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jeudi 29 décembre 2011

A bout de souffle


4e de couverture: Gloria et moi avions été prévenus par de vieux routiers que la seule façon de tenir le coup jusqu'au bout dans un marathon de danse, c'était d'utiliser au mieux ces pauses de dix minutes grâce à une méthode précise : apprendre à manger son sandwich tout en se rasant et en se faisant soigner les pieds, apprendre à lire les journaux en dansant, apprendre à dormir sur l'épaule de son ou de sa partenaire ; mais tout cela, c'étaient des trucs de métier qui demandaient de l'entraînement. Au début, nous eûmes beaucoup de peine à nous y mettre Gloria et moi.

Roman porté à l'écran par Sydney Pollack, On achève bien les chevaux est fascinant de par sa construction. Le roman commence par la fin du procès de Robert Syberten, plus particulièrement par la lecture du verdict et la sentence. Mais l'originalité du roman réside dans le fait que cette lecture soit coupée en 13 morceaux. Elle fait l'intermédiaire entre les chapitres. Chapitres composés d'un long Flashback qui revient sur la rencontre de Gloria et Robert, dans une rue de Los Angeles, dans ce monde cruel d'Hollywood (Gloria rêve d'être actrice et Robert, un grand metteur en scène). Tous deux, décident alors de participer à un marathon de danse (marathon qui durera plusieurs semaines où le but est de danser et bouger sans s'arrêter sous peine d'être disqualifiés. Il y a bien évidemment des pauses. Les participants doivent même bouger en mangeant leur sandwich où en buvant leur café). Le lecteur va alors suivre le parcours de ce "couple" atypique: Robert, ce garçon un peu rêveur et Gloria, fille sans gêne qui dit ce qu'elle pense mais qui cache un mal être qui ressort parfois aux yeux de Robert.

Pour tout vous dire, s'il m'a fallu 4 jours pour lire ce roman, c'est que dès les premières pages, j'avais deviné le dénouement. Je n'ai eu aucune surprise. Pourtant, je n'ai jamais vu le film: je le connaissais de nom, je savais que ça parlait d'un marathon de danse mais ça s'arrêtait là. Si je connaissais le dénouement du roman c'est par déduction: le roman commençant par la lecture d'un verdict, j’ai compris que le narrateur du roman (qui n'est autre que Robert) était également l'accusé du procès, j'en ai déduis que la victime n'était autre que Gloria sa partenaire qu'il nous présente dans le 3e chapitre. En fait, le plus important n'est pas le meurtre en lui même mais comment les personnages en sont arrivés là.

Puis, hier soir, alors que je n'avais lu que 80 pages du roman, j'ai été transporté par ce marathon de danse: la frénésie du concours, les personnages atypiques comme Mrs Layden, une dame de 60 ans, passionnée par le marathon et qui vient tous les jours soutenir son couple favori: Robert et Gloria; James et Ruby, un couple concurrent que Gloria va se mettre à dos, juste pour avoir suggéré l'avortement à Ruby, enceinte de James.
Ce matin, j'ai repris le livre et je n'ai pas pu le lâcher avant la fin: j'ai été emporté et je voulais savoir le fin mot de l'histoire, pour voir si ma déduction du début était juste (et elle s'est avérée vraie).

C'est un roman coup de poing, qui maintient une tension permanente: on est pris dans la folie de ce marathon, on se sent oppressé par ce lieu fermé, d'où les participants et le lecteur ne sortent pas. Comme Robert, j'avais parfois besoin d'air et de voir le soleil se coucher. C'est également une belle critique d'Hollywood, ce pays où chaque évènement doit être médiatisé pour rameuter du monde, un univers qui broie les gens qui y vivent. Tout compte fait Robert et Gloria sont les victimes de ce monde cruel et infernal.

En conclusion, un roman percutant qui montre encore une fois la plus mauvaise face de ce monde de paillettes, qui broie dans sa machine ces jeunes venus de tout le pays pour trouver un peu de gloire et qui se brûlent les ailes à sa lumière cruelle. En refermant ce livre, je me suis dit que l'assassin n'est pas celui que l'on croit.

Horace Mac Coy: On achève bien les chevaux (They shoot horses, don't they?), Folio, 207 pages, 1946

(20e et dernier livre pour ce Challenge)

12/10 (Bonus 2)



lundi 26 décembre 2011

Quatre actes pour un drame


4e de couverture: Malataverne... C'est la ferme de la mère Vintard, un coin tout au fond du vallon que le soleil ne réchauffe jamais. Avec ses ruines, on dit même que l'endroit porte malheur. Mais pour Christophe, Serge et Robert, trois garçons du village, ce nom résonne plutôt connue une sacrée aubaine : ils ont découvert où la vieille cache son magot et le lui dérober sera un jeu d'enfant. Pour les deux aînés, l'affaire est entendue, niais Robert, le plus jeune, a encore des doutes. Il n'a que quinze ans et, cette fois, il ne s'agit pas comme d'habitude de chaparder quelques fromages : c'est un crime qu'ils organisent. Et puis il a un mauvais pressentiment : rien de bon ne peut sortir de Malataverne...

Je connais Bernard Clavel depuis longtemps: je crois même que j'ai étudié un extrait d'un de ses romans au lycée. Pourtant, cela ne fait que 3 ans que j'ai découvert véritablement sa plume avec sa quadrilogie "La Grande Patience" qui comporte "La maison des autres" (mon préféré), "Celui qui voulait voir la mer", "Le coeur des vivants" et "les Fruits de l'hiver" qui reçut le Prix Goncourt en 1968 (prix mérité car c'est un roman très beau). J'ai de suite été emporté par sa plume, ses personnages, ses descriptions des paysages vosgiens. Je me suis alors promis de retrouver cette plume un jour.
L'année dernière, mon frère et ma belle soeur m'ont offert deux de ses romans (entre autres) La Révolte à deux sous et Malataverne dont je vais vous parler ici.

Ce petit roman est d'une telle force qu'on en ressort pas totalement indemne. Bernard Clavel s'est inspiré d'un faits divers survenu à Longs-le Saunier alors qu'il avait six ou sept ans: trois adolescents avaient commis un crime dans une ferme. Ce souvenir à marqué son enfance et il sert de base à "Malataverne".

Le roman se focalise sur Robert, le plus jeune des trois ados de cette histoire qui va se dérouler en un seul petit jour, dans un seul lieu, un village proche de Lyon pour déboucher sur une seule action: le plan pour dépouiller la mère Vintard de son magot. Les trois unités sont respectés pour que se joue devant nos yeux ce drame en 4 actes: oui, on pressent dès le départ que cela va mal finir. Mais on est emporté dans les Monts du Lyonnais que Bernard Clavel décrit si bien. L'auteur nous fait entrer dans la tête de Robert, ce jeune embarqué par deux plus vieux Christophe et Serge dans des combines et des vols. Quand c'est pour chaparder des fromages, pas de problème, mais dépouiller une vieille dame de son argent, c'est pas la même chanson et Robert commence à douter du bien fondé de ce plan.

Un roman magistral qui se lit comme une pièce de théâtre. C'est également un roman psychologique d'un certain côté puisqu'on suit les doutes de Robert tout au long de cette journée qui va chambouler le cours de sa vie. Bernard Clavel se sert d'une réalité pour raconter une histoire: il dit d'ailleurs dans l'interview qui se trouve au début du livre:
"il est vrai que je n'ai jamais inventé un personnage de toutes pièces. Il est vrai aussi qu'aucun de mes personnages n'a été transporté de ma vie dans mes romans sans subir d'importantes transformations. [...] En ce qui concerne Robert, Christophe et Serge, je pourrais montrer sur la photographie de groupe de ma classe les trois élèves qui m'ont servi de modèle. Bien entendu, ces garçons ne sont pas devenus des assassins. Mais il est toujours utile, quand on bâtit son histoire, d'avoir devant soi un visage et un caractère pour chaque personnage. De même Gilberte était la fille d'un fermier voisin.
Mais il faut bien comprendre une chose: les personnages de roman sont faits de chair humaine, de coeur et d'âme. Il n'est pas plus facile de les cerner que de les maîtriser.
(p.10-11).
Je peux vous assurer que tous les personnages de ce roman ont une vie propre: on s'attache à certains, on en exècre d'autres. On vibre, on tremble dans ces bois noirs, on court, on a peur: on vit au rythme de cette lecture jusqu'à la dernière ligne qui n'est qu'un commencement: que va t-il arriver à Robert et aux autres? A nous de le deviner car dès la dernière page tournée, l'histoire de Malataverne se termine. Mais on pressent qu'elle aurait pu continuer encore et encore. Certes, cela donne un goût d'inachevé au roman mais comme le dit si bien Bernard Clavel:

"En réalité, si mon livre s'arrête là où il s'arrête, c'est qu'il ne pouvait en aller autrement. J'ai tenu à rester dans le cadre du drame, à respecter l'unité d'action, de temps et de lieu. C'est une règle à laquelle je crois beaucoup. Ce qui se passe ensuite n'est plus du ressort de l'auteur de Malataverne. Ça ne pourrait être que le sujet d'un autre livre." (p.14).

Que dire de plus après ça?

Si vous n'avez pas encore lu la plume de Bernard Clavel, je vous encourage à sauter le pas et pourquoi pas avec ce petit roman qui interpelle et nous dresse le portrait d'un jeune en pleine confusion. Saisissant!

Bernard Clavel: Malataverne, Pocket, 188 pages, 1960




samedi 24 décembre 2011

Un repas de fêtes façon Agatha Christie


Résumé: Six nouvelles, six facettes de l'ingéniosité et du talent d'Agatha Christie. Où dissimuler, un soir de Noël, un rubis gros comme un bouchon de carafe dérobé à un prince oriental ? Quelle foi ajouter à l'intuition de cette lady qui prétend savoir, contre toute vraisemblance, qui est l'assassin de son mari ? Comment commettre un crime dans un jardin, alors qu'on vous a enfermé à double tour dans votre chambre ? Hercule Poirot et Miss Marple ont réponse à tout... (source: Amazon)


Dame Agatha Christie nous convie à sa table pour un repas de fêtes mémorable où le crime est à l'honneur. Parmi les invités, deux détectives hors pair: M. Hercule Poirot et Miss Marple.

Dans le Premier plat de résistance Christmas Pudding, Poirot doit retrouver un rubis dérobé à un Prince: il se fait alors inviter dans une famille sous prétexte de passer un vrai Noël Anglais.
J’ai aimé cette nouvelle qui nous plonge dans l'époque de Noël. Agatha Christie nous parle des Noëls anglais et se sert de ses souvenirs pour nous parler des bas de laine devant la cheminée, le repas de fête avec les deux dindes, la soupe d'huitres et le plum-pudding avec des petits objets à l'intérieur comme une pièce d'argent ou autre bouton de célibataire.
Mais une fois de plus, je me suis laissé berner par Dame Agatha. Une nouvelle idéale pour les fêtes de fin d'année. Un plat irrésistible.

Le 2e plat de résistance, Le Mystère du Bahut espagnol fait encore la part belle à Poirot. M. Poirot va enquêter sur le meurtre d'un homme retrouvé dans un bahut espagnol, à la demande de la femme de la victime, afin d'innocenter le Major Rich, un ami du couple.
C'est une enquête classique, que j'ai l'impression d'avoir déjà lu dans d'autres livres d'Agatha Christie et qui ne m'a pas particulièrement marquée et emballée. Poirot montre encore une fois son génie, ce qui m'énerve quelquefois, je dois bien l'avouer. Je dois cependant reconnaitre que les dernières pages (la résolution de l'affaire) m'ont scotchées et enthousiasmé, cherchant à savoir la solution avant ce cher Poirot. Bien évidemment, il me bat sur les derniers mètres. Une nouvelle plaisante mais pas nouvelle quand on a déjà côtoyé la plume de Dame Agatha.

Un entremet froid, comme le crime, pour continuer ce repas de fête. Dans Le Souffre-douleur, Hercule Poirot est (encore!) de retour pour une enquête, là aussi classique. Hercule Poirot est appelé par Lady Astwell pour innocenter le neveu de son mari, accusé du meurtre de son oncle. Elle a l'intuition que le secrétaire de son mari est le véritable assassin. Est ce que son intuition est bonne? Seul Poirot arrivera à percer ce mystère.
Justement, voilà le problème: encore une fois Poirot à la part belle et sa tête en forme d’œuf gonfle un peu plus. Une enquête classique qui ne m'a pas plus passionné que ça et un Poirot qui m'a une fois de plus insupporté par son arrogance.

Deuxième entremet de ce repas de fête, Le Rêve est une histoire étrange: un milliardaire convoque Poirot (toujours lui!) pour lui exposer un problème: toutes les nuits, il rêve qu'il se suicide dans son bureau à 3h28. Poirot ne sait que répondre (il n'est pas psy mais détective) et s'en va. Quelques jours plus tard, Mr Farley, le milliardaire est retrouvé mort dans son bureau: il semblerait que ce soit un suicide.
Cette nouvelle est bien menée sans temps mort et pour une fois il est facile au lecteur d'avoir le fin mot de l'histoire. Tous les indices sont donnés par cette chère Agatha et facile à découvrir. Il faut pour cela que le lecteur soit attentif.

Le Policeman vous dit l'heure, dernier entremet du repas, met en scène Miss Marple (il était temps!) (c'est d'ailleurs impensable qu'il n'y ai pas eu d'égalité dans le nombre de Nouvelles attribué à chaque enquêteur. La pauvre Miss Marple n'a droit qu'à une nouvelle contre cinq pour Poirot. Vraiment trop injuste!).
Miss Marple est égale à elle même dans l'"affaire Greenshaw", cette femme tué dans son jardin sous les yeux des deux femmes qui travaillent pour elles et qui sont enfermé dans leur chambres.
On retrouve toute la perspicacité de Miss Marple qui arrivera encore une fois a dénouer ce mystère sans sortir de chez elle. C'est juste une question de déduction. Un entremet qui se déguste jusqu'à la dernière bouchée. Un vrai délice!

Pour finir ce repas, rien de tel qu'un petit sorbet: Le Mort avait les dents blanches est une petite histoire qui se lit avec plaisir. Au restaurant, Poirot croise un homme que l'on retrouvera mort quelques jours plus tard. Poirot sera bien sûr là pour démêler l'affaire. Cette nouvelle est d'un tel machiavélisme qu'elle en est jubilatoire. En quelques pages, Dame Agatha nous montre tout son savoir faire.

Au final, un repas criminel des plus festifs qui m'a fait passer un moment fort sympathique, bien que tous les plats ne soient pas de la même saveur . A votre tour, dégustez ces petits plats criminels. Je suis sûr que vous apprécierez.
Quand Dame Agatha concocte des meurtres aux petits oignons, c'est toujours un régal. Elle mérite vraiment son titre de "Reine du Crime".

Agatha Christie: Christmas Pudding (The adventure of the Christmas Pudding and a Selection of entrées) Hachette Collection, 334 pages, 2006





mardi 20 décembre 2011

Maurice


4e de couverture: Depuis son plus jeune âge, Maurice est hanté par des rêves dont il s'explique mal la nature étrange et mélancolique. Puis, comme tous les jeunes gens de la bonne société anglaise, il part faire ses études à Cambridge. C'est là qu'il rencontre Clive, étudiant comme lui, auprès de qui il sent naître de nouveaux sentiments. Tentant d'abord d'ignorer cette passion, le jeune homme va peu à peu entamer un long cheminement, parfois douloureux, vers la liberté et l'affirmation de son identité. Dans ce récit intimiste à l'écriture ciselée, Forster, qui jamais ne consentit à ce que cette oeuvre soit publiée de son vivant, livre une magnifique histoire d'amour sur fond de chronique sociale de l'Angleterre puritaine des années 1920.

Voilà un roman que je voulais lire depuis un moment. Je me le suis offert grâce à un chèque cadeau l'année dernière pour mon anniversaire.
Je suis ravi d'avoir lu ce livre même si j'ai un petit goût de déception, non pas dû au livre mais à mes attentes. (Parfois les attentes qu'on se fait d'un livre sont tellement fortes qu'on est un peu déçu).
J'ai aimé découvrir le style intimiste de Edward Morgan Forster. Il se joue des convenances et lance un pavé dans la mare de cette bourgeoisie qui se cache derrière l'hypocrisie.
E.M. Forster nous plonge dans les pensées torturées de Maurice et nous montre le chemin vers l'acceptation de qui il est, sans se soucier de la société qui l'entoure.
Pourtant, au début, j'ai été agacé par les non-dits de l'auteur. J’avais le sentiment qu'il ne voulait pas lâcher le mot "Homosexualité" sur la page, par peur d'une censure, ce qui fait que je suis entré dans le livre à reculons, lisant les premières pages sans trop me soucier des personnages et de leur parcours. Je suis parfaitement entré dans le roman dès que ce fameux mot fut lâcher. Je me suis dit:"enfin, l'auteur arrête son petit jeu d'hypocrisie et ose dire les choses telles qu'elles sont".
Maintenant que j'ai tourné la dernière page, je comprends pourquoi l'auteur a fait ce choix de ne pas lâcher le mot sur la page de suite: il suivait simplement le parcours de Maurice: la découverte de sa "différence".
Maurice est un personnage magnifique: tourmenté, faisant tout pour se glisser dans le moule vertueux mais hypocrite de cette bourgeoisie anglaise dont il fait parti, quitte à changer, comme le fit Clive à ses 24 ans. Il va même aller jusqu'à consulter pour guérir de cette "maladie" qu'est l'homosexualité (!) mais l'on ne peut pas changer qui l'on est sans se mentir à soi même: ce que fait Clive d'une certaine manière: c'est le personnage qui m'a le plus exaspéré à la fin: un hypocrite de première qui va se conformer au moule de la société.

Quand on pense que ce roman écrit par Forster en 1914 ne fut publié qu'en 1971 après la mort de l'auteur montre encore une fois que le sujet du roman était tabou. Certains de ses écrits comme "Maurice" seront même suivi d'un parfum de controverse. Pour ma part, je trouve que c'est l'un des plus beau roman sur l'acceptation de soi.

Au final, un roman dans lequel je suis entré à reculons, puis qui a réussi à me charmer. Une lecture agréable et un auteur que je découvrirai avec un autre roman, assurément.

E.M. Forster: Maurice (Maurice), 10/18, 279 pages, 1987




11/10 (Bonus 1)




mercredi 14 décembre 2011

Récit du Canada français


4e de couverture: « Qu’il revienne au printemps… Songeant à ce retour, à lui, à son beau visage brûlé de soleil qui se penchera vers le sien, Maria oublie tout le reste. »
Mais François Paradis ne reviendra jamais plus. Pour passer les fêtes de Noël avec Maria Chapdelaine, en haut du lac Saint-Jean, François Paradis est parti, seul, contre l’avis de tous. La tourmente l’a pris, il s’est écarté, perdu. La neige a recouvert sa piste.


J'aime aller fouiner chez les bouquinistes. Je regarde, je feuillette et parfois je tombe sur un roman qui me fait de l'oeil. Mais surtout, ils ont souvent de vieilles éditions, ce qui m'attire aussi.
C'est donc, chez un bouquiniste que j'ai trouvé mon exemplaire de Maria Chapdelaine: je l'ai choisi car le titre me disait quelque chose. J'ai alors ouvert le roman pour lire le résumé (car sur les anciens livres de poche, il n'y avait pas souvent de 4e de couverture, celle ci se trouvant souvent en première page du livre) sauf qu'il n'y en avait pas. Je l’ai pris quand même me fiant au titre, à cette couverture et au sous titre "Récit du Canada Français".

Avant de vous dire ce que j'en ai pensé, je voulais ajouter ceci: j'étais persuadé que Louis Hémon, l'auteur de ce roman était Canadien et en faisant des recherches sur lui, j'ai appris qu'il était français mais qu'il a vécu au Canada à Peribonka (là où se situe l'action du roman) parmi les défricheurs de la forêt canadienne. C'est pour leur rendre une sorte d'hommage qu'il a écrit "Maria Chapdelaine".
J'ai aimé me plonger dans cette histoire simple où il ne se passe pas grand chose au début: on suit la famille Chapdelaine qui vit dans la forêt du Nord canadien, près de Peribonka, dans la région de Québec. Les saisons passent au rythme des moissons, du travail de la Terre, les longs hivers qui n'en finissent pas, le retour du printemps puis l'été qui part trop tôt. Puis, après nous avoir dépeint tout ça, arrive le drame.
J'avais pressenti ce qui allait arriver: je me doutais bien qu'il y allait avoir un drame car c'était trop beau pour continuer ainsi. J'ai alors anticipé beaucoup de chose sur la suite des évènements mais ce n'est pas ça le plus important: je me suis laissé emporter par les paysages du nord canadien, par la langue chantante des personnages que Louis Hémon a su si bien retranscrire, même si j'ai eu un peu de mal à l'entendre au départ. Puis je me suis laissé bercé par elle au fil de ma lecture. Le style de Louis Hémon est d'une telle poésie qu'on a envie de lire certains passages à voix haute pour mieux se laisser bercer.
J'ai aimé la douceur et la timidité de Maria, mais également sa force. Des trois prétendants de Maria, mon préféré fut François Paradis (quel nom magnifique!). Tout comme Maria, j'ai eu un coup de coeur pour ce garçon téméraire au grand coeur.
Ce roman est aussi un hommage pour ces français canadien qui ont voulu préserver notre belle langue française et qui le font encore aujourd'hui. Le Français fait parti de leur identité et il veulent la conserver pour marquer leur différence et pour ne pas se faire "envahir" par l'anglais. Parfois, je me dis qu'on devrait également préserver notre belle langue au lieu d'angliciser les mots: passer des "fins de semaine" plutôt que des "week-end", envoyer des "courriel" plutôt que des "mails" et il y en a tellement d'autres. Mais je m'égare un petit peu...quoique l'auteur en parle également d'une certaine manière:

"Autour de nous des étrangers sont venus, qu'il nous plaît d'appeler des barbares; ils ont pris presque tout le pouvoir; ils ont acquis presque tout l'argent; mais au pays de Québec rien n'a changé. Rien ne changera parce que nous sommes un témoignage. De nous même et de nos destinées nous n'avons compris clairement que ce devoir là: persister...nous maintenir... Et nous nous sommes maintenus, peut être afin que dans plusieurs siècles encore le monde se tourne vers nous et dise: "Ces gens là sont d'une race qui ne sait pas mourir..." Nous sommes un témoignage. " (P.241)

Finalement c'est ce que Louis Hémon a fait: nous laisser un beau témoignage, devenu un classique et que je vous encourage à lire.

Louis Hémon: Maria Chapdelaine, Le Livre de Poche, 245 pages, 1954

catégorie: "auteur mort avant 35 ans".

10/10




Maria Chapdelaine à connu trois versions cinématographiques: une en 1934 réalisé par Julien Duvivier avec Madeleine Renaud dans le rôle titre et Jean Gabin. La 2e en 1950 avec Michèle Morgan et la 3e en 1983 avec Carole Laure)

jeudi 8 décembre 2011

Le Vent dans les saules


4e de couverture: Quel lieu idyllique que le Bois Sauvage ! La nature y est généreuse, l’air y est doux, surtout en ce jour printanier. Taupe et Rat, amis de fraîche date, en profitent pour canoter sur la rivière. Hélas, leur quiétude sera de courte durée, à cause d’un autre habitant des environs : le richissime, l’impétueux, le vaniteux, le colérique Crapaud, dont les lubies entraîneront nos amis dans une suite inoubliable de catastrophes.


Kenneth Grahame est un auteur d'origine écossaise très peu connu chez nous. Il faut dire qu'il a beaucoup écrit mais peu publié. Il a pourtant laissé un petit bijou: Le Vent dans les Saules. Un conte qui a souvent été affilié au "Alice au Pays des Merveilles" de Lewis Carrol. On y retrouve la même féérie et surtout la même envie des auteurs de raconter des histoires à des enfants: Lewis Carrol écrivit "Alice" pour ses deux nièces et Kenneth Grahame écrivit ce merveilleux "Vent dans les saules" pour son fils Alastair.

Il y avait un moment que je voulais lire ce conte car il me rappelait des souvenirs. Je pensais l'avoir lu étant enfant et en le lisant là, je me rends compte qu'il n'en est rien. En fait, j'ai vu la série à la télé quand j'étais gamin et c'était merveilleux.
En ouvrant ce livre et en retrouvant Mr Taupe, Mr Rat, Mr Blaireau et Mr Crapaud, je suis retombé en enfance. J'ai eu l'impression d'avoir 7 ans et de retrouver des amis.
Composé de 12 chapitres qui peuvent se lire indépendamment, puisque chaque chapitre raconte une histoire, j'ai retrouvé ce pays si proche de nous, puisqu'il suffit d'ouvrir la fenêtre ou d'aller à la campagne pour le voir et je me suis laissé porté au rythme des saisons. La plume de Kenneth Grahame (retraduite pour l'occasion car il y avait eu des traductions enfantine mais jamais une traduction plus adulte) est poétique: d'un petit rien, il raconte des aventures fabuleuses. C'est un pays extraordinaire qu'il peint et pour que ce miracle existe, il suffit d'un peu d'imagination. C'est un roman pour enfants mais que les adultes peuvent lire également. Car ces animaux ont des comportements bien humain.

Vous l'aurez compris: j'ai beaucoup aimé lire ces histoires et je suis ravi que ce livre fasse parti de ma bibliothèque. En lisant certains passages à haute voix, j'ai retrouvé des sensations enfantines: celle d'être dans mon lit et d'écouter l'un de mes parents me lire une histoire le soir. Ce conte est également fait pour ça: si vous avez des enfants, racontez leur les aventures de ces quatre mousquetaires. Ils découvriront alors un pays fabuleux pourtant tout proche d'eux et avant de fermer les yeux, ils entendront surement le vent souffler dans les saules.




Voici le début du film "Le Vent dans les Saules" (1983) en version originale. J'espère qu'il ranimera vos souvenirs).

Kenneth Grahame: Le vent dans les saules (Wind in the willows), Phébus, 203 pages, 2006



lundi 31 octobre 2011

Une petite virée au pays Imaginaire


4e de couverture: Peter Pan est bien étrange. Il est vêtu de feuilles, ne connaît pas son âge, et ignore ce qu'est un baiser. Wendy est intriguée par ce garçon et la lumière tintinnabulante qui l'accompagne partout - la fée Clochette. D'où viennent-ils ?
"Je me suis enfui le jour de ma naissance, répond Peter Pan. Je ne veux pas devenir un adulte, alors depuis, je vis au pays des fées. Sais-tu d'où viennent les fées ? Lorsque le premier de tous les bébés se mit à rire pour la première fois, son rire se brisa en milliers de morceaux, et chaque morceau devint une fée. "
Wendy et ses deux frères, John et Michael, n'hésiteront pas bien longtemps à suivre Peter Pan et Clochette sur l'Ile merveilleuse, au pays de l'Imaginaire...


L'histoire de Peter Pan est connu de tous, petits ou grands (à moins que les adultes aient oubliés cette histoire). Alors pourquoi lire un roman dont l'histoire nous ait connu? Tout simplement pour la (re)découvrir et retomber en enfance.
L'écriture de Sir Barrie est vraiment délicieuse et très agréable à lire. De plus, il y a vraiment quelque chose d'adulte dans ce conte: toutes les petites réflexions sur le fait de ne pas vouloir devenir adulte, d'éviter ainsi les responsabilités sont en complètes contradictions avec les actes des enfants. Wendy ne veut pas rester une enfant, comme on pourrait le penser puisqu'à son arrivée au pays imaginaire, elle devient l'adulte responsable de la maison des enfants perdus: elle prend son rôle de mère très à coeur.

Peter Pan est un personnage qui a traversé ma vie d'enfant: j'ai vu le dessin animé de Disney, qui a ce côté bon enfant (alors que Peter est surement l'un des enfants les plus arrogants que j'ai pu côtoyer dans mes lectures. Sauf qu'il ne se rend pas compte de ce fait, car il garde toujours son âme d'enfant. (C'est pour ça qu'on lui pardonne son arrogance). Une âme que l'on perd en grandissant, même si parfois elle revient en visionnant un film, ou en lisant un livre comme celui ci.

Pour tous ceux qui aurait peur de ne pas retrouver le dessin animé de leur enfance, tout le monde est là: les enfants perdus, les indiens, les sirènes, les pirates avec à leur tête, l'abominable Crochet...et bien entendu, le crocodile qui poursuit le capitaine pour finir son repas. C'est charmant, les mots utilisés par Sir Barrie nous emporte dans cette littérature victorienne que j'affectionne.

Mais surtout, il y a la fin, que je ne révèlerais pas, mais qui en dit plus que le film d'animation, sur le devenir des enfants.

Un joli petit conte qui m'a charmé le temps d'une petite soirée, où j'ai retrouvé mon âme d'enfant, qui dort quelque part en moi pour se réveiller afin de m'emmener faire une petite virée au Pays imaginaire.

James M. Barrie: Peter Pan, (Peter Pan & Wendy), Librio, 140 pages, 1982



9/10

dimanche 30 octobre 2011

La fille du capitaine


4e de couverture: A l'âge de seize ans, sur ordre de son père, Piotr Andréïtch Griniov gagne le fort de Bélogorsk où il va servir et, parce qu'il est noble, devenir d'emblée officier. Quoique la vie de garnison ne fût pas faite pour le séduire, son existence devient vite plaisante, en particulier grâce à la présence de Maria Ivanovna, la fille du capitaine, qu'il souhaiterait épouser.
Mais, au début d'octobre 1773, on apprend que le cosaque Pougatchov vient de réunir une bande de brigands et se fait passer pour Pierre III, le défunt époux de Catherine II : il ne va pas tarder à prendre le fort d'assaut et ce sera, pour Griniov, l'occasion de montrer qu'il est bien le « chevalier » de Macha.
La rébellion de Pougatchov a réellement eu lieu et Pouchkine lui a consacré un livre d'histoire avant de faire paraître en 1836, quelques semaines avant sa mort, La Fille du capitaine. Mais, dans ce roman historique, c'est à Griniov qu'il laisse le soin de raconter à la première personne les menées de ce Pougatchov qu'il affronte et qui, sous ses yeux, sous les nôtres, entre deux moments de férocité, se montre aussi capable d'humanité : fasciné par l'abîme, le brigand devient fascinant.


La littérature russe m'était totalement inconnue avant de lire La fille du capitaine de Pouchkine (pour être honnête, je n’avais entendu parler de Pouchkine que dans la chanson de Bécaud: "Nathalie". Honte sur moi). J'ai reçu ce roman pour mon anniversaire l'année dernière et je m'y suis plongé aujourd'hui car la saison s'y prête et parce qu'il était court. Je trouve plus facile de découvrir un auteur par un court roman afin de savoir si son écriture nous plait.
Je dois avouer que cette lecture m'a beaucoup plu, même si les débuts ont été un peu difficile. J’avais un petit peu de mal avec les noms des personnages qui changent constamment (apparemment, les russes ont cette manie) mais surtout d'avoir des noms à rallonge qui sont quasiment impossible à prononcer (même mentalement car oui, je ne lis pas à voix haute). Tout ça pour vous dire que c'est à partir du chapitre 3, quand Piotr Andreïtch arrive au fort que le roman à commencé à me passionner et que je ne l'ai pas lâché. C'est un roman épique qui m'a dépaysé: j'étais dans les steppes de Russie, au côté de Piotr. J'ai frémi devant les combats contre Pougatchov et je me suis demandé si Piotr allait pouvoir sauver sa bien aimée, la fille du capitaine Mironov, commandant du fort où est affecté Piotr; car bien sûr, l'amour est présent et je me suis demandé si leur amour allait vaincre tous les obstacles mis sur leur route.

J'ai aimé ce souffle épique et je suis ravi de cette découverte malgré la difficulté des noms et les conflits heureusement peu nombreux: c'est d'ailleurs une bonne chose que l'auteur ne s’appesantit pas sur les combats car ce n'est pas vraiment ce que je préfère. Un bon petit roman qui m'a fait découvrir la littérature russe qui m'était jusque là inconnue mais que je pense continuer à lire. (J'ai "Crime et Chatiments" de Dostoïevski dans ma PAL)

Pouchkine: La fille du capitaine (Kapitanskaïa dotchka), Le livre de Poche, 220 pages (avec dossier et annexes), 2006 pour la présente édition

dans la catégorie "Mort dans des circonstances particulières".

jeudi 20 octobre 2011

Un roman indispensable pour l'Histoire


4e de couverture: À Brooklyn, Stingo, un jeune écrivain fraîchement débarqué de son Sud natal, se lie d'amitié avec Sophie, une jeune catholique polonaise rescapée des camps et son amant Nathan, brillant intellectuel juif. Sophie dont il tombe amoureux, lui révèle peu à peu son passé, l'horreur vécue à Auschwitz, le choix déchirant et inhumain auquel l'a contrainte un officier sadique...

Le Choix de Sophie est un roman qui ne peut laisser personne indifférent, de par son sujet (l'Holocauste et ses conséquences sur Sophie) mais également de par cette héroïne touchante qui m'a pourtant glacé le sang devant son histoire.
Ce roman n'est pas facile d'accès et j'y suis rentré par petits pas, ne sachant pas trop à quoi m'attendre. Oh, bien sûr, j'ai appris ce qu'était l'Holocauste mais j'ai toujours une appréhension devant ce sujet là qui pourtant m'intrigue depuis tout jeune. Honnêtement, je m'attendais à lire et vivre des instants difficiles et douloureux mais pas à ce point là. Il y a certains passages (ceux sur les camps de concentration, ne nous voilons pas la face) qu'il m'a été difficile de lire , tellement l'horreur qui nous est décrite l'est de manière parfois clinique, froid, chiffrés, sans pathos. Sauf que j'ai eu souvent l'envie de refermer le livre ou de sauter ces passages qui me prenaient à la gorge jusqu'à l'étouffement. Mais je ne l'ai pas fait car il est important de voir cette vérité certes monstrueuse, en face. Heureusement qu'il y a quand même les pauses New-yorkaises, bien plus nombreuses que les flashbacks des camps, pour reprendre un peu de souffle et de couleurs. J'ai aimé alors la vie de Stingo, ce jeune sudiste parti tenter sa chance à New York. Il y a d'ailleurs un parallèle entre la condition des Noirs et celles des juifs qui est faite. Du moins, c'est comme ça que je l'ai ressenti.

Il faut quand même que je vous avoue qu'avant de lire le livre, je savais qu'elle serait ce choix impensable que fait Sophie, vu que j'avais dû voir cet extrait du film avec Meryl Streep. J'ai alors été surpris en lisant le livre que la révélation du Choix de Sophie ne se fasse qu'à la toute fin, dans l'avant dernier chapitre du livre. Car Sophie, polonaise catholique qui connut la vie dans les camps de concentration va tout d'abord mentir sur son passé pour ensuite le révéler à Stingo par petites touches.
Ne vous inquiétez pas, je ne vous révélerait pas ce choix. Je vous dirai seulement qu'il est au delà de tout ce que l'on peut imaginer. Alors, me vient la question lancinante: qu'aurai-je fais à sa place? Mais surtout: Comment aurai-je pu continuer à vivre après ça? Je ne sais pas. Et une autre question nous est posée par l'auteur dans le roman: "A Auschwitz, où était Dieu?...Où était l'homme?" Là encore la question reste sans réponse.

En conclusion, un roman oppressant qui m'a happé pour ne plus me lâcher. Sauf que je suis soulagé d'avoir tourné la dernière page car ce roman m'étouffait. Mais je suis quand même heureux de l'avoir lu. Pour moi, même si le sujet est difficile, il est indispensable qu'un grand nombre de personnes lisent ce roman (et surtout les jeunes adultes (j'ai dit adultes pas ados)) pour savoir et ne pas oublier qu'un tel fléau à existé.

Pour finir, j'aimerai vous donner cette information: Mardi 25 Octobre 2011, France 2 va diffuser à 20h35 le documentaire en deux parties: Apocalypse: Hitler. Un documentaire à suivre pour se rendre compte de la similitude avec notre présent (crise économique, injustices sociales, tout ça existait à l'époque où Hitler à pris le pouvoir)et comment le nazisme à pu exister. Alors pour que cette abomination ne se répète pas, il faut juste ne pas oublier et se souvenir. Ainsi, grâce à ces témoignages, ces livres traitant de ce sujet, les documentaires, notre mémoire est ravivée. C'est grâce à cela que nous serons plus fort pour éviter qu'un jour,L'Histoire ne se répète.

William Styron: Le Choix de Sophie (Sophie's Choice), France Loisirs, 631 pages, 1981



Grâce à ce roman, trois challenges vont avancer.




(vu qu'une grande partie du livre se passe à Brooklyn)

8/10

lundi 10 octobre 2011

Une Histoire de l'Australie


4e de couverture: De la sauvage Tasmanie aux rivages du Pacifique sud, une fresque grandiose, véritable épopée qui retrace plus d’un siècle d’une histoire australienne faite d’aventures, de passions et de tourments. La redécouverte d’une saga inoubliable par l’une des signatures majeures de la littérature australienne.

Eldorado pour certains, bagne et tombeau pour d’autres, l’Australie du début du XIXe siècle revêt bien des formes pour les pionniers qui débarquent sur ses rives.

Parmi ces colons de la première heure venus tenter leur chance sur cette terre du bout du monde, les Forbes, les Brown et les King. En eux, une même énergie vitale, un même rêve fou : plier cette nature hostile et sauvage à leur volonté.

Colonisation des territoires aborigènes, ruée vers l’or, guerres mondiales... Au gré des blessures et des drames, ces trois familles vont forger leur histoire. Et c’est dans ce passé tumultueux que leur descendante, la belle et indépendante Maggie, puisera la force d’affronter les obstacles et d’unir son destin à celui de son pays...


Voilà un grand roman comme je les aime. Une saga qui me parle d'un pays que je connais peu et dont l'auteur va me raconter l'histoire.
En ouvrant le roman de Nancy Cato, grande romancière australienne au même titre que Colleen McCullough, disparue en 2000 (et dont les éditions Belfond ont eu la belle idée de rééditer ses romans), je savais que j'allais passer des moments formidables.
A travers plusieurs générations de trois familles qui ne feront plus qu'une au final par l'intermédiaire de Maggie et Vincent, Nancy Cato nous raconte l'histoire fabuleuse de l'Australie, des premiers colons arrivés dans les années 1820 et dont Joseph Forbes est un exemple, éleveur de moutons venus faire fortune en Australie, jusqu'à la fin des années 1960 et les manifestations anti-guerre du Vietnam et les combats pour les droits des aborigènes (dont Joseph Forbes King, le fils de Maggie et Vincent, sera l'un des défenseurs).
En fait, "Les étoiles du Pacifique" est un roman foisonnant de personnages, de grands destins, si bien que parfois on à l'impression de s'y perdre un peu. Heureusement, la force de Nancy Cato, c'est de raconter cela de fort belle manière et la plus concise possible en rappelant parfois au lecteur ce que l'un des ancêtres de Maggie à fait (et tout de suite, le lecteur se rappelle ce qu'il a lu 200 pages avant).
En fait, avec "Les étoiles du pacifique", on a l'impression de lire 5 romans en un. Composés de cinq parties, le roman nous raconte cinq destins: du premier Joseph Forbes, venu élever des moutons en Australie, quittant l'île de Tasmanie, aux Brown, dont le père est un ancien prisonnier canadien emmené en Australie pour purger sa peine (chose que j'ignorais totalement), à Samuel King, qui sera obsédé par l'or et deviendra prospecteur d'or, nous parlant ainsi de la ruée vers l'or que connu les Etats Unis bien sûr mais également l'Australie, à Vincent King, le fils de Stanley et petit fils de Samuel, qui sera fasciné par les voitures et les courses automobiles et qui épousera Maggie, descendante de la famille Brown. Pour terminer le roman par le destin de Joseph Forbes King (JFK comme le président américain) qui se battra pour les droits à la terre des Aborigènes (d'ailleurs, une réflexion m'est venu comme quoi, l'histoire se répète inlassablement que ce soit aux States avec le combat des Noirs pour leur liberté ou les Aborigènes pour retrouver leur droits et leurs terres en Australie. Car n'oublions pas que les Aborigènes (tout comme les Indiens d'Amérique qui connurent un destin horrible étant oubliés dans des réserves alors qu'ils étaient là les premiers) étaient les premiers habitants d'Australie. Il y a tout cela et plus encore dans ce roman de Nancy Cato. Car bien evidemment, j'oublie de parler de certains personnages et c'est tant mieux. Je vous laisse ainsi la surprise de les découvrir.

Je pense que la littérature sert à ça: apprendre en se divertissant. Avec "Les Etoiles du Pacifique", j'ai passé des moments merveilleux d'aventures et j'ai appris beaucoup de choses passionnantes sur l'Histoire de ce pays qu'est l'Australie. Voilà ce que je demande à un roman.

En conclusion, une saga Australienne magnifiquement bien écrite et documentée (Nancy Cato en sait autant sur la ruée vers l'or que sur les courses automobiles), qui sur un siècle et à travers trois familles, nous embarque pour un merveilleux voyage vers l'Australie. Vous, qui avez peut être rêvé de faire ce voyage vers l'Australie un jour, ouvrez ce roman de Nancy Cato et attacher vos ceintures. Je vous garantis que vous ne regretterez pas le voyage.

Merci à Brigitte des Editions Belfond de m'avoir permis de faire ce fabuleux voyage.

Nancy Cato: Les Etoiles du Pacifique (Forefathers), Belfond, 703 pages, 1985 (pour la première édition), 2011 (pour la présente édiition)

jeudi 29 septembre 2011

Une rose pour Emily


4e de couverture: Au centre des plus célèbres nouvelles de William Faulkner, trois portraits de femmes denses et profonds : la tragique Miss Emily, cloîtrée dans sa maison comme dans ses souvenirs ; Minnie Cooper, vieille fille tourmentée par l'indifférence des hommes jusqu'au meurtre, et Nancy, la blanchisseuse noire abandonnée par son mari, dont le jeune Quentin raconte les peurs et les superstitions.

Normalement, je ne suis pas très fan des nouvelles. Je trouve que c'est trop court et qu'on a pas le temps de se familiariser avec les personnages et l'histoire que c'est déjà fini. C'est pour ça que j'en lit très peu, privilégiant les romans.
Mais je trouve que les nouvelles ou les courts romans sont un moyen idéal de découvrir un auteur qu'on ne connait pas. Je trouve qu'il est plus facile de se familiariser avec le style d'un auteur avec des nouvelles et ainsi découvrir son univers avant de s'attaquer aux romans. Si l'auteur et l'univers qu'il propose nous plait, on peut ainsi lire un roman plus conséquent. En revanche, si cela ne nous a pas plu, on peut se dire qu'on aura tout de même essayer et on peut passer à autre chose. C'est en cela que la collection des Folio 2€ est formidable: découvrir des auteurs à petits prix.

C'est dans cette optique que j'ai été attiré par ce petit recueil de William Faulkner. Je connaissais l'auteur de nom, bien entendu mais j'avais une crainte de le lire. Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs. Alors quand j'ai vu ce petit folio 2€ avec cette magnifique rose, je n'ai pas hésité.
Après lecture, je peux dire que cela m'a plu et que je vais continuer à découvrir la plume de Faulkner.
Faulkner est un écrivain du Sud et cela se ressent dans ses histoires: les conflits entre blancs et noirs, la servitude, la violence de la folie et des hommes.

Une rose pour Emily est ma nouvelle préférée. Cette femme qui a vécue seule cloitrée pendant près de dix ans. Cet homme qu'elle a aimé et qu'un jour les habitants de la ville n'ont plus revu. C'est une histoire bouleversante dont la chute m'a vraiment glacée. Une chute réussie pour cette nouvelle magnifique.

Chevelure ne m'a pas autant emballée. L'histoire de ce coiffeur qui tous les ans va à Birmingham pour rembourser un crédit et qui tombe amoureux de Susan Reed m'a laissé un peu sur le bord de la route. Dommage.

Soleil couchant est la nouvelle la plus étrange du recueil: Nancy la blanchisseuse qui a peur que son mari revienne pour la tuer et qui se réfugie chez ses maîtres pour lui échapper. J'ai beaucoup aimé le trio des enfants: ils sont plein d'innocence et ne font pas la différence entre Blancs et Noirs. Même s'ils savent que les Noirs sont au service de leurs parents, ils acceptent de suivre Nancy chez elle car leurs parents la connaissent. Sauf que le départ du mari de Nancy à fait naître la folie chez cette femme. La scène des enfants chez Nancy m'a mis très mal à l'aise et j'ai eu très peur pour eux. En revanche la fin est un peu abrupte et moins tranchée que celle d'"Une Rose pour Emily".

Septembre ardent, la dernière nouvelle m'a laissé un peu sur le bord de la route par moment mais peut être est ce dû au fait qu'il était tard quand je l'ai lu. Je pense la relire un jour pour pouvoir la comprendre mieux. Cette nouvelle montre en tout cas la mentalité des sudistes envers les noirs et elle m'a interpellée. Minnie Cooper, cette vieille fille de 38-39 ans dont les hommes n'ont que faire va se faire attaquer par un noir, soi disant et là les hommes de la ville partent à sa recherche pour lui faire payer cette agression. J'ai trouvé ça lamentable. Ces hommes ne font pas ça pour sauver l'honneur de cette femme mais juste pour casser du noir. Le style de l'auteur dans cette nouvelle est violent tant dans les actes que dans les mots: les injures proférées m'ont mis très mal à l'aise.

En conclusion, un petit recueil idéal pour découvrir l'univers de Faulkner. Ce Sud que j'aime tant découvrir et redécouvrir par la littérature. Même si ces nouvelles ne m'ont pas toutes emballées, elle m'ont permis de passer un bon moment et je pense acquérir un jour, un roman de Faulkner. Lequel? Je ne sais pas. Si vous avez des titres de Faulkner à me soumettre, n'hésitez pas.

William Faulkner: Une rose pour Emily et autres nouvelles, Folio, 129 pages, 1939

lundi 26 septembre 2011

Un dernier automne


4e de couverture: Dernier automne est un mélange réussi de comédie sociale et de descriptions tout en finesse de l'âme humaine. Un brillant récit de la vie des Anglo-Irlandais au début des troubles en Irlande dans les années 20. Le tableau d'un monde voué à sa perte dans une unité de temps et de lieu - le manoir familial, le mois de septembre - sur fond d'atmosphère politique particulière.

Par intérêt et tradition, la famille de "Danielstown" et ses invités sont du côté des Anglais, mais ils ont des liens affectifs avec les résistants alentour. Sur fond d'embuscades et d'incendies, les tennis parties et les bals continuent ! Loïs, l'héroïne, est une jeune femme de la transition. Le temps n'est pas immobile, le destin s'approche de cet endroit encore immunisé ; un soudain accès de violence et les plus jeunes seront désespérément libres, les plus âgés simplement désespérés.


Elizabeth Bowen est une auteur irlandaise qui fut comparé à Jane Austen ou Virginia Wolff. Pourtant, malgré ces fabuleuses comparaisons, elle est moins connu du grand public que ces deux consœurs. Je trouve dommage que des auteurs tombent dans l'oubli au fil du temps mais en même temps, c'est fabuleux pour un lecteur de tomber sur un roman d'un auteur "oublié". On a l'impression d'être un archéologue qui redécouvre des petits trésors oubliés de la littérature.

Dernier automne est un roman que j'ai ouvert avec plaisir. Il s'y dégage un charme, désuet au premier abord mais qui en fait se révèle caustique et un peu ironique de par un style incisif sans concession pour ces personnages que l'on découvre parfois sous un jour peu avantageux. Comme Mrs Naylor qui a su me charmer mais qui s'est révélé au fil du temps plus hypocrite (surtout à la fin) et que j'ai commencé à détester. Elle cachait bien son jeu comme on dit dans ces cas là.
Ce qui n'est pas le cas de Laurence, qui lui s'est montré détestable tout de suite (enfin à mes yeux): le type même de l'intello qui veut se couper du monde et partisan du moindre effort. Un fainéant en clair.
La seule qui ai trouvé grâce à mes yeux fut Loïs, la jeune héroïne indépendante qui tombe sous le charme d'un soldat britannique qu'elle veut épouser.

Le choix de cette lecture s'est fait tout naturellement: l'action se déroule en Irlande, un pays que je trouve fascinant, en plein mois de septembre. Il se dégage donc un parfum d'été qui est encore dans l'air, avec ses tennis parties, ses bals. Mais on sent que les premières pluies et les teintes grises du ciel arrivent sur ce pays qu'est l'Irlande, toujours en guerre contre l'Angleterre (les soldats britanniques sont d'ailleurs victimes d'attentats commis par des rebelles irlandais). Les irlandais de ce roman ne savent pas comment être avec ces anglais: ils sont amicaux mais ne veulent pas d'un soldat britannique comme gendre ou neveu par alliance. Gérald, soldat britannique, amoureux de Loïs en fera l'amère expérience.

Un roman a déguster lentement:bien évidemment, n'attendez pas de ce roman, de l'action à toutes les pages, vous seriez déçu. Non, c'est juste le portrait de ces habitants de "Danielstown", la demeure des Naylor, qui nous est conté. Un roman léger comme ce parfum d'été qui flotte encore dans l'air, mais qui se terminera sur une note de gravité dès que l'automne aura pris ses quartiers. Et c'est un peu avec nostalgie sur cette époque révolue du début du siècle dernier que l'on referme ce livre sur la demeure des Naylor qui ne connaitra pas d'autre automne.

Elizabeth Bowen: Dernier automne (The Last Septemebr), Ed. Rivages, 360 pages, 1999

mardi 28 juin 2011

Addio del passato


Résumé: Armand et Marguerite vivent un amour immense qui survit à tous les obstacles et à toutes les tromperies. Le père d'Armand interdit cet amour inconvenant. Mais rien n'aura empêché le bonheur d'aimer, la virginité retrouvée, l'argent et les conventions dédaignés. L'amour véritable, c'était pour Marguerite l'espoir, le rêve et le pardon de sa vie. Tout lui fut donné, mais à quel prix !

Voici le fameux roman qui inspira à Verdi son sublime opera La Traviata, l'un de mes opéras préférés que j'ai vu 3 fois, toujours avec plaisir et passion. J'avais donc connaissance de l'histoire, de ses tenants et ses aboutissants. Cela ne m'a pourtant pas gâché ma lecture. Alexandre Dumas est bien le fils de son père: il réussi a retranscrire une histoire véridique en faisant un beau portrait d'une courtisane: Marguerite (mais je préfère le nom que lui a donné Verdi dans son opéra: Violetta).

Bizarrement, je n’ai pas été aussi ému que devant l'opéra de Verdi, qui me tire des larmes à chaque fois. L'histoire est très belle et tragique (le tragique est souvent beau dans les romans) mais les personnages ne m'ont pas autant ému que je le pensais. A part Marguerite qui a su me toucher dans ses paroles et dans ses actes. J'ai trouvé Armand parfois pénible devant sa jalousie et son dévouement trop prononcé pour Marguerite. Peut être était il trop jeune mais j’ai eu l'impression qu'il ne faisait pas l'effort de comprendre dans quelle position se trouvait Marguerite: elle a besoin des hommes (et surtout de leur fortune) pour survivre dans ce monde parisien.

J'ai aimé la plume de Dumas fils, simple, belle et facile à lire. J'ai également aimé qu'il choisisse le "je" pour nous raconter cette histoire. Le narrateur (qui n'est autre qu'Alexandre Dumas fils lui même) est en retrait pour laisser toute la place à Marguerite. Puis Armand devient "je" à son tour pour nous raconter son histoire avec Marguerite et enfin Marguerite prend la parole à travers les extraits de son journal pour nous raconter ses derniers instants, qui furent les plus émouvants.
J'ai aimé Marguerite: sa fragilité, sa séduction, son sacrifice mais également sa lucidité devant son "métier" de courtisane:

"Je suis lasse, à la fin, de voir sans cesse des gens qui viennent me demander la même chose, qui me payent et qui se croient quittes avec moi. Si celles qui commencent notre honteux métier savaient ce que c'est, elles se feraient plutôt femme de chambre. Mais non; la vanité d'avoir des robes, des voitures, des diamants nous entraîne; on croit à ce que l'on entend, car la prostitution a sa foi, et l'on use peu à peu son coeur, son corps, sa beauté; on est redoutée comme un bête fauve, méprisée comme un paria, on n'est entourée que de gens qui vous prennent toujours plus qu'il ne vous donnent, et on s'en va un beau jour crever comme un chien, après avoir perdu les autres et s'être perdue soi même.(p.111)

Comme ses paroles sont prophétiques pour Marguerite et c'est elle même qui dit ces mots. J'ai été émue par elle et j'ai détesté tous ces gens qui tournent autour d'elle et qui l'abandonneront au moment où elle en aura le plus besoin, comme cette chère Prudence. Qu'est ce que j'ai pu la maudire: son comportement est inqualifiable mais tellement prévisible en même temps. C'est une parasite, une pique-assiette. Quand Marguerite ne pourra plus l'aider, elle lui tournera le dos. Je les ai tous détesté d'avoir abandonné cette pauvre Marguerite.

Alors, même si ce n'est pas un livre qui m'a complètement transporté (comme le fait à chaque fois l'Opéra (peut être suis je plus sensible à la musique), j'ai aimé ce livre et suis heureux de l'avoir lu.



Addio del Passato: Voici la chanson de "la Traviata" de Verdi qui m'émeut le plus. Il se situe au début de l'acte III. La chanson démarre à 2 min

Alexandre Dumas Fils: La Dame aux Camélias, Le Livre de Poche, 288 pages, 1983



Grâce à ce livre, c'est encore deux challenges qui avancent:


organisé par Fashion (catégorie: auteur enterré à Paris)

6/10

(Il y a eu plusieurs adaptations de ce roman au cinéma. Pour illustrer ce billet, j'ai choisi l'affiche du film avec Isabelle Huppert, tourné en 1980)

jeudi 23 juin 2011

Cat on a Hot Tin Roof


Résumé: Naufragés des tempêtes matrimoniales, Brick et Margaret semblent avoir touché le fond. Véritable " scandale vivant ", Brick éteint ses angoisses à coups de whisky... Comme une chatte sur un toit brûlant, Margaret tente de ranimer leur couple... Mais le fantôme de Skipper, ami défunt de Brick et amant malheureux de Margaret, persiste à semer la discorde parce qu'il " est des sentiments que rien ne peut toucher sous peine de corruption "


Avec Un tramway nommé Désir, Une chatte sur un toit brûlant est la pièce la plus célèbre de Tennessee Williams. Comme l'explique Catherine Fruchon Toussaint dans son introduction, le titre français n'a pas été changé par pur coquetterie (chez nous la pièce est plus connue sous le titre LA chatte sur un toit brûlant) mais parce qu'il existe deux versions de cette pièce et c'est la première version qui se trouve dans mon livre de Williams, version que revendiquait l'auteur. La deuxième version, plus connue chez nous, ayant été remanié par Elia Kazan (réalisateur entre autre d'A l'est d'Eden) quand ce dernier monta la pièce. Le changement est dans l'acte III (dans la première version, le Père n'est pas présent dans cet acte).

J'ai lu cette pièce il y a plusieurs années, quand j'étais ado au lycée. J'étais au CDI du lycée et pour tuer le temps qui me restait entre deux cours, j'ai lu cette pièce de Tennessee Williams que j’avais beaucoup aimé.
Je peux dire que je l'ai relu avec plaisir et un autre regard, plus adulte forcément. J'ai compris la solitude de Maggie qui essaie par dessus tout de se faire à nouveau aimé par Brick. J'ai trouvé Brick attachant et ai compris son mal être. Son dégoût comme il l'appelle. D'ailleurs, l'acte II est mon préféré: la discussion entre le Père et son fils préféré m'a ému et bouleversé. Ce moment où le mensonge n'a plus de mise (ce mensonge qui emplit cette demeure au point de les étouffer) et où on se dit tout. C'est d'ailleurs dans cet acte que l'amitié ambiguë entre Brick et Skipper est évoquée. Le Père croit comprendre que son fils va mal depuis la mort de son meilleur ami et qu'il boit pour oublier. Il ressent la culpabilité de son fils et pense que leur amitié était peut être plus que ça. Du moins c'est ce que tout le monde croit et ce qui met Brick dans une rage folle.
Cette amitié particulière à été gommé dans le film, (Margaret a réellement couchée avec Skipper dans le film. Dans la pièce, Margaret dit qu'elle a couché avec Skipper en s'imaginant coucher avec son mari. Sauf que Skipper n'a pas pu coucher avec Margaret, ce qui l'a persuadé qu'il était homosexuel. Ce qui a probablement provoqué sa chute dans la boisson jusqu'à la mort).
J'ai trouvé Gooper et Mae détestables. Ils sont abjects et ne voient que l'héritage qu'ils peuvent retirer de la mort prochaine du Père. Ce sont des vautours, même si je peux comprendre l'attitude de Gooper: il a toujours sû que Brick était le fils préféré et ça lui fait mal.

Malgré les différences qu'il peut y avoir entre la pièce et le film (la disparition totale de l'amitié ambigüe entre Brick et Skipper et le fait que le Père est là dans l'acte final), j'aime les deux. Cat on a Hot Tin Roof est l'un de mes films préférés que je ne me lasse pas de revoir. Elizabeth Taylor et Paul Newman forment un couple lumineux malgré l'incompréhension et le détachement qu'il existe entre eux. La chaleur du Sud américain contraste avec la froideur de la demeure des Pollitt que l'on ressent dans les paroles des personnages. Tout le monde dit s'aimer alors qu'il n'en est rien et les vérités vont être dites en cette chaude nuit d'été. Le plus drôle, c'est que malgré ces vérités, la pièce se termine sur un mensonge.

En conclusion, une pièce magnifique qu'il faut absolument avoir lue et vue si on veut découvrir l'univers tourmenté de Tennessee Williams.

Tennesse Williams: Une Chatte sur un toit brûlant (Cat on a Hot Tin Roof), Robert Laffont (Collection Bouquins), 87 pages (p.191 à p.277), 2000



Avec cette pièce, je fais d'une pierre, trois coups puisque elle compte pour 3 challenges:

J'ai réussi ce challenge juste à temps puisqu'il prend fin à la fin du mois de juin.

organisé par la talentueuse Fashion et qui rentre dans la catégorie des auteurs mort dans des circonstances particulières (Williams s'est (officiellement) étranglé avec le bouchon d'un flacon de médicaments).

5/10
(Je sais que ce n'est pas le logo de ma catégorie mais je ne pouvais pas faire autrement que prendre celui là pour cette pièce. J'espère que vous me pardonnerez cette entorse)