samedi 10 avril 2021

Un début dans la vie

 

Résumé: " Il n'y a rien de plus dangereux que de causer dans les voitures publiques. En diligence, d'ailleurs, les gens comme il faut gardent le silence. " Si Oscar Husson suivait à la lettre ce conseil de sa mère, son " début dans la vie " ne tournerait certes pas à la catastrophe, mais il n'y aurait pas de roman. Il parle donc à tort et à travers, dans le " coucou " qui le mène de Paris au château de Presles, en compagnie de jeunes gens qui mentent comme ils respirent. Orient de carte postale, conquêtes féminines, châteaux en Espagne, tout est prétexte aux vantardises et à la blague.


Ce "Début dans la vie", est un petit bijou de drôlerie et de causticité...mais une belle leçon de vie. 

Je continue ma découverte de l'oeuvre de Balzac, avec ce 3e roman, et je dois dire que j'ai encore pris beaucoup de plaisir à lire sa plume. (Je me suis d'ailleurs fait cette réflexion durant ma lecture: "il aura fallu attendre la quarantaine pour enfin apprécier la plume plaisante et souvent drôle de Balzac")

Ce qui est idéal dans mon édition de "La Comédie Humaine", c'est qu'elle regroupe plusieurs romans et nouvelles dans un seul volume. Il n'y a donc pas de résumé du roman ou de la nouvelle que je m'apprête à lire. Seul le titre peut me donner une idée (ou pas) de la teneur de l'histoire. Je rentre ainsi vierge de toute connaissance de l'histoire au début de ma lecture. Et je trouve cela idéal pour pouvoir m'immerger dans un roman de Balzac. 

Alors, la prise en main d'un roman de Balzac est toujours difficile pour moi car il rentre dans de nombreuses descriptions (qui me faisaient fuir quand j'étais ado, je le rappelle) des lieux et des personnages du roman avant de rentrer dans le vif du sujet. Ici, nous avons le droit à toute une entrée en matière sur les transports de voyage et la présentation des protagonistes qu'ils soient principaux ou secondaires. Cela peut donc être rébarbatif, mais elles sont souvent nécessaires, pour bien comprendre les tenants et les aboutissants et avoir toutes les clefs en main pour bien comprendre l'histoire qui va se jouer. Après ces présentations faites, l'histoire peut aller tambour battant pour notre plus grand plaisir. 

Et du plaisir, j'en ai pris énormément avec le jeune Oscar, qui est le jouet de menteurs invétérées dans une voiture publique, et plus particulièrement Georges Marest, qui va lui faire commettre l'irréparable et ainsi compromettre son avenir. Toutes les mésaventures d'Oscar sont d'une drôlerie que je ne soupçonnais pas chez Balzac (quoique, j'en ai eu un aperçu dans "Modeste Mignon"). Je suis toujours agréablement surpris de cet état de fait. Pourtant, ce roman se rapporte grandement à un roman d'apprentissage ou initiatique: le jeune Oscar va faire erreur sur erreur mais apprendra de celles ci. j'ai été d'ailleurs beaucoup attendri par le jeune Oscar, auquel je ne trouvais pourtant aucune excuse au début, mais, j'ai compris sa naïveté et la vantardise de sa jeunesse. En revanche, je n'ai pas du tout aimé ce Georges Marest, qui sera l'instigateur de la "chute" d'Oscar. Mais la fin du roman me donnera beaucoup de joie sur l'avenir de cet odieux personnage. 

En un mot comme en cent, c'est toujours un plaisir de retrouver la plume et l'univers de Balzac et ce "Début dans la vie" en est encore une belle preuve. C'est drôle, caustique et plein d'esprit. Alors, je ne sais pas comment se passera la suite de la découverte, mais je trouve que ces "Scènes de la vie privée" sont un délice. Et je pense que maintenant, je n'ouvrirai plus un Balzac à reculons. 


Balzac: Un début dans la vie, (La Comédie Humaine, Volume 9), Classiques Garnier, 164 pages (p.410 à 574), 2008




jeudi 8 avril 2021

Bonbon Palace

Résumé: 
 Des habitants loufoques, des contes intarissables et des cafards clandestins : bienvenu au Bonbon Palace ! Dans cet immeuble décrépit, qui a tout perdu de son prestige, d'inoubliables égarés se croisent, s'agacent et se cherchent. Chacun doit rebâtir son existence au cœur d'une Istanbul mythique qui brandit, sous les fenêtres, ses clameurs bariolées.


C'est toujours étrange pour moi de débarquer dans la littérature d'un pays que je ne connais pas encore. 

Il faut d'abord trouver ses repères, découvrir et apprivoiser d'autres cultures, d'autres coutumes. Entrer en littérature étrangère, c'est partir dans un voyage immobile qui peut vous réserver de belles surprises ou vous laisser sur le pas de la porte. 

En ouvrant Bonbon Palace, je ne savais pas dans quoi je m'embarquais. En effet, la littérature turque m'est totalement étrangère et j'ai toujours un peu de mal avec la littérature des pays orientaux. Mais, même si le début est nébuleux, fait de contes et légendes, avec ce retour en arrière, je dois dire que l'arrivée à Bonbon Palace, à la rencontre des coiffeurs jumeaux Djemal et Djelal fut des plus plaisants. Et je conçois d'ailleurs qu'un salon de coiffure est un bon point de départ pour nous présenter bons nombres de personnages que le lecteur va croiser par la suite. 

Alors, je dois tout de même vous avouer que même si les nombreux personnages ne me dérangent pas outre mesure, je dois dire que là, il y en a beaucoup et je n'ai pas pu tous les retenir. Je citerai seulement, les jumeaux qui m'ont bien fait sourire, surtout Djemal, j'ai été touché par le petit Muhammet, par Mme Teyze, et la Maitresse Bleue, et par leur solitude différente mais tellement semblable. Il cherche comme un sens à leur vie. Mais, en revanche, je n'ai pas été touché plus que ça par le narrateur (qui n'a pas de nom) et sa présentation fut des plus laborieuse à lire: c'est bien simple, je soupirai à chaque fois que je voyais son "nom" en haut du chapitre...même si cette situation s'est amélioré au fil de ma lecture. 

Alors, je n'ai pas été si fortement touché par ce roman, même s'il est beau, bien écrit, je pense que je n'ai pas eu toutes  les clés pour entrer dans cet Istanbul fantasmagorique. Comme je vous le disais, j'ai un peu de mal avec la littérature orientale, ou asiatique...mais je ne regrette pas le voyage et la découverte: il est toujours bien d'ouvrir son esprit à d'autres horizons. C'est l'une des richesses des livres. Puis, je dois dire que le petit twist final a fait son effet sur moi. Je ne m'attendais pas à cet fin là pour le narrateur. Donc, tout compte fait, même s'il ne m'a pas complètement emporté, j'ai passé d'agréables moments avec ce roman et ses personnages sympathiques, même dans leur solitude et leur tristesse. Un joli petit voyage que je ne regrette pas d'avoir fait, même s'il ne me laissera peut être que peu de souvenirs...seul le temps me le dira. 


Elif Shafak: Bonbon Palace, (Bit Palas), Editions 10/18, 567 pages, 2008





dimanche 4 avril 2021

Le triomphe du singe-araignée

 

Résumé: Accusé Bobbie Gotteson, levez-vous ! Au tribunal, se joue la vie de cet énergumène, faciès de singe et jambes velues d'araignée. Il voulait briller sous les feux de la rampe en étant acteur ou chanteur. Raté ! Aujourd'hui, il est sous les projecteurs de la Justice à cause de son principal hobby : découper des femmes à la machette. Bobbie Gotteson, autoproclamé le Taré, vous êtes condamné !


Joyce Carol Oates a toujours su mettre en lumière les laissés pour compte, les méchants, les ordures, les fous. 

Avec ce triomphe du singe araignée,, elle s'est surpassée. Elle a su entrer dans la tête d'un véritable psychopathe, en nous livrant ses pensées telles qu'elles arrivent, mais surtout sans juger. C'est alors à une écriture décousue, sans queue ni tête, mélangeant prose et poésie dans un même paragraphe, donnant à son histoire cet air nébuleux qui fait qu'on a vraiment du mal, en tant que lecteur à s'y retrouver. 

Alors, c'est brillant, comme d'habitude chez J.C. Oates, mais c'est également déstabilisant. La discours décousu de Bobby Goteson, le psychopathe de l'histoire, dont le lecteur assite au procès, renforce la confusion dans laquelle le lecteur se trouve. J'ai été mal à l'aise tout au long de ma lecture, ne sachant pas bien où l'auteur veut nous emmener au final...et le malaise grandit encore plus. Heureusement, la brièveté du livre nous sauve de ce sentiment de malaise qui ne dure que quelques heures. Je pense que je n'aurai pas supporté de rester dans la tête de cet être dérangé plusieurs jours. 

Alors, s'il faut saluer le génie de Oates d'avoir su entrer dans la tête d'un tueur et nous restituer sa pensée malade, il faut saluer le travail du traducteur Claro, qui a su retranscrire en français, la complexité de ces propos et de cette pensée. Le travail de traduction a dû être fastidieux, car la pensée décousue, qui se mélange avec les parties au tribunal lors du procès, qui ne sont que la représentation que Bobby, l'accusé, s'en fait, participe complètement à ce sentiment de malaise et de confusion qui nous habite. 

Soyons, clair, ce ne sera pas un de mes Oates préférés, loin de là, mais je salue le génie de Mrs Oates, qui a su plonger au plus profond d'un esprit malade, jusqu'à toucher l'abyme de cet individu pour nous faire comprendre comment ces personnes là ressentent le monde qui les entourent. Tout simplement brillant, mais totalement dérangeant. C'est Joyce Carol Oates, tout simplement. 


Joyce Carol Oates: Le triomphe du singe-araignée, (The Triumph of the Spider Monkey), Points, 128 pages, 1976 (2010 pour la traduction française)






vendredi 2 avril 2021

Le Maître

Résumé: Le roman s’attache à cinq années de l’existence du romancier Henry James, de 1895 à 1899. Il commence par l’un des événements les plus douloureux de l’existence de James : l’échec retentissant de sa pièce de théâtre, Guy Domville, à Londres en janvier 1895. Lors de la première, les applaudissements des amis de James sont noyés sous les sifflements du public. Dans un théâtre voisin, en revanche, la nouvelle pièce d’Oscar Wilde fait un triomphe. Après ce fiasco, James décide de retourner au roman, mais d’abord il accepte les invitations de quelques-uns de ses amis de la noblesse installés en Irlande, espérant ainsi échapper aux échos de son échec londonien – cette visite permet à Colm Tóibín de s’attarder avec ironie sur les abus de l’occupation anglaise, sujet qui lui tient davantage à cœur qu’à James, peu préoccupé par ses lointaines origines irlandaises.


Si j'ai sorti ce livre de ma Pal, c'est pour sa magnifique couverture qui a attiré mon oeil...sans me souvenir aucunement ce qu'il racontait. 

Oui, cela m'arrive souvent de me demander ce que raconte un livre et pourquoi je l'ai acheté, surtout quand ce  livre traine depuis quelques années dans mes bibliothèques. J'avais donc totalement oublié qu'il parlait d'un écrivain. (En le regardant à chaque fois dans la bibliothèque, j'étais persuadé que ce livre parlait de peinture...mais non, c'est bien d'Henry James, écrivain américain, dont on va suivre 5 années de sa vie). C'est la 2e fois que je rencontre cet écrivain dans mes lectures, devenant, dans ces romans, personnage,  sans pour autant, l'avoir déjà lu. 

J'ai aimé la plume de Colm Toibin, même si celle ci, n'est pas si facile d'accès. Disons, que j'ai pris le temps de lire et de m'immerger dans ce roman fort plaisant. C'est une jolie réflexion sur le "métier d'écrivain" et les aléas de la vie d'un auteur, avec ses joies, ses déboires, et ses peines...toujours affilié au défi et problème de création. C'est vraiment, à un récit intérieur auquel l'auteur nous invite. La vie d'Henry James nous ai dévoilé par petites touches, avec des retours en arrière inclus dans la narration, comme autant de souvenirs qui revient en mémoire à Henry pour mieux éclairer son présent. 

Bien sûr, les chapitres m'ont plu a un degré différents: le premier sur l'échec de sa pièce est une bonne entrée en matière pour faire connaissance avec l'auteur, Henry James, qui vivra là une épreuve dont il aura du mal à se remettre. Puis petit détour par L'Irlande ensuite, Londres mais également l'Italie. J'ai trouvé agréable de deviner quelles nouvelles ou romans, se cachait derrière les idées qui venaient à Henry James (dans l'un des chapitres, j'ai clairement reconnu dans la génèse de création, le roman "Le Tour d'Ecrou"), comme Le Tour D'écrou, donc, ou "Portrait de femme", qui fut inspiré par l'une des amies d'Henry James. 

En fait, ce roman est un donneur d'envie de découvrir la plume d'Henry James...mais pas tout de suite. Comme si je ne me sentais pas encore prêt à découvrir l'auteur...mais par contre, j'ai aimé le retrouver comme personnage de roman. Et les réflexions sur la création et le besoin d'écrire sont très bien retranscrit. Une jolie découverte qu'il faut prendre le temps de déguster pour ressentir tout le spectre du grand auteur américain, Henry James. 


Colm Toibin: Le Maître (The Master), Editions Robert Laffont, 425 pages, 2005




 

vendredi 26 mars 2021

My name is Billie Holiday

Résumé: « Un visage de femme photographié de trois quart, étiré vers l'avant, le menton légèrement relevé qui cherche la lumière, un beau visage brun, aux yeux indiens, une chevelure défrisée, domptée dans une queue de cheval accrochée au sommet du crane et un prénom d'homme et un nom qui promet du bon temps. Billie Holiday. »

Sarah a dix-huit ans lorsque Billie Holiday lui apparaît pour la première fois. Aussi douce et dévastatrice que l'héroïne qu'elle s'injecte dans les veines, aussi déchirante que ce timbre de voix qu'elle lui devine sans l'avoir jamais entendu. Car entre la jeune femme et la chanteuse de légende, il y a l'évidence d'un secret, le triste secret d'une enfance qui n'a pas fini de saigner.


Pour moi, Viktor Lazlo est une chanteuse dont j'adore la voix, grave et sensuelle, une voix qui me fait frissonner, et sa chanson "Canoê Rose" fait partie de mon panthéon de chansons préférées à vie. Cette chanson est parfaite. 


J'ai eu la chance immense de rencontrer Viktor Lazlo lors du salon du livre de Montmorillon. Je savais qu'elle écrivait, mais je ne connaissais pas sa plume. Après une petite discussion, je suis reparti avec ce roman qui parle de Billie Holiday, une chanteuse que j'avais découvert quelques années plus tôt...et ma redécouverte du jazz, m'avait donné envie de faire le voyage avec ce livre. 

Dès les premiers mots de ce livre, j'ai de suite adhéré et adoré la plume de Viktor Lazlo. D'une puissance poétique rare, mais d'une telle gravité, elle nous plonge dans la sombre histoire de Sarah, jeune fille de 18 ans, qui essaie de trouver sa voie dans ce monde chaotique, entouré de parents qui ne l'aiment pas et qui ne s'aiment plus...tout ça à cause d'un fantôme: Billie Holiday. En effet, la chanteuse plane sur la vie de ce couple, entre Wilfred, qui vécut une passion amoureuse avec la chanteuse, rencontré lors d'une soirée à Londres, et qui ne s'en remettra jamais, et Claudine, qui essaie de se construire une belle vie et croit l'obtenir avec Wilfred...sauf que tout ceci est un mensonge, qui va éclater lorsque Sarah, leur fille, va découvrir des secrets qu'ils gardaient enfouis. 

La construction du roman est pour beaucoup dans l'intérêt que l'on porte à ce livre. Un suspense permanent s'installe au fil de ce récit, qui brise la temporalité, entre le présent et le passé des différents personnages...avec pour seul lien et point commun, la chanteuse de jazz à la vie tourmentée. Par le prisme des trois personnages, c'est surtout un bel hommage rendue à Billie Holiday, dont Viktor Lazlo dresse un portrait juste mais sans rien cacher de ses failles. 

A travers Sarah, j'ai cru percevoir un peu de Viktor Lazlo, comme si, tout comme Sarah et son envie de chanter, elle était là pour retrouver un sens à sa vie.

Alors, ce roman n'est pas des plus joyeux (en même temps en prenant comme point de départ la vie de Billie Holiday, il ne fallait pas s'attendre à un roman rose bonbon), mais il y a tout de même une note d'espoir et ce message plein de force, que Billie délivre à Sarah. En découvrant la chanteuse préférée de son père, Sarah va découvrir sa propre voix et se perdre, pour mieux se retrouver. 

Viktor Lazlo a su m'emporter dans son univers littéraire et ses mots résonneront en moi longtemps. Viktor Lazlo n'est pas seulement qu'une voix musicale, elle a aussi une voix littéraire dont le timbre et les mots vibrent en chacun de nous. 


Tu es jeune, en pleine santé, pas trop amochée encore, et tu veux chanter! Alors fais moi une promesse [...]n'essaie jamais d'imiter personne, chante, chante comme si ta vie en dépendait. Chante juste, chante faux, on s'en fout. Chante et fais passer ce que tu as dans le ventre dans celui de ceux qui t'écoutent. ( p.176)


Viktor Lazlo: My name is Billie Holiday, Albin Michel, 177 pages, 2012




 

 

samedi 20 mars 2021

Simple

Résumé: On ne l’appelle jamais Antoine Orsini dans ce village perché au coeur des montagnes corses mais le baoul, l’idiot du coin. À la marge, bizarre, farceur, sorcier, bouc émissaire, Antoine parle à sa chaise, lui raconte son histoire, celles des autres, et son lien ambigu avec Florence Biancarelli, une gamine de seize ans retrouvée morte au milieu des pins et des années 80.
Qui est coupable ?


Le 2e roman de Julie Estève est une petite bombe, qui m'a éclatée en plein coeur, un petit bijou d'écriture qui nous emporte dans une histoire tragiquement humaine. 


C'est grâce à ma libraire que j'ai eu ce livre entre les mains, il y a deux, voire trois ans. C'était son coup de coeur de la rentrée littéraire 2018. J'avais suivi son avis et l'avais acheté quelques mois plus tard puis, remisé dans un coin pendant quelques années, avant de le sortir hier soir. 

Puis, en ce samedi matin, j'ai voulu partir à la rencontre d'Antoine, le baoul (l'idiot du village si vous préférez) de ce petit village des montagne corses. Et écouter sa voix me raconter son histoire, pas des plus joyeuses. 

Dès le départ, on est intrigué par ce personnage, qui est mort au début du roman. (la première scène du livre étant son enterrement). C'est par la suite, qu'il prend la parole avec sa voix singulière. Pour nous raconter ce qui s'est passé dans sa vie, et surtout le drame qui est intervenu, il y a une quinzaine d'années, la mort de Florence, une jeune fille de 16 ans, dans les bois, et avec laquelle Antoine entretenait une relation ambigüe. 

J'ai été émerveillé par ce roman, sa plume poétique et parfois "enfantine" (dans le sens simple) , mais qui retranscrit tout à fait l'esprit d'un simple d'esprit. J'ai été captivé par le suspense du roman, qui va crescendo et qui déroule son fil inexorable, ou les surprises seront légions, jusqu'à un final bouleversant, qui m'a ému...aux larmes. 

Par petites touches, les mystères vont se soulever et on va découvrir pourquoi Mme Biancarelli, dans la 2e page du livre, crache sur le cercueil d'Antoine? L'auteure dévoile aussi les secrets et les personnalités de ce petit village corse, et j'ai trouvé qu'elle réussit parfaitement a recréer l'ambiance que je me fait d'un village corse, avec ses secrets, ses inimitiés et ses douleurs. 

On se prend d'affection pour Antoine, et on se dit que ce n'est pas juste ce qui lui arrive, ses pertes comme sa soeur qui quitte l'île de Beauté, ou Mme Madeleine, la vieille dame qui prenait soin de lui étant enfant, alors que tout le monde le détestait, et qui décède dans son lit...mais également ses joies avec son meilleur ami Magic, et son amitié avec la jeune Florence qu'il prendra sous sa protection pour le compte d'Yvan, un jeune homme de 22 ans, fou amoureux de la jeune fille. Une amitié qui ne sera pas vu d'un bon oeil surtout par la mère de la jeune fille, mme Biancarelli. 

Mais je ne voudrais pas trop en déflorer pour vous laisser la découverte de toutes ces surprises car, même si c'est un livre de littérature blanche, il se dégage une certaine ambiance de polar. Un polar sous le soleil brûlant de corse où il ne fait pas bon vivre parfois...surtout quand on est le baoul du village. 

 Il faut faire confiance à son libraire et suivre ses recommandations et ses coups de coeur. Car ces coups de coeur peuvent devenir les nôtres. En tout ca, voici mon premier coup de coeur de l'année. Et je ne suis pas prêt d'oublier Antoine, et ce dernier chapitre qui m'a fait éclater en sanglots. Un simple roman dont il se dégage une force émotionnelle énorme et dont on ne sort pas indemne. A lire d'une traite. De toute façon, dès que vous entendez la voix d'Antoine, vous ne pouvez plus vous arrêter avant le mot fin. C'est ça qui fait aussi la force des grands romans. 



Julie Estève: Simple, Stock, 203 pages, 2018




lundi 15 mars 2021

Rage

 

Résumé: Neuf heures cinq. L'écureuil cavale sur la pelouse. Dans la salle 16, Mme Underwood donne son cours d'algèbre... "Si l'on augmente le nombre de variables, les axiomes eux-mêmes restent valides..."

L'interphone crache alors une giclée de mots-requins. Charles Decker est convoqué chez le directeur.
Neuf heures vingt. Après un entretien destroy, Charly met le feu aux vestiaires. Dans les marais puants de son subconscient, son dinosaure personnel patauge avec rage. Charly ouvre la porte de sa classe, tire sur son prof, qui s'effondre. Exit. Tuée sur le coup. Charly se sent merveilleusement bien. Il est allé jusqu'au bout..
.Neuf heures cinquante. Océan de silence dans la classe prise en otage. Charly se prépare pour le sprint final. Psychodrame et lavage de cerveau. Tout le monde va passer à la moulinette…

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu de Stephen King. J'avais envie de retrouver sa plume et son univers, et je voulais le faire de manière chronologique. 
(Sauf qu'en notant la bibliographie chronologique du Maître Stephen, je me suis trompé dans les dates en notant la sortie de ce roman en 1966, alors qu'il est sorti en 1976. Damned. Mais bon, on va dire que j'ai lu son premier roman sous le pseudonyme de Richard Bachman (je m'en sors comme je peux). 

Plaisanterie mise à part, j'ai voulu lire ce roman, (que l'on ne trouve plus  aujourd'hui dans les librairies à la demande de l'auteur après une tuerie dans un lycée américain par un jeune qui s'est dit inspiré par ce livre)pour son sujet mais aussi parce qu'il m'a également inspiré une nouvelle que j'ai écrite il y a quelques années. En effet, c'était le livre préféré de mon personnage principal qui s'en est inspiré pour prendre son prof de maths et sa classe en otage dont il était le souffre douleur.(Faire référence dans une nouvelle qu'on écrit à un roman qu'on a pas lu, faut le faire quand même. Car oui, je ne connaissais que le point de départ du roman.)

Le plus grand nombre n'ose pas se lancer dans un Stephen King par peur de l'horreur et du fantastique, genre dont il est devenu l'un des grands maîtres, en se disant qu'ils ne lisent pas et n'aiment pas ces genres là. Sauf que ce serait une erreur de réduire Stephen King à ces genre là. D'ailleurs, ce me semble, dans les romans qu'il a signé Richard Bachman, il est peu question d'horreur et de fantastique. 
Pour Rage, le fantastique est totalement absent et l'horreur, bien présente ma foi, n'est pas celle que vous croyez lire. (Elle serait même pire car bien réelle et ordinaire). 
Ce roman a été une véritable claque pour moi. J'ai été en apnée tout au long de ma lecture, complètement hypnotisé par ce que je lisais. De son style, rapide, cru, et percutant, l'auteur nous parle d'un de ses thèmes de prédilection: l'adolescence et ce qu'elle a de plus terrible. C'est violent, certes, mais c'est un miroir de la société saisissant, et toujours d'actualité, malheureusement. 
Ce huis clos qui se déroule sur une matinée, m'a fait aller de surprise en surprise. Les chapitres flashback qui nous présente la vie peu glorieuse de Charlie, fait qu'on ressent de l'empathie pour ce dernier (ce qui est l'une des forces des romans de King, avoir de l'empathie pour les psychopathes), mais surtout, c'est la réaction de ses camarades de classe, qui vont peu à peu prendre le parti de leur preneur d'otages...jusqu' une scène qui m'a totalement bluffé. 

Stephen King est l'un des auteurs qui a le mieux compris et parlé de l'enfance et de l'adolescence...et ce Rage en est encore une preuve. Je peux comprendre qu'il ne soit plus édité mais c'est pourtant un roman essentiel, qui nous parle de la jeunesse d'aujourd'hui, même si ce roman a été écrit il y a 45 ans. En fait, il démontre que malheureusement, rien n'a changé. 
Une véritable claque que j'ai eu la chance de trouver dans une Boite à Livres, et qui me démontre, si cela n'était pas déjà  le cas, que Stephen King est un des grands auteurs de la littérature américaine. 

Stephen King: Rage (Rage), J'ai lu, 251 pages, 1990