dimanche 10 août 2014

Patience (Belfond Vintage Saison 2, Volume 10)

4e de couverture: Jeune, naïve, jolie et satisfaite de son existence, Patience a été pendant sept ans une épouse soumise et une mère de famille parfaite, subissant le devoir conjugal en bonne catholique, mais sans jamais éprouver le moindre plaisir.
Jusqu'à ce que son chemin croise celui du beau Philip. La révélation est fulgurante : oui, le péché est bien plus réjouissant que le devoir ! Si seulement l'adultère ne la condamnait pas à l'enfer... Que faire, désormais, pour vivre cet amour naissant et soulager sa conscience ?

Interdit en Irlande lors de sa sortie en 1953, ce truculent portrait d'une Emma Bovary des temps modernes a marqué les esprits comme l'une des plus délicieuses satires sociales et religieuses de l'Angleterre post-victorienne. Adapté au théâtre, publié en France en 1957, ce roman drôle, provoquant, subversif, empreint d'une grande liberté de ton, a imposé John Coates au rang de maître de l'humour anglais. À redécouvrir sans modération !


Jubilatoire! 
Ce petit roman de John Coates, publié pour la première fois en 1953 (et qui fut interdit en Irlande) est tout simplement très bon et fort drôle. 

Ce fut un véritable bonheur que de découvrir la plume et surtout l'humour de John Coates, à travers le portrait de cette jeune femme,Patience, mariée à un homme plus âgé qu'elle et qui va découvrir le plaisir dans les bras d'un autre. 

Si j'ai pris autant de plaisir à ma lecture, c'est parce que j'ai aimé de tout mon coeur, Patience:  elle va enfin découvrir les joies de l'amour, et surtout le pouvoir qu'elle peut exercer sur les hommes (et surtout sur son mari). D'une femme naïve et soumise, elle devient une femme à part entière (pas complètement indépendante,mais elle prend enfin son destin en main.) 
J'ai trouvé très charmant sa naïveté (une naïveté que l'auteur habille d'irrévérence de par les pensées et les paroles de son héroïne), mais surtout j'ai aimé la suivre dans son nouveau parcours de femme. Sa soeur Helen fait également parti de mes personnages préférés: une femme indépendante qui a su reprendre sa vie en main en divorçant et en vivant avec un autre homme, qui lui a donné un enfant (qui se trouve être, aux yeux de l'église Catholique, un bâtard puisque le divorce n'est pas accepté par cette sainte institution, ou du moins, mal accepté par leur frère Lionel (ce Pauvre Lionel! qui n'a pas de chance. En même temps, il est un peu insupportable). 

D'une écriture rythmée de dialogues truculents, on voit Patience devenir une nouvelle femme, qui découvre enfin ce qu'est l'amour et le plaisir que peut procurer une relation. Patience est une femme que l'on aime. Car oui, on ne peut qu'aimer Patience (et non, je ne l'ai pas jugé. Mais, en même temps, nous sommes en 2014 et ce qui est évoqué dans le roman ne me choque pas. Je trouve ça plutôt très drôle): elle est tout le contraire d'une Emma Bovary. Elle est plaisante, et son amour pour Philip est très beau. 


Voilà un roman des plus agréables à lire, surtout en période d'été, et idéal entre deux lectures. C'est un petit moment jubilatoire, qui se lit comme une pièce de théâtre (il y a d'ailleurs eu une adaptation théâtrale de ce roman), et qui se croque comme un bonbon acidulé, qu'on voudrait garder en bouche le plus longtemps possible.

Par contre, la fin du roman a été un choc. Je ne m'attendais pas du tout à être aussi surpris par elle.  

Je vous encourage donc fortement de (re)découvrir ce roman de John Coates que les éditions Belfond ont eu la belle idée de ressortir de l'oubli dans lequel il était plongé, en l'incluant dans leur magnifique collection "Belfond Vintage" (qui pour le moment ne m'a jamais déçu). 

De plus, je trouve la couverture de ce livre trop choupinette. C'est peut être un détail, mais celle ci a été un petit plus pour que je me mette dans l'ambiance du roman. 

Allez, courez vite chez votre libraire faire la connaissance de Patience. En refermant ce livre, vous aurez  une nouvelle amie parmi votre entourage. 

Merci infiniment à Brigitte et aux Editions Belfond de m'avoir permis de faire la connaissance de Patience. Quelle découverte! Quelle femme! 

John Coates: Patience (Patience), Belfond, 268 pages, 2014




Clip-Clap #15 It's o so quiet (Bjork)

Ce 6e rendez-vous de la saison 2 de Clip Clap va être rempli de poésie. En effet, la chanson de Bjork, Its o so quiet est d'une douceur, que contrebalance son énergie survoltée. Mais surtout, cette poésie est amené par l'univers  coloré du clip. Un clip filmé par le réalisateur du film le plus poétique et le plus beau de  cette année (d'après ceux qui l'ont vu puisque je n'ai pas encore eu la chance de le voir): Her. Eh oui, Spike Jonze est le metteur en image de cette chanson.
Quand la poésie de Jonze et l'univers étrange et survitaminée de Bjork se rencontre, ça donne ceci:


Bon visionnage!

vendredi 8 août 2014

Chasse au trésor

4e de couverture: Finis le champagne, les journées aux courses, les escapades à Monte-Carlo... Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les propriétaires de Ballyroden doivent changer drastiquement leur mode de vie. Le benjamin de la famille, sir Philip, décide de faire du château une maison d'hôtes. Il reçoit trois Londoniens fortunés, un frère, sa sœur et la ravissante fille de celle-ci, persuadés de jouir du calme luxueux de la campagne irlandaise. En découvrant des souris dans sa chambre décrépite, Dorothy comprend qu'elle a fait fausse route, mais sa fille et son frère insistent pour rester à Ballyroden : la première a succombé aux charmes de sir Philip, et le second ajoute foi aux délires de tante Anna Rose. Persuadée d'arpenter le monde en avion privé, cette vieille dame au passé mystérieux soutient que se trouve, dissimulée dans la maison, une coquette quantité de rubis... Dans ce roman à mi-chemin entre la comédie de mœurs, le vaudeville et le théâtre policier à l'anglaise, Molly Keane, en grande satiriste, dresse une galerie de portraits tous plus échevelés les uns que les autres.

Publié en 1952, en Irlande, ce n'est qu'en 2014 que cette "Chasse au trésor" nous est proposé par les éditions de la Table Ronde, qui a eu la belle idée de nous faire découvrir les écrits de Molly Keane, auteure irlandaise. 
J'ai été intrigué par ce roman parce qu'il me proposait une ambiance "à l'anglaise" (je sais que le terme n'est pas très approprié, surtout quand le roman se passe en Irlande, mais je n'en trouve pas de mieux), une saveur automnale mais qui sentait bon l'été grâce à son titre. En effet, rien de mieux qu'une Chasse au trésor pour égayer mon été. 

Malheureusement, je dois dire que cette "chasse" fut en dessous de mes espérances, et, au final, j'en ressors mitigé. J'ai aimé certains personnages du roman, comme Tante Anna Rose (j'aimais sa folie douce, son passé troublant et son côté espiègle.) J'ai aimé les domestiques également et plus particulièrement William, tout dévoué à cette chère Tante Anna Rose et à l'humour caustique. J'ai également aimé le mystère qui entourait les fameux rubis que cette chère tantine a caché et que, les membres de la famille, ruinés, ne retrouvent pas. J'ai aimé le côté théâtral du roman: seulement cinq chapitres constituent ce roman: cinq chapitres qui vont crescendo, comme cinq actes dans une pièce de théâtre; les unités  de lieu et de temps sont quasi respecté. J'ai trouvé l'ambiance du roman, ce côté manoir dans la brume, éloigné de la ville, dans lequel il fait froid, très charmant. 

En revanche, je n'ai pas totalement aimé le style de l'auteur: les dialogues sont très bon, et très drôles par moment, donnant du rythme au roman. Malheureusement, celui ci est ralenti par de longues descriptions, qui douchait l'enthousiasme que j'avais ressenti quelques paragraphes plus tôt. Les descriptions de début de chapitre ne  m'indisposaient pas, bien au contraire: elles nous décrivaient le lieu et plantaient le décor, ainsi, je pouvais vraiment visualiser la scène. Mais les descriptions qui venaient après des dialogues me semblaient "inutiles". (C'est peut être dû au fait que je ne rencontre plus tellement de longues descriptions dans mes lectures ces derniers temps, et donc, que je ne suis plus habitué. Peut être devrai je me remettre à lire des livres avec des descriptions (qui sont un peu ma hantise: voilà ce qui explique mon "désamour" de Balzac). 

L'histoire en elle même est amusante et m'a fait passer un  bon moment: voir cette famille ruinée, contraint de transformer leur manoir en chambres d'hôtes, est très réjouissant. D'ailleurs, j'ai été plus enthousiasmé par les hôtes anglais que par les habitants de Ballyroden (à part Tante Anna Rose, tous les autres habitants, de Philip à Véronica, m'ont insupporté, la palme revenant à Consuelo et Hercules, ces deux vieux aux airs d'enfants pourris gâtés, j'avais souvent envie de les frapper). 

Au final, un petit roman qui ne m'a pas autant charmé que je l'aurai pensé, à cause de descriptions longues et parfois dispensables, et à des personnages qui m'ont parfois agacé. Une chasse au trésor qui ne fut pas comme je l'espérais. Dommage. 

Merci, tout de même, à Gwenaëlle et aux Editions La Table Ronde pour cette découverte. 

Molly Keane: Chasse au trésor, (Treasure Hunt), La Table Ronde (Quai Voltaire), 270 pages, 2014


jeudi 7 août 2014

Maestro


Film de Léa Fazer: avec Pio Marmai (Henri), Michael Lonsdale (Cédric Rovere), Déborah François (Gloria), Alice Belaidi (Pauline)... (2014)

Synopsis: Henri, un jeune acteur qui rêve de jouer dans FAST & FURIOUS, se retrouve engagé dans le film de Cédric Rovère, monstre sacré du cinéma d’auteur. Les conditions du tournage ne sont pas tout à fait celles auxquelles il s’attendait… Mais le charme de sa partenaire et la bienveillance du maître vont faire naître en lui des sentiments jusqu’alors inconnus. Et Rovère, conquis par la jeunesse et la fantaisie d’Henri, vivra ce tournage comme un cadeau inattendu. (Source: Allociné)


« Maestro » de Lea Fazer est un double hommage : tout d'abord à Eric Rohmer (dont le personnage Cédric Rovere, magistralement interprété par Michael Lonsdale, est un double) mais aussi à Jocelyn Quivrin, un jeune acteur que j'aime beaucoup (et qui malheureusement est décédé dans un accident de voiture, il y a 6 ans.)
Le scénario de « Maestro » a d'ailleurs été coécrit par la réalisatrice et Jocelyn (ce film retrace en fait l'expérience qu'à vécu Jocelyn lors du tournage les amours d'Astrée et Caledon avec Rohmer)

Ce film est très bon. J'ai été agréablement surpris. Je ne pensais pas que j'allais passer un aussi bon moment. Ce film est fait pour tous les amoureux du cinéma. En effet, il nous montre l'envers du décor : on voit le tournage d'un film, presque de A à Z (entendons nous bien, le tournage du film que l'on voit s'apparente plus à un film d'auteur, fait par un réalisateur de la « Nouvelle Vague » où le texte était plus important que l'histoire et le jeu. D'ailleurs, au début du film, Henri (dont Pio Marmai, donne toute sa consistance et sa bonne humeur (un acteur que j'apprécie de film en film) regarde un film de ce Cédric Rovère, où l'on voit deux comédiennes en train de disserter sur le choix d'aller se baigner dans un lac ou dans la mer  , avec des silences a n'en plus finir.

Alors, ne croyez pas que ce film est chiant, c'est tout le contraire: il est très drôle, très humain aussi : en fait les personnages rayonnent et nous communiquent leur bonne humeur (ou sont tellement à l'ouest pour certain qu'on rit, se croyant chez les fous (comme dirait le personnage de Nico).
Mais je crois que la scène que j'ai trouvé la plus drôle est celle du coup de gueule de la costumière car oui, qui dit film d'auteur dit (souvent) peu de moyen et la pauvre pète un câble après une remarque d'un assistant.

C'est aussi un film sur la transmission entre deux générations: au début du film Henri est un jeune "chien fou" qui ne rêve que de film de divertissement, et qui progressivement, au contact de Rovere va s'ouvrir à un monde qu'il ne soupçonnait pas (au début, il ne comprend pas ce qu'il fait... et c'est en voyant les rushes qu'il se rend compte qu'il tourne un film...d'une poésie sans pareille). 

Enfin, bref, ce film fait passer un agréable moment (et je le vend hyper mal, j'ai bien l'impression) qui passionnera tous ceux qui aiment le cinéma (et ce qui se cache derrière l'écran). Un film que je conseille. Vous verrez, après le film, vous serez surpris par lui, comme moi. Je savais que j'allais passer un bon moment mais pas autant que ce qui s'est passé. J'aime ça, être surpris au cinéma.
A la fin du film, j'ai même été ému quand , après le petit texte d'hommage à Eric Rohmer et Jocelyn Quivrin (qui devait interpréter le rôle d'Henri), j'ai vu leur deux photos apparaître.

Voilà un film sympathique, poétique, humoristique et plein d'autres mots en « ique » que je ne trouve pas, qui fut une vraie belle surprise et que je vends très mal. D'ailleurs je vous conseille d'aller voir le vlog   que Durendal à fait sur le film, sur son site. Il en parle beaucoup mieux que moi. (C'est un peu lui qui a été le déclencheur final pour me booster à aller voir ce film)




mercredi 6 août 2014

La Discothèque du 20e siècle #69

En 1956, une jeune égyptienne se lançait avec succès dans la chanson grâce à  un "petit garçon". Cela devait durer 30 ans.

Dalida: Bambino (1956)

Bambino by Dalida on Grooveshark

Remarquée par Bruno Coquatrix (le directeur de l'Olympia), Eddy Barclay et Lucien Morisse (responsable des programmes d'Europe n°1), Dalida enregistre deux 45 tours, Madonna et La Violetta. Mais c'est en 1957 que le succès surgit avec Bambino. Dalida n'a que 24 ans. Et elle vient d'enregistrer le tube de l'année, qui est l'adaptation d'une chanson napolitaine intitulée Guaglione. Un record: Bambino sera n°1 du hit-parade d'avril à septembre 1957! (Source: Fascicule "L'encyclopédie de la chanson française n°4", Universal Collections)

Bonne écoute!

dimanche 3 août 2014

Clip-Clap #14 Lemon Incest (Serge & Charlotte Gainsbourg)

Pour ce 5e rendez-vous de la saison 2 de Clip Clap, le grand Serge fait son entrée avec une chanson (et un clip) qui ont fait polémique. En effet, le clip met en avant une relation quelque peu ambiguë entre un père et sa fille.
En tout cas, elle reste une très belle chanson d'amour sur la relation père-fille. Ce clip fut réalisé par Serge Gainsbourg lui-même.


Bon visionnage!

vendredi 1 août 2014

Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles

4e de couverture: Dans la lignée du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, un premier roman plein de légèreté, d'humour et de tendresse, le portrait de deux femmes attachantes, courageuses et solidaires, réunies par le hasard dans l'Amérique des années 1940.

Depuis que son mari a été appelé à rejoindre les forces alliées pour combattre en Europe, Glory Whitehall s'ennuie. Enceinte, seule avec son fils de deux ans dans sa grande demeure du Massachusetts, la pétillante jeune femme cherche une amie à qui parler.

À des centaines de kilomètres de là, en Iowa, Rita Vincenzo s'interroge : comment joindre les deux bouts dans un pays rationné ? Comment réconforter la douce Roylene, la fiancée de son fils parti pour le front ? Et, surtout, avec qui partager les angoisses et les joies du quotidien ? 
Puis un jour, Rita reçoit une lettre d'une inconnue nommée Glory, comme elle épouse de soldat.

Recettes pour lutter contre la morosité, conseils de jardinage, échange de confidences, de potins de voisinage et de secrets plus intimes... Unies par un inébranlable optimisme, Glory et Rita vont partager une intense complicité épistolaire. Et découvrir que, même dans les temps les plus difficiles, le bonheur trouve toujours un chemin. 


Dimanche après-midi, je suis monté au grenier de mes parents pour y rechercher quelques souvenirs d'école. Lors de ces recherches, je suis tombé par hasard, sur de vieilles lettres, toutes attachées avec un ruban bleu. Curieux comme pas un, je les ai pris sous mon bras, et, installé dans un vieux fauteuil qui se trouvait là, j'ai commencé ma lecture. 

Voilà dans quel état d'esprit j'étais quand j'ai ouvert le roman de Suzanne Hayes et Loretta Nyhan, Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles. C'était comme entrer dans un monde nouveau et inconnu, dans une relation d'un temps ancien et que je découvrais l'histoire de Glory et Rita, deux femmes de soldat, qui durant la guerre, vont correspondre et ainsi combler la solitude et l'attente lancinante et inquiétante de nouvelles de  leur mari (et fils pour l'une d'entre elles) parti à la guerre. Au fil d'une correspondance, commencé par  hasard, va se tisser une amitié indéfectible, par delà les kilomètres qui les séparent. 

Que dire...que dire... a part, j'ai adoré ce roman. (Je sais, c'est un peu court, il faut que je développe). 
Déjà, j'ai été enthousiasmé par la couverture (je sais, c'est futile, mais cette couverture saumon avec ces vieilles enveloppes ou le titre du roman apparaît en  écriture manuscrite, m'a de suite donné envie de le lire (même si j'ai attendu les vacances pour le faire...mais ce n'est pas plus mal, car l'été est la saison idéale pour lire ce genre de roman), mais également par le sujet...qui pourtant n'est pas neuf. En effet, des romans sur la seconde guerre mondiale, il y en a pléthore (je pense que la littérature et le cinéma s'inspire énormément depuis 70 ans de cette période, qui n'est pas encore épuisé apparemment): mais celui ci est un peu différent. Là où beaucoup de romans se focalisent sur le conflit européen (l'occupation française en particulier), celui-ci traite d'un sujet "nouveau": il nous montre le conflit vu à travers les femmes américaines, qui attendaient, dans la crainte, des nouvelles de leur mari,ou enfant, parti à la guerre. 

Puis, il y a la forme qui m'a interpellé: le roman épistolaire donne un aspect intimiste à ces destins. Le petit plus est que le roman démarre par le début de la correspondance de Glory et Rita: en effet, la première lettre du roman est celle que Glory adresse à une certaine "Sorcière aux mains vertes", en lui disant qu'elle a eu son adresse par son Club de femmes qui proposait de correspondre avec des femmes dans la même "situation" qu'elles et que ce serait un bon moyen de vaincre leur solitude. 
Alors, le roman va mettre un petit temps à se mettre en place: les premières lettres ne raconteront pas grand chose mais c'est normal, ces deux femmes apprennent à faire connaissance...et le lecteur fait connaissance avec elle et devient un peu le spectateur privilégié de leurs pensées, de leurs vies. 
Plus le roman avance, plus on découvre les joies, les peines, les doutes, les craintes de ces deux femmes qui se soutiennent dans toutes les épreuves que la guerre leur fait traverser. On découvre également des personnages comme Robbie, le petit garçon de Glory, Robert, son mari, Sal, celui de Rita, ainsi que Toby, son fils. Mais également, un personnage que j'appréciais de plus en plus au fil des pages: Roylène. Cette jeune fille introvertie, qui sort avec Toby, et que Rita n'aime pas au premier abord (elle changera progressivement d'avis). C'est probablement le personnage qui a la plus belle évolution. je l'ai beaucoup aimé. Il y a également Levi, le meilleur ami de Robert et Glory, qui, resté au pays, va s'occuper de la famille de Robert (un trouble va d'ailleurs s'emparer de Glory...mais chut, je n'en dis pas plus pour vous laisser découvrir). 

Une autre particularité du roman est sa conception: Suzanne Hayes et Loretta Nyhan ont eu l'idée d'écrire ce  roman après qu'elles aient eu un coup de foudre littéraire sur le blog de Loretta. Elles vont alors concevoir et écrire Petite recettes de bonheur pour les temps difficiles, à distance, sans jamais se rencontrer (du moins pas avant la publication du roman. Je ne sais pas d'ailleurs si elles se sont rencontrés à ce jour). Ainsi, cela donne un corps et une enveloppe supplémentaires à ce roman épistolaire: j'imagine très bien Loretta et Suzanne se mettre chacun dans la peau d'une de leurs héroînes et d'échanger les lettres du roman...par courrier (c'est beau de rêver. Je pense plutôt qu'elles devaient échanger par mail pour plus de rapidité). J'adore également cette initiative qui rend ce roman particulier à mes yeux. 

Ce roman donne une autre vision de la guerre , car on se focalise sur les femmes restées à l'arrière et qui attendaient, dans l'angoisse et la peur, des nouvelles de leurs mari, père, frères,  amis. Mais c'est un roman où l'on rit, où l'on pleure. Le lecteur est complètement impliqué dans les destins de Glory et de Rita et s'attachent à tous ces personnages. Malgré la distance, Loretta et Suzanne ont construit un roman cohérent,où deux personnages féminins forts et courageux, m'ont éblouis et que j'aurai du mal à oublier. (j'ai même noté certaines des recettes du bouquin car oui, Glory et Rita échangent aussi des recettes de cuisines et autres petits obijets pui embellissent leur quotidien). 

Au final, un roman merveilleux, bouleversant, qui m'a comblé, qui m'a fait pleurer, rire...et qui nous rappelle que recevoir des lettres, il n'y a rien de plus beau. Pour Glory et Rita, ces lettres étaient comme une bouée de sauvetage pour éviter de sombrer. C'est aussi une belle amitié, qui va au delà du roman, puisque les deux auteures sont devenues amies...tout comme leurs héroïnes. 
Si vous avez aimé, "Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates", vous ne pouvez pas paser à côté de ces Petites recettes de bonheur. Elles vous combleront et vous n'aurez qu'une envie: envoyer une lettre à un(e) inconnu(e) et commencer une correspondance qui débouchera (peut être?) sur une belle amitié. 

Merci à Brigitte et aux   Editions Belfond pour cet échange épistolaire qui m'a comblé au delà du possible. 

Suzanne Hayes et Loretta Nyhan: Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles (I'll be seeing you), Belfond, 397 pages, 2014