jeudi 8 septembre 2016

Le piège de la mémoire

4e de couverture: Après Un visage d'ange, Lisa Ballantyne livre la douloureuse histoire d'une femme à la recherche de son passé et d'un homme en quête de rédemption. Un suspense psychologique nourri d'une forte charge émotionnelle, où se dévoile en creux une histoire de la Grande-Bretagne des années 1980.
Margaret Holloway vient d'être victime d'un grave accident de voiture. Un accident qui lui aurait été fatal sans l'intervention miraculeuse de ce géant défiguré qui l'a libérée des flammes avant de tomber dans le coma. En apparence, un inconnu, un homme sans famille.

Pourtant, Margaret s'interroge : cet ange gardien qui a risqué sa vie pour elle, qui est-il ? Pourquoi a-t-elle l'impression de le connaître ? D'où viennent ces étranges cauchemars qui l'assaillent ?

Lisa Ballantyne signe avec Le piège de la mémoire, un 2e roman des plus efficaces. 
Et pour que vous vous rendiez compte de cette efficacité, j'ai coupé la fin de la 4e de couverture qui dévoilait, à mon sens, une partie du suspense. 

Ce qui a retenu mon attention dans ce livre, c'est sa construction: l'auteure va nous balader dans le temps, en multipliant les points de vue: tout d'abord Margaret Holloway, qui, en décembre 2013, est victime d'un accident de la route. Elle est sauvée par un colosse défiguré, qui lui a probablement évité une mort certaine. 
Puis, l'histoire va faire un bond en arrière:nous sommes en septembre, octobre 1985, le lecteur se retrouve avec un certain George McLaughlin, garagiste, mais qui fait partie d'une famille de gangster (le garage leur servant de couverture), qui va décider de partir retrouver la femme qu'il a toujours aimé, Kathleen et Molly, leur petite fille. Sauf que les retrouvailles ne vont pas se dérouler comme il le pensait. Le 2 octobre 1985, il rencontre Molly sur le chemin de l'école, il l'a fait monter dans sa voiture pour l'emmener à l'école...sauf, qu'il panique en entendant une sirène de police, et va, sans le vouloir, kidnapper sa fille. 

C'est cet enlèvement que le lecteur va suivre, de plusieurs points de vue: celui de George, mais également celui de Kathleen, la mère et Angus Campbell, journaliste local, qui croit que cette affaire va être le scoop qu'il attendait. 
Et c'est ici que les choses se gâtent et deviennent intéressantes: la temporalité ne va pas être la même pour les protagonistes: la fuite de George va s'étaler lentement, entrant dans plusieurs détails, alors que celle de Kathleen et Angus avancent plus rapidement: ce qui fait qu'on peut revenir en arrière d'un chapitre à un autre...sans oublier que l'histoire de Margaret, en 2013, qui essaye d'en savoir plus sur son sauveur, nous ait également contée. 

On peut croire qu'on se perd un peu et cela a été  le cas, pour moi, au tout début, mais dès que j'ai pris le pli, cela a été des plus passionnants. Je voulais savoir comment allait se terminer la cavale de George et Molly, mais aussi savoir quels liens pouvaient avoir ces deux histoires (la cavale de George en 1985, et l'accident de Margaret en 2013) éloignées dans le temps. 

C'est un roman psychologique des plus tendus qui nous parle de rédemption, de famille, de liens affectifs. Mais aussi de ces milieux mal famés d'angleterre, avec ces familles de gangsters (certaines scènes sont des plus violentes et parfois peu supportables, surtout dans l'enfance chaotique de George. Mais aussi dans la vie très catholique d'Angus, le journaliste, que j'ai trouvé exécrable: un homme des cavernes qui préfère les vaches à sa propre famile, famille qu'il n'hésite pas à battre. (C'est en écrivant ces lignes que j'ai compris la présence d'Angus dans le roman: la vie de George, enfant et celle d'Angus, est un parallèle flagrant). 

Au final, un roman pychologique, qui se lit comme un polar, et qu'on a du mal à lâcher. Il est d'une construction efficace, et même si au début, j'ai eu du mal à me repérer, je n'ai pas pu le lâcher avant d'avoir eu le fin mot de l'histoire. Un roman diaboliquement efficace, qui vous fera vous demander si votre mémoire ne vous joue pas des tours, devant tous ces rebondissements. 

Merci à Brigitte et aux Editions Belfond pour cette découverte palpitante.

Lisa Ballantyne: Le piège de la mémoire (Redemption Road), Belfond, 426 pages, 2016


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