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mercredi 19 janvier 2022

Le bal des ombres

 

Résumé: 1878, Londres. Trois personnages gravitent autour du Lyceum Theatre : Ellen Terry, la Sarah Bernhardt anglaise; Henry Irving, grand tragédien shakespearien, puis Bram Stoker, administrateur du théâtre et futur auteur de Dracula. Loin d’une légende dorée où tous les pas mènent vers la gloire, la destinée de Bram Stoker se révèle un chemin chaotique mais exaltant.


Avec ce Bal des ombres, Joseph O'Connor rend un vibrant hommage au père de Dracula, Bram Stoker (en y mêlant également deux autres grandes figures anglaises, Ellen Terry et Henry Irving) dans un récit follement gothique et baroque à souhait. 

Il y a un moment que je veux découvrir les histoires de Joseph O'Connor (deux de ses livres peuvent en témoigner puisqu'ils attendent depuis quelques années d'être lu par le chroniqueur de ce billet). Et finalement, c'est avec son dernier livre que je le découvre. 

Je dois dire que ce livre m'a déconcerté à son début. J'ai mis une quarantaine de pages à savoir dans quoi je m'embarquais, l'auteur prenant un malin plaisir à mélanger les époques et les différentes écritures stylistiques, passant de lettres aux extraits de journaux intimes. Il a fallu l'arrivée de Stoker au Lyceum, théâtre londonien récemment acheté par Henry Irving, grand comédien Shakesperien pour me laisser aller. Ensuite, je n'ai pu que me laisser porter par la plume poétique et envoutante de Joseph O'Connor. 

Quelle idée géniale de la part de Mr O'Connor d'avoir fait le choix de "copier" son personnage Bram Stoker dans la façon de raconter les aventures londoniennes de l'écrivain, en interaction avec Henry Irving, et Ellen Terry, entre autres. En effet, L'auteur s'est inspiré de "Dracula" dans ses références, mais aussi dans sa forme, puisque le texte est composé, essentiellement d'extraits du journal de Bram Stoker (alors probablement  inventé par Joseph O'Connor, puisque nous sommes ici dans une oeuvre de fiction, et non pas  une biographie) et de lettres (pour ceux qui l'ignorerait, Dracula est un roman essentiellement épistolaire entremêlé de journaux intimes des protagonistes). Mais les références ne s'arrêtent pas là, puisque Joseph O'Connor citent les protagonistes principaux du roman de Bram Stoker, Jonathan Harker (qui ici est un jeune dessinateur qui signera les décors des pièces montées par Irving) et Mina (qui, dans Le bal des ombres est justement une ombre, un fantôme qui erre dans les hauteurs du Lyceum (dans ce fameux "antre de Mina" qui fait peur à beaucoup de monde et dans lequel Bram Stoker va se réfugier pour écrire). Sans oublier évidemment, le comte Dracula, qui doit être représenté dans le roman par le personnage réel et fictif à la fois, Henry Irving, propriétaire du Lyceum, ogre magnifique qui rend la vie impossible à ses subordonnés. 

Alors, faut il avoir lu Dracula pour lire ce livre? Non, pas obligatoirement, mais l'avoir lu est un petit plus car le lecteur peut alors s'amuser des références qu'il découvrira au fil de sa lecture. 

Qu'est ce que j'ai aimé l'ambiance de ce livre, retrouver l'intérieur d'un théâtre, le Londres de la fin du XIXe, l'ambiance sombre et gothique de ce livre, encore plus renforcé par la peur qui s'insinue dans la population depuis qu'un fameux Jack l'Eventreur sème la terreur dans les rues (d'ailleurs, Bram nous entraine dans ses ruelles tard dans la nuit, nous faisant frissonner au moindre bruit). C'est également un livre sur la création littéraire et le fait de ne pas être reconnu de son vivant, car, comme beaucoup d'écrivains de son temps, Bram Stoker, ne vit pas de sa plume et se résigne à travailler dans ce théâtre en tant qu'administrateur. Ses relations avec sa femme, Florence, s'en ressent un peu. (Pourtant, c'est elle qui se battra pour les droits d'auteurs de son mari en intentant un procès à la société de film qui produisit "Nosferatu", très inspiré par Dracula, en leur intentant un procès et établissant ainsi la protection des auteurs avec ces fameux droits d'auteurs. C'est ce qu'explique Joseph O'Connor à la fin du livre en lui adressant également ses remerciements). 

Si je ne devais avoir qu'un bémol, ce serait pour la dernière partie du livre (la Coda): non pas qu'elle ne soit pas intéressante mais le fait qu'un personnage ai disparu lors de l'acte III, le souffle retombe un peu. Comme si celui ci avait pris toute la place et phagocyté les autres personnages. Elle donne cependant une belle conclusion au destin de Bram Stoker, mais elle n'a pas su m'emporter au bout. 

En tout cas, je ne regrette pas cette formidable découverte. Voilà un roman gothique dans la plus pure des traditions. Un roman sur l'envers du décor et les coulisses d'un théâtre, avec l'ombre de Dracula qui plane sur le Lyceum. Que demander de mieux, franchement. 

Merci aux Editions Rivages pour ce voyage fantasmatique dans le Londres du XIXe. 


Joseph O'Connor, Le bal des ombres, (Shadowplay), Rivages poche, 477 pages, 2022




samedi 9 octobre 2021

Bilan Lecture du 26 septembre au 8 octobre 2021

 Je vais tenter quelque chose de nouveau sur le blog: les courtes chroniques. En effet, j'ai lu quelques livres ces dernières semaines, et je n'avais pas vraiment grand chose à dire sur mes lectures et de faire de longs développement. Donc, essayons, la chronique courte et succincte. Voyons voir si je réussis. C'est parti! 


Une intrigue qui se passe en pensionnat, un meurtre, des secrets, une ambiance, très "poètes disparus", j'aurai dû adorer ce livre. Oui, mais voilà, j'ai mis une semaine pour le lire (ce qui est peu quand on sait que le livre fait plus de 700 pages), tellement je n'avais pas envie de retrouver cette bande de gamins prétentieux et imbus d'eux-mêmes. 

Mais, bon, qu'est ce que ça raconte? dès les premières pages, on apprend que les protagonistes tels que Richard, Henry, les jumeaux, et Francis sont responsables de la mort de leur camarade Bunny. Puis, retour en arrière, on découvre Richard qui est accepté dans une université du Vermont où il va faire la connaissance d'un cercle, dans lequel il va s'intégrer. Il y a le chef, Henry, qui sait déjà tout, les jumeaux, inséparables, Francis, et Bunny, un être un peu à part, dans le groupe. Tous, sont des gosses de riches et cela se ressent dans leur comportement. Richard, fasciné, va alors entrer dans un cercle infernal qui va l'amener à commettre l'irréparable. 

Alors, j'ai trouvé que l'intrigue était très bien menée, puisque l'on voit d'abord comment Richard et sa clique en sont arrivés à tuer leur camarades, puis dans une 2e partie, les conséquences de leur acte. Mais je n'ai pas pu m'attacher à cette bande de "gamins" prétentieux, qui boivent plus que de raison (Charlie, l'un des jumeaux, devient même un alcoolique, qui couche avec sa jumelle), se droguent et se prennent carrément pour des divinités. Ils sont imbus d'eux mêmes, se prennent pour le centre du monde et trouvent que les autres, élèves comme profs, sont de la merde. Comment voulez-vous avoir de l'empathie pour eux? Cela me fut impossible. Cependant, Donna Tartt, dont je salue le talent, a su, a à peine 20 ans, menée son intrigue de main de maitre, distillant un suspense à petites gouttes jusqu'à un final surprenant qui m'a  réjouis (oui, je suis sadique). Un roman, dont j'attendais probablement beaucoup trop, qui ne m'a pas totalement embarqué à cause de personnages antipathiques. Mais je conçois que c'est devenu un classique dans le genre des romans à l'ambiance universitaire, avec une intrigue puissante fort bien menée. A lire évidemment. Et je continuerai à découvrir la plume de Donna Tartt. Assurément. 

Donna Tartt, Le maître des illusions (The secret History), Pocket, 706 pages, 1993




  






Il y avait un moment que je n'avais pas lu du Balzac. C'est ainsi que le week-end dernier, j'ai lu "Une double famille", une nouvelle qui se trouve dans "Scènes de la vie privée". 

Dans celle-ci, on va suivre une vieille femme et sa fille Caroline, couturières, pratiquant leur métier dans leur appartement, fenêtre ouverte. C'est ainsi que le jeune comte de Grandville remarque la jeune Caroline et en tombe amoureux. Ils se mettent en ménage. Puis, petit retour en arrière sur la vie antérieure du Comte de Grandville. Celui ci est promis à une amie d'enfance, Angélique, qui s'avèrera dévote, jusqu'à la bigoterie. 

Ces deux histoires vont alors n'en faire qu'une et Balzac, de sa plume incisive et drôle va dresser un portrait peu glorieux de la bigoterie qui excuserait presque que le jeune comte de Grandville prennent une maitresse en la personne de Caroline, car il est malheureux en amour. 

Plus je découvre Balzac, plus je me familiarise avec sa plume que j'apprécie de plus en plus. je trouve que le procédé (qu'il a déjà utilisé dans d'autres nouvelles) du retour en arrière et du double récit ne fonctionne pas totalement ici. En cause, le titre choisi de la nouvelle. On comprend que le comte de Grandville, se retrouve dans une situation d'adultère. Donc plus de surprise. Le précédent titre de la nouvelle (la femme vertueuse), laissait cet aspect de surprise. Dommage. Puis, j'ai trouvé la fin très nébuleuse, tellement qu'il a fallu que je me réfère, au "Dictionnaire des personnages de la Comédie Humaine" pour comprendre cette fin arrivée trop abruptement. Mais cela fut quand même fort plaisant de retrouver la plume de Balzac. je continuerai donc ma découverte de la "Comédie Humaine" à mon rythme. 

Honoré de Balzac: Une double famille, 70 pages, Classiques Garnier, 1830










Dans "L'Âme de l'Empereur", nous allons suivre, Shai, une jeune Forgeuse qui a le don de modifier le passé des objets, qui se fait arrêter pour le vol du Sceptre de l'empereur. Elle est emprisonnée. C'est alors, que le conseil lui offre de fabriquer une nouvelle Âme pour l'Empereur, victime d'une tentative d'assassinat. 

Avec ce court roman, je continue ma découverte de la plume et de l'univers de Brandon Sanderson (dont j'avais lu l'année dernière "Elantris" que j'avais adoré), celui d'Elantris et plus généralement du Cosmère. 

J'ai trouvé ce petit livre fascinant, à plus d'un titre. Fascinant par sa brièveté (moins de 200 pages). En effet, les univers fantasy sont souvent de gros pavés de plus de 500 pages, développés sur des sagas au long cours. Non, ici, Brandon Sanderson nous explique un univers magique dans une simple histoire qui n'a pas besoin d'être développée sur des millier de pages (ce que le monsieur sait aisément faire sur ses autres saga, n'est ce pas "Les archives de Roshar"!) et il le fait admirablement bien. On a le temps de s'attacher à Shai, à découvrir ses capacités magiques. L'histoire est bien développée et trouve une conclusion fort acceptable, qui se suffit à elle même. Il n'y a pas de sentiment de trop peu. C'est seulement un petit roman qui pose sa pierre à l'édifice du Cosmère. Un petit roman plaisant, qui me donne envie de continuer ma découverte de l'univers de Brandon Sanderson. A suivre donc, avec la saga "Fils des Brumes". 

Brandon Sanderson: L'äme de l'Empereur, (The Emperor' Soul), Le livre de poche, 200 pages, 2014










Bienvenue à Shancarrig, petite bourgade irlandaise, où vit toute une petite communauté, tous plus sympathique les uns que les autres, mais qui cachent des petits secrets. 

J'ai tout d'abord été déstabilisé par ce livre, dans lequel il a fallu entrer progressivement. En effet, l'histoire débute par l'ouverture d'une école dans le petit village de Shancarrig. Le Père Gunn attend la visite de l'Evèque, qui doit bénir la nouvelle école. Passé ce chapitre, on va alors suivre le destin des instituteurs et des élèves de cette école. C'est ainsi que chaque chapitre va se concentrer sur un instituteur (comme Maddy Ross ou le couple Kelly) et sur certains élèves, comme Eddie, Maura, Leo (qui est une fille) ou Nessa. 

Ce qui fut déstabilisant, c'est d'avoir l'impression de lire un recueil de nouvelles, dont le lien est un petit village irlandais. En effet, chaque histoire a son début, son milieu et sa fin, sans vraiment de liant apparent entre elles. Chaque histoire commence au début de la vie du protagoniste qu'on suit, ce qui fait qu'on revient tout le temps en arrière. Alors, oui, parfois certains éléments des histoires précédentes sont rappelés dans les autres chapitres , car tout ce joli petit monde se côtoie, mais je n'ai pas eu l'impression de lire un roman. En fait, c'est plus un recueil de nouvelles, dont le protagoniste principal est l'école communale (car le livre débute par l'ouverture et la fermeture de l'école). 

Passé cet état de fait du recueil de nouvelles, les histoires se suivent, avec plus ou moins de plaisir (selon les personnages que l'on suivait). Ce fut plaisant à lire, surtout en cette période automnale. Après, que va t'il m'en rester. je ne sais pas encore. On verra avec le temps. Lecture plaisante, mais pas indispensable. 


Maeve Binchy: Les secrets de Shancarrig, (The Copper Beech), Pocket, 382 pages, 1993




vendredi 2 avril 2021

Le Maître

Résumé: Le roman s’attache à cinq années de l’existence du romancier Henry James, de 1895 à 1899. Il commence par l’un des événements les plus douloureux de l’existence de James : l’échec retentissant de sa pièce de théâtre, Guy Domville, à Londres en janvier 1895. Lors de la première, les applaudissements des amis de James sont noyés sous les sifflements du public. Dans un théâtre voisin, en revanche, la nouvelle pièce d’Oscar Wilde fait un triomphe. Après ce fiasco, James décide de retourner au roman, mais d’abord il accepte les invitations de quelques-uns de ses amis de la noblesse installés en Irlande, espérant ainsi échapper aux échos de son échec londonien – cette visite permet à Colm Tóibín de s’attarder avec ironie sur les abus de l’occupation anglaise, sujet qui lui tient davantage à cœur qu’à James, peu préoccupé par ses lointaines origines irlandaises.


Si j'ai sorti ce livre de ma Pal, c'est pour sa magnifique couverture qui a attiré mon oeil...sans me souvenir aucunement ce qu'il racontait. 

Oui, cela m'arrive souvent de me demander ce que raconte un livre et pourquoi je l'ai acheté, surtout quand ce  livre traine depuis quelques années dans mes bibliothèques. J'avais donc totalement oublié qu'il parlait d'un écrivain. (En le regardant à chaque fois dans la bibliothèque, j'étais persuadé que ce livre parlait de peinture...mais non, c'est bien d'Henry James, écrivain américain, dont on va suivre 5 années de sa vie). C'est la 2e fois que je rencontre cet écrivain dans mes lectures, devenant, dans ces romans, personnage,  sans pour autant, l'avoir déjà lu. 

J'ai aimé la plume de Colm Toibin, même si celle ci, n'est pas si facile d'accès. Disons, que j'ai pris le temps de lire et de m'immerger dans ce roman fort plaisant. C'est une jolie réflexion sur le "métier d'écrivain" et les aléas de la vie d'un auteur, avec ses joies, ses déboires, et ses peines...toujours affilié au défi et problème de création. C'est vraiment, à un récit intérieur auquel l'auteur nous invite. La vie d'Henry James nous ai dévoilé par petites touches, avec des retours en arrière inclus dans la narration, comme autant de souvenirs qui revient en mémoire à Henry pour mieux éclairer son présent. 

Bien sûr, les chapitres m'ont plu a un degré différents: le premier sur l'échec de sa pièce est une bonne entrée en matière pour faire connaissance avec l'auteur, Henry James, qui vivra là une épreuve dont il aura du mal à se remettre. Puis petit détour par L'Irlande ensuite, Londres mais également l'Italie. J'ai trouvé agréable de deviner quelles nouvelles ou romans, se cachait derrière les idées qui venaient à Henry James (dans l'un des chapitres, j'ai clairement reconnu dans la génèse de création, le roman "Le Tour d'Ecrou"), comme Le Tour D'écrou, donc, ou "Portrait de femme", qui fut inspiré par l'une des amies d'Henry James. 

En fait, ce roman est un donneur d'envie de découvrir la plume d'Henry James...mais pas tout de suite. Comme si je ne me sentais pas encore prêt à découvrir l'auteur...mais par contre, j'ai aimé le retrouver comme personnage de roman. Et les réflexions sur la création et le besoin d'écrire sont très bien retranscrit. Une jolie découverte qu'il faut prendre le temps de déguster pour ressentir tout le spectre du grand auteur américain, Henry James. 


Colm Toibin: Le Maître (The Master), Editions Robert Laffont, 425 pages, 2005




 

vendredi 26 juillet 2019

Les fureurs invisibles du coeur

4e de couverture: Cyril Avery n’est pas un vrai Avery et il ne le sera jamais – ou du moins, c’est ce que lui répètent ses parents adoptifs. Mais s’il n’est pas un vrai Avery, qui est-il ?
Né d’une fille-mère bannie de la communauté rurale irlandaise où elle a grandi, devenu fils adoptif d’un couple dublinois aisé et excentrique par l’entremise d’une nonne rédemptoriste bossue, Cyril dérive dans la vie, avec pour seul et précaire ancrage son indéfectible amitié pour le jeune Julian Woodbead, un garçon infiniment plus fascinant et dangereux.
Balloté par le destin et les coïncidences, Cyril passera toute sa vie à chercher qui il est et d’où il vient – et pendant près de trois quarts de siècle, il va se débattre dans la quête de son identité, de sa famille, de son pays et bien plus encore.
Dans cette œuvre sublime, John Boyne fait revivre l’histoire de l’Irlande des années 1940 à nos jours à travers les yeux de son héros. Les Fureurs invisibles du cœur est un roman qui nous fait rire et pleurer, et nous rappelle le pouvoir de rédemption de l’âme humaine.


Il y un moment que je n'ai pas donné mon avis sur mes lectures dans ce petit Kabaret. Ce n'est pas que je n'ai pas lu (loin de là), mais je n'avais simplement pas envie d'en parler. Mais il est temps maintenant de s'y remettre. 

C'est avec le titre de John Boyne, "Les fureurs invisibles du coeur" que je fais ce retour. 
J'ai découvert John Boyne avec un précédent roman "le secret de Tristan Sadler" que j'avais beaucoup aimé. 
Dans les romans de John Boyne, l'homosexualité à une grand part, et ce roman n'y fait pas exception, avec le personnage principal Cyril Avery. Ce jeune orphelin adopté par une famille particulière constitué de Charles et Maude, va découvrir qu'il est attiré par les garçons. Il ne fait pas bon être homosexuel dans l'Irlande puritaine de l'après-guerre (la 2nde). C'est ainsi que le jeune Cyril, que l'on va suivre tout au long de sa vie, va devoir cacher qui il est vraiment aux yeux des autres. 

John Boyne nous propose un roman de toute beauté, avec une histoire de honte, de rédemption également, mais aussi une petite critique de l'Irlande, face à leur intolérance vis à vis des homosexuels. J'ai trouvé le personnage de Cyril touchant par moment, mais parfois agaçant devant ses atermoiements, et certains de ces choix. En revanche, j'ai trouvé Julian imbuvable, et je n'arrivais pas à savoir ce que Cyril pouvait lui trouver. Je lui ai préféré Bastiaan, qui deviendra le grand amour de Cyril mais stop, j'en dis déjà trop. 

Ah, c'est qu'il n'est pas facile de ne pas trop en dire sur ce roman dont la forme particulière (découpé en parties, qui déroulent la vie de Cyril de 7 années, à  chaque fois, de sa naissance, en 1945, jusqu'à aujourd'hui). Il lui arrive tout plein de choses, et John Boyne réussi grandement à toute les mener, et même à nous surprendre. C'est grandiose, vibrant, bouleversant par moment, indigne aussi, mais toujours avec une grande profondeur. 
A travers Cyril, c'est toute l'histoire d'un pays qui se dévoile et que l'auteur nous montre. C'est aussi un livre sur la difficulté de s'accepter tel que l'on est, surtout dans un pays où l'homosexualité a été condamnée longtemps et où les préjugés persistent. (D'ailleurs, c'est ironique de se rendre compte du destin de Julian, hétéro volage patenté, qui va vivre son pire cauchemar, si je puis dire). 

Au final, un très beau roman sur l'homosexualité et l'acceptation de celle ci, qui peut prendre plusieurs années, par la personne concernée. Un roman sur l'Irlande et ses dérives et préjugés, mais aussi sur les filles mères, et les personnes qui sortent de l'ordinaire. Un roman touchant qui me laissera un beau souvenir avec une fin des plus émouvantes. Une belle surprise. 

John Boyne; Les fureurs invisibles du coeur, (The Heart's Invisible Furies), J.C. Lattès, 587 pages, 2018



dimanche 28 avril 2019

Les Filles d'Ennismore

4e de couverture: Rosie a huit ans, elle est fille de métayer ; quand elle sera grande, elle servira la famille Ennis, comme sa mère et sa sœur avant elle. Victoria a sept ans, elle est la fille de lord et lady Ennis ; quand elle sera grande, elle quittera le domaine d’Ennismore pour faire un beau mariage.
En attendant, Victoria se sent seule et rêve de partager ses secrets avec la fille du métayer qu’elle a rencontrée dans le parc de la propriété. Et pourquoi pas ? C’est décidé, dès septembre, la petite paysanne partagera les leçons de la demoiselle du château.
Mais, dans une société écrasée sous le poids des conventions et des hiérarchies, est-il bien raisonnable de semer des aspirations égalitaires dans le cœur des jeunes filles ? Car un vent de révolte souffle sur l’Irlande et cette amitié qui éclôt pourrait bien bouleverser leur vie ainsi que celle de leur entourage… Rosie et Victoria trouveront-elles la force de lutter contre la marche de l’Histoire qui menace de les déchirer ?


Après un coup de coeur livresque, il est toujours très difficile de choisir sa prochaine lecture. Et souvent, cette prochaine lecture peut pâtir de ce précédent coup de coeur. 
Pour le choix, je me tourne souvent vers un univers complètement opposé au précédent livre, pour éviter toute comparaison...et vers un univers qui me plait. 

C'est ainsi qu'àprès "J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi", je me suis tourné vers le roman de Patricia Falvey. Un univers à la Downton Abbey, avec aristocrates et domestiques, c'est tout ce que j'aime. De plus, ici, cela me permettrait de découvrir l'Irlande et son histoire. 

Mais cette lecture à t'elle pâtit de mon précédent coup de coeur? Pas du tout! Alors, certes, ce ne sera pas un coup de coeur, mais j'ai beaucoup aimé. 

Patricia Falvey nous raconte l'Irlande du début du XXe siècle, qui va connaitre des bouleversements majeurs,à travers le regard de deux jeunes femmes issues de deux classes différentes: Rosie, fille de fermiers, qui travaillent sur le domaine d'Ennismore, et Victoria, fille de Lord et Lady Ennis, qui habitent le domaine d'Ennismore. 
Toutes deux vont devenir amies vers l'âge de 8 ans. Rosie va alors entrer dans un monde étranger, et tout au début de sa jeune vie, elle ne va pas savoir comment trouver sa place. 

C'est finement écrit, et bien troussé, avec des personnages forts, comme Rosie, et Victoria, qui sont le portrait flamboyant de l'émancipation féminine dans un monde chamboulé par le changement (et l'insurrection de Pâques 1916, qui voit le peuple irlandais se battre contre l'envahisseur anglais en est le climax vibrant), donne un roman touchant, de forme classique certes, mais qui nous divertit tout en nous instruisant. 
Patricia Falvey réussit aussi à trouver un équilibre entre les aristocrates et les domestiques, leur donnant à chacun un rôle propre et où les gentils et les méchants sont mélangés de chaque côté. 
Certes, parfois, certains événements se devinent avant de les voir, mais c'est plus à cause d'un événement historique connu du lecteur, que par un goût de déjà vu (exemple, quand certains personnages embarquent sur le Titanic un certain mois d'avril 1912, le lecteur connaissant la tragédie de ce paquebot va alors se demander qui va s'en sortir). 

Si la partie à Ennismore m'a plu, c'est clairement celle à Dublin qui a ma préférence: Rosie et Victoria prennent leur envol et leur destin prennent alors des chemins différents. Mais surtout, on découvre la misère d'une grande ville qui fera monter le vent de révolte qui commence à souffler sur l'Irlande. De nouveaux personnages font leur entrée comme Cathal O'Malley, qui entraîne des jeunes irlandais pour la future insurrection, ou bien Lady Marianne, soeur de Lord Ennis, qui va prendre une plus grande ampleur en s'occupant des deux jeunes filles. 

C'est palpitant, instructif et on ne s'ennuie pas une minute, entre secrets, histoire d'amour contrariée, drames, bonheurs...tout ce qui fait le sel des plus grands romans anglais...avec un goût d'Irlande en plus. C'était tout à fait le livre qu'il me fallait. 

Au final, un roman très plaisant, qui ravira les amoureux de la littérature anglaise, avec des grandes histoires d'amitié, d'amour, avec des femmes fortes comme Rosie et Victoria, des bouleversements de l'Histoire qui vont impacter nos chères héroïnes. Des beaux portraits de femmes qui vont vous faire vibrer le coeur. Un très beau roman. 

Merci aux Editions Belfond pour cette lecture très plaisante. 

Patricia Falvey: Les Filles d'Ennismore, (The Girls form Ennismore), Belfond: collection Le Cercle, 412 pages, 2019





lundi 8 mai 2017

Un bon garçon

4e de couverture: Irlande du Nord, fin des années 80, en plein conflit entre catholiques et protestants à Ardoyne, quartier difficile de Belfast. Mickey, le narrateur, vit sa dernière journée à l’école primaire avant les vacances d’été. Bon élève, il se réjouit d’avoir été admis dans une Grammar school – collège « d’élite » –, et d’échapper ainsi à ses condisciples actuels. Mais, lors d’un surréaliste rendez- vous chez le directeur, il apprend que son père a dépensé l’argent censé payer sa scolarité. Ce sera donc St. Gabriel, le collège de base fréquenté par son grand frère et tous les gamins du coin.
Le petit chien offert par ses parents ne suffit évidemment pas à faire oublier le goût âpre de ces vacances qui commencent, et Mickey décompte avec angoisse le nombre de semaines le séparant de la rentrée. Rêveur, il passe son temps à inventer des histoires et à imaginer ce que serait sa vie en Amérique. Il adore sa mère et sa petite soeur, mais redoute son père alcoolique et sa brute de grand frère qui, comme tous les garçons du quartier, n’aime rien tant que le tourmenter. Parce que, tous s’accordent à le dire, Mickey est « différent » : enfant doué et sensible pour la plupart des adultes, « petit pédé » qui joue avec les filles pour les autres…

Ce roman d'apprentissage de Paul McVeigh peut juste sembler un bon roman, qui nous fait passer un bon moment, avec un petit garçon de Belfast, qui vit des vacances d'été dans un pays en plein conflit. 
Sauf, qu'après l'avoir refermé, il y a quelques heures, il me trotte dans la tête et je remarque enfin ce qui ne m'avait pas sauté aux yeux: ce petit garçon (Michael alias Mickey) solitaire, n'ayant pas de copain, rêveur, et qui rêve de quitter sa petite vie pour un Collège hors du quartier, c'est tout simplement moi. Je suis ce petit Mickey qui se cherche émotionnellement et qui rêve d'une autre vie. Tout comme lui, j'ai eu des rêves et c'est en fermant le livre, que j'ai enfin compris ce petit garçon différent. 
La plume de Paul McVeigh (très bien retranscrite dans notre langue par Florence Lévy-Paoloni)  m'a complètement transportée, émue. L'auteur a su retrouver la voix de l'enfant qui sommeille en chacun de nous et qu'il est difficile de retranscrire avec des mots. Sauf que la voix du petit Mickey est audible et vous murmure à l'oreille et au coeur. Elle vous bouleverse au plus haut point et elle m'a tiré quelques larmes (peut être un peu de nostalgie, qui sait). 
Ce roman est aussi le portrait d'un pays (L'irlande) confronté à un conflit sanglant entre l'IRA et les anglais, et qui m'a complètement chamboulé (la scène où le petit Mickey se trouve pris dans une explosion qui va connaitre une fin tragique pour l'un des personnages vous prend aux tripes et vous étreint le coeur). Le petit plus, c'est que ce conflit, vécu de près par les proches de Mickey, comme sa mère, Josie, ou Paddy, son grand frère, qu'il déteste)  est vu à travers les yeux d'un enfant, et il prend un sens particulier, car il n'y a pas les même tenants et aboutissant: Mickey ne voit et ne comprend pas le mal qu'il peut faire aux siens, devant ses actes de bravoure qui  peuvent avoir des conséquences dramatiques. 
C'est difficile, je n'arrive pas à décrire tout ce que je ressens sur ce livre (c'est souvent comme ça quand un livre me chamboule et  fait faire un bond à mon coeur. Comment retranscrire tout ce qu'il ma fait vivre émotionnellement. Alors, juste vous dire: lisez le et partez à la découverte de ce petit garçon charmant, qui certes, peut être arrogant (comme tous les enfants) agaçant parfois, mais touchant, qui vous fera pleurer, j'en suis sûr. En tout cas, il saura vous prendre votre coeur comme il a pris le mien. 
Au final, un roman bouleversant, sur un sujet déjà lu (l'apprentissage d'un enfant vers l'adolescence, avec les questionnements et les chamboulements que cela comportent), mais dans un contexte inédit pour moi (le conflit anglo-irlandais dans les années 80) vu à travers les yeux d'un enfant. Bouleversant et auquel on pense longtemps après avoir refermé le livre. 

Paul McVeigh: Un bon garçon (The Good Son),Philippe Rey, 249 pages, 2016



mercredi 6 mai 2015

Le secret de Tristan Sadler

4e de couverture: Tristan Sadler, vingt-et-un an, a survécu à l'enfer de la Première Guerre mondiale, mais son âme est restée en France, dans les tranchées. Auprès de Will, son compagnon d'arme qui n'est jamais revenu. 

De retour en Angleterre, Tristan rapporte à Marian les lettres que celle-ci adressait à Will. Mais aura-t-il le courage de lui dire que son frère, malgré les apparences, n'était pas un lâche? Cela l'obligerait à dévoiler son secret...

Les champs de bataille et l'absurdité des combats ne sont que le décor de ce roman, où se déploient l'amitié, l'amour, la cruauté, la trahison, le remords...Traduit dans vingt langues, Le secret de Tristan Sadler a été unanimement salué par la critique. 

Ce roman de John Boyne est un petit bijou poétique. Les mots de ce dernier nous laissent pantois, dévasté, touché au coeur devant ce destin hors norme, d'un "héros" ordinaire. 
Tout d'abord, je voudrais rassurer les personnes qui n'aiment pas les livres traitant de la guerre: celle ci n'est que le cadre, qui sert juste à parler des états d'âme d'un homme, qui essaie de tuer les démons du passé en livrant, à Marian, mais aussi au lecteur, les événements tragiques de cette partie d'histoire.

C'est donc plus un roman psychologique que nous offre John  Boyne, qui réussit, en dressant le portrait de Tristan, à maintenir un suspense, jusque dans le dernier chapitre, en alternant le passé et le présent des personnages (puisque l'histoire se déroule entre 1916 et 1919, c'est donc le passé total pour le lecteur, on est d'accord).

J'ai trouvé ce roman bouleversant, et il a su me toucher profondément, de par son sujet, dont je tairais l'objectif puisque cela serait dévoiler le fameux secret du titre...ce serait donc dommage...même si j'avais deviné par avance certains aspect de ce secret... Ce roman nous parle surtout, et avant tout  de l'acceptation de soi et nous donne à voir deux aspects différents, entre Tristan (le personnage qui m'a le plus touché) et Will, de l'acceptation d'une certaine chose, qui a encore du mal à être accepté à notre époque...alors, je ne vous dis pas comment c'était au début du siècle dernier. Malgré ma colère contre Will, à certains moments, devant son attitude envers Tristan, je ne peux pas le blâmer: venant d'une famille catholique (ou anglicane, je  ne saurai dire? En tout cas, son père est pasteur), il ne peut pas concevoir de devoir vivre comme un paria si son "amitié" avec Tristan était révélé au grand jour. Surtout, il ne l'accepte pas, à la différence de Tristan, qui, s'il ne le crie pas sur les toits, assume ce qu'il est (en revanche, il mettra longtemps à admettre ce qu'il a fait...mais chut).

L'auteur évoque la guerre de manière grandiose: même si celle ci n'est pas le noeud central du roman, John Boyne donne une atmosphère si particulière que, par des petites phrases de description, parcheminé dans le roman, le lecteur est de suite immergé dans cet enfer...surtout il montre également la folie des hommes, en la personne du sergent Clayton, détestable, et fou à souhait. Là aussi est la force de ce roman: le croquis minutieux et vrai de personnages haut en couleurs.
Heureusement, les chapitres de la guerre (qui sont supportables à lire, je vous rassure et qui ne sont qu'au nombre de deux, en définitive) sont contrebalancé par les chapitres de Norwich où Tristan se rend pour donner les lettres à Marian, l'un des rares personnages féminins de ce roman mais quelle femme! Moderne, combative et qui rêve d'indépendance. Ces chapitres sont une manière d'amener le lecteur vers les chapitres du passé. Ils servent de pont pour révéler progressivement les secrets des protagonistes.

Au final , un roman bouleversant, qui ne vous laissera pas indifférent. Un roman sur l'acceptation de soi, (qui vient juste de me faire penser à un certain roman de E.M Forster,auteur  évoqué dans le roman), sur la lâcheté des hommes et les non dits. Un roman que je vous recommande fortement. Une jolie pépite d'un auteur irlandais que je suis ravi d'avoir découvert.

Merci à Sibylle et aux Editions de l'Archipel pour cette belle découverte.



John Boyne: Le secret de Tristan Sadler, (The Absolutist), L'Archipel, 328 pages, 2015


vendredi 8 août 2014

Chasse au trésor

4e de couverture: Finis le champagne, les journées aux courses, les escapades à Monte-Carlo... Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les propriétaires de Ballyroden doivent changer drastiquement leur mode de vie. Le benjamin de la famille, sir Philip, décide de faire du château une maison d'hôtes. Il reçoit trois Londoniens fortunés, un frère, sa sœur et la ravissante fille de celle-ci, persuadés de jouir du calme luxueux de la campagne irlandaise. En découvrant des souris dans sa chambre décrépite, Dorothy comprend qu'elle a fait fausse route, mais sa fille et son frère insistent pour rester à Ballyroden : la première a succombé aux charmes de sir Philip, et le second ajoute foi aux délires de tante Anna Rose. Persuadée d'arpenter le monde en avion privé, cette vieille dame au passé mystérieux soutient que se trouve, dissimulée dans la maison, une coquette quantité de rubis... Dans ce roman à mi-chemin entre la comédie de mœurs, le vaudeville et le théâtre policier à l'anglaise, Molly Keane, en grande satiriste, dresse une galerie de portraits tous plus échevelés les uns que les autres.

Publié en 1952, en Irlande, ce n'est qu'en 2014 que cette "Chasse au trésor" nous est proposé par les éditions de la Table Ronde, qui a eu la belle idée de nous faire découvrir les écrits de Molly Keane, auteure irlandaise. 
J'ai été intrigué par ce roman parce qu'il me proposait une ambiance "à l'anglaise" (je sais que le terme n'est pas très approprié, surtout quand le roman se passe en Irlande, mais je n'en trouve pas de mieux), une saveur automnale mais qui sentait bon l'été grâce à son titre. En effet, rien de mieux qu'une Chasse au trésor pour égayer mon été. 

Malheureusement, je dois dire que cette "chasse" fut en dessous de mes espérances, et, au final, j'en ressors mitigé. J'ai aimé certains personnages du roman, comme Tante Anna Rose (j'aimais sa folie douce, son passé troublant et son côté espiègle.) J'ai aimé les domestiques également et plus particulièrement William, tout dévoué à cette chère Tante Anna Rose et à l'humour caustique. J'ai également aimé le mystère qui entourait les fameux rubis que cette chère tantine a caché et que, les membres de la famille, ruinés, ne retrouvent pas. J'ai aimé le côté théâtral du roman: seulement cinq chapitres constituent ce roman: cinq chapitres qui vont crescendo, comme cinq actes dans une pièce de théâtre; les unités  de lieu et de temps sont quasi respecté. J'ai trouvé l'ambiance du roman, ce côté manoir dans la brume, éloigné de la ville, dans lequel il fait froid, très charmant. 

En revanche, je n'ai pas totalement aimé le style de l'auteur: les dialogues sont très bon, et très drôles par moment, donnant du rythme au roman. Malheureusement, celui ci est ralenti par de longues descriptions, qui douchait l'enthousiasme que j'avais ressenti quelques paragraphes plus tôt. Les descriptions de début de chapitre ne  m'indisposaient pas, bien au contraire: elles nous décrivaient le lieu et plantaient le décor, ainsi, je pouvais vraiment visualiser la scène. Mais les descriptions qui venaient après des dialogues me semblaient "inutiles". (C'est peut être dû au fait que je ne rencontre plus tellement de longues descriptions dans mes lectures ces derniers temps, et donc, que je ne suis plus habitué. Peut être devrai je me remettre à lire des livres avec des descriptions (qui sont un peu ma hantise: voilà ce qui explique mon "désamour" de Balzac). 

L'histoire en elle même est amusante et m'a fait passer un  bon moment: voir cette famille ruinée, contraint de transformer leur manoir en chambres d'hôtes, est très réjouissant. D'ailleurs, j'ai été plus enthousiasmé par les hôtes anglais que par les habitants de Ballyroden (à part Tante Anna Rose, tous les autres habitants, de Philip à Véronica, m'ont insupporté, la palme revenant à Consuelo et Hercules, ces deux vieux aux airs d'enfants pourris gâtés, j'avais souvent envie de les frapper). 

Au final, un petit roman qui ne m'a pas autant charmé que je l'aurai pensé, à cause de descriptions longues et parfois dispensables, et à des personnages qui m'ont parfois agacé. Une chasse au trésor qui ne fut pas comme je l'espérais. Dommage. 

Merci, tout de même, à Gwenaëlle et aux Editions La Table Ronde pour cette découverte. 

Molly Keane: Chasse au trésor, (Treasure Hunt), La Table Ronde (Quai Voltaire), 270 pages, 2014


samedi 29 mars 2014

Le domaine de l'Héritière

4e de couverture: Émilie de La Martinières, dernière descendante d’une illustre famille, hérite du magnifique château entouré de vignobles où elle a passé une jeunesse difficile avec une mère froide et distante. Mais elle hérite surtout d’une montagne de dettes et de nombreuses interrogations sur l’histoire de sa famille.
La découverte d’un ancien cahier la conduit sur les traces de Constance, jeune femme mystérieuse dont l’histoire remonte aux années 1940. Pendant l’Occupation, elle avait trouvé refuge au château, accueillie par des aristocrates aux inextricables secrets.
Quand Émilie découvre l’histoire de Constance et ce qui est réellement arrivé pendant la guerre, elle porte progressivement un autre regard sur ses ancêtres et ce château d’enfance qui, désormais, lui appartient. Un héritage qui pourrait l’aider à percer certains mystères du passé…

Après ma lecture "exigeante", d'"A l'est d'Eden, il me fallait une lecture moins contraignante. 
Mon choix s'est alors porté sur Le domaine de l'Héritière de Lucinda Riley. 
Ce fut un choix idéal et judicieux pour me remettre dans le bain de la lecture et retrouver un rythme normale de lecture.

Le roman de Lucinda Riley est une saga familiale comme je les aime. Une saga comme on en voyait beaucoup dans les feuilletons d'été. De plus, celle ci se passe à une époque que j'apprécie, de par son romanesque, la Seconde Guerre Mondiale. Puis, quand il y a des histoires de famille, de secrets cachés, je suis comblé. 

Je me suis plongé avec envie dans le destin de Emilie, l'héroïne de ce roman palpitant. Les rebondissements sont nombreux et le lecteur ne s'ennuie pas une seconde. Avec un style simple, fluide et clair (même si certains dialogues semblaient convenus quelquefois), Lucinda Riley nous embarque dans le Sud de la France, tout d'abord à la fin du XXe siècle, pour faire connaissance avec Emilie, une jeune femme qui vient de perdre sa mère et qui est donc la dernière descendante de la famille de La Martinières. Elle va alors se consacrer à la rénovation du château familial, à Gassin ,dans le Sud de la France. C'est là qu'elle va faire la connaissance de Sébastian Caruthers, un jeune homme, venu à Gassin pour en découvrir plus sur sa grand-mère, Constance, qui aurait séjournée au château. C'est à ce moment là, que Emilie, aidé de Jacques, le vieux vigneron du château va connaitre  l'histoire de Constance, qui débarqua à Paris, en 1943, en tant qu'agent de liaison de Londres, envoyé à Paris, pour une mission. 

A partir de là, l'histoire va osciller entre le "présent" (ben oui, 1998, cela remonte à une dizaine d'année tout de même, donc pas si présent que ça) et les années d'Occupation, en France, en 1943. C'est d'ailleurs à partir de ce moment ,que j'ai eu du mal à lâcher le roman. On a envie de savoir ce qui est arrivé à Constance et comment elle a fini par "débarquer" dans ce petit village du Sud de la France. 
L'auteur fait durer le suspense jusqu'à pratiquement la fin du roman, avant de donner tous les secrets de Constance, en alternant les époques, de Constance à Emilie. Car ,  si Constance a la part belle des secrets, il ne faut pas oublier les secrets de ses petits fils Sébastian et Alex:  il ne faut pas oublier qu'Emilie est également l'héroïne de l'histoire, au même titre que Constance. Emilie va tomber amoureuse de Sébastian, qui va l'emmener en Angleterre, après leur mariage. C'est ici, qu'elle fera la connaissance de son beau-frère Alex. Mais c'est à partir de ce moment là qu'elle verra son mari changer d'attitude. 

Mais je ne veux pas tout dévoiler, car ce sont les révélations qui font le sel de ce roman. Ce serait dommage de tout gâcher. 
Ce que j'ai également apprécier, c'est que l'auteur nous montre une autre image des Résistants en donnant la part belle aux femmes de l'Ombre, lors du 2e conflit mondial. Cela est tout de même à souligner car peu présent, dans les romans. 

Au final, voilà une belle saga, qui vous fera passer un agréable moment; Si, comme moi, vous adorez les grandes sagas qui renferment des secrets de famille, avec des révélations à toutes les pages, plongez vous dans ce roman qui se lit d'une traite. Il vous fera passer d'agréables moments. Un roman idéal pour les beaux jours qui s'annoncent. 

Merci à Eric et à City Editions pour cette découverte. 

Lucinda Riley: Le Domaine de l'Héritière (The light behind the window), City Editions, 525 pages, 2013)




jeudi 7 novembre 2013

Transatlantic

4e de couverture: Après Et que le vaste monde poursuive sa course folle, le grand retour de Colum McCann. S'appuyant sur une construction impressionnante d'ingéniosité et de maîtrise, l'auteur bâtit un pont sur l'Atlantique, entre l'Amérique et l'Irlande, du XIXe siècle à nos jours. Mêlant Histoire et fiction, une fresque vertigineuse, d'une lancinante beauté. 

À Dublin, en 1845, Lily Duggan, jeune domestique de dix-sept ans, croise le regard de Frederick Douglass, le Dark Dandy, l'esclave en fuite, le premier à avoir témoigné de l'horreur absolue dans ses Mémoires. 
Ce jour-là, Lily comprend qu'elle doit changer de vie et embarque pour le Nouveau Monde, bouleversant ainsi son destin et celui de ses descendantes, sur quatre générations. 

À Dublin encore, cent cinquante ans plus tard, Hannah, son arrière-petite-fille, tente de puiser dans l'histoire de ses ancêtres la force de survivre à la perte et à la solitude


Journaliste de formation, Colum McCann a entreprit de raconter, par le prisme de quatre générations de femmes, un grand roman sur l'Irlande, son pays d'origine. Après avoir raconté des histoires se déroulant à New York, sa ville d'adoption, il décide de se pencher sur l'Irlande, tout en gardant une porte ouverte sur l'Amérique. 

Tout commence par l'une des premières traversées de l'atlantique en avion en 1919: deux pilotes, le capitaine Alcock et le lieutenant Brown partent de Terre Neuve pour atterrir 16 heures plus tard à Clifden dans le Connemara en Irlande. Le lieutenant Brown a dans sa poche une lettre qu'une femme, Emily Ehrlich lui a transmis pour la remettre à une certaine madame Jennings. 
Dans le chapitre suivant, nous voilà revenu en 1845, en Irlande où Lilly Duggan croise la route de Fredérick Douglass, un esclave en fuite qui a témoigné de l'horreur absolue dans ses Mémoires et qui parcourt l'Irlande afin de parler de sa vie et de son combat pour la liberté. Cette rencontre va chambouler la jeune femme qui décide d'embarquer pour l'Amérique. 
Puis, nous voici en 1998: le lecteur va suivre le sénateur George Mitchell, qui va s'envoler pour L'irlande du Nord afin de participer au Processus de paix, comme Envoyé Spécial Américain. Lors de ce voyage, il croisera la route de Lottie, lors d'un tournoi de tennis. 

D'autres chapitres vont nous balader d'une rive à l'autre, à travers le temps, passant de Lilly à Lottie pour finir sur Hannah, l'arrière petite fille de Lilly, cette jeune servante qui décida de quitter l'Irlande pour l'Amérique. L'Irlande, ce pays qu'Hannah a toujours connu. 

La plume de Colum McCann est beaucoup plus facile d'accès dans ce livre que que dans ses derniers romans  (je rassure ainsi  celles et ceux qui auraient eu une mauvaise expérience avec cet auteur génial te qui auraient peur ou pas envie de se lancer dans celui ci): faites de phrases courtes, elle décrit dans la première page de chaque chapitre, le décor, le contexte et les personnages. Il retrouve ainsi son côté journalistique en décrivant dans les moindres détails la traversée d'Alcock et Brown: mais le côté poétique qu'il met dans son écriture rappelle que c'est un écrivain et qu'on est bien dans un roman. 

Dans ce roman, il créée un pont sur l'Atlantique, faisant se rejoindre ses deux patries: l'Irlande et l'Amérique. Mais surtout, il s'amuse avec le temps. 
Car, ce qui fait la force de ce roman, ainsi que sa légère difficulté, c'est qu'il mêle les époques, passant d'une époque à une autre, faisant des retours en arrières, qui nous perde quelque peu: pour tout vous dire, il faut une ou deux pages pour savoir quel personnage et quelle histoire va suivre le lecteur dans chaque chapitre: faisant de ce roman, un roman-nouvelles: le lien entre tous sont ces quatre femmes, faisant partie d'une même famille: Lilly, Emily, Lottie et Hannah qui traversent le roman et les époques, faisant un patchwork vertigineux mais passionnant d'une certaine histoire irlandaise. 
J'ai été époustouflé, émerveillé et hypnotisé encore une fois par l'écriture forte et sans concession de Colum McCann (très bien traduite, une fois de plus par Jean-Luc Piningre, qui m'a moins perdu que pour "Danseur"). 

Au final, un roman merveilleux, où Colum McCann mêle la fiction et le réel afin de rendre un vibrant hommage à son pays d'origine: L'Irlande. 
Vous aussi, laissez vous transportez par sa plume et l'histoire de ces quatre destins de femmes qui ont traversé le XXe siècle avec gravité, douceur, bonheur et malheur. 
Un dernier petit conseil, pour ceux qui auraient peur de se perdre dans les méandres du temps :comme chaque chapitre est daté de 1919 à 2012, lisez les  dans l'ordre chronologique (ce qui vous fera lire le livre dans le désordre), ainsi l'histoire et les destins de Lilly, Emiliy Lottie et Hannah vous paraîtront plus clair. 
Ou bien laissez vous immerger dans ce roman, construit comme un patchwork, et laissez vous guider par l'auteur: je vous assure qu'en tournant la dernière page, toutes les pièces du puzzle se mettront en place dans votre esprit. Vous n'aurez alors qu'une seule envie: refaire la traversée de l'Atlantique en compagnie d'Alcock et Brown a bord de leur Vickers Vimy. 

Merci à Brigitte des Editions Belfond pour cette merveilleuse traversée.  

Colum McCann: Transatlantic (Transatlantic), Belfond, 375 pages, 2013




jeudi 19 avril 2012

New York entre ciel et terre


4e de couverture:New York, 1916. Des terrassiers creusent les tunnels du métro sous l'East River. Des noirs, comme Nathan Walker, venu de sa Géorgie natale, des Italiens, des Polonais, des Irlandais... Pendant les dures heures de labeur dans les entrailles de la terre, une solidarité totale règne entre eux. Mais, à la surface, chacun garde ses distances, jusqu'au jour ou un accident spectaculaire établit entre Walker et un de ses compagnons blancs un lien qui va sceller le destin de leurs descendants sur trois générations.

Manhattan, 1991. Sous le bourdonnement trépidant de la ville, un certain Treefrog, qu'un secret honteux a réduit à vivre dans ces mêmes tunnels, endure les rigueurs d'un hiver terrible, aux côtés d'autres déshérités réfugiés dans ce monde obscur.
(Résumé pris sur le site des Editions Belfond)

Je n’imaginais pas que la plume de Colum McCann m'avait autant manqué. Il a fallu que je me plonge dans ce roman pour découvrir comme cette écriture particulière mais tellement belle me plaisait toujours autant.
Après cette lecture, je me suis aperçu également que j’avais débuté ma découverte de cet auteur avec son roman le plus difficile a abordé au niveau du style: "Danseur". Je me suis alors fait la réflexion que ayant passé cette étape du style et de l'univers particulier, je pouvais tout lire de McCann avec plaisir.

Pourtant, les histoires que nous raconte McCann ne sont pas gaies. Mais il rend cette pauvreté, et ces malheurs d'une manière si poétique et vraie qu'on est en empathie avec les personnages. J'ai été ému devant Treefrog, ce SDF qui a élu domicile dans les tunnels de la ville de New York. Ces tunnels que des ouvriers ont creusés au début du XXe siècle: Nathan, Rhubarbe, Con et Sean, quatre amis qui un jour de 1916, vont vivre un accident qui coutera la vie à l'un d'entre eux.
Colum McCann nous fait traverser l'histoire de deux personnages à deux époques différentes. On suivra Nathan de 1916 jusque dans les années 80, entre amours, racisme, pauvreté où le bonheur et le malheur se passe la balle de leur destin.

En débutant ce roman, j'ai bien vu que deux époques et deux destins nous étaient racontés:celui de Treefrog en 1991 et celui de Nathan Walker, terrassier qui creuse les tunnels de la ville, tunnels qui accueilleront les futurs métros de New York. Dès le départ, j'ai tout de suite pensé que ces deux destins étaient liés. Ai je eu raison dans ce raisonnement? : je vous le laisse découvrir par vous même.

Par ce roman Colum McCann rend un hommage vibrant à ces new-yorkais de l'ombre: les SDF qui se sont installés dans les tunnels du métro, avec la compagnie des rats, de la saleté. Je peux vous dire que quelquefois, il faut avoir le coeur bien accroché car Colum McCann a le don de nous immerger dans ces tunnels avec eux, donnant la parole a ces SDF, parole qu'ils n'ont peut être pas souvent. Alors, c'est vrai Colum McCann nous donne cette vision brut, sans rien édulcorer: on est pas au pays des bisounours où tout est beau et où les SDF retrouvent une belle vie à la fin. C'est dur, âpre, violent parfois mais cela sonne tellement vrai qu'on s'y croirait. Les SDF ne sont pas les seuls a qui McCann rend un hommage: ils nous parlent aussi des terrassiers qui ont risqué leur vie pour permettre aux gens de circuler sous la ville. Puis, il y a également ces bâtisseurs du ciel, qui en haut des poutrelles à plus de 7 mètres du sol construisent ces building qui donneront son identités propre à cette magnifique ville qu'est New York.

En racontant les destins de ces new-yorkais de l'ombre, l'auteur rend un hommage à ceux qui ont fait de New York ce qu'elle est. Par l'intermédiaire de ces personnages, Colum McCann rend un bel hommage à cette ville où il s'est installé il y a plus de vingt ans.

Avec ce troisième roman (bien différent des deux premiers que j'ai lu, "Le chant du Coyote" et "Danseur": c'est ce que j'aime chez un auteur; tout en gardant sa patte, il s'aventure dans des histoires et des univers différents), je m'aperçois que Colum McCann est un des auteurs qui ne me décevra jamais. Certes, il est assez difficile d'entrer dans son style (pour cela, il me fait penser à Joyce Carol Oates qui a également un style très particulier) mais une fois cette barrière franchie, il nous emmène dans des univers nouveaux et fabuleux qui ne laissent pas indifférent. Par ses écrits, Colum McCann m'interpelle et me fait chavirer le coeur. Il rentre dans mon panthéon des grands auteurs.

Si vous n'avez jamais lu un livre de cet auteur, vous passez à côté d'émotions fortes qui vous chamboulent à jamais. Treefrog, Nathan, Angela, Eleanor, Rhubarbe, et même Con, personnages des "saison de la nuit", resteront longtemps avec moi.

Colum McCann est un auteur à découvrir et à lire. Pour débuter la découverte, je vous recommande de commencer par Le Chant du Coyote ou "les saisons de la nuit" . Colum McCann a écrit deux recueils de nouvelles: "Ailleurs, en ce pays" et "La rivière de l'exil". Parfois de courtes histoires sont plus facile à lire pour aborder un nouvel auteur, surtout si cet auteur a un style très particulier comme celui de McCann.
Pour les plus téméraires, vous pouvez même débuter par Danseur, qui est probablement son roman le plus complexe au niveau stylistique, mais avec un destin tellement exceptionnel. Pour moi, cela a fonctionné et j'aborde ces autres romans, plus facile d'accès, avec beaucoup moins d'appréhension.
Pour finir, je vous dirai que Colum McCann fait parti de ces auteurs qui ne laissent pas indifférent: soit on aime, soit on déteste. Et quand on aime cette écriture, on découvre des romans forts, beaux, touchants. On vibre avec des personnages ordinaires aux destins souvent extraordinaires.

En conclusion (car il serait temps que j'arrête de faire l'éloge de ce formidable auteur irlandais qu'est McCann), voilà un roman fort, vibrant, touchant, qui nous raconte l'histoire de New York par l’intermédiaire de ses habitants de l'ombre et ses travailleurs qui ont fait d'elle, l'une des plus belles et vivantes villes du monde.

Colum McCann: Les saisons de la nuit (The Side of Brightness), 10/18, 322 pages, 1998



3e roman (pour cette 2e année) qui entre dans le cadre du challenge New York mis en place par Emily