dimanche 18 mai 2014

Petit oiseau du ciel

4e de couverture: Krista a confiance en son papa. Elle sait qu’il n’a pas pu tuer Zoe Kruller. Pourtant, à Sparta, les rumeurs s’amplifient, la police s’en mêle, on parle de crime adultère. Krista aimerait comprendre pourquoi sa famille est ravagée par cette histoire sordide. Adolescente sacrifiée sur l’autel des erreurs paternelles, elle conçoit peu à peu un amour étrange et obsessionnel pour Aaron, le fils de Zoe…


Est ce son métier d'enseignante qui pousse Joyce Carol Oates à mettre en scène des adolescents? Maybe. 
En tout cas, ce sont encore une fois deux adolescents, qui sont les principaux protagonistes de Petit oiseau du ciel. 
Par le prisme de ces deux adolescents, Krista et Aaron, l'auteur nous montre les répercussions, souvent désastreuses, que peuvent avoir un meurtre sur l'entourage de la victime. 
En effet, Zoe Kruller, une femme au destin sulfureux, qui a quitté mari et enfant, est retrouvée étranglée dans un appartement qu'elle partageait avec une amie, Jacky DeLucca. Deux hommes vont être suspectés dans l'affaire: son mari Delray (le père d'Aaron, également le fils de la victime), et l'un de ses amants, Eddy Diehl (le père de Krista). 
Les suspicions et les les rumeurs vont faire voler en éclats les deux familles. 

Alors, je vous le dis tout de suite: ce n'est pas un roman policier ou un thriller. Si vous vous attendez à lire un roman qui vous donnera la solution du meurtre et le meurtrier de Zoe Kruller, vous risquez d'être déçu. 
Le meurtre de Zoe  est seulement "un prétexte" (c'est horrible de dire ça, je m'en rend compte en l'écrivant) pour l'auteur de nous montrer les circonstances que cette mort peut avoir sur deux familles. Comme souvent chez Oates, le côté psychologique est présent du début à la fin et est le côté principal du roman. 

Pourtant, tout le roman va tourner autour de Zoé et de son meurtre et n'en bougera pas. Composé de trois parties, le roman va décliner ce meurtre et cette histoire sous différents angles: 
Dans une première partie, c'est Krista qui prend la parole pour nous parler de sa famille et des conséquences du meurtre de Zoé sur ses proches. Tout porte à croire qu'Eddy Diehl est le coupable de ce meurtre...cependant, le lecteur ne peut concevoir cela et est du côté d'Eddy...tout simplement parce que Krista croit en l'innocence de son père (comme cette partie est raconté de son point de vue, le lecteur ne peut qu'être de son côté), ce qui n'est pas le cas de sa mère Lucille (qui a demandé le divorce) et de son frère Ben, qui ne voudra plus entendre parler de son père. 
Par petite touche, l'auteur nous emmène vers le climax dramatique de cette fin de partie: le moment où Krista est séquéstrée par son père dans une chambre d'hôtel. Cette fameuse nuit, qui sera un point de non-retour pour Eddy, et qui sera primordiale pour l'avenir de Krista. 
En arrivant à la fin de cette première partie, (qui arrive a un peu plus de la moitié du roman) je me suis demandé ce que l'auteur allait bien pouvoir nous raconter: le dénouement final dramatique de cette première partie nous faisait tourner une page sur l'histoire des Dielh et le meurtre de Zoe. 
Quelle ne fut donc pas ma surprise , en lisant la première page de cette 2e partie, que Joyce Carol Oates opérait un retour en arrière et nous faisait revivre les semaines avant le meurtre de Zoé le moment du meurtre, et les semaines et années après...vu sous les yeux d'Aaron Kruller, le fils de la victime. Ce fils qui découvrira en premier le corps de sa mère. 
On pourrait croire, alors que le roman devient redondant, à raconter les mêmes événements: que nenni. Le roman continue sur sa lancée (malgré que Zoé, tel un fantôme hante toujours les pages), en nous montrant les répercussions du meurtre, dans la propre famille de la victime. Krista et Aaron n'ayant pas vécu les même choses, le lecteur a alors un nouveau regard et un nouveau ressenti sur "l'affaire Zoé Kruller". 

Dans ces deux parties, il y a bien évidemment des rencontres entre Krista et Aaron, qui vont avoir une sorte de fascination/répulsion l'un pour l'autre. 

Dans une dernière partie (plus courte), l'histoire se déroule 20 ans après le meurtre de Zoé. Elle sert de conclusion et d'aboutissement à l'histoire. L'auteur nous donne également le "meurtrier" de Zoé. Le lecteur est ainsi contenté, même si le doute persiste toujours, car le meurtrier qui nous est livré, n'est simplement que la version d'un des protagonistes de l'histoire. Le meurtrier n'est donc qu'un autre suspect. Ce qui démontre que l'essentiel n'était pas là. 

On retrouve bien évidemment des thèmes propres aux romans de Oates (la violence, la drogue, les affres de la vie adolescente, l'admiration paternelle, jusqu'à l'aveuglement parfois, la disparition de la mère (déjà décliné dans des romans tels que "Zarbie les yeux verts" (d'ailleurs  la dualité est un autre point commun avec "Zarbie", puisque là ou Francesca avait inventé "Zarbie" pour s'exprimer, Aaron s'est inventé "Krull" pour pouvoir faire face) ou "Sexy"). 
On retrouve également ce style inimitable, avec des moments crus, qui peuvent déranger certains lecteurs je le conçois. Mais pour ma part, cela fonctionne toujours. Je suis à chaque fois fasciné par l'écriture de Joyce Carol Oates et chaque livre m'emmène toujours un peu plus loin dans son univers dérangeant, malsain, souvent, mais toujours captivant. 
Elle a cette capacité à nous décrire avec justesse, force et sans tabou, l'humanité sous toutes ses formes, de la plus éclatante à la plus sombre. Si vous voulez connaître les tréfonds de l'âme humaine, plongez vous dans n'importe quel roman de Oates, et vous en aurez un aperçu. Bien sûr, celui ci ne sera pas joli. (Car oui, les romans de Joyce Carol Oates, ne se déroule jamais au pays des Bisounours. Il ne faut pas rêver. Chez Oates, Noir, c'est noir, et le lecteur est souvent dans un univers très sombre ou, cependant, une petite lueur d'espoir est tapie dans l'ombre, quelquefois. Il suffit de la voir. Et cette petite lueur existe dans Petit oiseau du ciel. 

Avant de conclure ce billet, je voulais tirer un coup de chapeau à Claude Seban (qui depuis quelques années est devenue la traductrice française des romans de Joyce Carol Oates). Elle réussi le tour de force de traduire avec justesse, le style compliqué et hasardeux de Oates. Et je trouve qu'elle le fait de façon magistrale, car cela ne doit pas être une mince affaire de retrouver le sens et la plume de Oates. Bravo à vous, chère Claude Seban. C'est grâce à vous, aujourd'hui, que l'âme et les pensées de Joyce Carol Oates se livrent aux lecteurs français. 

Au final, un roman captivant, qui vous happe pour ne plus vous lâcher. Certes il peut déconcerter les novices de Joyce Carol Oates, qui n'ont pas l'habitude de son écriture et de ses thèmes, mais qui raviront les amoureux de cette auteure. Un roman psychologique qui fait encore une fois la part belle aux adolescents. Personnages récurrents de beaucoup de romans de Mrs Oates. Mais c'est une matière inépuisable pour cette professeur de lettres, qui les connait si bien. 

Merci à Marie-Delphine et aux Editions Points pour cette découverte. 

Joyce Carol Oates: Petit oiseau du ciel (Little Bird of Heaven), Points, 544 pages, 2012







4e roman lu dans le cadre du challenge "Oates" organisé par George . 













Slow Qui Tue #192: More than words

Le slow qui tue de la semaine nous dit de doux mots:

Extrème: More than words




Bonne écoute!


mercredi 14 mai 2014

La Box de Pandore #3


du mois de mai est arrivé ce matin.

Je me suis précipité pour l'ouvrir.

Alors, je ne vais pas rappeler le principe de la Box de Pandore, puisque j'en ai déjà parlé dans mes billets précédents.

Juste vous dire que le prix de la Box est maintenant de 22,90€. (l'augmentation correspond aux frais de port: 4.90€).
Malgré cette petite augmentation, la Box reste abordable, surtout quand on voit le contenu, puis,  elle est toujours très bien présentée.

Jugez plutôt.


Quelles sont les surprises du mois qui se cache sous ce papier rouge?


En voyant le contenu, j'ai eu une "mauvaise" surprise et la déception a pointé le bout de son nez mais j'y reviendrai plus tard.


Tout d'abord les goodies du mois, et cette fois ci, il y avait

-un petit verre rouge plastique avec une paille intégrée, s'il vous plait. Trop la classe!
-des petits stickers (?) il me semble.
-des bonbons et chocolat (un carambar citron, un "stripes" pomme framboise (trois parfums que j'aime beaucoup) et le retour de Candy (chouette, je retombe instantanément en enfance en voyant ces petits "smarties").
-Trois sachets de thé ("fruits rouges", "infusion verveine" et un thé nature "Lipton Yellow".


Pour continuer dans les goodies, il y avait deux marques pages, très beaux:

-un tout petit à l'effigie de Mario.
-un 2e totalement magnifique, à l'effigie de la "Box de Pandore", avec cette phrase d'Edmond et Jules Goncourt "Un livre n'est jamais un chef-d'oeuvre, il le devient".
-une petite carte (en haut sur la photo) rose "Box de Pandore".

Maintenant, passons aux livres et à ma déception:

-Qui es tu Alaska?: John Green (Editions Gallimard Jeunesse "Collection Pôle Fiction") : 7.60€:

Miles Halter a seize ans et n'a pas l'impression d'avoir vécu. Assoiffé d'expériences, il décide de quitter le petit cocon familial pour partir loin, en Alabama au pensionnat de Culver Creek. Ce sera le lieu de tous les possibles. Et de toutes les premières fois. C'est là aussi, qu'il rencontre Alaska. La troublante, l'insaisissable et insoumise, drôle, intelligente et follement sexy, Alaska Young.
Voilà ma déception qui m'a rendu un peu chafouin.
 J'ai déjà ce livre dans ma bibliothèque. Je l'ai lu en décembre 2011. Ce fut même l'un de mes coups de cœur de l'année 2011.
Mais bon, l'équipe de la Box ne pouvait pas savoir que j'avais déjà ce livre en ma possession et que John Green, (dont je possède tous les livres) est l'un de mes auteurs jeunesse favori.
Cependant, ce petit accroc montre certaines limites d'une Box livresque et le fait que les amoureux des livres freinent parfois à s'abonner à ce genre de box.
Pour les lecteurs qui ont une (voire plusieurs) bibliothèques rempli à ras bord de livres, ils risquent en s'abonnant à des box livresques, de recevoir des livres qu'ils ont déjà.
Pas de bol, c'est tombé sur moi, ce mois ci. Mais bon, ce n'est pas la faute de l'équipe. C'est de la faute à pas de chance.
Ce sera un bon moyen de faire découvrir la belle plume de John Green à quelqu'un de mon entourage.

-Soixante-Six (Tome 1-La prisonnière): Michel J. Lévesque (Editions Hugo &Cie): 14.95€:

Deux villes. Deux héros pris au piège. Deux histoires parallèles. Soixante-six adolescents séquestrés. Un informateur désincarné. Des sentinelles terrifiantes. Une population exterminée. Des réalités contradictoires, qui s'effacent et changent au gré des nuits... Que se passe-t-il à Tea Walls, petite localité américaine en apparence paisible ? La jeune Alexia Lincoln y mène une vie banale jusqu'au jour où elle s'aperçoit que son monde n'est que mensonge et manipulation. Qui est-elle ? Qui sont véritablement ses parents, ses amis, ses professeurs ? Fiction, rêve ou réalité ? Au même moment, la ville de Hastings Horizon, en Californie est ravagée par une pandémie qui décime sa population à une vitesse fulgurante. D'où provient ce virus qui transforme ses victimes en zombies assoiffés de chair et de sang ? Truand notoire, Jack Soho tente vainement d'éloigner ses proches de cette malédiction et assiste, désemparé, à l'inéluctable apocalypse. Entre souvenirs d'un braquage avorté et cavalcade échevelée sur les routes de Californie, il finira par croiser le chemin de la Prisonnière, guidé par le mystérieux F. Christian. Sur les traces de Matrix et d'Inception, ce livre nous plonge dans une machination tentaculaire et diabolique qui mêle expérimentation médicale militaire, intérêts financiers et pouvoir mafieux.

J'avais repéré ce livre à sa sortie et celui ci m'avait interpellé. D'une, parce que j'avais déjà croisé la plume de Michel J. Lévesque, auteur canadien, avec le premier tome de sa saga "Arielle Queen", qui m'avait beaucoup plu. Et de Deux, pour le résumé et pour ce début de phrase "Sur les traces de Matrix et Inception..." ("Inception" fut l'un de mes coups de cœur ciné à sa sortie)

-12 septembre (L'Amérique d'après): Collectif (de Sophia Arram à Art Sîegleman, en passant par Jul, Russel Banks, Jérôme Charyn, Enki Bilal, Barbara Hendrikcs... (19 regards sur l'Amérique de demain): (Editions Casterman/ Radio France): 22, 50€

Des deux côtés de l'Atlantique, nous avons sollicité des éditorialistes, des dessinateurs, des personnalités afin qu'ils échangent leurs points de vue. Sans être, loin de là, tous d'accord, ils sont tous passionnés par une Amérique qui les surprend, les inquiète parfois, les intrigue toujours.

New York n'est plus New York. L'Asie s'impose, l'Afrique arrive, l'Europe se cherche.
Où va l'Amérique ?


Là, je dois dire que je suis plus que comblé avec cet ouvrage (ouvrage plus que BD, puisque même si les dessins ont une part importante dans le livre, il est accompagné de nombreux textes, (billets d'humeur, des textes de Russel Banks, Jérôme Charyn..., des interviews...) Un très bel album sur les répercussions du 11 septembre 2001 (l'ouvrage est sorti 10 ans après la catastrophe, en 2011). Un regard multiple sur l'Amérique d'aujourd'hui ou de demain... en tout cas celle d'après.
Un ouvrage qui m'a l'air très intéressant.

Voilà pour la Box de Mai.

Malgré le petit raté, je suis ravi  de cette Box. L'équipe fait toujours de très bons choix, variés et qui me plaisent. (ils me cernent d'ailleurs très bien puisqu'ils m'ont envoyé l'un de mes coups de cœur! (Je suis encore un peu chafouin, mais cela va passer).


La Box de Pandore: une Box qui plaira à tous, de 0 à 99 ans , car, tout le monde garde au fond de soi une âme d'enfant.







La Discothèque du 20e siècle #57

En 1996, c'est au tour des neveux de Michael Jackson, de connaitre le succès.

3T: Anything (1996)

10. Anything - 3T by Va - www.musicasparabaixar.org on Grooveshark

Les trois fils de Tito Jackson, l'un des grands frères de Michael et l'un des fondateurs des Jackson 5, obtiennent leur premier tube international avec ce titre. Prénommé T.J (Tito Joseph), Taj et Taryll (d'où leur nom , les Trois T), on les a vus chanter Why quelques mois plus tard en compagnie de leur oncle Michael, un autre méga tube (n°2 en Grande Bretagne). Après avoir participé sur les bandes originales de Sauvez Willy et Sauvez Willy2, on les a entendus [...] sur la B.O. du film Men In Black avec Will Smith et Tommy Lee Jones. (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1996", Polygram Direct)

Bonne écoute!

dimanche 11 mai 2014

Slow Qui Tue #191: Tu me manques depuis longtemps

Le slow qui tue de la semaine revit les milles et une vie d'Ali Baba.

Sonia Lacen & Sébastien Lorca: Tu me manques depuis longtemps


Bonne écoute!


samedi 10 mai 2014

Les Crèvecoeur (Edith)

4e de couverture: Germain Crèvecœur, l’un des plus grands créateurs de chaussures pour femmes du xxe siècle, vient d’être retrouvé pendu. L’artiste adulé, mais pourtant tristement solitaire, lègue tous ses biens à son fils caché, Raphaël. Ces richesses comprennent une maison étrange aux murs couverts de souliers féminins et des lettres dans lesquelles le défunt dévoile le roman de sa vie ainsi que ses plus terribles secrets…
Tout commence en 1915, avec Édith, femme magnifique et forte, mariée malgré elle à Romain et secrètement amoureuse d’Hektor. Le premier est un cordonnier fétichiste et dangereux, le second un soldat allemand de la Grande Guerre, ennemi de la patrie. Mais l’amour, apatride, se joue des frontières comme des convenances.
Entre passions et intrigues familiales, la saga des Crèvecœur est un hymne à la beauté féminine autant qu’un voyage dans le cœur meurtri d’un homme à la sensibilité unique, qui pensait soigner son âme au fond d’une bottine pour dame.

Les Crèvecoeur d'Antonia Medeiros est une saga familiale de bonne facture, qui m'a fait passer un très agréable moment. 
Elle nous propose de suivre le destin des Crèvecoeur, en commençant par Germain, qui vient de mourir. Raphael, son prétendu fils, est convié à l'enterrement de ce père qu'il ne connait pas. 
Oui, mais voilà qu'après l'enterrement, l'histoire bascule, et l'auteur revient des années en arrière, au début du siècle, pendant la grande guerre, en 1915, au moment de la noce d'Edith Gervais, fille de cordonniers, qui va prendre pour époux, Romain Crèvecoeur. 
C'est ainsi que le sous titre du roman "Edith" prend tout son sens. 
Le lecteur va alors découvrir la vie et les secrets d'Edith et de Romain, tout en continuant à suivre, en alternance, Raphael dans sa découverte de la maison de Germain, ainsi que certains de ses secrets. 

La plume d'Antonia Medeiros est simple et fluide, et je me suis laissé facilement emporté dans le roman, à partir de l'apparition d'Edith, ne pouvant plus le lâcher avant la fin. J'ai découvert la ville de Bayeux, tant sa géographie, que son histoire, mais j'ai aussi pris du plaisir à suivre les aventures de la pauvre Edith et de son exécrable mari, Romain. 
L'intrigue est bien menée, même si elle n'est pas neuve, mais en même temps, beaucoup de chose ont été écrite depuis des siècles, il suffit que l'auteur prenne du plaisir avec ses personnages, et le lecteur se laissera porter. 

Cependant, j'ai ressenti de la frustration,en lisant ce livre car, même si j'ai apprécié de suivre Edith, j'aurai voulu en savoir plus sur Germain, qui reste un mystère à la fin de ce premier tome (clairement ce livre n'est que le début d'une (longue?) saga). En même temps ,le sous titre du livre nous met sur la voie et nous montre sur qui l'histoire se concentre, mais j'aurai tout de même voulu en avoir un peu plus sur Germain et Raphael. 

Car oui, voilà le second problème de ce roman: sa brièveté: 140 pages, c'est un peu court. J'aurai voulu qu'il y en ai beaucoup plus. J'ai ressenti une frustration en tournant la dernière page. Raphael est loin de savoir qui est ce père qu'il ne connaissait pas (Germain reste également un mystère pour le lecteur qui se demande pourquoi le père et le fils n'avaient aucun lien entre eux
. 
En fait, j'ai eu  l'impression, en lisant ce livre, d'avoir lu le prologue (certes un peu long pour un prologue) d'un roman qui n'en est qu'à ses premiers balbutiements. 

Ce point négatif (la brièveté du roman) est positif dans un sens. Cela veut simplement dire qu'il m'a beaucoup plu et que j'ai envie d'en connaitre la suite. L'auteur a ainsi réussi son pari. 

Au final, le premier tome d'une saga familliale, pleine de secrets qui ne se dévoilent qu'au compte goutte, avec des personnages attachants, malgré leur histoire brève, qui m'a fait passer un agréable moment, malgré la frustration de ne pas en savoir plus sur Germain. Peut être qu'il sera un peu plus présent dans le 2e tome. Un 2e tome que je lirai probablement, quand celui ci sera disponible, pour découvrir les autres secrets de la famille Crèvecoeur. 
Si vous aimez, les belles sagas familiales, rempli de secrets, ce livre est fait pour vous.

Disponible en version ebooks ou papier sur le site des Editions La Bourdonnaye .

Merci aux Editions La Bourdonnaye pour cette jolie découverte.

Antonia Medeiros: Les Crèvecoeur (Edith), Editions La Bourdonnaye (Collection "Fictions"), 140 pages, 2014


jeudi 8 mai 2014

Le festin de John Saturnal

4e de couverture: A NE PAS LIRE SI VOUS VOULEZ AVOIR LA LIBERTE DE LA DECOUVERTE. (Car cette 4e de couverture en dit malheureusement trop)
 Angleterre, XVIIe siècle : Susan, guérisseuse et sage-femme lègue à son fils, John, un savoir contenu dans « le Livre du festin des Saturnal ».
L’orphelin est envoyé au Manoir de Buckland. Affecté aux cuisines, il pénètre dans un univers de faste et d’abondance, peuplé d’une armée de domestiques sur lequel règne Maître Scowell. Peu à peu, John s’initie au secret des fourneaux et parvient à une maîtrise parfaite de son art.
A peine embauché, John s’éprend de Lucretia, le fille de Lord William. Mais leur union est impossible : la jeune fille doit épouser son cousin, Piers Callock, qu’elle déteste, pour que le manoir reste dans la famille.
Alors que John prépare le repas de noces de Lucretia et Piers, la nuit précédant le banquet, on apprend que le roi vient d’être destitué. C’est la guerre civile…
Les soldats fanatiques qui défendent les idéaux puritains de Cromwell saccagent le pays, instaurent une longue dictature qui plonge la société anglaise de la seconde moitié du XVIIe siècle dans la misère. Serait-ce aussi la fin de la malédiction qui pesait sur les destinées de John et de Lucrétia ?
Entre mythe et réalité, ce roman fascinant plonge le lecteur dans l’Histoire tourmentée de l’Angleterre du XVIIe siècle et nous invite à une odyssée culinaire riche en mets ancestraux dans les cuisines du manoir de Buckland. Une atmosphère singulière, à la fois sombre, onirique et envoûtante.


La cuisine  a envahi la télévision depuis quelques années. Mais, dans la littérature, elle n'est pas si présente que ça. 

Cependant, le dernier roman de Lawrence Norfolk nous plonge dans l'univers de la cuisine, avec John. Ce jeune orphelin, qui arrive au Manoir de Buckland, comme commis de cuisine. 
J'ai été époustouflé par la plume extraordinairement précise et puissante de Lawrence Norfolk. Il arrive à nous restituer une époque et un univers, avec des descriptions détaillées et foisonnantes qui nous transporte (même si au début, elles sont un peu difficile à assimiler). 

J'ai aimé découvrir cette Angleterre du XVIIe siècle, au temps obscur de Cromwell, ou les fanatiques religieux avaient le mauvais ton de dicter leur loi (Marpot en est un horrible exemple dans ce livre). 
Pourtant, il m'a fallu une centaine de pages pour entrer complètement dans le roman. Les premiers chapitres sont nébuleux, l'auteur oscillant entre le passé et le présent. J'ai été un peu perdu, car l'auteur ne fait aucun lien entre les deux époques: c'est au lecteur de s'en rendre compte seul. Un petit point négatif, qui disparaît à l'arrivée de John au Manoir. 
C'est d'ailleurs à ce moment là, que j'ai été captivé par le roman et que j'ai eu du mal à le lâcher. Lawrence Norfolk nous entraîne dans les cuisines d'un manoir, en nous faisant entendre le bruit des casseroles, des viandes qui cuisent et des couteaux qui coupent. Il énumère tout un tas de plats qui donnent vraiment l'eau à la bouche. 

L'histoire d'amour impossible que met l'auteur en place n'est pas neuve mais il la traite de manière un peu différente, de par le caractère de Lucrétia et John. John est doux, sensible, mais d'une force sans égale, et Lucrétia est quelquefois vindicative, hautaine, mais c'est son statut de fille de Lord, qui en est la cause. Elle ouvrira progressivement son coeur à John. 
Il y a des moments fort et difficiles à lire, dans les derniers chapitres, mais ils sont nécessaires pour comprendre les tourments de cette époque là. 

La religion a une part également importante dans le livre et c'est elle qui donne ce côté onirique et fantastique. Ce côté onirique se trouve surtout au début du roman, dans la Vallée de Buckland, quand jeune garçon, John est pourchassé par les enfants de son village car on prend sa mère pour une sorcière. Lawrence Norfolk nous livre là, des moments particulièrement inquiétants. 

Je voudrais aussi saluer le travail d'impression fait sur ce roman. Chaque chapitre débute par une illustration (culinaire le plus souvent) d'Andrew Davidson, de toute beauté et qui rappelle les dessins et enluminures des textes anciens. Ces illustrations donne un cachet supplémentaire au roman mais surtout donne au lecteur l'impression de lire un livre écrit il y a plusieurs milliers d'années. (Un grand bravo à Lawrence Norfolk qui a sur créé de toute pièce les extraits du "Livre de John Saturnal", qui accompagnent chaque illustration et qui se trouve en exergue de chaque chapitre. Il a réussi a retrouver la langue usité au siècle de Cromwell.Tellement que je pensais que John Saturnal avait vraiment existé et que l'auteur s'était inspiré de lui pour écrire son roman.  Chapeau bas!). 

Le seul petit bémol que je trouve à ce roman vient du fait que la 4e de couverture en dit trop et gâche le plaisir de la découverte. Elle raconte pratiquement tout, ne laissant au lecteur que la découverte des détails. Dommage. J'espère donc que vous avez pris en compte le petit avertissement du début. 

Au final, un très beau roman qui nous plonge dans les temps troublés du XVIIe siècle anglais, à travers le destin fabuleux de John Sandal (alias John Saturnal), ce jeune cuisinier qui, grâce à son don, deviendra l'un des maîtres de la cuisine. Si vous voulez en découvrir plus sur les coulisses d'un manoir, savoir ce qui se passe derrière les portes des sous-sols (pendant que les maîtres du manoir s'amusent ou complotent dans les salons), je vous invite grandement à venir goûter le festin de John Saturnal. Celui ci comblera votre faim...de lecture. 

Merci à Elena et aux Editions Grasset de m'avoir invité à ce festin de très bonne qualité. 

Lawrence Norfolk: Le festin de John Saturnal (John Satturnall' feast), Grasset, 463 pages, 2014