mardi 9 février 2021

Les loups à leur porte

 

Résumé: Une maison qui brûle à l'horizon ; un homme, Duane, qui se met en danger pour venir en aide à un petit garçon qu'il connaît à peine ; une femme, Mary Beth, serveuse dans un dîner perdu en plein milieu de l'Indiana, forcée de faire à nouveau face à un passé qu'elle avait tenté de fuir ; et un couple, Paul et Martha, pourtant sans histoires, qui laisseront un soir de tempête, entrer chez eux un mal bien plus dévastateur. Qu'est-ce qui unit tous ces personnages ? Quel secret les lie ?


Si je n'aime pas les films qui font peur, il n'en est pas de même pour les livres. La Terreur et la violence qu'ils racontent ne sont visualisée que par mon seul esprit. Je peux ainsi contrôler ce que je veux voir... (enfin, ça, c'est sans compter sur Jérémy qui prend un malin plaisir à me balancer certaines images que je ne voudrais pas que mon cerveau imagine.) 


Après avoir lu Héléna, il y a de cela deux ans et demi, je me suis enfin décidé à lire son premier roman "Les Loups à leur porte". Encore une fois, Jérémy a fait très fort pour ce premier livre, qui est bien plus puissant que son 2e roman. (c'est là que je me dit que j'ai bien fait de les avoir lu dans cet ordre...car peut être que mon ressenti sur son 2e roman aurait été moins fort...quoique). 

D'ailleurs, ces Loups à leur porte est il réellement un roman ou un recueil de nouvelles, plus terrifiantes les unes que les autres? Car, en effet, c'est le premier ressenti que j'ai eu en lisant les premiers chapitres, sans lien (apparent) entre eux. On suit plusieurs personnages,(Loretta, Duane, Claire, Louise, Walter, Marie Beth, Scott...) , dans plusieurs lieux différents (dont la fameuse maison du Kansas, que l'on reverra dans son 2e roman) des Etats Unis à la France, et même  un petit détour par Londres, sur plusieurs temporalités différentes, des années 70 à aujourd'hui. 

J'ai suivi ces personnages sans vraiment savoir où ils me menaient puis tout à coup, un fil se tisse entre les différentes histoires et un personnage fait le lien entre tous: Darryl Greer, le Mal absolu. 

Jérémy a voulu parler dans ce roman du Mal dans tout ce qu'il a de plus complexe et de plus horrible. Chaque personnage va être confronté au Mal, qu'il soit réel ou venu de notre imaginaire, comme le Croquemitaine ou le Wendigo. Et le lecteur va être transporté dans un tourbillon de violence et d'horreur qui va être souvent insoutenable (certaines scènes m'ont fait grimacé de dégoût en m'exclamant: "Mais non, Jérémy, pourquoi?"); En fait, Jérémy Fel va jouer avec nos peurs d'enfant et les réveiller par des scènes chocs qui nous prennent aux tripes et on se surprend à remonter la couverture pour un peu mieux se cacher sauf que cette scène se passe sous nos yeux; On y peut rien, on est happé par ce flot d'angoisse qui nous étreint le coeur. (Je pense que le chapitre "Damien" va me rester en mémoire longtemps. C'est en tout cas celui qui m'a le plus horrifié. Et dire que je l'ai lu juste avant de m'endormir. Mamma Mia!). 

Sur plus de 300 pages, Jérémy ne va pas nous lâcher et va nous assener des coups plus violents, les uns que les autres. Aucun moment de répit, pour ainsi nous montrer toute l'horreur de la nature humaine, souvent incarné en un seul homme: Darryl Greer. Tout gravite autour de lui, et cette ombre va planer sur nos personnages, pour montrer leur côté le plus sombre. En fait, Jérémy Fel se questionne sur le Mal et sur les différentes formes qu'il peut prendre, de manière frontale, crue et violente (seuls deux chapitres seront des moments de respiration...je ne vous dis pas lesquels): en cela, il se rapproche de mon écrivain préférée: Joyce Carol Oates. Comme elle, il emmène le lecteur dans les abysses noires de l'âme humaine, pour mieux parler de notre monde et de ses dérives, dans une plume acérée, rythmée mais par moments poétiques, sachant ménager son suspense et me surprendre.  Une vraie plume d'écrivain.

La fin ouverte du roman ne m'a pas gênée, bien au contraire. Certains destins croisés dans ce roman ne trouent pas de finalité à la fin du livre. Cela me permet d'imaginer la suite de leur histoire. Puis, quand on y pense, c'est un peu comme dans la vie: on croise certaines personnes à un moment de notre vie, on partage un moment avec eux puis on se quitte sans savoir ce qu'il va advenir d'eux par la suite. 

Encore une fois, Jérémy à frappé fort et je lui tire mon chapeau, parce qu'en plus c'est son premier roman. Un coup de maitre où il met la barre très haute (barre qu'il a su franchir une 2e fois avec Héléna). Aurais je trouvé en Jérémy Fel, le double masculin de mon écrivain adorée: Joyce Carol Oates?  A voir avec son 3e roman...que je lirai assurément. 


Jérémy Fel: Les loups à leur porte, Rivages poche, 410 pages, 2016




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