mardi 12 octobre 2021

Hangsaman

 

Résumé: La jeune Natalie Waite a du mal à trouver sa place dans une famille dysfonctionnelle, entre un père écrivain médiocre mais imbu de lui-même et une mère au foyer névrosée. La noirceur s'immisce dans son esprit et dans sa vie au point que celle-ci va tourner au cauchemar.

Inspiré par la disparition (inexpliquée à ce jour) d'une étudiante non loin de l'endroit où vivait Shirley Jackson, ce roman est une exploration aussi magistrale qu'effrayante de la perte des repères chez une adolescente en perdition.

Shirley Jackson est une autrice qui, malgré une courte carrière à marqué la littérature de son empreinte, faisant d'elle l'inventrice du "gothique noir moderne" et la reine du roman d'horreur psychologique. Elle aurait été l'une des inspiratrices de Stephen King, rien de moins. 

Comment ne pas être intrigué et vouloir découvrir sa plume. Chose faite grâce aux Editions Rivages qui ont la belle idée de traduire et publié ses écrits depuis quelques années. J'ai eu la chance de recevoir le dernier roman paru ce mois ci chez Rivages, "Hangsaman". Celui ci est le 2e roman de Shirley Jackson et son pitch fut des plus intriguant. Une jeune fille de la petite bourgeoisie, qui s'ennuie tellement dans son monde qu'elle n'hésite pas à s'inventer des vies parallèles. 

Avec ce livre, j'ai fait un "aussitôt reçu, aussitôt lu", tellement impatient de découvrir cette autrice. Je me  suis plongé direct dedans sans savoir dans quoi il allait m'embarquer et je dois dire que dès les premières pages, j'ai été complètement largué (mais je pense que c'est un peu le but de l'autrice) mais aussi complètement soufflé. Dès les premières lignes, on ressent un malaise qui ne va plus nous quitter avant la fin. Même, il va aller grandissant. Attention, c'est un livre qui va vous déboussoler jusqu'à la folie. D'ailleurs, c'est bien simple, je me suis demandé, dès le départ, si Natalie, la jeune protagoniste du roman, n'était pas folle...et je dois dire qu'en arrivant à la fin, je ne suis pas loin de le penser. 

En fait, ce roman, c'est une angoisse permanente et latente, mais aussi une critique de la société aisée de cette époque (les années 40-50), mais aussi de la "société universitaire", avec cette hypocrisie qui suinte à travers les murs de l'université. Le père de Natalie est imbu de lui-même, autoritaire ,mais que Natalie vénère toutefois, la mère est soumise et s'inquiète souvent pour sa progéniture. 

En quittant son milieu familial, où elle étouffe un peu, Natalie pense trouver une liberté à l'université, sauf que l'hypocrisie qui y règne, vont faire qu'elle va rester dans sa solitude et dans son monde imaginaire. Et cette "future écrivain" n'en manque pas, d'imagination. Celle ci bouillonne en elle et parasite énormément le roman. C'est bien simple, on ne sait pas si on est dans la réalité ou dans la fiction, et une frustration s'installe, surtout que l'autrice prend un malin plaisir a jouer de cette frustration en ne montrant pas, par exemple  l'agression dont serait apparemment victime Natalie de la part d'un invité de son père. Frustration renforcée par le fait que Natalie fait comme s'il ne s'était rien passé. Et c'est ainsi que la fiction prend plus le pas sur la réalité. 

En définitive, ce livre est dérangeant jusqu'au malaise. Malaise que l'autrice prend plaisir a renforcer, page après page, jusqu'à un dernier quart angoissant et hypnotique où l'on tremble pour Natalie, tout en se demandant: mais est ce vraiment vrai de vrai? Et c'est ça qui fait la force du livre: ce perpétuel questionnement de la fiction sur le réel. C'est également de par ses peurs, que Natalie grandira et deviendra adulte. 
Non, franchement, "Hangsaman" fut une lecture fort déconcertante, qui ne m'a pas laissé indifférent. J'ai été mal à l'aise ,certes,  mais vraiment hypnotisé par l'écriture et l'imaginaire de Shirley Jackson, que Fabienne Duvigneau a su magistralement retranscrire dans notre langue . Vraiment, une très bonne découverte que l'univers de Shirley Jackson, qu'il faut absolument (re)découvrir. D'ailleurs, merci aux Editions Rivages de nous permettre de connaître l'oeuvre de cette autrice fondatrice, que je serai ravi de continuer à lire, avec un prochain titre. 

Shirley Jackson, Hangsmaman, (Hangsaman), Rivages, 281 pages, 2021




samedi 9 octobre 2021

Bilan Lecture du 26 septembre au 8 octobre 2021

 Je vais tenter quelque chose de nouveau sur le blog: les courtes chroniques. En effet, j'ai lu quelques livres ces dernières semaines, et je n'avais pas vraiment grand chose à dire sur mes lectures et de faire de longs développement. Donc, essayons, la chronique courte et succincte. Voyons voir si je réussis. C'est parti! 


Une intrigue qui se passe en pensionnat, un meurtre, des secrets, une ambiance, très "poètes disparus", j'aurai dû adorer ce livre. Oui, mais voilà, j'ai mis une semaine pour le lire (ce qui est peu quand on sait que le livre fait plus de 700 pages), tellement je n'avais pas envie de retrouver cette bande de gamins prétentieux et imbus d'eux-mêmes. 

Mais, bon, qu'est ce que ça raconte? dès les premières pages, on apprend que les protagonistes tels que Richard, Henry, les jumeaux, et Francis sont responsables de la mort de leur camarade Bunny. Puis, retour en arrière, on découvre Richard qui est accepté dans une université du Vermont où il va faire la connaissance d'un cercle, dans lequel il va s'intégrer. Il y a le chef, Henry, qui sait déjà tout, les jumeaux, inséparables, Francis, et Bunny, un être un peu à part, dans le groupe. Tous, sont des gosses de riches et cela se ressent dans leur comportement. Richard, fasciné, va alors entrer dans un cercle infernal qui va l'amener à commettre l'irréparable. 

Alors, j'ai trouvé que l'intrigue était très bien menée, puisque l'on voit d'abord comment Richard et sa clique en sont arrivés à tuer leur camarades, puis dans une 2e partie, les conséquences de leur acte. Mais je n'ai pas pu m'attacher à cette bande de "gamins" prétentieux, qui boivent plus que de raison (Charlie, l'un des jumeaux, devient même un alcoolique, qui couche avec sa jumelle), se droguent et se prennent carrément pour des divinités. Ils sont imbus d'eux mêmes, se prennent pour le centre du monde et trouvent que les autres, élèves comme profs, sont de la merde. Comment voulez-vous avoir de l'empathie pour eux? Cela me fut impossible. Cependant, Donna Tartt, dont je salue le talent, a su, a à peine 20 ans, menée son intrigue de main de maitre, distillant un suspense à petites gouttes jusqu'à un final surprenant qui m'a  réjouis (oui, je suis sadique). Un roman, dont j'attendais probablement beaucoup trop, qui ne m'a pas totalement embarqué à cause de personnages antipathiques. Mais je conçois que c'est devenu un classique dans le genre des romans à l'ambiance universitaire, avec une intrigue puissante fort bien menée. A lire évidemment. Et je continuerai à découvrir la plume de Donna Tartt. Assurément. 

Donna Tartt, Le maître des illusions (The secret History), Pocket, 706 pages, 1993




  






Il y avait un moment que je n'avais pas lu du Balzac. C'est ainsi que le week-end dernier, j'ai lu "Une double famille", une nouvelle qui se trouve dans "Scènes de la vie privée". 

Dans celle-ci, on va suivre une vieille femme et sa fille Caroline, couturières, pratiquant leur métier dans leur appartement, fenêtre ouverte. C'est ainsi que le jeune comte de Grandville remarque la jeune Caroline et en tombe amoureux. Ils se mettent en ménage. Puis, petit retour en arrière sur la vie antérieure du Comte de Grandville. Celui ci est promis à une amie d'enfance, Angélique, qui s'avèrera dévote, jusqu'à la bigoterie. 

Ces deux histoires vont alors n'en faire qu'une et Balzac, de sa plume incisive et drôle va dresser un portrait peu glorieux de la bigoterie qui excuserait presque que le jeune comte de Grandville prennent une maitresse en la personne de Caroline, car il est malheureux en amour. 

Plus je découvre Balzac, plus je me familiarise avec sa plume que j'apprécie de plus en plus. je trouve que le procédé (qu'il a déjà utilisé dans d'autres nouvelles) du retour en arrière et du double récit ne fonctionne pas totalement ici. En cause, le titre choisi de la nouvelle. On comprend que le comte de Grandville, se retrouve dans une situation d'adultère. Donc plus de surprise. Le précédent titre de la nouvelle (la femme vertueuse), laissait cet aspect de surprise. Dommage. Puis, j'ai trouvé la fin très nébuleuse, tellement qu'il a fallu que je me réfère, au "Dictionnaire des personnages de la Comédie Humaine" pour comprendre cette fin arrivée trop abruptement. Mais cela fut quand même fort plaisant de retrouver la plume de Balzac. je continuerai donc ma découverte de la "Comédie Humaine" à mon rythme. 

Honoré de Balzac: Une double famille, 70 pages, Classiques Garnier, 1830










Dans "L'Âme de l'Empereur", nous allons suivre, Shai, une jeune Forgeuse qui a le don de modifier le passé des objets, qui se fait arrêter pour le vol du Sceptre de l'empereur. Elle est emprisonnée. C'est alors, que le conseil lui offre de fabriquer une nouvelle Âme pour l'Empereur, victime d'une tentative d'assassinat. 

Avec ce court roman, je continue ma découverte de la plume et de l'univers de Brandon Sanderson (dont j'avais lu l'année dernière "Elantris" que j'avais adoré), celui d'Elantris et plus généralement du Cosmère. 

J'ai trouvé ce petit livre fascinant, à plus d'un titre. Fascinant par sa brièveté (moins de 200 pages). En effet, les univers fantasy sont souvent de gros pavés de plus de 500 pages, développés sur des sagas au long cours. Non, ici, Brandon Sanderson nous explique un univers magique dans une simple histoire qui n'a pas besoin d'être développée sur des millier de pages (ce que le monsieur sait aisément faire sur ses autres saga, n'est ce pas "Les archives de Roshar"!) et il le fait admirablement bien. On a le temps de s'attacher à Shai, à découvrir ses capacités magiques. L'histoire est bien développée et trouve une conclusion fort acceptable, qui se suffit à elle même. Il n'y a pas de sentiment de trop peu. C'est seulement un petit roman qui pose sa pierre à l'édifice du Cosmère. Un petit roman plaisant, qui me donne envie de continuer ma découverte de l'univers de Brandon Sanderson. A suivre donc, avec la saga "Fils des Brumes". 

Brandon Sanderson: L'äme de l'Empereur, (The Emperor' Soul), Le livre de poche, 200 pages, 2014










Bienvenue à Shancarrig, petite bourgade irlandaise, où vit toute une petite communauté, tous plus sympathique les uns que les autres, mais qui cachent des petits secrets. 

J'ai tout d'abord été déstabilisé par ce livre, dans lequel il a fallu entrer progressivement. En effet, l'histoire débute par l'ouverture d'une école dans le petit village de Shancarrig. Le Père Gunn attend la visite de l'Evèque, qui doit bénir la nouvelle école. Passé ce chapitre, on va alors suivre le destin des instituteurs et des élèves de cette école. C'est ainsi que chaque chapitre va se concentrer sur un instituteur (comme Maddy Ross ou le couple Kelly) et sur certains élèves, comme Eddie, Maura, Leo (qui est une fille) ou Nessa. 

Ce qui fut déstabilisant, c'est d'avoir l'impression de lire un recueil de nouvelles, dont le lien est un petit village irlandais. En effet, chaque histoire a son début, son milieu et sa fin, sans vraiment de liant apparent entre elles. Chaque histoire commence au début de la vie du protagoniste qu'on suit, ce qui fait qu'on revient tout le temps en arrière. Alors, oui, parfois certains éléments des histoires précédentes sont rappelés dans les autres chapitres , car tout ce joli petit monde se côtoie, mais je n'ai pas eu l'impression de lire un roman. En fait, c'est plus un recueil de nouvelles, dont le protagoniste principal est l'école communale (car le livre débute par l'ouverture et la fermeture de l'école). 

Passé cet état de fait du recueil de nouvelles, les histoires se suivent, avec plus ou moins de plaisir (selon les personnages que l'on suivait). Ce fut plaisant à lire, surtout en cette période automnale. Après, que va t'il m'en rester. je ne sais pas encore. On verra avec le temps. Lecture plaisante, mais pas indispensable. 


Maeve Binchy: Les secrets de Shancarrig, (The Copper Beech), Pocket, 382 pages, 1993




dimanche 26 septembre 2021

Rentrée Littéraire 2021 #14: Les Contreforts

 

Résumé: Au seuil des Corbières, les Testasecca habitent un château-fort fabuleux, fait d’une multitude anarchique de tourelles, de coursives, de chemins de ronde et de passages dérobés.

Clémence, dix-sept ans, bricoleuse de génie, rafistole le domaine au volant de son fidèle tracteur ; Pierre, quinze ans, hypersensible que sa sœur protège d’un amour rugueux, braconne dans les hauts plateaux ; Léon, le père, vigneron lyrique et bagarreur, voit ses pouvoirs décroître à mesure que la vieillesse le prend ; Diane, la mère, essaie tant bien que mal de gérer la propriété.
Ils sont ruinés. Dans l’incapacité d’assumer les coûts nécessaires à la préservation du domaine, ils sont menacés d’expulsion. Et la nature autour devient folle : des hordes de chevreuils désorientés ravagent les cultures.

Nouveau roman de Guillaume Sire, celui ci nous emporte dans le Sud de la France, dans sa région natale, les Corbières, en compagnie d'une famille atypique. 

Pour ma part, c'est ma première découverte de l'auteur, et je dois dire que je suis entré directement dans ce livre où je me suis senti bien. La famille Testasecca, propriétaire d'un château fort qu'ils ne peuvent plus entretenir vont devoir se battre contre l'administration, mais aussi contre la nature et contre le poids trop lourd du passé familial, représenté par ce château en ruines.  

La force de ce roman réside dans sa famille atypique: que ce soit Pierre, ado de 15 ans, solitaire, et qui va braconner dans les alentours, Clémence, sa soeur aînée, 17 ans, un génie du bricolage, qui tente par tous les moyens de réparer les tours et tourelles du château, leurs parents, Diane, femme forte qui essaie de gérer la propriété du mieux qu'elle peut et Léon, homme au caractère fort, bagarreur, bon vivant, mais qui sent la vieillesse le prendre peu à peu. On est de suite en empathie avec  cette famille de bourgeois déchus qui va se battre contre le reste du monde. 

De sa plume alerte, vivante, et poétique, Guillaume Sire nous embarque dans une lutte pour la survie d'une histoire familiale qui part peu à peu en ruines, comme le château dont ils ont la charge. C'est un livre drôle, par moments, aventureux, souvent, chargé d'histoire et rempli de légendes. J'ai trouvé cela magnifique, et je me suis laissé embarqué par ce rythme effréné, qui ménage son petit suspense, qui m'a tenu en haleine; tellement que je n'ai fait qu'une bouchée de ce roman, au ton enjoué qui progressivement nous emporte vers la tragédie. J'ai été surpris de bout en bout. 

Encore une fois, voici une belle surprise de la rentrée littéraire à laquelle je ne m'attendais pas. Un roman atypique, où le passé peut être lourd à porter pour des personnages attachants, qu'on a envie de voir réussir. Un roman rempli de poésie, où les légendes se tapissent dans la nature alentour et où la lutte est la seule porte de salut pour les Testasecca. Alors, laissez vous guider par Guillaume Sire dans ce village du Sud et profitez du voyage. Il est "fantabuleux". 



Guillaume Sire: Les Contreforts, Calmann Levy, 345 pages, 2021


 

vendredi 24 septembre 2021

Mère disparue

Résumé: Elle est allongée sur le sol du garage. Inerte. Ses jolis vêtements sont imprégnés de sang. Épouvantée, Nikki secoue sa mère. En vain. Devant ce corps déjà froid, elle doit se rendre à l’évidence : on l’a assassinée. Pour la retenir encore un peu, Nikki enquête auprès de ses proches, ose les questions qu’elle n’a pas eu le temps de poser. Les réponses ont un parfum de révélations…
 

Est-ce dû au fait que j'ai complété ma collection des livres de Joyce Carol Oates cette année (portant le nombre de volumes à 87 (et il m'en manque encore quelques uns) . Oui, 87 livres de Oates sont en ma possession (dans le lot, il y a  trois romans de J.C. Oates que je possède en deux exemplaires: en VO et en VF), mais j'ai une envie irrépressible de lire ses ouvrages. 

Ainsi, Mère disparue est le 4e ouvrage de J.C. Oates que je découvre en cette année 2021. Et encore une fois, je suis parti dans un genre complètement différent et j'adore ça. C'est aussi ce qui me fascine chez Mrs Oates: sa capacité à se balader dans plusieurs genres différents et le faire avec maestria à chaque fois. 

Dans Mère disparue, c'est la notion du deuil que l'auteure va explorer. En effet, Nikki, la protagoniste principale de cette histoire va perdre sa mère brutalement dans des circonstances tragiques. Le lecteur va alors la suivre durant son processus de l'acceptation du deuil et de son évolution, tant physique que psychologique. 

Qu'est ce que j'ai aimé ce livre (je pense même qu'il fera partie de mes préférés de l'auteure). Ici, il se dégage une telle peine, une telle tendresse envers son personnage, comme si l'auteure voulait l'accompagner sur ce chemin difficile. Bien sûr, la violence est encore présente mais elle n'est pas le coeur du livre. Elle n'est qu'une raison du deuil et surtout l'électrochoc qui fera que Nikki avancera et changera. 

Voilà un roman  bouleversant qui parlera à chacun: tout comme Nikki, qui n'a pas perdu un être cher et chercher à comprendre comment cela à pu arriver. Puis, commencer à chercher des réponses sur celle qu'on pensait connaître et qu'on découvre encore, en faisant le ménage et le tri dans ses affaires. En habitant la maison de ses parents et en faisant le tri dans leurs affaires, Nikki va découvrir des pans de la vie de sa mère qu'elle ignorait et qu'elle aurait peut être aimé ne jamais savoir. Ces fameux secrets que les parents cachent à leurs enfants et que ceux ci découvrent une fois que ceux ci sont partis. 

Un Oates bien différent de ses écrits habituels: le cynisme n'a pas vraiment sa place ici: il se dégage une certaine pudeur dans ce voyeurisme bienveillant (je sais, c'est contradictoire, mais je l'ai ressenti comme ça. le lecteur accompagne Nikki dans son voyage intérieur durant la première année de la mort de sa mère.). Entre ses relations conflictuelles avec sa soeur (qui démontre que chacun vit son deuil différemment puisque Clare prendra la fuite et sera plus virulente. Comme si, la mort de leur mère, avait inversé les rôles) et ses discussions avec les amis de sa mère, qui lui dévoileront bien des secrets, Nikki, se dévoile plus humaine et plus touchée qu'elle ne le montre au début du livre. Et surtout, elle devient plus apaisée à mesure que le temps passe. 

C'est fou, tout de même la capacité de Joyce Carol Oates, d'écrire un roman de plus de 500 pages dans lequel il ne se passe "rien" et où l'on ne s'ennuie pas une seule minute, où l'on est ému par la détresse de Nikki, où l'on se questionne sur notre propre rapport avec la mort et celle de ceux qu'on aime. 

Comme une sorte de catharsis, Joyce Carol Oates a écrit ce roman juste après la mort de sa mère, à qui elle dédie ce roman. En parlant de la souffrance et du deuil de Nikki, Joyce Carol Oates a probablement voulu parler de la sienne et l'exorciser dans un roman. Sa force est que de son histoire personnelle, elle en a fait quelque chose d'universel, qui parle à chacun d'entre nous. Grandiose. Probablement l'un de ses plus beaux romans et l'un de ceux qui m'a le plus touché. 


Joyce Carol Oates, Mère disparue, (Missing Mom), 514 pages, 2007



Rentrée Littéraire #13: Buenos Aires n'existe pas

Résumé: Il est l’Ulysse aux mille ruses de l’art moderne, le Français le plus connu de l’époque à New York avec Sarah Bernhardt. Mais pour l’heure, c’est juste un mince jeune homme au complet froissé qui sent le tabac froid. Nous sommes le 9 septembre 1918 et Marcel Duchamp, qui a fui les États-Unis, descend du Crofton Hall comme le parfait don nadie, Monsieur Tout-le-monde. Il cherche une Arcadie, un rivage un peu ouaté qui assourdisse le boucan de la guerre : ce sera Buenos Aires.
Mais ce que Duchamp ne sait pas à son arrivée, c’est que la ville parle mille langues, raffole des sciences occultes, ignore encore le cubisme et s’apprête à connaître la plus grande insurrection ouvrière de son histoire.


Quelle belle petite curiosité que ce récit de Benoit Coquil sur Marcel Duchamp et son passage en Argentine, vers la fin de la première guerre mondiale. 

Benoit Coquil arrive habilement à nous intéresser à son sujet en nous apprenant des choses sur la personnalité de Marcel Duchamp, mais aussi sur l'Argentine de cette époque là. Il fait un parallèle entre l'arrivée de Duchamp dans ce pays d'Amérique latine et la future grève que va connaître Buenos Aires en 1918. Il démontre surtout que Duchamp, toujours en fuite des conflits, ne sera pas au rendez-vous, même si, pour une fois, il est sur place. 

J'ai trouvé que ce livre était d'une vivacité élégante, un melting pot des genres: il y a le récit historique, que Benoit Coquil habille habilement de fiction (puisque de cette période sur Duchamp on ne sait pas grand chose. Ainsi, il fait plus un travail d'écrivain que d'historien, imaginant les situations et les dialogues que l'artiste aurait pu avoir) , mais aussi un côté psychologique quand on se penche sur la personnalité de Duchamp, sans oublier ces chapitres qui sont de véritables scènes de théâtre et construite comme telles. Puis, les interpellations que l'auteur fait au lecteur, comme un monsieur Loyal qui invite la foule a assister au spectacle.  Tout ceci donne un charme fou à ce petit texte qui nous apprend beaucoup sur cette période historique méconnue du grand public.

C'est également un livre sur les rendez-vous manqués: Duchamp ne va pas être au rendez-vous de l'histoire puisqu'il passera son temps dans sa chambre d'hôtel alors que la population se révolte. Mais il sera également arrivé trop tôt, pour assister à la naissance artistique de Buenos Aires. Tous ces artistes argentins qui vont émerger ne sont pas encore présent quand Duchamp débarque. D'ailleurs, Benoit Coquil s'amuse, dans ses derniers chapitres, à imaginer les rencontres que  Duchamp aurait pu faire  avec des artistes argentins, revenant alors à la fiction.  

En définitive, une bien belle surprise que ce Buenos Aires n'existe pas. Benoit Coquil se glisse dans la peau de cette ville en devenir, en mélangeant les langues dans ce pays ensoleillé. L'anglais, le français et l'espagnol se marient et se mélangent pour nous compter l'histoire de Duchamp, un artiste français, qui fuit le conflit mondial et qui sera absent au rendez-vous de l'histoire. Un livre étonnant qui vous promet un voyage fabuleux à travers la petite et la grande Histoire. Ne manquez pas ce rendez-vous avec ce livre, comme à pu le faire Duchamp avec l'Argentine,  à son époque. 


Benoit Coquil, Buenos Aires n'existe pas, Flammarion, 200 pages, 2021
 



dimanche 19 septembre 2021

Rentrée Littéraire #12: Les ombres filantes

Depuis son premier roman, Le fil des kilomètres, Christian Guay Poliquin construit une oeuvre atypique, à la frontière des genres. Surtout, il tisse un lien entre tous ses livres, avec pour point commun, le même narrateur. 

Dans Le fil des kilomètres (que je n'ai pas encore lu), le narrateur, mécanicien, prend la route pour retrouver son père; dans Le poids de la neige (qui remporta un grand succès auprès du public), celui ci, blessé, se retrouve confiné dans un village bloqué par la neige; et voici que dans Les ombres filantes, ce même narrateur poursuit sa route en forêt pour rejoindre le camp de chasse de sa famille où il pense retrouver les siens. 

Alors, je vous rassure, pas besoin d'avoir lu les livres précédents pour comprendre celui ci. Christian Guay Poliquin réussit à faire que chaque livre trouve son ton et son indépendance. Seul, le narrateur (qui n'a pas de nom) et la fameuse panne d'électricité qui bloque le monde dans lequel il vit sont présent dans tous ses livres. 

J'ai découvert la plume de Christian Guay Poliquin avec son précédent roman Le poids de la neige. Un roman que j'avais beaucoup aimé et trouvé très original par le mélange des genres et l'ambiance que l'auteur avait installé. Ce huis clos oppressant ménageait son lot de suspense. 

En apprenant que son nouveau roman sortait, je n'avais qu'une hâte: le découvrir et poursuivre l'aventure. Je dois dire qu'encore une fois, Christian Guay Poliquin a su me surprendre, de par sa plume ciselée et poétique, et par ce mélange des genres qu'il maitrise si bien. Le monde dystopique est toujours là, de par la panne électrique qui bloque le pays, et dont on ne connait pas l'origine. Mais ici, fini la neige et le huis clos, bienvenu en été et en pleine nature: nous sommes donc dans un nature writing comme les grands auteurs américains savent les écrire. Tout comme le narrateur, on s'enfonce dans cette forêt parfois hostile où le but est de survivre. Les descriptions de la nature et les moments de chasse et de tensions retranscrivent cela à merveille. Par moments, ce livre a un petit côté western où c'est la loi du plus fort et le chacun pour soi qui l'emporte (surtout dans la partie La Famille). 

Durant son périple, le narrateur rencontre sur sa route un petit garçon qui dit se nommer Olio. Ce dernier va suivre le narrateur dans sa quête. J'ai aimé la relation qui se tisse entre les deux, ils se soutiennent malgré les embûches et les mensonges du petit Olio (ce qui apporte un mystère supplémentaire à l'histoire. Ils restent unis et leur relation va grandir et donner un sens à ce que cherche le narrateur: retrouver une famille pour se sentir moins seul. D'ailleurs, l'arrivée d'Olio dans la vie du narrateur m'a beaucoup fait penser au "Petit Prince" de Saint Exupéry. 

Pour moi, Christian Guay Poliquin est un auteur "atmosphérique": il sait installer une atmosphère souvent hostile (et encore plus dans ce livre là) qui emmène le lecteur très loin et ne lui fait plus lâcher le livre. Je vous assure que vous plonger entièrement dans un roman de Christian, c'est prendre le risque de ne plus en sortir avant le mot final. 

Justement, on en parle de ce final! Celui ci risque de faire débat et en faire grincer plus d'un. Honnêtement, j'ai été scotché par cette fin ouverte qui m'a fait détester et maudire l'auteur pour un moment. C'est pas humain de terminer un livre comme ça. Je me suis même dit: "Il a pas le droit!" Pourtant, l'auteur à tous les droits et pouvoirs sur son oeuvre et ses personnages.  Même celui de continuer l'aventure avec ce narrateur sans nom dans un prochain volet  ou de l'achever avec ces Ombres filantes

En tout cas, la dernière phrase du livre , surprenante,  va me rester en tête encore longtemps et donne peut être un sens sur la quête du narrateur. 

Vous l'aurez compris, je suis complètement tombé en amour de cet auteur charmant,  de sa plume et de son univers atypique. Un auteur que je  continuerai à suivre, c'est certain, même s'il m'a mis en colère avec sa fin. En tout cas, je vous encourage vivement à le découvrir. Vous ne serez pas déçu. Christian Guay Poliquin vaut le coup d'être connu du plus grand nombre. Pour moi, il sort du lot et des sentiers battus. 



Christian Guay Poliquin: les ombres filantes, La Peuplade, 336 pages, 2021








 

vendredi 17 septembre 2021

Le Pays bleu Tome 1: Les cailloux bleus

 

Résumé: Ils s'appellent Etienne, Abel, Philomène et Mélanie. Ils ont vingt-trois, quatorze, dix et six ans quand nait le XXème siècle. Enfants de pauvres métayers du Causse de Granger (Lot) - et Dieu sait ce qu'il en allait d'être pauvres et métayers dans ces années-là et sur leur terre de misère ! - , ils ne peuvent choisir qu'entre le départ ou la soumission.

Voici l'histoire d'une famille, d'une terre, d'un village et d'une époque où chaque français d'aujourd'hui peut reconnaître les siens. Ici, tout est vrai et juste : les actes, les paroles, les pensées, les sentiments. Ici, se respirent l'air du Causse, glacé ou brûlant, et le parfum des pierres et des genévriers.


Lire un "Christian Signol", c'est retrouver une part de mon enfance. Lire un "Christian Signol", c'est retisser un lien entre ma grand-mère, dont M. Signol était son auteur préféré, et moi. C'est retrouver une France qui n'existe plus mais qui nous a construit. 

Pour moi, Christian Signol, c'est toute mon adolescence. Lors des vacances d'été, que je passais chez ma grand-mère, je fouillais avec plaisir et envie dans le meuble où elle rangeait ses livres et j'y trouvais des petits trésors, quelques romances, mais surtout des romans du Terroir qui me faisait rêver, moi petit garçon des villes. 

Je lis depuis que je sais lire et je n'ai jamais arrêté. Je suis passé des albums pour enfants, de la bibliothèque rose (Fantômette, Le Club des cinq), à la bibliothèque verte (les Six Compagnons, Alice, Les enquêtes de Sans Atout), mais à partir de 12 ans, je suis passé aux lectures pour grands (la littérature ado n'avait pas encore la production qu'elle a maintenant). C'est ainsi que j'ai fouillé dans la bibliothèque de ma maman...puis, pendant les vacances d'été, les livres de ma grand-mère. C'est ainsi que j'ai découvert cette littérature du Terroir, que ma grand-mère adorait. Des auteurs comme Claude Michelet ( "Des Grives aux Loups"), Gilbert Bordes ("La nuit des Hulottes), Michel Jeury ("Le vrai goût de la vie") et Christian Signol. De lui, j'avais lu "Le chemin des Etoiles", "Marie des Brebis", "Les Chênes d'Or". Puis, j'ai grandi encore et je me suis lassé de cette littérature régionale. 

Pourtant, j'y suis revenu il y a quelques années, come on revient au pays de son enfance. Et c'est vrai, qu'à chaque fois que j'ouvre un livre de cette belle littérature, je redeviens l'adolescent qui rêvait d'une vie meilleure. 

"Les Cailloux bleus", premier tome de la saga de la famille Laborie, est le premier succès de Christian Signol. Je ne l'avais jamais lu. et je me suis plongé dedans comme on revient à l'origine des temps. Que ce fut bon de retrouver ce passé que l'on croit si loin alors qu'il n'a qu'un siècle. Ce livre, c'est le passage d'un siècle à un autre (celui du XXe siècle), celui qui va voir les plus grands changements. Et les quatre enfants de la famille Laborie, Etienne, Philomène, Abel et Mélanie vont voir ce monde changer sous leurs yeux. 

Que j'ai aimé me laisser bercer par les saisons qui passent, par les travaux des champs, par les bonheurs (les noëls d'antan, les baptêmes), et les malheurs (la famille Laborie ne va pas être épargnée). C'est aussi une campagne qui vit encore comme au temps du Moyen-Âge: Guillaume Laborie est un simple métayer qui travaille pour un propriétaire terrien. Sa terre ne lui appartient pas et ses fils s'en indignent. De nouvelles idées d'égalité viennent chambouler ces jeunes têtes, dont le visage de Jean Jaurès est la figure de proue. Etienne, en bisbille avec son père, partira pour l'Algérie, Abel voudra devenir sabotier. Seule Philomène continuera la vie de ses parents, en s'occupant d'eux. Elle fera la connaissance d'Adrien, dont elle tombera amoureuse. 

On va ainsi suivre ces personnages durant les 20 premières années de ce XXe siècle qui va connaitre des avancées industrielles (avec les premières moissonneuses batteuses), mais aussi une première guerre, qui va faire des milliers de morts. De sa plume tendre et délicate, Christian Signol ressuscite nos ancêtres et parle de notre France et de cette belle région du Périgord. Philomène, c'est notre grand-mère, c'est la France d'autrefois. Qu'il fut bon de retrouver cette petite part d'enfance qui m'avait manqué. Je compte bien y retourner, ne serait ce déjà qu'avec le 2e tome de cette saga: "les menthes sauvages". 

Christian Signol: Les cailloux bleus (Le Pays Bleu, tome 1), Pocket, 605 pages, 1984