dimanche 27 août 2017

So Jazz #18 (Saison 2): Stan Getz


Stan Getz

Né le 2 février 1927 à Philadelphie (Pennsylvanie), Stanley Gayetzsky, plus connu sous le nom de Stan Getz, est un musicien de jazz, connu pour être l'un des plus grands joueurs de saxophone ténor.On le surnommait "The Sound (le son) en raison de de sa sonorité ample, pure et riche. 

A 15 ans, Il fait ses débuts au saxophone ténor, chez Dick Rogers. Avant d'être engagé par Stan Kenton, en 1944, il effectue des stages chez Jack Teagarden, Dale Jones et Bob Chester. Puis il joue dans les orchestres de Jimmy Dorsey, Benny Goodman, Randy Brooks,  et Herbie Fields. Installé en Californie, , il s'associe avec Butch Jones, dirige un trio et est engagé par Woody Hermann pendant deux ans (1947-1949). 

De 1955 à 1957, il enregistre abondamment avec le label Verve de Norman Granz avec Lionel Hampton, Gerry Mulligan, Lou Levy. En 1958, il participe à la bande originale du film, Les tricheurs

En 1962, il découvre le Brésil et la bossa nova. Il enregistre à New York en 1963, le fameux album Getz/Gilberto avec le "père" de la Bossa Nova, Joao Gilberto.  et la participation de la femme de celui-ci Astrud, notamment dans une version du standard de Tom Jobim et Vinicius de Moraes, "A garota de Ipanema qui deviendra en anglais The Girl from Ipanema. Ce sera la version la plus connue et la plus jouée à la radio. 
Il est l'un des bénéficiaires de cette vogue de la bossa et un découvreur de talents, parmi lesquels,  les pianistes Chick Corea, Joanne Brackeen, et Andy Laverne. 

Stan Getz est à la Bossa Nova ce que Benny Goodman est au jazz, 

Stan Getz décède en 1991, à l'âge de 64 ans. 

Je connais le nom de Stan Getz depuis mon adolescence, mais je me suis penché sur sa musique que depuis quelques années. J'ai alors découvert un artiste virtuose, qui m'a fait découvrir la Bossa Nova (qui pendant longtemps ne se résumait pour moi qu'à la chanson de Chico Buarque, qu'une boisson gazeuse avait choisi pour illustrer son spot de pub), ce rythme doux et lancinant qui nous invite à la danse et qui sera toujours associé dans mon esprit,  à l'été. 

Pour "So Jazz", j'ai choisi le morceau le plus fameux (avec the girl from Ipanema) de Stan Getz, qui je l'espère, va vous donner envie de bouger. 


Desafinado

Bonne écoute! 

C'est avec Stan Getz que se clôt ce 2e été "So Jazz". J'espère que vous avez apprécié la (re)découverte de tous ces artistes. 
Dès dimanche prochain, retour des "Slow Qui Tue" qui entamera sa 9e saison. 


mercredi 23 août 2017

La Discothèque du 20e siècle #231

En 1988, Félix Gray débarque dans le monde de la variété (et dans le Top 50) avec son plus gros succès en solo: "la Gitane".

Félix Gray: la Gitane (1988)



Amoureux des chansons et des mélodies bien faites, Félix Gray s'est fait connaître avant même son association heureuse avec Didier Barbelivien. Ainsi, La Gitane, chanson dont il a écrit les paroles et la musique, a atteint une fort enviable 3e place au Top 50 en 1987. Depuis lors, le parcours de ce chanteur au charme certain est apprécié de tous. (Source: Fascicule "L'encyclopédie de la chanson française n°13", Universal Collections)

Bonne écoute!


lundi 21 août 2017

Rentrée Littéraire #3: Le sympathisant

4e de couverture: À la fois fresque épique, reconstitution historique et oeuvre politique, un premier roman à l'ampleur exceptionnelle, qui nous mène du Saigon de 1975 en plein chaos au Los Angeles des années 1980. Saisissant de réalisme et souvent profondément drôle, porté par une prose électrique, un véritable chef-d'oeuvre psychologique. La révélation littéraire de l'année.
Je suis un espion, une taupe, un agent secret, un homme au visage double.

Ainsi commence l'hallucinante confession de cet homme qui ne dit jamais son nom. Un homme sans racines, bâtard né en Indochine coloniale d'un père français et d'une mère vietnamienne, élevé à Saigon mais parti faire ses études aux États-Unis. Un capitaine au service d'un général de l'armée du Sud Vietnam, un aide de camp précieux et réputé d'une loyauté à toute épreuve.
Et, en secret, un agent double au service des communistes. Un homme déchiré, en lutte pour ne pas dévoiler sa véritable identité, au prix de décisions aux conséquences dramatiques. Un homme en exil dans un petit Vietnam reconstitué sous le soleil de L.A., qui transmet des informations brûlantes dans des lettres codées à ses camarades restés au pays. Un homme seul, que même l'amour d'une femme ne saurait détourner de son idéal politique...

SYMPATHISANT n. m. : personne qui approuve les idées et les actions d'un parti sans y adhérer.

Le premier roman de Viet Thanh Nguyen est un livre coup de poing qui va complètement vous surprendre. 

Dès les premières phrases, j'ai senti que ce roman n'allait pas être si simple à lire et qu'il allait me falloir du temps pour en faire la lecture et pour digérer ce que j'étais en train de découvrir. 
Le lecteur assiste à la confession d'un vietnamien qui a fuit son pays après la chute de Saïgon aux mains des communistes pour les Etats Unis . Le narrateur de cette histoire (qui n'aura jamais de nom) est un capitaine au service d'un général. On apprend par la suite qu'il est un bâtard né d'une vietnamienne et d'un prêtre français qui ne l'a jamais reconnu. Dès sa naissance, il se retrouve donc pris entre deux feux, deux cultures, et cela continue puisque travaillant pour un général qui combat les communistes qui ont envahi son pays, le narrateur est également une taupe au service des communistes à qui il donne des renseignements.
Ce roman aborde donc plusieurs thèmes: la double culture de par la naissance (ici franco-vietnamienne), le conflit entre l'Occident et l'Orient, la Guerre Froide également, qui sévit entre les Etats Unis et la Russie, et dont le Vietnam est un enjeu (le roman débute bien après la guerre du Vietnam que les américains ont perdu) comme beaucoup de pays d'Orient. Il parle également d'espionnage et de comment une taupe fait pour rester en vie et ne pas se faire démasquer. Ce roman évoque aussi la torture qui nous donnera des moments de lecture très difficiles à supporter émotionnellement. 

Ce roman est très intéressant de par les thèmes qu'il aborde et dont je parle plus haut, mais il n'est pas facile à aborder et il faut s'accrocher pour pouvoir y entrer. Le style de l'auteur est un style exigeant, qui ,même s'il nous embarque dès les premières pages, nous perd aussi avec une forme très inhabituelle pour un lecteur comme moi. En fait, l'auteur a décidé d'inclure les dialogues dans la narration. Déjà que celle ci se fait à la première personne du singulier puisque c'est le narrateur qui se confesse, si en plus, les dialogues ne sont pas lisible de suite (comme c'est le cas dans la plupart des romans par des tirets et des retours à la ligne), la lecture devient difficile et on est vite perdu, ne sachant plus qui parle. Enfin, les premiers temps. Après une centaine de pages, l'esprit à vite fait de faire le raisonnement et s'habitue avec ce genre de narration. 
Tout cela pour dire que nous sommes face à un roman foisonnant, et exigeant, mais qui a un intérêt historique important. Il nous parle du Vietnam et des conséquences des guerres que ce pays vécu après 1945 (entre le conflit ifranco-indochinois et la guerre entre les vietcongs et les américains), mais aussi de l'intégration des vietnamiens aux Etats Unis, avec l'arrivée du général, et de ses soldats fuyant leur pays avec femmes et enfants, et se recréant un petit Vietnam à Los Angeles. Et de bien d'autres choses encore que je vous laisse découvrir. 

Un retournement de situation arrive vers les cinquante dernières pages et nous laisse pantois et angoissé devant la situation du narrateur. C'est impressionnant et admirable, même si cette partie là est un peu insoutenable. 

Au final, un roman exigeant (que Clément Baude à très bien traduit malgré un style complexe) dans lequel il vous sera peut être difficile d'entrer. Mais si vous y arrivez, vous vous trouverez en face d'une histoire forte et bouleversante de vérité: un témoignage sur le Vietnam après le conflit americano-vietnamien qui ne peut pas vous laisser indifférent.

Merci à Diane et aux Editions Belfond  pour cette découverte.

Viet Thanh Nguyen: Le sympathisant, (The Sympathizer), Belfond, 487 pages, 2017




dimanche 20 août 2017

So Jazz #17(Saison 2): Miles Davis


Miles Davis

Né le 26 mai 1926 à Alton (Illinois), Miles Davis est un trompettiste et compositeur de jazz. 

Miles Davis a commencé à jouer de la trompette à 13 ans. Il fut un des grands artistes à avoir contribué à l'évolution du jazz et à s'entourer de nouveaux talents. Beaucoup de grands noms du jazz des années 40 à 80 travaillent avec lui. 

Les différentes formations de Miles sont comme des laboratoires où se révèlent de nombreux talents et ouvrent plusieurs portes de la musique moderne. Parmi ces talents, on peut nommer Sonny Rollins, Julian "Cannonball" Aderley, Bill Evans et John Coltrane dans les années 50. Dans les décennies suivantes, ses sidemens, se nomment Herbie Hancock, Wayne Shorter, Chick Corea. .
C'est dans ces années là qu'il se dirige vers le jazz fusion, dont il reste l'un des pionniers.

Miles Davis est un des rares jazzmen et l'un des artistes noirs à être connu et accepté par l'Amérique moyenne. Comme Louis Armstrong, Miles Davis est ce phénomène curieux: une superstar du jazz. A la différence de Louis, qui avait recherché l'intégration  à la culture grand public dominé par la population blanche, le parcours musical de Miles Davis s'accompagne d'une prise de position  en faveur de la cause noire et de sa lutte contre le racisme. 

En 1959 sort le fameux album Kind Of Blue (son chef d'oeuvre) un album improvisé autour de trames qu'il a composées. 
En France, c'est l'enregistrement de la musique du film Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle, avec la regrettée Jeanne Moreau, qui le rend célèbre. 

Son dernier album Doo bop, publié après sa mort, laisse même éclater des influences rap. Comme quoi Miles était toujours à l'écoute de la musique de son temps et son évolution. 

Il est mort le 28 septembre 1991. 

Ma découverte de Miles Davis date de 2011 avec l'achat du fameux album "Kind Of Blue. J'ai alors découvert une autre facette de la trompette (j'avais découvert Chet Baker quelques années plus tôt). Sa façon de jouer de la musique m'a complètement envoûte. Elle était chaude et sensuelle, mais surtout, elle était maîtrisée et j'ai été encore plus admiratif quand j'appris ensuite que l'album était de l'improvisation totale. 

Pour "So Jazz", j'ai choisi le morceau qui donna le titre de cet album car je trouve que c'est une superbe porte d'entrée dans l'univers du grand Miles. 


Kind of blue

Bonne écoute! 


vendredi 18 août 2017

Rentrée Littéraire #2: La Muette

4e de couverture: Il existe, à quelques kilomètres de Paris, un lieu méconnu, même si des événements majeurs s’y sont déroulés : la cité de la Muette. À l’origine, elle devait être un fleuron de l’architecture française. Dessinée par deux grands architectes, elle représentait une réponse au Bauhaus allemand, et une révolution du logement populaire. Mais le chantier a été interrompu avant-guerre et, de 1941 à 1944, la Muette est devenue le camp de Drancy, administré par les gendarmes et les nazis. Depuis ces bâtiments, soixante-sept mille Juifs furent déportés.

Le destin de cette cité, qui concentre ce qu’on ne veut pas voir à la fois dans l’histoire et dans la société françaises, ne s’arrête pas là : après la Libération, elle a été aménagée pour y créer des logements sociaux. Les anciennes chambrées des détenus, cloisonnées à la va-vite pour faire des studios et des deux-pièces, sont encore habitées de nos jours.

Dans ce roman choral, l’auteur nous invite à suivre le parcours de deux personnages attachants, Elsa, détenue en 1943, et Nour, un jeune Beur d’aujourd’hui. Ils n’ont pas la même langue, pas le même rapport au désir ni à la mort, mais leurs histoires s’entremêlent et se répondent. Si bien qu’au croisement de leurs monologues, on croit entendre les voix de la Muette.

Alexandre Lacroix nous livre un roman à deux voix pour nous parler de l'histoire d'une cité: celle de La Muette. 

Ce roman m'a intrigué par son procédé: avoir  un double visage d'une cité de la banlieue parisienne. C'est tout d'abord le parcours d'Elsa qui m'intéressait puisqu'on va la suivre dans ce camp de Drancy où elle fut en attente de déportation, en 1943. J'ai toujours été intéressé par cette période de l'histoire et revenir sur ce camp de transit dont j'entends parler depuis des années,comme une ombre planant sur cette partie sombre de notre histoire, sans vraiment savoir ce qui s'y était passé, fut des plus bouleversants.
Elsa va alors nous prendre par la main et raconter son quotidien terne et morbide dans ce camp de Drancy. J'ai été souvent au bord du malaise devant son récit, où la dure réalité de cette partie de l'histoire nous happe et nous bouleverse. Elsa nous raconte son histoire sans fioriture, en n'omettant pas la crasse, la peur provoqué par les SS qui se trouvaient là, mais aussi par la petite lueur d'espoir qu'elle gardait tout de même comme le passage où elle raconte à l'historien qui la contacté, les heures d'école qu'elle donnait en cachette aux enfants du camp. Elle nous raconte son amitié avec Louise, une jeune femme qui partageait sa couverture, mais également les dénonciations, les tortures...sans fard et sans rien omettre, même le plus difficile. 

Devant ce récit poignant, celui de Nour, jeune homme d'aujourd'hui, vivant dans la Cité de la Muette (qui abrita le camp de Drancy durant la guerre) parait bien pâlot et plus cru, sans charme et empli d'un peu de vulgarité. C'est un jeune mec désabusé par la vie, qui essaye de se trouver une place dans cette cité morne et sans vie, et qui réussit à s'y trouver bien grâce à ses amis Jamie et Samantha.
Quand son histoire commence, Nour est chez les flics pour être interrogé. Progressivement il déroule son histoire à l'inspecteur qui l'interroge et on va comprendre comment il en est arrivé là. Il va nous raconter les plans galère, la drogue, même s'il n'en consomme pas, ses virées parisiennes, son histoire de cul avec Samantha, la copine de son pote Jamie, tout ça dans une langue d'un jeune de cité, qui résonne à notre oreille, comme le témoignage d'une jeunesse désoeuvré. . 

L'histoire de ces deux jeunes gens (à peu près du même âge, mais à des époques différentes) que l'auteur a décidé d'alterner d'un chapitre à l'autre, m'a beaucoup plu car elle permet d'avancer dans le roman en évitant d'entrer dans le malaise. En effet, l'histoire d'Elsa était tellement dure que le parcours désabusé de Nour, faisait comme une sorte de respiration, même si ce qu'il racontait n'était pas très joyeux non plus.
La force du roman, c'est l'écriture d'Alexandre Lacroix. Il a complètement réussi à faire entendre deux voix bien distinctes au lecteur, ce qui fait qu'on entendait à notre oreille, la voix d'Elsa, puis celle de Nour, ce qui les rend plus proche de nous et lui donne une certaine réalité. 
Voici deux parcours que l'on croit bien différents au premier abord, mais qui se rejoignent par bien des aspects (comme la désillusion,le désœuvrement), et qui nous montre l'évolution de cette cité. Ce qui m'a le plus frappé, en définitive, c'est que le présent de Nour fait écho aux souvenirs d'Elsa, comme quand Nour parle de ce que Bernard, cet homme qui ne vit que pour boire, lui montre ce qu'il a trouvé dans sa cave: le dessin d'une femme avec une date: août 1943 (comme si cette femme dessinée était le portrait d'Elsa ou Louise et que ces dernières avaient vécues à cet endroit là et avaient laissé une trace). Ce fut sacrément troublant. 

Au final, un roman bouleversant et intriguant qui nous fait entendre la voix d'une cité, à travers le temps, celle de la Muette, comme pour garder une trace de ce qui se passe dans les banlieues. Ce n'est pas misérabiliste, ni cliché. C'est simplement la vie. La vie de deux êtres que tout oppose en apparence: un jeune beur et une vieille dame,qui, de par leur histoire, nous démontre que leur vie est tellement proche et pas si différente, par certains aspects. 
Avec ce livre, l'auteur a voulu "donner des voix à la Muette". Il a fortement réussi car les voix d'Elsa et de Nour résonnent en nous, bien longtemps après avoir tourné la dernière page. 

Merci aux Editions Don Quichotte pour cette découverte déconcertante.

Alexandre Lacroix: La Muette, Don Quichotte, 205 pages, 2017


jeudi 17 août 2017

Rentrée littéraire #1: "L'embaumeur" ou l'odieuse confession de Victor Renard

4e de couverture: " Pute borgnesse ! "
Victor Renard n'eut jamais de chance avec les femmes. À commencer par sa mère, l'épouvantable Pâqueline, qui lui reprochait d'être venu au monde en étranglant son frère jumeau de son cordon ombilical. Puis ce fut Angélique, la prostituée, qui se moquait des déclarations enflammées de Victor et de sa difformité, comme de sa " demi-molle ".
Victor échappe pourtant à sa condition misérable : il devient embaumeur. Avec les cadavres, au moins, le voilà reconnu. Et en ces temps troublés, quelle meilleure situation ? Les morts, après la Révolution, ne manquent pas dans Paris...
Mais le sort le rattrape et l'épingle, comme le papillon sur l'étaloir. Face à ses juges et à la menace de la guillotine, Victor révèle tout : ses penchants amoureux, les pratiques millénaires de la médecine des morts, le commerce des organes et les secrets de sa fortune.
Où l'on découvrira que certains tableaux de nos musées sont peints avec le sang des rois de France...


Première belle surprise de la rentrée littéraire  que le nouveau roman d'Isabelle Duqesnoy! Que dis je une surprise. Une petite merveille! 

Isabelle Duqesnoy nous offre dans ce roman qu'elle a mis dix ans à écrire, la confession d'un personnage hors norme: Victor Renard. Celui ci ressemble beaucoup aux personnages dickensiens comme Oliver Twist ou David Copperfield. Un garçon malmené par la vie, né dans une famille qui le déteste et à qui il le rend bien.
La force de ce roman est la construction du récit: le livre commence par Victor qui se retrouve devant ses juges et qui leur livre la confession de sa vie, pas si brillante, et qui l'a mené devant ce tribunal. Ainsi, l'auteure laisse planer une question qui ne trouvera sa réponse que dans les dernières pages du livre, maintenant ainsi un suspense et toutes les suppositions que le lecteur as: qu'à fait Victor Renard de si répréhensible pour être condamné à la guillotine?

Comme une pelote de laine que l'on déroule, Victor Renard va nous raconter sa vie: de sa naissance dans cette famille pauvre (son père joue de la musique lors des messes et sa mère fait de la couture) qui vit la mort de son jumeau, par sa faute puisque c'est son cordon ombilical qui l'a étouffé dans le ventre de leur mère, jusqu'à son apprentissage du métier d'embaumeur qui fit sa gloire jusqu'au procès qui ouvre le livre. 

J'ai beaucoup aimé ce roman: il allie roman d'aventures (même si celles ci ne se déroule que dans les rues de Paris, pas besoin d'aller loin pour vivre d'innombrables choses), roman historique (on se retrouve plongé dans le Paris d'après la révolution, dans cette fin du XVIIIe siècle qui vit tant de bouleversements), mais aussi roman d'apprentissage (la découverte d'un métier "Embaumeur" que Victor apprend auprès du bon M. Joulia et qui va changer sa vie) avec tous les codes du roman à suspense. 

En lisant ce livre, j'ai appris beaucoup de choses sur le métier d'embaumeur, avec force détails, il est vrai parfois pas très réjouissant à lire et qui nous fait faire la grimace...mais surtout, j'ai appris que certains peintres se servaient des coeurs momifiés pour certaines de leurs peintures, et parfois des coeurs de rois. . 

Les personnages du livressont truculents à commencer par Victor Renard, qui malgré sa difformité et sa condition va découvrir un métier qui changera sa vie et le fera monter dans l'échelle sociale: ce narrateur à une gouaille bienvenue qui donne du rythme et un côté bravache à son récit, surtout quand il houspille son auditoire, qui l'écoute lors de sa confession devant les juges. J'ai aimé suivre ce personnage qui se bat contre l'adversité et contre sa mère, La Paqueline, cet être abject qui l'a toujours détesté: la haine qui transpire en elle envers son fils est abominable et m'a fait la détester. Deux autres personnages féminins vont traverser ce roman: Angélique et Judith. Angélique, que Victor rencontre alors qu'il travaille à la Pâtisserie (aujourd'hui, on dirait la Boucherie) de son oncle et de qui il tombe amoureux: une jeune prostituée qui va demander à Victor d'être son chevalier servant. C'est ainsi qu'il va se trouver à travailler chez M. Joulia  l'embaumeur, pour pouvoir subvenir aux besoins matériel de cette jeune prostituée. Puis il y a Judith, la soeur de son ami Franz, qu'il épousera pour sa dot car il a un besoin d'argent urgent. Judith est une femme douce et fragile, un peu idiote, qui aime Victor, et qui fera tout pour se faire aimer de lui. 
Victor va ainsi balancer entre ces deux femmes. Chacune montrera progressivement son vrai visage. 

Voilà ce que j'ai aimé dans ce roman: les surprises se trouvent à chaque page, et ce, jusqu'à la fin du roman. L'auteure sait ménager son suspense jusqu'à une fin qui m'a laissé pantois, car je ne m'y attendais pas. 

Au final, un roman d'une grande intensité, sur un métier peu vu en littérature, dans une période trouble de l'histoire (l'après révolution) avec un personnage truculent et sympathique qui se retrouve sur le banc des accusés pour un crime qu'il a bien commis (mais le lecteur ne sait pas lequel et sera surpris quand il apprendra la nature de ce crime) et qui nous livre sa vie dans une confession mémorable. Un roman admirable, avec une écriture ciselée au cordeau qui vous happe dès les premières lignes pour ne plus vous lâcher avant la fin. Probablement, un roman qui va faire du bruit en cette rentrée littéraire...en tout cas je l'espère car il le mérite amplement. 
Je vous le conseille vivement. 

Merci aux Editions de la Martinière pour cette superbe découverte. 

Isabelle Duquesnoy: L'embaumeur ou l'odieuse confession de Victor Renard", Editions de la Martinière, 526 pages, 2017


mercredi 16 août 2017

La Discothèque du 20e siècle #230

En 1984, des fantômes allait nous faire frissonner au cinéma et danser sur les pistes de danses.

Ray Parker Jr: Ghostbusters (1984)




N°1 mondial tiré de la bande originale du film homonyme (SOS fantômes, en français), cette chanson va jouer un vilain tour à Ray Parker, vétéran du funk américain, ex-guitariste de Stevie Wonder et de Barry White... On s'aperçoit en effet qu'elle est largement pompée sur un titre de Huey Lewis très grosse star du rock yankee des années 80! La question sera réglée à l'amiable et aujourd'hui, on se souvient surtout d'un tube idéal pour mettre le feu aux pistes de danse. (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1984", Polygram Direct)

Bonne écoute!