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samedi 1 juin 2019

Le Moi(s) Belfond #8: Minuit à Pékin

4e de couverture: Entre polar compulsif et document édifiant, un true crime exceptionnel. Dans le Pékin des années 1930, en plein chaos diplomatique et dépravation morale, une enquête minutieuse qui résout un mystère vieux de près de quatre-vingts ans.
 
Par une froide nuit de janvier 1937, au pied de la tour de garde du vieux quartier de la Légation, le corps atrocement mutilé d’une jeune femme est retrouvé. Elle s’appelait Pamela Werner, elle avait vingt ans, elle était la fille adoptive de l’ancien consul de Grande-Bretagne.
 
Crime d’un rôdeur ou affaire d’État ? Dépêché par le Foreign Office, l’inspecteur Dennis lance l’enquête pour s’apercevoir rapidement que personne n’est pressé de voir la vérité triompher. Car Pékin est alors une véritable poudrière. Tandis que diplomates et seigneurs de la guerre complotent dans les fumeries d’opium, les expatriés se plongent dans une frénésie d’alcool, de drogue et de luxure pour oublier les rumeurs de l’invasion japonaise imminente et la fin annoncée de leurs privilèges. Et l’horrible assassinat de Pamela Werner pourrait bien faire l’effet d’une bombe diplomatique…

C'est après avoir lu une biographie d'Edgar Snow, auteur du célèbre "L'étoile rouge de Chine" que Paul French croisa le nom de Pamela Werner. Jeune fille anglaise qui fut retrouvée morte, atrocement mutilée le jour de l'an Russe (le 7 janvier) 1937, à la Tour du Renard, dans le quartier des Légations, en Chine. 

C'est ainsi que lui vint l'idée d'écrire ce livre en 2011, afin de réhabiliter la mémoire de Pamela Werner, et surtout lui rendre une certaine justice, 75 ans après les faits. 
J'ai été attiré par ce livre, à sa sortie, par mon goût de l'histoire, mais aussi pour celui des faits divers, et surtout ceux, non élucidés. 
Ici, le dépaysement est total en plus. J'ai beaucoup aimé ce livre, et découvrir la Chine des années 30, alors en plein changement, avec l'invasion japonaise. imminente. 

Ce document se lit comme un véritable polar, et Paul French a pris le parti de raconter ce fait divers à la manière d'un roman policier. D'un style fluide, rapide et addictif, tout en nous informant sur la situation de la Chine, à cette époque, il revient sur le passé de chaque protagoniste: de Pamela, jeune fille de bonne famille (son père travaille pour la diplomatie anglaise), à son Père, E. T.C. Werner, en passant par les policiers, chargés de l'enquête, le chinois, Han et le britannique, Dennis et toutes les personnes ayant de près ou de loin un lien avec l'affaire. 
Par contre, Paul French ne nous épargne rien, et la scène de la découverte du corps et de son autopsie, est des plus horribles. 
Puis, il fait défiler le déroulement de l'enquête, qui s'enlise, en cela, peu aidé par la délégation Britannique...ce qui fait que l'affaire sera classée sans qu'aucun coupable, ne soit identifié, arrêté et condamné. 

Puis vient la deuxième partie de l'histoire, celle qu'il m'a le plus passionné et que j'ai lu d'une traite, voulant savoir comment cela allait tourner. Alors que l'enquête est arrêtée et l'affaire classée, c'est au tour du père de la victime, E.T.C. Werner de mener sa propre enquête afin de trouver le ou les assassins de sa fille. Il va tout reprendre depuis le début et Paul French va nous reconstituer tout ce parcours et faire part de sa théorie sur ce meurtre vieux de 82 ans. Une théorie  plausible qui pourrait très fortement se rapprocher de la vérité. 

C'est un livre passionnant sur les rouages tordus de la politique (les diplomates britanniques ont souvent mis des bâtons dans les roues à Werner lors de son enquête personnelle),sur la Chine de cette époque, en plein chambardement, sur l'amour d'un père et sa volonté de faire la lumière sur le meurtre de sa fille. Un livre digne des meilleurs polars, mais qui fait froid dans le dos, quand on pense, et qu'on n'oublie pas que tout ce qu'on lit s'est véritablement produit...et les photos inclus dans le livre, sont là pour nous le rappeler. Passionnant et saisissant d'effroi. 



Paul French: Minuit à Pékin, comment le meurtre d'une jeune anglaise a hanté les derniers jours de l'ancienne Chine, (Midnight in Peking, How the murder of a young Englishwoman haunted the last days of old China), Belfond, 302 pages, 2014


samedi 30 juin 2018

Souvenirs involontaires

4e de couverture: «  Il y a longtemps qu’on m’y incite  : vous devriez raconter votre vie, elle est passionnante  : vous en avez vu des choses et des gens, que ce soit dans le journalisme, la haute couture, la politique, dans le milieu littéraire, en amour  !  … 
Je croyais l’avoir fait  : en une centaine d’ouvrages, j’en ai abattu des sujets, analysé des sentiments  !
Que rajouter, comment y revenir  ?
De Jean-Jacques Servan Schreiber à Françoise Giroud en passant par le Brésil, et Saint-Tropez…
D’analyses en psychanalystes, avec Pontalis, Lacan, Dolto, et bien d’autres.
De Sagan à Camus et Nimier, de Sartre à Céline, de Liliane Bettencourt à François Mitterrand…
Du jury Femina à tous mes éditeurs  : Claude Gallimard, René Julliard, Jean-Claude Fasquelle, et bien sûr Claude Durand…, d’autres plus secrètement, que de personnages ont traversé – parfois durablement – ma vie  !
C’est la façon dont j’ai forgé mon destin et dont en retour il m’a construite et constituée que j’entreprends de raconter ici.
Qu’est-ce qu’écrire, sinon se donner en pâture au public  ?  »


Madeleine Chapsal est une écrivaine connue de bons nombres de français, et  même de ceux qui ne l'ont jamais lu,comme moi. 
La littérature a croisé ma vie il y a 34 ans, et ne l'a plus jamais quittée dès lors (j'avais 6 ans). 
Sans jamais  l'avoir lue, je connais Madeleine Chapsal depuis près de 30 ans. Ma mère, mes tantes ont toutes lu, un jour où l'autre l'un de ses livres. Mon regard a ainsi croisé son nom lors de mes pérégrinations dans les bibliothèques de mes proches. 

Quelle ne fut pas ma surprise, et mon bonheur de trouver dans ma BAL, son dernier livre. Enfin, j'allais avoir l'occasion de me plonger dans son écriture. Pourquoi alors ne pas l'avoir fait avant, en piochant dans la bibliothèque de mes proches. J'avais peur, tout simplement. Peur que ses livres ne me parlent pas, car trop jeune, ou trop garçon, pour pouvoir comprendre le regard d'une femme sur la vie d'une femme. Un grand mystère pour moi. 

Cette autobiographie, joliment titré Souvenirs involontaires n'aurait peut être pas vu le jour, si l'on avait pas demandé, à maintes reprises, à Madeleine de raconter sa vie passionnante. Tout simplement, parce qu'elle n'a fait que ça, à travers ses autres écrits. Ses romans étant inspiré de sa propre vie. 

J'ai beaucoup aimé découvrir la vie de Madeleine Chapsal, qui a vécu tant de choses et découvert tant d'univers qu'elle nous rappelle: le monde de la Haute Couture, par sa mère, créatrice de mode dans les années 20 et au delà, le monde de la presse avec la création de "L'Express" par son mari, Jean-Jacques Servan, Schreiber (JJSS), son expérience de juré littéraire au Prix Fémina,le monde de l'édition avec ses différents éditeurs,  ses amitiés avec Régine Deforges, Sonia Rykiel, Liliane Béttencourt. 
Par petites touches, Madeleine Chapsal déroule le fil de sa vie au gré de ses souvenirs, et le plus étrange, c'est que j'avais l'impression de croiser des connaissances, tellement les personnes croisées au fil de la vie, sont entré dans l'inconscient collectif, comme Sonia Rykiel, Régine Deforges, Françoise Dolto, Françoise Giroud , David Servan Schreiber (un grand médecin, le fils de son ex-mari, avec qui elle construisit une belle relation filiale, elle qui ne put jamais avoir d'enfant), François Mitterrand, Roger Nimier, Bernard Giraudeau, et tant d'autres. 
C'est aussi toute une époque, (celle du Paris de l'après-guerre jusqu'à aujourd'hui) que Madeleine nous dévoile à travers ses souvenirs. C'est fabuleusement bien écrit, de manière fluide, comme si cela coulait de source. L'écriture de Madeleine Chapsal, c'est comme si elle nous parlait à l'oreille pour nous dévoiler ses pensées les plus intimes. Puis, il y a aussi la notion du temps qui passe, inexorable, et la fin du livre est bouleversant, surtout quand elle évoque les êtres aimés, qui disparaissent progressivement (JJSS, David, François Mitterand, Bernard Giraudeau...) et qu'elle, est toujours là, à vivre pleinement et avec une certaine sérénité, sa vie...tout en gardant en soi l'envie d'écrire encore et encore. 

L'autre point que j'ai aimé dans ce livre, c'est qu'enfin, je lis une autobiographie, telle qu'elle devrait être écrite:au gré de ses souvenirs qui reviennent à la mémoire, de façon involontaire. En effet: le livre est constitué de petits chapitres très courts, entre deux et cinq pages, qui reviennent sur des moments de la vie de Madeleine: elle parle de sa mère, de son enfance, de son métier de journaliste, de sa rencontre avec Jean-Jacques, son mari, de ses voyages, au Brésil ou en Suisse, de ses éditeurs, de son expérience des Salons du Livre (d'ailleurs très intéressant de voir ça, d'un point de vue de l'auteur), de ses rencontres, de ses amours, et ce, au gré de sa mémoire. Alors il y a un petit fil chronologique, puisqu'elle commence à ses trois ans, pour aller vers aujourd'hui, mais, je pense que cela est un travail de montage, et qu'elle a d'abord écrit ce livre dans le désordre le plus complet au gré de ses souvenirs. Il n'y a d'ailleurs quasiment aucun dialogue et c'est normal: qui se souvient d'une conversation dans ses moindres détails, au mot près, qu'il a eu alors qu'il avait 20 ans ou 32 ans. Personne...à moins de les avoir enregistré, comme ce fut le cas pour les entretiens que Madeleine Chapsal eu avec Françoise Dolto ou André Malraux, par exemple. 
Le seul défaut de cet exercice qui consiste à se raconter, au gré de ses souvenirs, c'est qu'il y a certains événements répétés plusieurs fois dans le livre, donnant un aspect répétitif au livre. Un défaut qui n'en n'est qu'un, si comme moi, vous lisez le livre de manière continu. Je pense plutôt alors que c'est un livre qu'il faut picorer et découvrir en lisant un chapitre, de ci de là. 

Au final, un livre de souvenirs qui m'a fait découvrir une personne charmante, une femme amoureuse, et pleine de vie, rempli de joies, de doutes, et de larmes. Une femme qui nous ressemble et qui se livre à son public une énième fois. Je suis ravi d'avoir pu la découvrir et je dirai même que j'ai maintenant envie de découvrir certains de ses romans, pour continuer de suivre le chemin de cette grande dame de la littérature. 

Merci à Eric et aux Editions Fayard pour cette charmante découverte. 

Madeleine Chapsal: Souvenirs involontaires, Fayard, 432 pages, 2018



dimanche 17 juin 2018

Les portes de mon imaginaire

4e de couverture: La relation de Guillaume de Tonquédec à la lecture est une longue histoire mouvementée, douloureuse autant que merveilleuse. Enfant, il peine à déchiffrer les mots, tâtonne dans un monde flou jusqu’au jour où une paire de lunettes bleues va tout changer et où la passion du théâtre l’entraîne, par des chemins de traverse, vers les grands textes.
Aujourd’hui, dans son univers, Molière, Shakespeare, Zweig et Buzzati côtoient Sylvain Tesson, le scénario de la série Fais pas ci, fais pas ça ou les Conversations avec Billy Wilder. Tous ont un point commun : ils sont des portes ouvertes vers l’imaginaire.
Avec générosité, le comédien de théâtre, acteur de télévision préféré des Français, couronné par un César, raconte ses difficultés mais aussi le travail, l’enthousiasme, les rencontres qui lui ont permis de les dépasser. C’est cette lutte silencieuse à l’issue heureuse qu’il souhaite partager, pour que tous les complexés, les dyslexiques, les timides apprivoisent à leur rythme les livres.


"Lire avant de dormir est une véritable fenêtre sur le rêve."  (p.88) 

La Collection "Des vies et des mots" mis en place par les éditions de l'Observatoire donne la parole à des artistes de tous horizons, pour nous parler de leur rapport à la lecture. Après Joann Sfar et Ariane Ascaride, c'est au tour de Guillaume de Tonquédec de nous ouvrir les portes de son imaginaire. 

Bon,je vous le dis tout de suite, je ne vais pas être très objectif dans ce billet. Je voue une admiration sans borne (presque amoureuse, si je dois être tout à fait honnête) pour Guillaume de Tonquédec depuis plusieurs années. Je partais donc déjà conquis par ce titre...et j'en sors complètement étonné et heureux. 
C'est une belle leçon de vie que nous donne à lire Guillaume. Son combat de tous les jours pour pouvoir apprivoiser la lecture (qui était un calvaire lors de son apprentissage en primaire, tout ça parce qu'il vivait dans un monde flou (un problème de vue qui n'a été décelé qu'en CM1) est des plus beaux et tellement rempli d'espoir  pour tous les jeunes qui n'aimeraient pas la lecture. 
Grâce à son envie de jouer et sa découverte du théâtre,  Guillaume a su conquérir la lecture et tout un monde s'est ouvert pour ainsi développer son imaginaire. 

J'ai été ravi de lire ce livre et de découvrir Guillaume par le prisme de la lecture. Je trouve cela très originale de se raconter à travers les livres qui ont traversé nos vies et qui nous ont forgés. 
Alors, il est vrai que ce livre parle beaucoup de théâtre (Molière y tient une grande part, ainsi que Shakespeare), du monde du spectacle et que si cela ne vous intéresse pas trop, vous n'allez peut être pas adhérer. Pour ma part, je m'y suis beaucoup retrouvé et y ai trouvé des clefs d'entrée pour pouvoir jouer (je vais avoir la chance de jouer dans une pièce de théâtre l'année prochaine et l'excitation et l'appréhension se mélangent dans ma petite tête. En fait, j'angoisse un peu et d'avoir certains conseils sont toujours les bienvenus): c'est rare, mais j'ai noté plein de passages qui m'ont interpellé (jamais je n'avais mis autant de post it dans un livre, notant, de ci de là, certaines phrases ou certains passages). 

Bien évidemment, quand vous ouvrez ce genre de livre, où un artiste vous ouvre les portes de sa bibliothèque, cela ne va pas faire du bien à votre PAL, et c'est ce qui m'est arrivé avec ce livre car j'ai noté certains titres que Guillaume donne envie de découvrir, comme la biographie de Marie Antoinette, écrite par Stefan Zweig, par exemple ou bien "Une soupe aux herbes sauvages" d'Emilie Carles. Il y a aussi Molière qui est souvent évoqué, car il a façonné le jeune comédien,  Guillaume, qui nous parle de son parcours chaotique pour cet éternel timide, qui aimerait bien casser l'image un peu lisse qu'il peut avoir. 
Mais il n'est pas seulement question de livres dans ce livre, mais aussi de scénarios qui ont croisée et changé sa vie comme celui de "Fais pas ci, fais pas ça", qu'il reçu alors qu'il était en tournée avec Isabelle Gélinas, et qui l'a enthousiasmé dès la première lecture, ou bien celui du "Prénom" qui changea également sa vie. 
Seulement que ce soit de scénarios ou de livres ou tout autre support écrit, il a toujours cette appréhension de la lecture, qui revient le perturber à chaque fois qu'il doit entrer dans une oeuvre, quelle qu'elle soit. 

"Lire un scénario ou une pièce de théâtre s'apparente chaque fois à une plongée en apnée profonde, souvent surprenante, toujours excitante. Même i avouons le, je dois encore aujourd'hui me faire violence: lire reste un exercice difficile. [...]Envahi par un sentiment contradictoire, j'oscille entre l'excitation d'une promesse, d'une nouvelle aventure et la sourde douleur qui rôde encore de devoir me frotter à un exercice dont j’appréhende les embûches. Lire un texte long, court, relié, aux pages volantes, sous forme e brochure ou de livret: peu importe, c'est une même sensation ambivalente! Mais une fois lancé, si le texte m'accroche je fonce; les mauvais souvenirs d'écolier s'évaporent à mesure que je m'enfonce dans l'intrigue, que je me laisse emporter par l'histoire".(P.167)

Il réussit alors à combattre cet handicap qui le poursuit sournoisement depuis l'enfance et qu'il réussit a vaincre dès lors qu'il est conquis. 

Guillaume de Tonquédec est un lecteur/noteur,(ce que je ne suis pas assez malheureusement et parfois je le regrette), qui, à l'aide d'agendas, va noter des phrases et des paragraphes qu'il aura glaner lors de ses lectures et qui vont le faire avancer dans sa vie de comédien. Ils nous en livre quelques unes dans le chapitre "Ceuillir, glaner, récolter.
"
Il nous explique également son rapport à la notoriété et le fait qu'il ne veut pas plonger dans une sorte de voyeurisme en se livrant trop. (D'ailleurs dans ce livre, il nous parle de son métier de comédien et non pas de sa vie privée et tant mieux, car ce n'est pas ce qui m'intéresse): "Pour ma part, j'ai choisi: moins on en saura sur moi, plus cela me permettra d'être le monsieur Tout-le-Monde dont parlait Billy Wilder." nous dit il en page 188. Et je trouve qu'il a mille fois raison. Ainsi, il peut composer tout un tas de personnages sans que sa propre image vienne phagocyter celui à qui il doit donner corps. 

Voilà un livre qui ne parlera pas forcément à tout le monde,tout simplement parce que l'artiste ne l'intéresse pas ou ne lui parle pas, le monde du théâtre ne lui dit rien, mais je pense tout de même,que pour les amoureux de la lecture, cette collection "Des vies et des mots" peut leur parler. Il suffit de trouver l'artiste qui vous plait et dont vous voulez découvrir l'univers. Pour ma part, je pense que je vais suivre attentivement la suite de cette collection. 

Au final, un beau livre sur un jeune garçon qui avait des difficultés dans l'apprentissage de la lecture et qui a réussi à les combattre grâce à sa découverte et son amour du jeu. Guillaume délivre un beau message d'espoir à toutes les personnes (jeunes ou moins jeunes) qui ont un rapport difficile à la lecture et aux livres.

"C'est abyssal d'angoisse, effrayant, et pourtant les grands auteurs peuvent nous tenir la main, nous aider à certains moments de nos vies alors qu'on ne s'y attend pas. Mes jeunes années de résistance à la lecture m'ont permis de développer, plus que d'autres, un monde imaginaire.[...] Mes lectures m'ont parfois aidé, poussé à prendre des décisions: elles m'ont permis de m'évader pour mieux revenir dans la réalité' (p. 210)

Tout est dit!  

Le livre de Guillaume de Tonquédec est un livre de chevet que je garderai près de moi précieusement et dont je relirai certains passages  de temps en temps.

Merci Guillaume de nous avoir ouvert les portes de votre imaginaire, afin de  nous livrer une belle leçon de vie. 


Guillaume de Tonquédec: Les portes de mon imaginaire, Editions de l'Observatoire (collection "Des vies et des mots"), 210 pages, 2018




vendredi 15 juin 2018

Les enfants du dernier salut

4e de couverture: En 1942, Colette a 22 ans et elle est étudiante en médecine à l’hôpital Rothschild de Paris. En fait d'hôpital, c'est plutôt l'antichambre de l'enfer puisque les Juifs qui passent par cet établissement sont ensuite envoyés dans les camps de la mort.

Face à l’atrocité de la situation, Colette intègre un réseau d’évasion qui permet aux enfants de l'hôpital d’échapper à la déportation. Car, si personne ne sait vraiment ce qui les attend, on connaît l’horreur du transport, entassés pendant des jours dans des wagons sans eau et sans vivres.

Pour sauver ces enfants, le réseau truque les registres ou déclare décédés des nourrissons que l'on fait sortir en passant par la morgue... Malgré les soupçons des Nazis et plusieurs arrestations, des centaines d'enfants sont ainsi sauvés. Dernier membre vivant de ce réseau, Colette témoigne dans ce document bouleversant et essentiel.


En hommage à Claire Heyman, assistante sociale à l'hôpital Rothschild, et à une grande partie de l'équipe de cet hôpital, qui durant la guerre a sauvé des centaines d'enfants juifs, Colette Brull-Ulmann, jeune interne à Rothschild en 1942 (et qui elle même a participer à ce réseau) a décidé de laisser une trace écrite de ces gens formidables, dont on avait aucun témoignage. 

La Seconde Guerre mondiale est un terreau formidable d'histoires dans lequel on ne cessera jamais de retrouver des traces. A chaque fois que je lis des témoignages ou des livres sur cette période, j'y découvre toujours de nouveaux éléments. 
Ce fut le cas avec le témoignage de Colette Brull Ulmann: une  jeune femme juive, qui durant la guerre, alors qu'elle préparait ses études de médecine, s'est retrouvée dans cet hôpital qui était le seul à accepter les médecins juifs (chose que j'ignorais totalement) et qui est devenu un hôpital de transit où beaucoup de juifs de Drancy, étaient amené pour se faire soigner, mais qui repartaient pour Drancy ensuite. C'est alors qu'entre en scène Claire Heyman, assistante sociale, qui, de par ses connaissances administratives, sauvera plusieurs enfants juifs, en les faisant s'évader de l'hôpital par la morgue, et les faire "disparaître" aux yeux de l'administration. 

Voici un témoignage bouleversant, qui ne vous laissera pas indifférent. Colette y parsème ses souvenirs, d'avant, pendant et après la guerre. Elle nous raconte sa famille, son père, héros de guerre, travaillant au ministère de la guerre et qui va se retrouver interné à Drancy, en 1941. C'est alors, la peur au ventre, mais le courage chevillé au corps que Colette et les siens vont apprendre à survivre dans ce Paris en guerre. Il y aura la Rafle du Vel' d'Hiv qui nous sera racontée par Colette. Puis son engagement dans la résistance. Cette femme est d'un courage qui force l'admiration, prenant tous les risques pour combattre les cruautés, ayant pourtant un seul regret qui la ronge encore aujourd'hui: ne pas avoir sauvé Danielle, cette petite fille juive qui a vécu plusieurs mois à l'hôpital,  avant qu'un médecin français vendu aux boches, n'en décide autrement. (Danielle, c'est la petite fille sur la photo de couverture, comme pour en garder un souvenir impérissable). 

Heureusement qu'il n'y avait pas que des salauds à l'époque et Mademoiselle Damengout en est un bel exemple. Ah, Gougoute (comme on la surnommait affectueusement) qu'est ce que je l'ai aimé,cette petite bonne femme. Un véritable rayon de soleil qui sera un grand soutien pour Colette dans son combat. 

Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé lire et découvrir cette histoire fabuleuse, que Jean-Christophe Portes (auteur de la série "Victor Dauterive") a su mettre en mots, avec son style incomparable et son sens du suspense (rien que la scène d'ouverture où l'on voit Colette emmener clandestinement un garçon juif, par le fameux passage de la morgue,nous présentant tout d'abord le combat de Colette,  pour ensuite revenir sur son passé dans le chapitre suivant,son enfance, son envie de devenir médecin coûte que coûte:  on ressent tout l'art du suspense que possède Jean-Christophe dans sa manière de mettre en forme l'histoire de Colette), en retrouvant son métier de journaliste. 

Ici, Jean-Christophe se transforme en passeur, pour nous livrer le témoignage fort et bouleversant d'une femme exceptionnelle qui s'est battue pour la liberté. Il aurait été dommage de ne pas garder une trace de ces femmes et ces hommes exemplaires, qui ont permis par leur propres moyens et leur sens du devoir et de la liberté, de sauver des centaines d'enfants, d'une mort certaine. 
Un témoignage essentiel pour que l'on n'oublie jamais qu'une telle horreur a existée. Heureusement que certains moments de bravoure ont existé également,  pour nous montrer que l'humanité n'est pas si cruelle, et que la lumière est tapi dans l'ombre, et qu'elle déchire toujours les ténèbres un jour ou l'autre. 
Un témoignage que je vous encourage à lire pour partir à la rencontre d'une femme formidable. 

Merci à Jean-Christophe Portes pour la découverte de ce destin magnifique. 

Colette Brull-Ulmann: Les enfants du dernier salut, Editions City, 254 pages, 2017


samedi 25 novembre 2017

Il était un piano noir...

4e de couverture: Plus jamais je ne rentrerai sur scène.
Je ne chanterai jamais plus.
Un soir de 1993, au Châtelet, mon cœur, trop lourd de tant d'émotion, a brusquement battu trop vite et trop fort, et, durant l'interminable espace de quelques secondes où personne, j'en suis sûre, ne s'est aperçu de rien, mon corps a refusé d'obéir à un cerveau qui, d'ailleurs, ne commandait plus rien.
J'ai gardé, rivée en moi, cette panique fulgurante pendant laquelle je suis restée figée, affolée, perdue.
J'ai dû interrompre le spectacle pendant quelque temps, puis définitivement...
Durant deux ans, j'ai fait le deuil d'une partie de ma vie qui venait brusquement se terminer.
Ecrire, aujourd'hui, est un moyen de continuer le dialogue.


Il y a encore quelques années, jamais je ne me serais penché sur ce livre. Mais voilà que ses chansons entre dans ma vie il y a deux ans et tout change.  Puis, je l'ai trouvé en brocante, l'année dernière et là, ce fut comme une évidence. Il fallait que je le lise pour pouvoir entendre la voix de Barbara, me raconter son histoire. 

Alors, il est clair que c'est frustrant de se plonger dans ce livre, en sachant dès le départ qu'il est une ébauche de ses mémoires. (Une préface de l'éditeur nous dit même qu'ils se sont souvent posé la question de la publication ou non de ces mémoires interrompues). Car Barbara entrepris d'écrire ses mémoires en avril 1997, en les travaillant, retravaillant afin de rendre le travail final un an plus tard, en 1998...mais le destin en décide autrement puisque la Dame Brune disparut le 24 novembre 1997, laissant ce récit inachevé. 

C'est ainsi qu'on lit ce livre en tout état de cause, en sachant qu'on n'aura qu'une petite partie de son histoire. 
Cette histoire qui débute le 9 juin 1930, à Paris, près du square des Batignolles. Ainsi, Barbara nous parle de son enfance au sein d'une famille juive, qui va traverser la guerre, en allant de maison en maison mais jamais inquiétée par les allemands. C'est d'ailleurs étrange de lire ceci...comme si la vie avait jeté un voile sur cette famille en taisant sa judéité. Elle nous parle de sa mère adorée, de son frère Jean, très fort à l'école et sur qui tous les espoirs sont fondés, laissant à Barbara un sentiment d'échec permanent à l'école (heureusement sa passion pour la musique, qui ne se démentira jamais va la porter très loin), puis sa soeur Régine et enfin Claude, le petit dernier, né pendant la guerre. Et enfin, son père, ce père qui lui fait peur, parce qu'il a un comportement bizarre envers elle (le mot "inceste" n'est jamais évoqué dans ses mémoires, il est juste dit à mots couverts). 
Barbara évoque son apprentissage du piano au Conservatoire, avec un programme classique, ses débuts dans l'opérette "Violette Impériales", son départ pour Bruxelles où elle vivra chez un oncle violent de chez qui elle partira, puis son errance dans Bruxelles, sa dérive vers la prostitution dans laquelle elle ne tombera finalement pas: ses débuts de chanteuse dans des bars à Bruxelles, puis son retour à Paris sur un coup de tête, sans bagages, ni argent, pris en stop par un certain "Monsieur Victor", tatoué jusqu'au cou et à qui elle rendra hommage dans une de ses chansons justement intitulée Monsieur Victor. 
Puis son retour à Paris, son arrivée à L'Ecluse, le début de sa carrière: tout ceci est évoqué avec justesse et avec une langue qui parle à notre oreille. Par moment, vous avez l'impression d'entendre Barbara parler à votre oreille quand vous la lisez. 

Et ce récit se termine brutalement après les fameux concerts donnés en Allemagne en 1964, qui donnera naissance à la chanson Göttingen. 

La deuxième partie de ces mémoires sont fait de fragments, d'ébauches de textes où Barbara évoquait certaines rencontres avec certains hommes qui traversèrent sa vie, comme Lucien Morisse, qu'elle rencontra à Europe1, où bien Gérard Depardieu avec qui elle partagea la scène dans le spectacle Lily Passion (un texte magnifique, plein de tendresse pour ce "petit frère" avec qui elle restera proche jusqu'à la fin (et qui lui a rendu hommage dans un album magnifique en cette année 2017, anniversaire de la disparition de la chanteuse)). Puis son expérience de la scène où elle nous parle des coulisses...

Tout ceci est passionnant à lire, mais aussi frustrant car on sent que ce ne sont que des ébauches et qu'on aurait pu avoir plus. Elle n'a pas eu le temps d'évoquer les séjours en prison qu'elles fit pour donner quelques concerts, mais surtout pour parler du Sida aux détenus, parler de la maladie, la solitude...mais le temps lui a manqué pour aller au bout de ce livre. 
Alors, j'ai été ravi tout de même d'avoir retrouvé sa voix, frustré un peu d'en avoir si peu, mais aussi soulagé de voir qu'en lisant sa vie, j'en connaissais déjà beaucoup par l'intermédiaire de ses chansons. Car Barbara nous parlait d'elle dans ses chansons et si on veut savoir qui elle était, il suffit de l'écouter encore et toujours. 

Au final, ravi d'avoir lu les mémoires de cette grande dame, et même si une certaine frustration est venue, je me dis qu'il suffit juste d'écouter encore et toujours ses chansons pour savoir qui était Barbara, cette femme qui n'a vécue que pour son public. Un Public qui a fait de  cette femme nomade, une femme heureuse. 



Barbara: Il était un piano noir..., Fayard, 230 pages, 1998


vendredi 26 mai 2017

Journal (1970-1986)

4e de couverture: Quand Andreï Tarkovski commence, en avril 1970, à tenir le journal qui accompagnera les seize dernières années de sa vie, il a tout juste 38 ans, sa femme attend un enfant. Le cinéaste vient d’acheter une maison à la campagne et son film autobiographique, Le Miroir, est en germe dans son esprit. Derrière lui : un Lion d’or à Venise pour L’Enfance d’Ivan, et un monument, Andreï Roublev.
Il ne cesse dès lors de noter ses lectures et ses réflexions, les aléas de ses productions, les espoirs et les difficultés de son travail, la sortie de ses films dans ce qui s’appelle encore l’Union soviétique. Au cours des années 1980, ce journal devient un « journal d’exil ». Tarkovski tourne en Italie Nostalghia, en Suède Le Sacrifice, et c’est à Paris qu’il meurt d’un cancer en 1986, à l’âge de 54 ans.
Revivre la vie de ce créateur, au jour le jour, est une expérience passionnante : on y découvre, dans toute leur concision et leur naturel, les intuitions qui font d’Andreï Tarkovski l’un des très rares artistes philosophes de notre époque. La publication de ce livre-boussole montre à quel point son oeuvre reste inachevée et ouverte.
La nouvelle édition du Journal contient des textes inédits, des réflexions et projets retrouvés par sa femme Larissa. Rétablissant également des erreurs d’attribution des premières parutions, elle est en cela l’édition définitive. Le parcours tourmenté d’un artiste en quête de sa liberté, un éloge bouleversant de la vie, porté par un inusable espoir.

Avec la 70e édition du Festival de Cannes, qui se déroule en ce moment, j'ai trouvé que c'était le bon moment (justement) pour me lancer dans la lecture de ce journal d'un réalisateur Russe(Andreï Tarkovski) des années 60-70, qui a justement concouru à ce fameux Festival de Cannes. 
Quand j'ai reçu ce livre fin janvier,j'ai été plus que surpris et la tête que j'ai fait à ce moment là était comique ("hein? Qu'est ce que c'est que ça?): j'aime le cinéma, c'est vrai, mais comment les éditions Philippe Rey, ont pu penser que la lecture du journal intime d'un réalisateur russe que je ne connaissais pas du tout (comme quoi ma culture cinéma est toujours à faire et à construire) pouvait m'intéresser?...puis la grosseur de ce dit journal n'a pas aidé (plus de 500 pages, écrit en petits caractères) pour le faire sortir rapidement. 
Il a donc traîné des mois durant dans ma PAL service presse, jusqu'à ce fameux mois de mai (je trouvais que le mois du Festival de Cannes était propice à sa lecture, et tout en ne sachant pas, avant lecture, qu'Andreï Tarkovski y avait participé et qu'il l'évoquait régulièrement. 

C'est donc avec appréhension, mais aussi curiosité que je me suis lancé dans ce pavé, comme on jette une bouteille à la mer...et j'en ressors étonnamment surpris, car j'ai aimé découvrir ce parcours difficile et passionnant, tournant même les pages sans m'en rendre finalement compte (pour vous dire, j'ai lu  une centaine de pages, le premier jour, vendredi dernier). 
L'histoire d'Andreï Tarkovski est des plus tragiques et complexes: il revient sur ses rapports difficiles avec les autorités de son pays, (la Russie) qui l'empêche souvent de travailler (il met un temps fou à trouver les financements pour ses films, à les tourner, à les monter), tout ça parce qu'il se voulait hors du système, ne voulant travailler que sur les scénarios qu'il écrivait, et les projets qu'il voulait, refusant, catégoriquement de  tourner des films pour le régime (des films de propagande, diront nous). Cet esprit libertaire lui a toujours été fatal et il a dû se battre toute sa vie pour ses idéaux, ne recevant pas du tout la reconnaissance dans son pays, qu'il avait le plus souvent dans les autres pays européens, comme la France, L'Italie, la Suède ou même les Etats Unis. 
On le suit jour après jour, sur les 16 dernières années de sa vie, entre l'un de ses films les plus célèbres (Solaris (dont Steven Soderbergh fit un remake dans les années 2000 avec George Clooney) et son dernier film sorti en 1985, Le Sacrifice. (A la fin du livre, dans les annexes, est relaté le nombre de films qu'Andreï Tarkovski a tourné en une vingtaine d'années (7 films sans compter quelques courts métrages) et le nombre de projets filmiques qu'il avait en tête (plus de 40) et qu'il n'a jamais pu réaliser, tout ça à cause du Goskino, qui contrôlait le cinéma en Russie et qui lui a mis des bâtons dans les roues à chaque fois ((tout ça à cause d'Emarch, le directeur qui le détestait royalement). 
Andreï Tarkovski revient sur sa vie en Russie, mais aussi sur ses années d'exil en Italie, puis en France, car il ne voulait pas retourner dans son pays où on lui aurait empêcher de repartir et surtout de travailler...sauf que cet exil a eu un prix trop lourd à porter (la séparation d'avec son dernier fils, Andrioucha, qu'il n'a pas vu pendant 4 ans). J'ai trouvé cette situation inhumaine et j'ai  été révolté par celle ci. 

Andreï Tarkowski n'était pas un tendre avec les autres réalisateurs (comme Bondartchouk, mais aussi Bergman, Coppola (il parle du Parrain 2 qu'il n'a pas trouvé sensationnel) ou les grands autorités de son pays qui pourrait le faire paraître arrogant de supériorité...sauf que tout cela est contrebalancé par le fait qu'il est aussi très critique envers ses films (au fil du temps, il trouve que ses premiers films sont mauvais, même Solaris, qu'il avait pourtant mis tant de temps à monter). Ce qui le rend finalement plus humain et moins arrogant qu'on ne le pense. C'était un esprit critique et cultivé qui voulait juste faire son métier le plus librement possible; 

Alors, je ne vous cache pas que j'ai souvent été perdu par le nombre de noms qu'il évoque (et surtout des noms russes imprononçables) et que j'ai ressenti une petite lassitude vers la fin. Je pense que cela est dû au fait que je n'aurai pas dû le lire d'une traite (comme je le fais pour tous les livres que je lis, car je suis incapable de lire deux livres en même temps, par peur de tout mélanger) mais le lire par parcimonie, en le couplant avec une autre lecture, car c'est tout de même une lecture dense, complexe et qui fait réfléchir. Sauf que je me suis fait cette réflexion à 150 pages de la fin, donc autant aller au bout. Puis, j'étais déjà bien familier avec les noms employés, le style de l'auteur (vers la fin, j'ai simplement sauté les citations d'autres auteurs, qu'Andreï Tarkovski glissait dans son journal, j'avoue) et je voulais savoir si Andreï allait revoir son fils avant sa mort (oui, bizarrement, il y a un certain suspense, créée par une tension permanente, dans ce livre). 
Un petit conseil, donc si vous voulez vous lancer dans la lecture de ce journal passionnant: lisez le par petites touches afin de ne pas ressentir une lassitude qui arrive forcément, quand on lit un journal tenu au jour le jour. 

Au final, une belle surprise que la lecture de ce Journal, d'un réalisateur russe que je ne connaissais pas, qui m'a fait voir le monde du cinéma de l'intérieur et surtout la vie en Russie dans les années 70-80 (qui n'étaient pas des plus joyeuses)...comme quoi, la curiosité m'a fait vaincre ma peur d'un livre que je ne pensais pas pour moi et que j'ai grandement apprécié. Je ne sais pas encore si je me laisserai tenter par le visionnage d'un film d'Andreï Tarkovski (je pense toutefois que cela pourrais venir un jour)  mais son parcours fut des plus passionnants. Le parcours d'un homme qui voulait simplement créer le cinéma qu'il voulait, en toute liberté. 

Merci aux Editions Philippe Rey pour cette découverte surprenante.

Andreï Tarkoski: Journal 1970-1986; Editions Philippe Rey, 619 pages (dont 53 pages d'Annexes en fin de volume) 2017 (édition définitive)


vendredi 16 septembre 2016

Je t'aime moi non plus: les amours de la chanson française et du rock (Volume 1: de Gainsbourg à Goldman)

4e de couverture: Si aujourd'hui dans la musique tout se confond, se mélange, il n'en a pas toujours été ainsi. Je t'aime moi non plus explore les relations complexes de la chanson française et du rock au cours du dernier demi-siècle, pendant lequel la première a perdu son influence internationale face à la domination planétaire du second, qu'elle a épousé sans pour autant lui céder tout à fait. 
Je t'aime moi non plus raconte avec ses acteurs cette autre histoire de la chanson française. Celle d'une génération prise entre son héritage littéraire et poétique, sa langue, et l'électrochoc qu'a constitué l'explosion du rock et ses avatars. Quand une tradition aussi glorieuse est percutée par une révolution étrangère, cela donne la Culture face à la contre-culture, les Anciens contre les Modernes, la recherche d'une identité nouvelle, Johnny, comme Bashung, Polnareff  comme Renaud, Manset comme Souchon, Véronique Sanson comme Etienne Daho, jusqu'à Stromae...
De Serge Gainsbourg à Jean-Jacques Goldman dans ce premier volume, puis de Téléphone à Christine and the Queens dans le second (à paraître au printemps 2017), c'est celle aventure vécue en direct mais analysée avec le recul que le lecteur est convié. 

Sortie prévue le 22 septembre 2016, en librairie. 

Yves Bigot est peut être un nom qui vous dit quelque chose, que vous avez peut-être vu dans des générique télé, quand il était directeur des divertissements, jeux et variétés de France2, ou peut être avez vous lu ses chroniques dans "Libé". En tout cas, il connait bien le monde de la musique, et sait donc de quoi il parle dans ce livre, ayant même côtoyé tous les chanteurs dont il est question dans ce livre.

Ce livre est des plus intéressants, pour tous ceux qui  aiment et sont curieux d'en savoir plus sur la chanson française, mais pas seulement. Il analyse finement, et sans prendre de gants, la barrière ténue entre la chanson française et le rock, dont beaucoup de chanteurs/chanteuses se sont inspiré, sans vraiment les égaler.
Yves Bigot parle sans langue de bois de cette générations de chanteurs (des années 60, 70, pour ce premier volume, même si on débute les années 80 avec Goldman) qui se sont retrouvés coincés dans un entre-deux, pas facile à combattre, celui de la grande chanson française (de Brel à Brassens en passant par Barbara et Ferré) mais également du rock, blues, voire jazz anglais et américain qu'ils vont découvrir dans ces années 50, 60 et dont ils vont vouloir s'inspirer, voir égaler, sans succès véritable. C'est que la France est très conservatrice et aime bien tout ce qui est littéraire, poétique et n'arrive pas à comprendre que le rock est plus un état d'esprit qu'une musique.

C'est assez complexe à expliquer, et l'auteur y arrive mieux que moi. C'est un livre des plus passionnants mais pas si abordable que ça. Rien que dans la préface, où l'auteur explique justement cette barrière entre tradition de la chanson française et l'arrivée du rock anglais et américain, j'étais un peu perdu, ne comprenant pas tout. J'ai essayé d'emmagasiner le plus possible d'information, mais pas évident de tout saisir.

Ce livre est génial pour tous ceux, qui comme moi, se passionnent pour la chanson française, et la musique en générale. De tout temps, j'ai été passionné et intrigué par elle (la chanson est une de mes passions (je suis chanteur à mes heures)  et j'ai toujours voulu en savoir plus sur elle), ce livre est donc parfait pour moi. Yves Bigot s'y connait, côtoyant le monde de la musique depuis des années, que ce soit dans la presse écrite, la télé ou la radio. Il a donc plein d'anecdotes sur les chanteurs dont il parle. Et ils parlent d'eux sans concession, et sans passer la brosse à reluire, ce qui fait un bien fou, car on sent que ce n'est pas un livre de complaisance.

De Gainsbourg, à Goldman, en passant par Johnny, Renaud, Joe Dassin et Mort Shuman, Sylvie Vartan, les groupes des années 70 comme "Il Etait Une Fois" (oui, oui, j'ai été très surpris d'apprendre les influences de ce groupe que l'on résume, (à tort) à un slow "j'ai encore rêvé d'elle"), "Ange" ou "Magma", Gérard Manset, Yves Simon, Le Forestier, Sheller, Berger, Sanson...et plein d'autres ont tous été influencé par Dylan, les Rolling Stones, Hendrix, les Beatles...et tous ont voulu amener cette musique là dans leur propres morceaux, avec plus ou moins de succès.

Il est vrai que c'est passionnant de découvrir tout ça, mais pas de la manière dont je l'ai fait. En effet, j'ai lu ce livre linéairement alors que j'aurai dû le picorer, et piocher un chapitre par ci par là, de temps en temps, en commençant par les artistes qui m'intéressaient (ils sont nombreux dans ce livre): je n'aurai alors pas forcément remarqué certaines redondances dans l'écriture d'Yves Bigot (ce qui est normal quand plusieurs de ces artistes se côtoient, et que, donc,  des anecdotes reviennent parfois car elles se télescopent ) et aussi, que certains chapitres m'ont plus intéressé que d'autres, ce qui est normal...même si je dois dire que certains parcours d'artistes que je ne connaissais pas bien comme Yves Simon ou Gérard Manset, m'ont beaucoup plu.

Un point positif en plus, c'est le choix fait par Yves Bigot de donner, à la fin des chapitres, pour chaque artiste, trois albums marquants: l"album phare (celui qui a eu le plus de succès), un classique (qui est entré dans la légende)  et un album culte (l'incontournable n'ayant pas forcément eu de grand succès mais qui est devenu culte au fil du temps). Bien sûr, ces trois albums sont le choix d'Yves Bigot et un choix est toujours subjectif. Mais je trouve cette démarche superbe, car elle permet au lecteur d'aller plus loin dans la découverte (pour les artistes qu'il connait pas ou peu) en écoutant ces fameux albums, mais aussi de comparer ces choix avec les siens quand c'est un artiste que l'on connaît.
Un exemple: pour Michel Berger (comme par hasard!), Yves Bigot a fait ce choix que je trouve très pertinent:

L'album phare: Beauséjour (Warner ,1980)
Le classique: Starmania (Warner, 1978)
L'album culte: Chanson pour une fan (Warner, 1974) (p.193)

Ainsi, par trois albums, on peut découvrir l'univers d'un artiste et ainsi pousser la découverte, par delà ce livre.

Ce qui est aussi intéressant, c'est la façon dont Yves Bigot écrit les chapitres: il revient sur la carrière de l'artiste, en se focalisant sur la manière dont celui ci a été influencé par ses aînés, ou par la musique rock, blues, et comment il l'a mis en pratique dans sa musique, avec plus ou moins de succès, puis Yves Bigot, revient sur le personnel, en racontant des anecdotes sur ses rencontres plus ou moins heureuses avec le dit artiste. Cela rend la lecture plus vivante et moins figée, puisque l'auteur n'hésite pas parfois a gratter sous le vernis de la "star".

Au final, un livre des plus passionnant et intéressant, qui, même s'il n'est pas facile d'accès, de prime abord, est d'une richesse incroyable...et si on s'accroche, on passe des moments formidables. Il faut juste prendre son temps pour  le lire...mais surtout, je pense que c'est un livre à picorer, dans le désordre.. de toute façon, on ne retiendra pas tout, et c'est normal, trop d'artistes sont évoqués pour qu'on puisse tout retenir...et certains artistes nous intéressant moins que d'autres , de toute façon, on n'oubliera son passage assez vite dans le livre.. Cependant, si la musique et la chanson française des années 60 à nos jours, vous intéresse, vous trouverez forcément votre bonheur dans ce Je t'aime moi non plus, dont je compte bien lire le 2e volume, pour continuer le voyage de la découverte de plus de 50 ans de chanson française, amoureuse d'une musique rock, dont nos fils riront un jour, de toute manière.

Merci aux Editions Don Quichotte pour cette musicale découverte.

Yves Bigot: Je t'aime moi non plus: les amours de la chanson française et du rock (Volume 1: De Gainsbourg à Goldman), Don Quichotte, 437 pages, 2016


vendredi 15 avril 2016

Jane Birkin: "la vie ne vaut d'être vécue sans amour"

4e de couverture: Les années passent, Jane Birkin reste une icône. Tour à tour scandaleuse à ses débuts sur grand écran dans Blow Up d’Antonioni, puis murmurante en muse de Gainsbourg dont elle demeurera l’héritière et la meilleure interprète, cette « ex-fan des sixties » a su se faire une place dans le cœur des Français.
C’est à partir de 1968, et sa rencontre avec Serge Gainsbourg (qui se remet difficilement de sa rupture avec BB) qu’elle connaît la consécration en France. Tous deux forment alors le couple bohème post-soixante-huitard du Paris germanopratin. Elle joue dans La Piscine de Jacques Deray, aux côtés d’Alain Delon et Romy Schneider, chante avec Serge (« Je t’aime, moi non plus »), puis en solo.
Elle trace ainsi son chemin, avec sa légèreté et sa fantaisie so british, enchaînant dans les années 1980 des collaborations au cinéma, avec des réalisateurs tels Jacques Doillon ou Jacques Rivette, ou au théâtre avec Patrice Chéreau.
Après la disparition de Serge en 1991, à qui elle ne cessera de rendre hommage,  « Jane B. » reste sur le devant de la scène, pour la musique comme pour les combats qu’elle mène à travers le monde. Avec cette flamme qui, malgré les épreuves, ne s’est jamais éteinte.


Ma rencontre avec Jane Birkin, lors d'une dédicace organisée à la Fnac de ma ville, quelques heures avant son concert (auquel je n'ai pas pu assister, malheureusement) restera l'un des moments les plus émouvants. 

Quand j'ai eu la surprise de recevoir cette biographie, je me suis dit que j'allais enfin savoir si Jane est telle que je l'ai vu: une femme simple, avec un coeur gros comme ça. Car, de Jane Birkin, je ne savais rien, mis à part, qu'elle était chanteuse, muse et compagne de Gainsbourg et également actrice, à ses heures. 


(Di doo dah, la chanson qui la décrit probablement le mieux)

Dans cette biographie, Frédéric Quinonero dresse le portrait d'une femme touchante, fragile (en apparence), rempli de doute, et qui, de par ses engagements, montre un coeur immense. En lisant ces pages, j'ai compris que j'étais passé à côté d'une artiste à part entière et qu'il fallait y remédier.
De son enfance en Angleterre, à ses débuts au cinéma. De son premier mariage avec le compositeur John Barry (qui verra la naissance de Kate) à sa rencontre avec Gainsbourg sur le film Slogan de Grimblat. A ses débuts de chanteuse, lors de ce fameux duo "scandaleux", Je t'aime moi non plus", jusqu'à ses débuts de réalisatrice, et son engagement pour le Japon, la Birmanie..., c'est là qu'on se rend compte du destin exceptionnelle de cette grande artiste. 

Sa vie est un roman...un roman passionnant qui m'a fasciné et qui m'a fait aimer encore plus Jane Birkin. De plus, Frédéric Quinonero donne une part belle, dans le livre, à la carrière cinématographique de Jane (me montrant surtout qu'elle était également une immense actrice, qui n'a peut être pas eu de chance dans ce métier là, reléguant celui ci au second plan, ne gardant, pour la postérité que le côté chanteuse). 

Frédéric Quinonero décrypte très bien la relation de Jane et Serge, montrant, par exemple, que ce dernier vivait très mal la popularité de Jane (que ce soit avec ses albums Di doo dah ou Lolita go home ou des films comme La moutarde me monte au nez, faisant d'elle une actrice de films comiques populaires) alors qu'il vivait des échecs avec des albums comme Melody Nelson ou L'homme à la tête de chou (albums concepts ayant connu un échec retentissant à leur sortie,  et qui sont devenus cultes aujourd'hui. Gainsbourg était probablement en avance sur son temps) mais aussi que Gainsbourg, se fabriquant un personnage (Gainsbarre) retrouvera son côté Gainsbourg en faisant chanter sa souffrance et faire resurgir son côté féminin, par la voix de Jane. 
L'auteur, met aussi l'accent sur la carrière cinématographique de Jane et là, c'est un véritable tourbillon: elle a tourné avec les plus grands: Wargnier, Rivette, Doillon, Deray... Elle est également une auteure, une réalisatrice (chose que je ne savais pas) ayant réalisé Boxes et écrit les chansons de son dernier album Fictions. 
L'auteur n'oublie pas le côté maternelle de Jane. Car, avant tout, Jane Birkin est une femme et une mère, fière de ses trois filles, Kate, Charlotte et Lou, qui sont évoqué, au fil des pages. 

En résumé, cette biographie de Jane, ravira les fans de l'artiste, mais également ceux qui, comme moi, ne connaissent qu'un aspect de cette grande dame et qui, curieux, vaudront en savoir plus. Puis, le livre refermé, vous n'aurez qu'une envie: découvrir son oeuvre musicale et cinématographique. 
Pour ma part, je n'oublierai jamais cette rencontre furtive quelques heures avant son concert. Et je n'aurai qu'un regret: ne pas l'avoir vu sur scène, dans son spectacle Arabesque (qui est mon album live préférée de Jane), où elle aurait probablement chantée ma chanson préférée: 

Amour des feintes

Merci aux Editions de l'Archipel pour cette formidable découverte de l'univers "Birkinien". 

Frédéric Quinonero: Jane Birkin "La vie ne vaut d'être vécue sans amour", L'Archipel, 270 pages, 2016