aise. Pourtant, on ne peut s'empêcher de continuer, malgré le malaise, pour savoir comment cela va se terminer. 

Ce n'est jamais évident de lire un livre dans lequel on ne se sent pas bien, dont on sait que les actions des personnages, tel que cet intrus, Adam Cramer, vont vous mettre hors de vous. Alors, parfois, ce malaise vient au fil de la lecture et on ne sait pas comment on en est arrivé là. Mais, dans Un intrus, c'est tout le contraire. On sait très bien, dès les premières lignes et l'arrivée de cet étranger, Adam Cramer, dans la ville de Caxton, que tout va nous mettre mal à l'aise. 
Mais pourquoi, me direz-vous? 
Commençons d'abord par résumer l'histoire: la Cour Suprême vient de voter une loi autorisant les élèves noirs à intégrer les écoles des Blancs. Les gens sont choqués, restent interdits et n'acceptent pas cette situation...mais ne font rien et se plient à la loi. Car la loi est la loi. Jusqu'au jour où un étranger arrive et, par petites touches, de paroles, de séductions commence à convaincre la population que ce n'est pas normal et qu'il faut changer cela. 
C'est alors que tout va dégénérer. 

Ce roman, qui se déroule dans le Sud des Etats Unis, m'a énormément plu, même s'il m'a gêné: tous les personnages blancs , sans exception, sont contre l'intégration, même ceux qui n'ont rien contre les Noirs. C'est alors très difficile de prendre parti pour quelqu'un. Puis, progressivement, je me suis interrogé: ce roman serait il si gênant s'il n'était pas seulement le reflet de la majorité de la population, moi, y compris. Est ce que ce ne serait pas ça le plus gênant, à savoir, qu'il y a un peu de racisme en chacun de nous, des pensées inavouées qui resurgissent parfois. Attention, je ne me considère par raciste, mais seulement, est ce que je n'ai pas eu moi aussi, un jour où l'autre des pensées racistes? Je m'interroge. 

En fait, ce roman, de par ce sujet brûlant d'actualité qui n'est autre que le racisme ordinaire, fait ouvrir les consciences et nous fait nous poser mille questions. 
Surtout que ces personnages ne sont pas manichéens (bon, il y a bien des salauds qui resteront des salaud, comme le révérend Niesen ou Carey), à commencer par Adam Cramer. Adam est un personnage plus complexe qu'il n'y parait et l'auteur, en  nous racontant son histoire personnelle par petite touche va nous le dévoiler sous un autre jour. Il n'est pas forcément le raciste forcené qui veut à tout prix que les nègres décampe des écoles.Son but ne serait il pas tout autre? Je vous laisse le découvrir. 

En tout cas, voilà un roman puissant qui dérange et qui nous fait nous poser mille questions, sur le racisme ordinaire, que l'on vivait dans les années 50, dans le Sud des Etats Unis, mais aussi aujourd'hui, dans notre propre société. Un racisme ordinaire qui, par un discours plein de haine,mais bien formulé par un orateur hors pair (un parallèle est même fait entre Adam Cramer et Hitler à un moment dans le livre) peut se révéler ravageur et mettre le feu aux poudres. Un roman fort bien écrit,qui ne cherche pas à faire la morale. Il laisse simplement vivre ses personnages, dans cette histoire haletante qui vous prend aux tripes jusqu'à la dernière page. Un roman qui nous fait réfléchir et qui est ressorti cette année chez Belfond [Vintage], qui encore une fois à su faire mouche. Merci à eux! 

Pour info, ce roman a été adapté par Roger Corman (qui signe la préface de la présente édition) en 1962, au cinéma. Le film vient de  bénéficier d'une sortie au cinéma, à partir du mercredi 15 août 2018, dans une version restaurée, dans certaines villes de France. Renseignez vous. 

Charles Beaumont: Un intrus, (The Intruder), Belfond, (collection Belfond [Vintage]), 444 pages, 1959 (pour l'édition originale), 1960 (pour la traduction française), 2018 (pour la présente édition)


mardi 12 juin 2018

Le Mangeur de citrouille (Belfond Vintage Saison 6, Volume 31)

4e de couverture: Dans cette tour sur la colline, il n’y avait pas d’enfants pour me conférer une identité ou mettre de l’ordre dans le chaos du temps qui passe. Il faisait très clair : l’éclat brutal du brouillard était plus net que la lumière du soleil. J’avais décroché le téléphone : il gisait sur la table comme un fœtus informe, avec son fil tordu en nœuds épais.
Profonde, violente, la confession glaçante d’une femme au bord de la folie, étouffant dans un mariage qu’elle ne reconnaît pas, perdant pied devant des enfants qu’elle ne comprend plus. Chargé d’une forte dimension autobiographique, porté par un style renversant d’intelligence, ce roman fouille les plaies de Mrs Armitage, la narratrice, mais aussi de Penelope Mortimer, l’auteur, et finalement celles de générations de femmes cherchant désespérément une échappatoire à leur condition.
Publié en Angleterre en 1962 et chez Plon en 1964, un cri déchirant qui, aujourd’hui, est toujours plus assourdissant.

Comme à son habitude depuis maintenant 6 ans, les Editions Belfond, cherchent toujours des textes sortant de l'ordinaire et qui ont une grande portée sur le monde...mais qui sont depuis tombé dans l'oubli pour la jeune génération. 
Je dois dire que je prends toujours autant de plaisir à découvrir les romans de cette collection. A chaque fois, j'y découvre toujours quelque chose qui me frappe. Dans "Le mangeur de citrouille", roman très autobiographique de Penelope Mortimer, c'est la voix de cette femme qui nous happe dès les premières pages pour ne plus nous lâcher et nous hanter, même après avoir fermé le livre qui m'a touché. Cette femme esseulée qui ne sait plus comment vivre dans un mariage vide de sens et des enfants (nombreux, eu lors de ses précédents mariages) qui, grandissant, ne la comprennent pas et s'éloignent, on se surprend à l'aimer et à l'écouter avec bienveillance. 
Alors, je dois vous avouer que les premiers chapitres m'ont laissé un peu perplexe: entre les visites chez le psy, où elle raconte sa rencontre avec Jake, son dernier mari (elle en eu trois avant lui), son premier amour avec le fils d'un pasteur, tous ces éléments étaient mis bout à bout, comme des petites anecdotes sans trop de lien entre eux, à part, la narratrice Mrs Armitage. Malgré cet état de faits, je continuais quand même et puis, vient le moment où tout bascule dans "l'horreur" le plus absolu (bon, le mot est peut-être un peu fort, mais c'est ce que j'ai ressenti en le lisant) avec les événements du milieu de roman. Ce que l'auteure fait subir à son personnage féminin est des plus terrifiants, et cela serait cruel, si Mrs Armitage n'étaient pas le double de l'auteure Penelope Mortimer. Car, l'épreuve que vit la narratrice, qui va progressivement l'amener jusqu’à une certaine forme de folie, l'auteure l'a également vécue. (D'ailleurs, je me suis un peu spoiler le roman en lisant la biographie de l'auteure qui se trouve en début de livre, mais cela ne m'à pas trop gâcher la lecture)
En fait, c'est un roman aux accents cruels qui, mine de rien vous hypnotise au point qu'on ne peut le lâcher avant la fin (en refermant le livre, je me suis aperçu avec étonnement que je l'avais commencé le dimanche matin pour le finir, le dimanche soir). C'est cruel mais également sadique, surtout au vu du comportement des hommes, qui ne sortent pas grandit dans ce roman que ce soit, Jake, la mari de la narratrice qui se comportera comme un beau salaud, ou Mr Conway,qui fera subir à sa femme Beth, la pire des vengeances...mais je ne la plaindrais pas. 
Encore une fois, nous nous retrouvons face à un roman percutant, qui va vous laisser sans voix, tant il bouleversant. La voix de cette femme esseulée, qui ne trouve le bonheur et la solution à ses douleurs que dans l'enfantement, et qui va devoir renoncer à cette part de féminité, va me hanter encore longtemps. Cette voix est forte, sans fard et vous prend aux tripes, vous hypnotise.
Au final, une (re)découverte qui va laisser des traces: le roman de Penelope Mortimer laisse entendre une voix de femme qui dit son désespoir et sa solitude devant un énième mariage qui part à la dérive. Avec un style percutant,cruel dans les faits, les mots et les gestes, il nous embarque au plus loin dans la folie, jusqu'à l'obsession. L'obsession du personnage pour la survie de son bonheur et l'obsession du lecteur d'aller jusqu'au bout afin de savoir comment Mrs Armitage va se sortir de cet enfer. Un texte important qui, par la voix d'une femme, parlera à toutes les femmes. 
Merci aux Editions Belfond pour cette découverte essentielle. 
Penelope Mortimer: Le mangeur de citrouille, (The Pumpkin Eater), 250 pages, Belfond, (Collection Belfond |Vintage]), 1962 (pour l'édition originale), 1964 (pour la traduction française), 2018 (pour la présente édition)




dimanche 7 janvier 2018

La Route au tabac (Belfond Vintage Saison 5, Volume 29)

4e de couverture: — Dieu a peut-être bien voulu que les choses soient ainsi, dit Jeeter. Il en sait peut-être plus long que nous autres, mortels. Dieu est un vieux malin. On peut pas le rouler, Lui ! Il s'occupe de petits détails que les simples mortels ne remarquent même pas. C'est pour ça que j'veux pas quitter ma terre pour aller à Augusta vivre dans une de leurs sacrées filatures. Il m'a mis ici, et Il ne m'a jamais dit de m'en aller vivre ailleurs.
Vendue à plus de trois millions d'exemplaires, traduite en une quinzaine de langues, portée à l'écran par John Ford en 1941, pièce de théâtre à succès, La Route au tabac est le plus grand triomphe d'Erskine Caldwell.
Dans ce roman paru en 1932 aux États-Unis et en 1947 chez Gallimard, l'auteur, fidèle à sa tradition, dépeint le Sud des petits Blancs dans sa réalité la plus crue, et nous livre la radiographie d'une époque, celle de la Grande Dépression, où la faim détruit corps et esprits.

Un immense classique de la littérature américaine à redécouvrir.

La Route au tabac est le troisième roman d'Erskine Caldwell à paraître au sein de la collection "Belfond [Vintage]". Petit à petit les Editions Belfond redonne ces lettres de noblesse à cet auteur un peu oublié du grand public en  faisant (re)découvrir son oeuvre à un nouveau lectorat. Ce qui est une chose juste car Erskine Caldwell est un auteur qui mérite d'être lu et reconnu. 

Ayant découvert cet auteur avec deux autres romans ("Le bâtard" et "Haute tension à Palmetto" (mon préféré)) j'étais ravi de poursuivre ma découverte de cet auteur avec ce titre. Surtout que "La Route au tabac" est considéré comme son chef d'oeuvre (que John Ford porta à l'écran en 1941). 
Bien  que j'ai passé un agréable moment avec ce roman, il n'a pas été le chef d'oeuvre tant escompté pour moi. J'ai préféré, et de loin "Haute Tension à Palmetto", que j'ai trouvé plus abouti. 
Je reconnais toutefois qu'on a affaire à un grand roman et je comprend son succès de l'époque: le style d'Erskine Caldwell est toujours aussi cash et sans parti pris. Il ne prend jamais parti, ni pour les nègres, dont les personnages ne sont jamais très bien considéré (mais c'est l'époque qui veut ça, nous sommes souvent plongé dans le Sud des Etats Unis, au début du XXe siècle. Donc rien de plus normal, surtout que l'auteur nous donne souvent le point de vue des hommes et femmes blancs de l'histoire), mais encore moins pour les blancs qui sont souvent de pauvres idiots. C'est encore plus flagrant dans ce roman là. 
Je crois que je n'ai jamais rencontré de personnages aussi crétins que cette famille Lester: que ce soit le mari,la femme ou les enfants Lester (du moins Dude et Ellie May, que l'on rencontre, les autres enfants sont seulement évoqués) . Tous sont de sombres idiots, qui font souvent des choix peu judicieux. Ils sont  fainéants, sans scrupule, voleurs, j'en passe et des meilleurs. Alors, il est vrai que dans les deux précédents romans que j'ai lu de l'auteur certains personnages sont du même acabit, mais il y en a toujours qui sortent du lot. Là, il n'y en a aucun pour sauver l'autre. Tous sont a baffer. C'est peut être pour ça que je n'ai pas pu m'attacher à ce roman. 

Toutefois, ce qui le  sauve, c'est l'écriture d'Erskine Caldwell: celui ci a des moments de fulgurance dans ces descriptions du Vieux Sud, qui meurt de faim. Il décrit, avec des mots justes, la misère qui sévit lors de cette grande Dépression, avec des mots simples, qui vont à l'essentiel, sans oublier cet élément de répétition dans les dialogues (les personnages répètent souvent les mêmes phrases comme un leitmotiv lancinant,qui vous prend progressivement la tête, mais qui décrit parfaitement l'aliénation qui prend les esprits, parce que la faim détruisant le corps s'attaque ensuite au mental). Puis, cela montre le dialogue de sourd qui s'est installé dans cette famille.  Jeeter et Ada, qui ont eu une dizaine d'enfants se retrouvent seuls, abandonnés dans leur ferme, où ils ne cultivent plus rien. 

Alors, ne vous attendez pas à lire un roman plein de rebondissements, vous risqueriez d'être déçu: il ne se passe quasiment rien dans ce roman, qui respecte les trois unités du théâtre: le lieu, le temps et l'action. En effet, tout se passe quasiment à la ferme des lester, sur une semaine, où l'on voit Jeeter, tout faire pour faire redémarrer la ferme et trouver à manger, quitte à utiliser tous les moyens, même les plus vils pour arriver à ses fins. 

Rien ne trouvait grâce à mes yeux dans ce roman, que j'aimais bien, sans plus. Puis, il y a eu la fin: une fin magnifiquement écrite par Erskine Caldwell, qui nous emporte dans un lyrisme exacerbé et qui m'aurait presque tiré les larmes tellement c'était beau. Après une lecture que je qualifierai de "bien sans plus" cette fin tragique m'a époustouflé et j'en ressors très satisfait. 

Au final, un roman à découvrir, pour son sujet: la Grande Dépression vu à travers le regard d'une famille de fermiers du Vieux Sud, bêtes et méchants, c'est sûr, mais tellement réalistes; pour son écriture fine, sans fioriture avec des éclats de lyrisme qui ne tombent pas dans la mièvrerie, et qui vous décrit le Vieux Sud des Etats Unis; pour sa fin magnifiquement cruelle et belle, qui démontre, si vous en doutiez encore, qu'Erskine Caldwell fait partie de ces grands auteurs américains qui ont écrit l'histoire de la Littérature Américaine. 

Merci aux Editions Belfond de me permettre de (re)découvrir tous ces romans oubliés.

Erskine Caldwell: La Route au tabac, Tobacco Road), Belfond (Collection Belfond [Vintage], 1932, (pour l'édition américaine), 1947 (pour la traduction française), 2017 (pour la présente édition)


dimanche 12 novembre 2017

La Ville sans juifs (Belfond Vintage Saison 5, Volume 28)

4e de couverture: En 1922, Hugo Bettauer, journaliste, romancier, grand provocateur, imagine une étonnante satire politique. Alors que Vienne traverse une grave crise économique et sociale, les autorités arrivent à une conclusion imparable : pour sortir du marasme, il suffit de faire partir tous les habitants juifs.
Quatre-vingt-quinze ans plus tard, ce qui n'était à l'époque qu'une farce absurde et grinçante apparaît comme une terrifiante prophétie...
Sous-titrée au moment de sa parution « Roman d'après-demain », une véritable curiosité Vintage malheureusement toujours d'actualité.

De l'université à la rue Bellaria, une véritable muraille humaine cernait le splendide et serein bâtiment où siégeait le Parlement. En cette matinée de juin, tout Vienne semblait s'être donné rendez-vous, à dix heures, là où allait se jouer un événement historique d'une portée imprévisible. Bourgeois et ouvriers, dames et femmes du peuple, adolescents et vieillards, jeunes filles, petits enfants, malades dans leurs fauteuils roulants, surgissaient pêle-mêle, criaient, discutaillaient politique et suaient abondamment. À tout moment, un nouvel exalté se mettait à haranguer la foule et sans cesse on entendait retentir le même slogan :
« Dehors les Juifs ! »

Les Editions Belfond continuent de ressortir de l'oubli des romans indispensables. 
3 ans et demi après la republication du roman d'Irmgard Keun: Après Minuit, c'est au tour d'un roman d'Hugo Bettauer de ressortir de la malle aux trésors littéraires, avec un roman traitant de l'antisémitisme. 

Publié en 1922, ce pamphlet contre l'antisémitisme, imaginé comme une farce à l'époque, va se révéler être l'une des plus cruelle prophétie qui soit. 
L'auteur imagine que le Chancelier de la ville de Vienne, le Dr Schwertfeger, va promulguer une loi anti-juifs, qui consiste a mettre les juifs dehors afin que les chrétiens et les bons aryens reprennent l'économie en main. Pour lui, les Juifs sont bien supérieurs et font tourner la ville. En les chassant, il espère redonner du travail aux bons aryens, ainsi l'économie renaîtra.
Ainsi, progressivement, tous les juifs sont envoyés partout dans le monde, en France, en Espagne, en Allemagne, aux Etats Unis, via des trains de plus en plus nombreux, sous les harangues de la foule. La vie à Vienne reprend son cours, l'économie remonte, tout va pour le mieux, mais cela ne dure pas et les habitants de Vienne, en premier lieu les commerçants ,se rendent compte que ce sont les Juifs qui achetaient le plus et au prix for et ils regrettent leurs départs.
Heureusement grâce à un peintre juif, Léo Strakosch,qui, après être parti à Paris, revient à Vienne sous l'identité de Henry Dufresne, un richissime peintre français, va, par amour pour Lotte, faire bouger les choses et changer l'opinion des gens.

Alors, ce n'est pas pour le côté littéraire que ce livre à une importance: le style est simple et n'a pas une grande valeur littéraire, mais la force du livre, c'est son sujet: Hugo Bettauer a démontrer, par le procédé de la farce,ce que serait le monde sans les juifs, sauf qu'ils les montre comme les sauveurs de la ville, puisque ce sont eux qui font tourner l'économie.
Sauf qu'il ne savait pas, en écrivant ce livre, dans les années 20, ce qui allait se passer une décennie plus tard. Au regard de l'Histoire, quand on lit ce livre aujourd'hui, des images deviennent saisissante d'effroi (les trains,qui emmènent les juifs dans les autres villes d'Europe, font cruellement penser aux trains qui emmenaient les juifs à la mort dans les camps de concentration).Ou bien cette phrase terrible qui va faire démentir l'auteur, quelques années plus tard ("Croyez-vous que les Allemands sont aussi crétins que nous et vont flanquer leurs juifs dehors?"), comme le souligne Olivier Guez dans sa préface. (Préface que je vous conseille de lire après la lecture du roman car son auteur dévoile toute l'histoire du livre).
Sous couvert d'une histoire teinté d'humour, avec une histoire d'amour (celle de Léo, peintre juif et Lotte, fille d'un ministre autrichien) et un happy end, ce "roman d'après-demain", comme il fut qualifié en son temps, est un portrait saisissant de l'antisémitisme dans les années 20, mais qui, 95 ans après, fait écho à notre époque.

Au final, un roman, qui malgré un début un peu déconcertant pour moi,ne se lâche pas avant la fin. Un roman indispensable qui nous parle de l'antismétisme. Sauf que l'auteur,assassiné en 1925, par un militant nazi,  ne pouvait pas s'imaginer que sa farce allait rejoindre la plus horrible des réalités près de 20 ans plus tard.

Merci aux Editions Belfond pour cette découverte déconcertante.

Hugo Bettauer: La ville sans juifs, (Die Stadt ohne Juden), Belfond, (Collection Belfond [Vintage],187 pages,  1980 (pour l'édition originale), 1983 (pour la traduction française), 2017 (pour la présente édition)


lundi 26 juin 2017

Des femmes remarquables (Belfond Vintage Saison 5, Volume 27)

4e de couverture: Je laissai Dora poursuivre, mais sans réellement lui prêter l'oreille car je connaissais l'opinion que nourrissait Dora à l'égard de miss Protheroe et de tout précepte religieux. Nous nous étions souvent querellées autrefois à ce sujet. Je me demandais comment elle pouvait gâcher autant d'énergie à lutter pour une vétille telle que le port du chapeau à l'office ; puis je me dis qu'après tout, la vie se réduisait, pour la plupart d'entre nous, à des détails de cet ordre : les petits désagréments plus que les grandes tragédies, les dérisoires petites envies plus que les grands renoncements et les tragiques passions amoureuses de l'histoire ou des romans.

J'ai rencontré la plume de Barbara Pym, il y a quelques années, en lisant Un brin de verdure que j'avais beaucoup aimé. 
Quel plaisir de savoir que j'allais la retrouver dans la collection "Belfond [Vintage], cette saison, avec un autre de ses romans. 

Je trouve formidable que les éditions Belfond ait enfin décidé de lui donner une nouvelle mise en lumière, car elle le mérite. Barbara Pym fait partie de ces auteures anglaises du 20e siècle, qui sont tombées dans l'oubli et qui pourtant mériterait d'entrer dans la légende. 
Barbara Pym décrivait de manière très juste, et avec une petite pointe d'ironie, la middle class anglaise et démontrait un humour caustique ravageur. 

Je dois pourtant  avouer que je ne suis pas entré dans cet univers de nouveau, aussi facilement que pour "un brin de verdure". Il a fallu que je retrouve mes marques. Est ce dû au fait que j'ai eu un petit peu de mal avec la narratrice Mildred? Il est vrai que je l'ai trouvé un peu vieux jeu, au départ (un côté vieille fille peut être) et que je n'ai pas pu m'empêcher de la juger. Grave erreur car elle se montrera sous un très beau jour par la suite, quand on la connait mieux. 
En fait, ce roman là est un roman qui joue beaucoup sur l'apparence. Aucun des personnages n'est vraiment ce qu'il parait:que ce soit les Napier, les nouveaux voisins de Mildred, qui vont chambouler sa petite vie si tranquille et réglée comme du papier à musique, ou Mrs Gray, une femme, veuve de pasteur, qui vient s'installer au premier étage du presbytère, et qui va déranger également la petite vie du révérend Mallory et de sa soeur Winifred ou bien encore Everard Bone, le collègue d'Helena Napier. 
L'auteur nous ouvre alors les portes de cette petite communauté, qui vit entre fête de charité, messe, et travail (enfin Mildred travaille mais je n'ai pas trop compris dans quoi, Seul le métier d'Helena Napier est évoquée: anthropologue, (un métier qui revient fréquemment dans les romans de Barbara Pym); 

Enfin, c'est un joli petit roman, qui m'a doucement emporté dans son monde: même si le temps s'écoule doucement, il se passe beaucoup de chose, et le rythme devient parfois enlevé, et on a qu'une hâte, savoir comment cela se termine, même si l'intrigue n'est pas ce que je retiendrais particulièrement (malgré les nombreuses surprises entre les Napier et leur soucis de couple, et l'arrivée de Mrs Gray au presbytère). Ce sont la galerie de personnages qui est important dans les romans de Barbara Pym et c'est eux que je retiens. L'auteur les croque de manière si drôle qui frôle parfois le cynisme (toujours bienveillant, je vous rassure), qu'on s'attache à tous, même aux grenouilles de bénitier. 

Ce fut encore un bonheur de retrouver la plume de cette auteure, qui m'a encore charmé, au final, même si le démarrage a été un peu plus long. Je n'ai pas pu décrocher, même je l'ai fini hier soir, alors que la fatigue commençait à m'envahir, mais j'étais si bien avec Mildred et les autres que j'ai continué jusqu'à la dernière page. 
Je vous encourage fortement, si ce n'est pas déjà fait, à découvrir la plume de Barbara Pym; Vous retrouverez le charme de l'Angleterre, avec une plume drôle et tendre, à la fois. Je suis persuadé que vous tomberez sous son charme. Lire un roman de Barbara Pym, c'est revenir dans une Angleterre verdoyante et paisible, et surtout, y revenir, avec plaisir. 

Merci aux Editions Belfond pour cette petite ballade anglaise, pleine de fraîcheur. 

Barbara Pym: Des femmes remarquables, (Excellent Women),Editions Belfond, Collection Belfond [Vintage], 1952,(pour l'édition anglaise), 1990 (pour la traduction française), 2017 (pour la présente édition)


lundi 10 avril 2017

Novembre (Belfond Vintage Saison 5, Volume 25)

4e de couverture: Novembre. À présent je revois d'un seul coup nos vies durant les années passées. Cet automne est à la fois une fin et un commencement, et les jours naguère brouillés par ce qui était trop proche et trop familier sont clairs, étrangers à mes yeux.

Ce roman sur la Grande Dépression (écrit justement à cette période) est une petite pépite que Belfond a ressorti de l'ombre pour le proposer dans sa collection Belfond Vintage

J'ai été de suite happé par ce roman réaliste et tragique, même si les premières pages n'ont pas été si simple à lire pour moi (par rapport au style travaillé et poétique, un peu "classique", dans le bon sens du terme), ne sachant pas trop où je m'embarquais. 
J'ai été très surpris par la prose poétique de l'auteur, qui pourtant dépeint un monde dur et cruel pour ces paysans, qui essayent de survivre de leurs terres et de leurs récoltes...mais la dure loi de la nature avec ses sécheresses et ses coups du sort, vont peu à peu tout bouleverser, dans la famille Haldmarne, jusqu'au drame. 

Toute cette histoire nous est racontée par la voix de Margot, la cadette de la famille (la fille du milieu, parfois la plus mauvaise place), qui va revenir sur les événements qui ont amené à ce fameux mois de novembre: celui juste après la sécheresse qui dura presque neuf mois (puisque les dernières pluies dataient de février). En fait, c'est un roman à rebours, qui reviens dans un long flashback sur ce qui s'est passé. Nous allons alors partir à la découverte de cette famille qui essaye de survivre plutôt mal que bien, aux éléments néfastes de la nature et de la vie. Alors, même si l'auteur nous présentera d'autres familles de fermiers comme les Hartman et les Ramsey (famille noire qui a du mal à payer son loyer tous les mois et qui risque l'expulsion à tout moment), c'est surtout le portrait des trois soeurs Haldmarne, bien différentes, qui est l'élément central: Kerrin, la soeur aînée qui n'a apparemment pas toute sa tête et qui n'en fait qu'à sa tête,  Merle, la petite dernière, douce et gentille, tout le contraire de Kerrin. Et Margot, la narratrice , qui n'arrive pas à trouver sa place et qui se dévalorise souvent. La relation des trois soeurs n'est pas toujours au beau fixe, mais rien ne vient la perturber...jusqu'à l'arrivée de Grant Koven, jeune trentenaire, qui vient travailler à la ferme pour aider leur père. Chacune des soeurs va alors ressentir des sentiments pour ce dernier. 

Cela fait très shakespearien et c'est un peu le cas, mais ce roman est bien plus que ça: il parle sans détour de la Grande Dépression qui frappa les Etats Unis après la crise de 29, avec une telle poésie et une musicalité dans le style qu'on ne peut rien faire pour s'en détacher: la plume est belle, l'histoire est touchante et vibrante, mais surtout, elle décrit et elle montre la vie simple, et difficile  de ces gens de bien qui essayent de survivre dans un monde en crise. C'est un livre qui décrit son époque de manière magistrale (et je comprend parfaitement qu'il ait reçu le Prix Pulitzer, un an après sa sortie, en 1935), mais qui peut faire encore écho aujourd'hui dans certaines parties du monde. J'ai d'ailleurs été troublé d'apprendre que l'auteur, Joséphine Johnson n'avait que 24 ans quand elle écrivit ce livre. Il y a une telle maturité dans ce livre. 
Alors, bien sûr, quand on pense Grande Dépression, famille de fermiers essayant de survivre, dans ce monde, on pense indirectement à Steinbeck, et encore une fois, il y a des "Raisins de la colère" dans ce livre...mais peut être avec une plume plus poétique. 

Au final, un roman vibrant de tragédie, de poésie, sur la Grande Dépression et ses ravages, qui ressort de l'oubli, grâce à un éditeur qui prend soin de remettre en lumière les grands romans du siècle passé. Un livre qu'on ne lâche pas avant la fin, tellement la plume magnifique de l'auteure nous envoûte. Encore une belle découverte que Belfond nous propose pour démarrer la 5e saison de sa collection Belfond Vintage *. Un roman que je vous encourage très fortement à (re)découvrir. 

Merci aux Editions Belfond pour cette nouvelle découverte sortie de votre malle aux merveilles littéraires. 

Joséphine Johnson: Novembre, (Now in November), Belfond (Collection Belfond [Vintage]), 1934 (pour l'édition américaine), 1938 (pour la première édition et traduction française), 2017 (pour la présente édition)

*Comme chaque année, la collection Belfond [Vintage] a démarrée  sa saison en janvier avec un premier titre (le 24e) , celui ci étant "Johnny Porter et le secret du Mammouth congelé"  de Lionel Davidson. Cependant, le roman de Davidson, qui s'apparente au genre policier, inaugure une "collection compagnon" à Belfond [Vintage], qui se nomme Belfond [Vintage Noir].Voilà pourquoi, plus haut, j'ose dire que "Novembre" est le premier titre de l'année 2017 de la collection Belfond [Vintage] "classique".