vendredi 14 mai 2021

Là où vont les belles choses

Résumé: Dolly est contente. Elle et son papa sont partis en voiture pour une « aventure ». Ils changent d’hôtel tous les soirs, voyagent la journée, rencontrent des gens en chemin, mangent des burgers et boivent du Coca. Et c’est un peu leur secret car Maman est partie en vacances avec des amies. Tant pis si elle lui manque, si Papa s’énerve parfois, si Dolly
s’ennuie souvent, elle a toujours
Clemesta, sa « jumelle », à qui raconter ses soucis.
 

2e roman de Michelle Sacks après le dérangeant La vie dont nous rêvions, j'avais hâte de découvrir ce que l'auteure nous réservait pour la suite de son parcours littéraire. Tellement que j'ai presque fait un aussitôt reçu, aussitôt lu. 

Je dois dire qu'encore une fois, Michelle Sacks m'a fait ressentir un malaise lors de ma lecture, mais là où celui ci était permanent dans son précédent roman, la belle personnalité de Dolly, personnage principal de ce second roman, le faisait disparaitre par moment. J'ai adoré suivre cette petite fille de 7 ans, dans son aventure, avec son papa. 

Alors, j'ai fait exprès de couper la 4e de couverture pour vous laisser le plus de surprises possibles, et je sens que ça va être difficile de parler de ce livre sans trop en dire. En effet, l'histoire qui nous ait conté l'est par le regard et la parole de la petite Dolly. Il y a donc cette sorte de magie et cet enthousiasme de l'aventure qui transparait.. sauf que, le lecteur sent qu'il se passe quelque chose de pas normal. L'aventure de Dolly et de son papa ressemble plus à une fuite qu'à une promenade à travers le pays. Heureusement que Dolly peut compter sur Clemesta, sa "jumelle" comme elle l'appelle...même si celle ci, toujours de bons conseils, ne peut pas forcément l'aider. 

Dans ce road novel, palpitant qui nous tient en haleine, un mystère plane, ainsi qu'une menace représenté par quelqu'un que Dolly surnomme "TU SAIS QUI, par peur de le nommer. On sent que Dolly a assisté à une scène dont elle ne veut pas se rappeler. Alors, elle fait confiance à son papa, qui lui promet qu'il va la ramener chez eux après ce périple. 

Alors, j'avais deviné certaines choses, comme la fuite du père, mais je ne m'imaginais pas que le drame était aussi horrible. Le voyage à travers les Etats Unis reste beau, grâce à la petite Dolly, qui m'a fait fondre. Michelle Sacks a su nous faire entendre la voix de cette petite fille de 7 ans (et cette voix sonne juste, grâce à l'ingéniosité de l'auteure d'en avoir fait une petite fille précoce), très bien retranscrite par Romain Guillou, son traducteur. Ce fut un enchantement de découvrir le Sud des Etats Unis par les yeux de cette petite fille, même si la fin du voyage fut des plus déchirants. 

Ce roman bouleversant est aussi un livre sur l'enfance et l'innocence que celle ci apporte. Une innocence perdue quand le monde cruel des adultes vient la percuter de plein fouet. La scène finale m'a beaucoup ému, même si je savais que cette histoire ne pouvait se terminer autrement. 

Voilà un roman noir troublant et bouleversant, qui est pourtant traversé par une jolie lumière, celle de la petite Dolly, que je n'oublierai pas de sitôt.

Merci aux Editions Belfond de m'avoir permis de continuer mon parcours avec la plume de Michelle Sacks. 


Michelle Sacks: Là où vont les belles choses (All the lost things), Belfond, 269 pages, 2021




mardi 11 mai 2021

Albert Savarus

Résumé: La baronne de Watteville, « le personnage féminin le plus considérable peut-être de Besançon », dominatrice et mondaine, mais dévote, tient l’un des salons les plus courus de la région. Encore séduisante, elle écrase un mari falot et sa fille, la transparente Rosalie, pour qui elle prépare cependant un brillant mariage avec Amédée de Soulas, un arriviste local niais et sans profondeur qui est en admiration devant la mère.

Mais Rosalie a d’autres visées depuis que s’est installé dans la ville un jeune avocat, Albert Savaron de Savarus, dont la personnalité mystérieuse intrigue la jeune fille. Elle aime en secret cet homme ambitieux qui prépare minutieusement sa carrière politique

 

Je continue ma découverte de Balzac avec Albert Savarus, court roman qui m'a un peu déconcerté. 

Bon, après 6 oeuvres de Balzac, je commence à être habitué aux digressions du bonhomme et ses descriptions de début de romans concernant personnages et lieux me sont familiers et nécessaires, pour avoir toutes les cartes en mains. Ensuite, je sais très bien que ce cher Honoré entre dans le vif du sujet et que tout s'emballe...mais, là, je dois dire que j'ai mis du temps (plus de la moitié) pour me plaire dans cette histoire et la faute en vient à cette nouvelle incluse dans le récit. Cela m'a perturbé car je ne voyais pas le rapport avec l'histoire principale et surtout, je commençais à connaître les personnages de Rosalie, de la mère de cette dernière, l'abbé de Grançay et Albert Savaron de Savarus, que je fus étonné de devoir faire la connaissance d'un certain Rodolphe, de Francesca et d'une certaine Gina. 

J'ai donc lu cette nouvelle un peu en dehors et me disant de suite, que je n'allais pas aimer ce qui allait suivre. Que nenni. Car, passé la lecture de cette nouvelle arrivée incongrument, l'histoire démarre et s'emballe sur un final réjouissant (de mon point de vue s'entend). Et d'ailleurs, bravo à Balzac, d'avoir inclus une nouvelle dans son récit: celle ci éclaire la situation de ce mystérieux Albert, avocat aux ambitions honorables (car elles viennent du coeur) et donne un but à Rosalie, jeune fille de 17 ans, éprise de cet avocat de 35 ans. 

Il y a de la perfidie dans ce personnage de Rosalie, que je n'ai pas aimé. Elle va tout faire pour séduire Albert, qui ne l'aime pas puisqu'il ne la connait pas, jusqu'à mettre en péril l'avenir de cet avocat ambitieux. 

Balzac décrit encore une fois la bourgeoisie dans ce qu'elle a de plus immorale et perfide, et montre bien que les jeunes coeurs naïfs, comme celui de Rosalie, qui s'enflamme un peu trop vite, peut faire très mal. 

J'ai beaucoup aimé la finalité du roman, surtout en ce qui concerne le destin de Rosalie, qui récolte ce qu'elle a semé. Il y a évidemment de la tragédie dans ces amours contrariés, mais toujours avec cette pointe d'ironie qui fait son apparition à certains moments. 

Au final, un petit Balzac savoureux, qui a mis du temps à me séduire mais qui a su avoir mes faveurs. Plus je découvre Balzac, plus je l'apprécie. Pourvu que ça dure. 


Balzac: Albert Savarus (La Comédie Humaine Volume 10), Classiques Garnier, 114 pages (de la p.280 à p.394), 2008




dimanche 2 mai 2021

La Vacation

Résumé: «Tout en surveillant les mouvements du rideau, tu rabats les feuillets et tu poses le dossier derrière toi sur la paillasse.
Tu attends, les bras croisés, le bassin calé contre le plan carrelé, et parfois avec un peu d’impatience, que la femme se soit dévêtue et qu'elle apparaisse enfin en longue chemise de nuit ou en robe légère.
– Venez, Madame.
Tu lui souris, tu fais deux pas dans sa direction ; tu l’invites à s’approcher.»

Bruno Sachs, médecin généraliste, pratique des avortements lors de vacations hebdomadaires dans un hôpital.


Premier roman de Martin Winckler, cette vacation fut une lecture des plus déconcertante et dérangeante, par certains côtés. 

Dérangeante, dans le sens de la gêne que cette lecture m'a occasionnée. Pourtant, Martin Winckler parle d'un sujet fort mais aussi tabou. En suivant Bruno Sachs (son héros récurrent) dans sa journée hebdomadaire dans un centre IVG où il fait des vacations une fois par semaine, l'auteur nous plonge de plein fouet dans ce monde où la gêne doit être souvent présente. 

Alors, c'est très intéressant à lire pour comprendre comment cela se passe un avortement...et même si je savais d'avance que ce n'était pas un acte anodin, ce n'est pas évident de le "voir" de ses propres yeux. L'une des forces de ce roman, c'est que Martin Winckler nous décrit l'acte pratiqué par le médecin sur ses patientes dans les moindres détails, de manière frontale et crue (sans prendre de gants, si j'ose dire) et ce fut très perturbant. 

Ce qui m'a déstabilisé, c'est également le style employé par l'auteur. L'utilisation du "tu" dans la narration, comme un narrateur extérieur qui s'adresse au personnage principal, n'est pas courant (je crois même que c'est la 1ere fois que je croise cette dernière). Le fait d'avoir répété certains actes ou scènes lues précédemment, en coupant certaines phrases pour y inclure les réflexions et pensées du Docteur Sachs entre parenthèses, m'a encore une fois déstabilisé, et fait sortir un peu du roman. Sauf que j'ai compris cet emploi de procédé en arrivant à la fin du roman. 

Le roman est découpé en 3 parties distinctes: 

celle du "Mardi" qui raconte la journée de Bruno Sachs au centre IVG, en nous montrant toutes les étapes d'un avortement. Celle ci, même si elle est dérangeante par le côté voyeuriste qu'elle dégage, est des plus intéressantes et nous dévoile un personnage compatissant et à l'écoute de ses patientes. C'est vrai que cette partie ne nous épargne rien de l'acte en lui même, mais elle montre les choses simplement, sans jugement. 

celle du "Jeudi" où là, les scènes déjà lues dans la 1ere partie, se répètent avec des réflexions du Docteur Sachs, est la partie la plus déconcertante. Les pensées de Sachs nous montre un perso différent de la 1ere. Ses pensées en font un médecin parfois blasé, en colère, contre certaines patientes ou contre certains maris ou amants qui accompagnent la patiente. Certaines onomatopées sont incluses pour nous faire entendre les bruits de cet acte pas si anodin qu'est un avortement, et nous immerge encore plus dans cette salle d'examen et fait grandir le malaise en nous. Mais cette 2e partie nous dévoile que le docteur Sachs écrit un livre sur son expérience lors de ses vacations. Ainsi, ce que le lecteur lit sont ses notes sur un futur roman. Il y a également de belles réflexions sur le "métier" d'écrivain et les retentissements de la publication d'un roman. Et la question est même posée par rapport à  la légitimité de Bruno Sachs de dévoiler dans un texte livré au public, ses anecdotes sur son expérience de médecin en centre IVG. 

celle du "Vendredi", plus courte et plus intime, qui concerne le médecin lui même et qui nous éclaire sur cette narration extérieure, en dévoilant le narrateur de l'histoire. Et qui découle sur un final sensible et émouvant. 

Comme vous  le voyez, La Vacation ne laisse pas indifférent en nous parlant d'un sujet douloureux, de manière frontale, crue, mais aussi par moment émouvant...Un roman qui m'a laissé déconcerté, qui m'a gêné...mais qui m'a fait découvrir un monde médical que je ne connais pas. Un livre essentiel sur un sujet délicat: celui de l'avortement. 

Martin Winckler: La Vacation, Folio, 214 pages, 1989




 

samedi 1 mai 2021

Sans Famille

Résumé: Abandonné alors qu’il n’est qu’un bébé, Rémi est recueilli par un couple, les Barberin. Mais quand l’argent vient à manquer, le père adoptif de Rémi choisit de le vendre à un artiste ambulant, Vitalis, à l’insu de la mère Barberin, très attachée au petit garçon. À huit ans, Rémi découvre alors la vie sur les routes aux côtés du bienveillant Vitalis, de ses trois chiens, Capi, Dolce et Zerbino, et de Joli-Cœur le singe…
 

"Je suis sans famille, je m'appelle Rémi/ Et je me ballade avec tous mes amis/ Vitalis et Dolce, Joli Coeur, Zerbino/ Capi et Rémi vont faire leur numéros..."


Je pense que tous les quarantenaires et au delà auront reconnus ces paroles que j'ai retranscrites plus haut. Sans Famille, classique de la littérature enfantine française, fut adapté en série d'animation japonaise à la fin des années 70 et a bercé l'enfance de plusieurs gamins et gamines. Gamins dont je fais parti. 

Sans Famille fut l'un de mes dessins animés préférés (avec "Candy" et "Le Petit Lord" (oui, j'adorais les dessins animés qui font pleurer dans les chaumières) et j'avais lu la première partie du roman quand j'étais enfant (le livre était publié en 2 volumes à l'époque et je n'avais que le premier). 

J'ai eu la chance de trouver un exemplaire de ce livre à France Loisirs (qui a la belle idée de republier quelques grands classiques de la littérature) il y a quelque temps et là j'ai eu envie de retrouver cette histoire qui m'a touché quand j'étais gamin. 

Bien évidemment, quand vous lisez un livre dont l'histoire vous est déjà connu, vous l'appréhendez d'une autre manière. Et cette lecture, m'a fait ressentir des sentiments contradictoires.

Dans sa première partie, le roman m'a conquis car il correspond à la partie que j'ai lu étant enfant, et dont j'avais gardé le plus de souvenirs marquants, (comme la location de Rémi par Vitalis, son parcours sur les routes de France, son apprentissage de la lecture, mais aussi des évènements plus tragiques que je tairais ici pour ceux qui ne connaitraient pas ce roman.) et qui faisait vibrer en moi la corde sensible de la nostalgie. Honnêtement, en redécouvrant cette histoire, je suis redevenu ce gamin de 6 ans, qui s'installait chaque mercredi devant Récré A2 pour regarder "Rémi". J'ai été ému en redécouvrant le parcours chaotique de Rémi et de ses amis. 

Puis vint la 2e partie, celle dont je n'avais pratiquement aucun souvenir,(sauf la fin) et que je ne connaissais qu'en images, n'ayant pas lu cette partie là étant enfant. Ce fut la partie de la redécouverte de la suite de l'histoire et je me suis surpris moi même en redécouvrant des évènements disparus de ma mémoire. Sauf que cette 2e partie m'a moins emballée que la première. J'ai trouvé que les malheurs qui s'abattaient continuellement sur Rémi (et Mattia, jeune garçon qu'il rencontre à  Paris et qui le suivra dans ses aventures)  devenaient un peu lourd. Trop de malheur gâche le malheur, si bien qu'à un moment on à du mal à croire à tant de tristesse. A se demander si l'auteur n'en fait pas trop pour faire pleurer. Donc un peu moins emballé par cette 2e partie, mais ravi d'être reparti sur les routes avec Rémi. 

Un autre point qui m'a laissé perplexe, c'est le style employé par Hector Malot pour raconter l'histoire. Celle ci est racontée du point de vue de Rémi, petit garçon de 8 ans, (au début du roman) mais qui s'exprime comme un adulte, de par l'écriture d'Hector Malot, au style simple mais pourtant recherché, surtout pour un enfant qui ne sais même pas lire et écrire au début de l'histoire. Mais ce style, que l'on trouve impropre au début, prend tout son sens à la fin, quand on comprend que ce que l'on a lu, est retranscrit par Rémi, devenu adulte. 

Je suis tout de même content d'avoir retrouvé cette histoire qui m'avait tant ému quand j'étais enfant. Un classique de la littérature qu'il faut faire découvrir aux enfants, car elle représente bien une époque, celle de la France de la fin du XIXe siècle. Et en plus, elle nous permet de découvrir notre beau pays. Un superbe voyage, un peu triste, je vous l'accorde, mais qui vaut le détour. 


Hector Malot: Sans Famille, France Loisirs, 620 pages, 1966 (2016 pour mon édition)


(j'ai eu la chanson dans la tête tout au long de ma lecture)





lundi 26 avril 2021

Père et fils

Résumé: Charlie Goldwyn est avocat dans un prestigieux cabinet new yorkais. Depuis la mort de sa femme, deux ans plus tôt, il se noie dans le travail, et néglige son fils, Caleb, un petit garçon de cinq ans. Sa vie bascule le jour où, suite à un banal écart de conduite, sa boîte le licencie. Ce revirement brutal qui voit s'effondrer ses ambitions professionnelles le pousse à se tourner vers Caleb. Au contact de son fils, il prend conscience des priorités de la vie. Et, pour la première fois, se découvre le père qu'il se croyait incapable d'être.
 

Quelquefois, il suffit juste de voir la couverture d'un livre pour se dire qu'on va de suite l'aimer. 

C'est ce qui m'est arrivé avec le 2e roman de Cristina Alger, Père et fils. Ce petit bonhomme sur la couverture (qui représente bien le petit Caleb du roman) m'a de suite fait craquer. 

En commençant ma lecture, j'étais à priori, déjà conquis...sauf que je ne pensais pas que ce serait à ce point là. C'est bien simple, j'ai carrément bouffé ce livre en un week-end. Tout m'a plu, dans ce roman: le lieu, tout d'abord: New York. Retourner dans la Grosse Pomme fut un plaisir incommensurable et me rappelle à chaque fois que je la croise, de très beaux souvenirs. Ensuite, les personnages: le petit Caleb, tout d'abord, qui est l'un des enfants les plus mignons et des plus réalistes que j'ai pu croiser dans un livre. Ce petit bonhomme de 5 ans, est la lumière de son père, Charlie, avocat d'affaires qui a vu sa vie bouleversée par la mort de sa femme dans un accident d'avion. Charlie essaie d'être un bon père, mais il est peu présent pour lui, son travail lui prenant tout son temps. Heureusement, Zadie, la soeur de Charlie, est là pour l'épauler. J'ai aimé cette fratrie: malgré les difficultés, ils se serrent les coudes, malgré parfois quelques désaccords, comme dans toutes les familles. 

Mais ce qui retient l'intérêt dans ce livre, ce sont les thèmes abordés avec justesse, force, et sans pathos. (avec un sujet pareil, il est souvent difficile de ne pas trop en faire): tout d'abord, le deuil et toutes les étapes que Charlie doit passer, tout en faisant comprendre à son petit bonhomme de 5 ans, que sa mère ne sera plus jamais là. C'est abordé avec finesse, sans tomber dans la tragédie. Il est vrai qu'on pourrait penser que Caleb est trop mature pour son âge, mais, en fait pas du tout. Il reste le petit garçon qu'il est, sauf que bien évidemment perdre sa maman, lui fait voir la vie autrement. 

Un des autres thèmes abordés, c'est la paternité et comment Charlie doit jongler avec elle et son boulot, très prenant. Cristina Alger, qui a évolué dans le milieu financier, sait très bien nous ouvrir la porte de ce milieu de requin. Charlie a tout donné à son boulot pendant 10 ans, pour tout perdre en 1 soirée...mais ne serait ce pas le bon moment pour prendre un nouveau départ. Alors, certes, le parcours est peut être un peu convenu, car déjà vu, mais il est bien mené. Et puis, surtout ce sont les personnages qui emportent le tout; Que ce soit les membres de la famille Goldwyn, ou les meilleurs amis comme Baloo, Buck, et Elise, on ressent de l'empathie pour tout ce joli petit monde. 

Toute cette alchimie, on la doit à une écriture fluide, addictive, et à des dialogues justes, et souvent drôles. C'est bien simple, le roman se lit d'une traite, sans s'en apercevoir, car le lecteur a envie de savoir comment tout cela va se terminer...et le final n'est pas forcément celui auquel je m'attendais, donc aussi ravi de ce point de vue là. Les nombreux retours en arrière dans la vie de couple de Charlie et Mira, sont aussi un point marquant du livre car, j'ai été beaucoup touché par Mira,  personnage sympathique et bienveillant, qui redonne un sens à  la vie de Charlie. Ces retours en arrière ont fait que je me suis attaché à Mira, et sa disparition me rendait d'autant plus triste, à mesure que je faisais connaissance avec sa vie passée. 

Non, franchement, parfois, il faut faire confiance à son instinct et à la couverture d'un livre (bien choisie pour ce livre là). pour passer un agréable moment de lecture. Père et fils est un roman enlevé et sympathique qui a égayé mon week-end, mais dans lequel il se dégage une certaine profondeur. Je serai maintenant curieux de découvrir un autre roman de l'auteure. 


Cristina Alger: Père et fils, (This was not the plan), Albin Michel, 378 pages, 2017





vendredi 23 avril 2021

Les Folles Années Tome 2 à 4

Résumé1920. La Grande guerre et la grippe espagnole deviennent de mauvais souvenirs, la vie reprend son cours. Au sein de la famille de Marie Picard, les enfants suivent leur destin. Thalie se trouve à Montréal, entichée plus que jamais de ses études de médecine. De son côté, Mathieu découvre à la pratique du droit des à-côtés déplaisants. Son emploi au bureau du Procureur général l'amène à jouer un rôle de premier plan dans une histoire susceptible de donner des haut-le-cœur à tout le Québec : celle d'Aurore Gagnon, l'enfant martyre de Sainte-Philomène-de-Fortierville.

Risque de Spoilers sur les tomes précédents. 

Venant juste de terminer le 4e tome, j'ai eu envie de revenir sur cette saga qui me tient à coeur (et qui fait suite aux "Portes du Québec") et dont j'ai lu les tomes précédents l'année dernière, mais que je n'avais pas pris le temps de chroniquer, étant en pause bloguesque. Je vais tenter de vous donner mon avis sur les tomes 2 et 3, d'après les souvenirs que j'en garde. 

Mathieu et l'affaire Aurore

Après un premier tome léger et de transition où l'action n'était pas très présent, le tome 2 nous plonge dans une affaire qui défraya la chronique dans les années 20 au Québec. 
Alors, ayant lu ce tome 2, un an et demi après le tome 1, j'avais peur de ne pas retrouver mes marques. Heureusement, ce ne fut pas le cas, car ce tome est vraiment déconnecté de l'histoire personnelle des héros. Il se centre principalement sur l'affaire Aurore Gagnon, cette petite fille, victime de maltraitance de la part de sa belle-mère et de son père, et qui meurt d'un empoisonnement du sang, dû à ses sévices. 
C'est au côté historien de Jean-Pierre Charland auquel on a affaire, dans ce tome. Il se fait ainsi chroniqueur de cette affaire retentissante, de la découverte de cette petite fille, jusqu'au procès des parents. 
Alors, j'ai adoré ce tome, qui est mon préféré de la saga. J'adore les histoires de procès, et là ,nous avons droit à de belles plaidoiries et de beaux échanges dans les prétoires. Et, autre point positif, il concerne mon personnage préféré de la saga: Mathieu, jeune avocat, assistant du procureur, qui va découvrir le côté sordide de son métier. 
l'auteur, ne va rien nous épargner de l'horreur que vécu cette enfant, et il faut parfois avoir le coeur bien accroché, mais c'est passionnant de bout en bout et je vous le garanti, vous ne pourrez pas lâcher ce tome avant la fin. 
Autre point positif, on peut même lire ce 2e tome (ou 6e tome, si on prend en compte la saga précédente), sans avoir lu les autres, car il est très indépendant, et ne rentre pas dans les détails de la vie des héros, qui sont assez absent, l'affaire Aurore prenant toute la place. Mais ce fut passionnant, pour un amoureux des prétoires et des salles de tribunaux, comme moi. 

Thalie et les âmes d'élite

Dans ce 3e tome, c'est au personnage de Thalie, soeur de Mathieu, et médecin, que Jean-Pierre Charland va se consacrer. Et encore une fois, c'est la famille d'Alfred Picard, très présente, dans cette saga, qui est mis en avant. Pour mon plus grand bonheur, car c'est ma famille préférée (je déteste les enfants de Thomas Picard, Edouard et Eugénie).
Ici, c'est à la religion, très présente au Québec, en ce début du XXe siècle (c'est bien simple, l'église régente tout dans la vie de la paroisse), que Jean-Pierre Charland s'intéresse, mais aussi à la médecine, et au progrès qu'elle engendre. Et tout ça à travers le combat que se livre Thalie, et Monseigneur Buteau (qui n'est autre que l'oncle de la jeune médecin) à propos d'un jeune homme, Raymond Lavallée, très pieu et qui veut consacrer sa vie à Dieu...quitte à faire les pires folies contre lui-même pour Le servir. 
Alors, ce tome m'a vraiment gêné, de par le parcours de ce jeune homme de 17 ans (si mes souvenirs sont exacts), et par le comportement de ce détestable Curé Buteau, qui va vouloir en faire un martyr pour servir sa cause. Mais Thalie, qui recevra le jeune homme en consultation, va se lever en bouclier contre son oncle, pour le sauver. 
Avec ce tome, l'auteur nous plonge dans l'histoire la plus sordide de Québec: son rapport avec la religion, et dû au fait, que l'église régentait tout. Il nous parle également de ces enfants martyrs, que l'église a érigé en saint pour servir sa cause. 
C'est un tome qui m'a mis extrêmement en colère et que j'ai trouvé édifiant, devant le parcours du jeune Raymond. 

Eugénie et l'enfant retrouvé
En cette année 2021, j'avais à coeur de terminer cette saga, sauf que j'appréhendais de lire ce dernier tome. Je savais, par avance, que je n'allais pas autant l'apprécier que les autres. En effet, il est centré sur Eugénie Picard, le personnage que je déteste le plus dans cette saga. Eugénie est une garce absolue qui fait de la vie des siens (et de son mari en particulier) un enfer. Alors, la retrouver pendant plus de 500 pages, au secours. Bon, il est vrai que le roman se focalise aussi sur Jacques Létourneau, jeune étudiant qui rêve d'être avocat...enfin surtout de s'élever dans la société et de devenir quelqu'un de la Haute. 
Alors, je ne vais pas pouvoir trop parler de ce tome sans trop en dire sur la saga "les Portes de Québec", car un évènement qui concerne Eugénie et Jacques, est évoqué dans le 4e tome de la saga précédente. 
Juste vous dire que Jacques est un être imbu de sa personne, que j'ai trouvé au fil de la lecture, de plus en plus désagréable, devant son arrivisme grandissant. Et Eugénie reste égale à elle-même, malgré ce qu'elle va vivre (et qui ne m'a pas peiné, une seule minute). 
Autre point sombre, Mathieu est totalement absent de ce tome. Heureusement Thalie, sa soeur, est là, comme une lumière bienveillante qui éclairait les rares moments de lecture où je prenais plaisir. 
Au final, un dernier tome moins emballant que les précédents, mais il est dû aux personnages sur lesquelles il est centré, Eugénie et Jacques, que je n'apprécie pas. 

Tout ça pour dire, que dans l'ensemble cette 2e saga, consacrée aux familles Picard,(et sur l'histoire du Québec) est tout aussi passionnante que la précédente. Jean-Pierre Charland est un conteur et un "historien" dont j'apprécie énormément la plume. 
Avec ce 4e tome, c'est une nouvelle page qui se tourne...mais l'histoire des Picard est loin d'être finie. En effet, une 3e saga de 4 tomes, "Les Années de Plomb" continue de nous conter l'histoire du Québec à travers deux familles de Québec. A la fin des "Folles Années", la Crise de 1929 fait son apparition et annonce des années bien sombres. 
J'aurai hâte de continuer l'aventure, sauf que je ne sais pas si je vais pouvoir me procurer cette saga (que France Loisirs n'a pas publiée en France) qui n'est édité que sur le continent nord-américain. J'espère la trouver à un prix abordable...surtout que "Le Clan Picard", qui est la 4e et dernière saga de la famille Picard, est en ma possession. On verra bien.

Jean-Pierre Charland: Les Folles Années Tome 2 à 4, France Loisirs, 2016


 



vendredi 16 avril 2021

Accès direct à la plage

Résumé: Rien ne relierait ses personnages s'ils n'avaient le goût des locations à la mer. Ils se sont croisés dans l'épice particulière des soirs d'été. Les couples, les familles, les célibataires qui nous ont précédés. Ceux d'avant. 

Le lecteur, avec Jean-Philippe Blondel, éprouve lui aussi le sentiment d'être à la suite de quelqu'un. Il reste une empreinte qui s'attarde...


Depuis ma découverte de la plume de Jean-Philippe Blondel, avec Un minuscule inventaire, je voue un véritable culte à cet auteur. Il fait parti de mes auteurs chouchous, ceux dont je veux tout lire et dont j'achète les livres, les yeux fermés, sans même lire le résumé. Car je sais ce que je vais y trouver et que la déception ne sera pas au rendez-vous. 

Entrer dans un Jean-¨Philippe Blondel, c'est revenir en terre connue, retrouver des senteurs d'enfance qu'on avait oublié et, surtout retrouver ce cocon familier dans lequel on se sent bien et protégé. 

Pour ce vendredi matin, j'avais envie de retrouver une plume amie et de découvrir comment tout cela avait commencée. Donc, retour en arrière avec le premier roman du Monsieur, Accès direct à la plage. Et là, comment vous dire, la claque monumentale que je me suis pris. Pour un premier roman, c'est un coup de maître et du génie pur dans la construction du roman. C'est surtout cela qui m'a frappé dans ce dernier...mais j'y reviendrai un peu plus tard. Pour le moment, revenons à ce qui fait le charme des romans de Jean-Philippe: les voix. Entendre les voix de ses personnages (et là, ils sont nombreux (pas moins de 18!) nous raconter leur histoire à l'oreille pour nous faire entrer dans leur intimité. Et c'est là que Jean-Philippe excelle dans son écriture: arriver à nous faire entendre la voix d'un petit garçon, d'un homme beauf sur les bords, d'une femme "mangeuse d'homme", d'un vieillard, d'une jeune fille de quinze qui découvre l'amour.... et tout ce petit monde qui ne se connait pas, mais qui pourtant se tourne autour, des années 70 jusqu'au début des années 2000, pour raconter une histoire, la nôtre. 

L'intime. Raconter l'intime. Nous raconter, nous petits français par le prisme de l'intime. Voilà la force de Jean-Philippe Blondel. Voilà ce qui nous rapproche de ses personnages, le partage de vies qui nous parlent. Il y a comme des souvenirs communs qui nous frappent quand on lit les petits moments de vie de Philippe, Danièle, Line, Sabrina, Vincent, Henri... C'est vous, c'est nous, c'est moi...tout simplement. 

Cependant, quelque chose m'a frappé dans ce roman: sa construction. Par petits chapitres, comme de courtes nouvelles, Jean-Philippe donne la parole à plusieurs personnages qui se répondent, sur 30 ans, et toujours l'été, sur des bords de plages différents, mais qui forment un tout. Des noms reviennent, des histoires se complètent et un puzzle se reforme et se met en place. Alors, pour le lecteur, c'est un jeu de l'esprit car il essaie de  recoller tous les morceaux pour avoir tous les tenants et aboutissants de l'histoire tragique qui se dessine devant ces yeux. Car, oui, il y a un suspense, qui emprunte au roman policier, qui se met en place et qui s'éclaire à la fin. C'est magnifiquement construit et cette tragédie française prend tout son sens jusqu'au point final d'un article de journal. Tout simplement grandiose. 

Pour un premier roman, c'est un coup de maître! Un roman qui fera parti de mes préférés de l'auteur, et que je relirai un jour. 


P.S. Il y a quelques années, j'étais frustré quand je lisais un roman de Jean-Philippe Blondel. Frustré par sa brièveté. J'en voulais plus, toujours plus. Je voulais un jour, lire un pavé de plus de 500 pages de ce grand monsieur. Sauf que voilà, j'ai compris, il y a peu, que la force des romans de Jean-Philippe, c'est leur brièveté. En peu de mots, en phrases courtes, il réussi à nous émouvoir et à nous frapper au coeur. Pas besoin de grand discours pour réussir à nous toucher. Et puis, ainsi, on peut toujours relire un livre de Jean-Philippe et retrouver les émotions qu'il nous a procurer à leur première lecture. C'est ça qui est beau. 




 Jean-Philippe Blondel: Accès direct à la plage, Pocket, 118 pages, 2003