samedi 20 mars 2021

Simple

Résumé: On ne l’appelle jamais Antoine Orsini dans ce village perché au coeur des montagnes corses mais le baoul, l’idiot du coin. À la marge, bizarre, farceur, sorcier, bouc émissaire, Antoine parle à sa chaise, lui raconte son histoire, celles des autres, et son lien ambigu avec Florence Biancarelli, une gamine de seize ans retrouvée morte au milieu des pins et des années 80.
Qui est coupable ?


Le 2e roman de Julie Estève est une petite bombe, qui m'a éclatée en plein coeur, un petit bijou d'écriture qui nous emporte dans une histoire tragiquement humaine. 


C'est grâce à ma libraire que j'ai eu ce livre entre les mains, il y a deux, voire trois ans. C'était son coup de coeur de la rentrée littéraire 2018. J'avais suivi son avis et l'avais acheté quelques mois plus tard puis, remisé dans un coin pendant quelques années, avant de le sortir hier soir. 

Puis, en ce samedi matin, j'ai voulu partir à la rencontre d'Antoine, le baoul (l'idiot du village si vous préférez) de ce petit village des montagne corses. Et écouter sa voix me raconter son histoire, pas des plus joyeuses. 

Dès le départ, on est intrigué par ce personnage, qui est mort au début du roman. (la première scène du livre étant son enterrement). C'est par la suite, qu'il prend la parole avec sa voix singulière. Pour nous raconter ce qui s'est passé dans sa vie, et surtout le drame qui est intervenu, il y a une quinzaine d'années, la mort de Florence, une jeune fille de 16 ans, dans les bois, et avec laquelle Antoine entretenait une relation ambigüe. 

J'ai été émerveillé par ce roman, sa plume poétique et parfois "enfantine" (dans le sens simple) , mais qui retranscrit tout à fait l'esprit d'un simple d'esprit. J'ai été captivé par le suspense du roman, qui va crescendo et qui déroule son fil inexorable, ou les surprises seront légions, jusqu'à un final bouleversant, qui m'a ému...aux larmes. 

Par petites touches, les mystères vont se soulever et on va découvrir pourquoi Mme Biancarelli, dans la 2e page du livre, crache sur le cercueil d'Antoine? L'auteure dévoile aussi les secrets et les personnalités de ce petit village corse, et j'ai trouvé qu'elle réussit parfaitement a recréer l'ambiance que je me fait d'un village corse, avec ses secrets, ses inimitiés et ses douleurs. 

On se prend d'affection pour Antoine, et on se dit que ce n'est pas juste ce qui lui arrive, ses pertes comme sa soeur qui quitte l'île de Beauté, ou Mme Madeleine, la vieille dame qui prenait soin de lui étant enfant, alors que tout le monde le détestait, et qui décède dans son lit...mais également ses joies avec son meilleur ami Magic, et son amitié avec la jeune Florence qu'il prendra sous sa protection pour le compte d'Yvan, un jeune homme de 22 ans, fou amoureux de la jeune fille. Une amitié qui ne sera pas vu d'un bon oeil surtout par la mère de la jeune fille, mme Biancarelli. 

Mais je ne voudrais pas trop en déflorer pour vous laisser la découverte de toutes ces surprises car, même si c'est un livre de littérature blanche, il se dégage une certaine ambiance de polar. Un polar sous le soleil brûlant de corse où il ne fait pas bon vivre parfois...surtout quand on est le baoul du village. 

 Il faut faire confiance à son libraire et suivre ses recommandations et ses coups de coeur. Car ces coups de coeur peuvent devenir les nôtres. En tout ca, voici mon premier coup de coeur de l'année. Et je ne suis pas prêt d'oublier Antoine, et ce dernier chapitre qui m'a fait éclater en sanglots. Un simple roman dont il se dégage une force émotionnelle énorme et dont on ne sort pas indemne. A lire d'une traite. De toute façon, dès que vous entendez la voix d'Antoine, vous ne pouvez plus vous arrêter avant le mot fin. C'est ça qui fait aussi la force des grands romans. 



Julie Estève: Simple, Stock, 203 pages, 2018




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