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dimanche 12 novembre 2017

La Ville sans juifs (Belfond Vintage Saison 5, Volume 28)

4e de couverture: En 1922, Hugo Bettauer, journaliste, romancier, grand provocateur, imagine une étonnante satire politique. Alors que Vienne traverse une grave crise économique et sociale, les autorités arrivent à une conclusion imparable : pour sortir du marasme, il suffit de faire partir tous les habitants juifs.
Quatre-vingt-quinze ans plus tard, ce qui n'était à l'époque qu'une farce absurde et grinçante apparaît comme une terrifiante prophétie...
Sous-titrée au moment de sa parution « Roman d'après-demain », une véritable curiosité Vintage malheureusement toujours d'actualité.

De l'université à la rue Bellaria, une véritable muraille humaine cernait le splendide et serein bâtiment où siégeait le Parlement. En cette matinée de juin, tout Vienne semblait s'être donné rendez-vous, à dix heures, là où allait se jouer un événement historique d'une portée imprévisible. Bourgeois et ouvriers, dames et femmes du peuple, adolescents et vieillards, jeunes filles, petits enfants, malades dans leurs fauteuils roulants, surgissaient pêle-mêle, criaient, discutaillaient politique et suaient abondamment. À tout moment, un nouvel exalté se mettait à haranguer la foule et sans cesse on entendait retentir le même slogan :
« Dehors les Juifs ! »

Les Editions Belfond continuent de ressortir de l'oubli des romans indispensables. 
3 ans et demi après la republication du roman d'Irmgard Keun: Après Minuit, c'est au tour d'un roman d'Hugo Bettauer de ressortir de la malle aux trésors littéraires, avec un roman traitant de l'antisémitisme. 

Publié en 1922, ce pamphlet contre l'antisémitisme, imaginé comme une farce à l'époque, va se révéler être l'une des plus cruelle prophétie qui soit. 
L'auteur imagine que le Chancelier de la ville de Vienne, le Dr Schwertfeger, va promulguer une loi anti-juifs, qui consiste a mettre les juifs dehors afin que les chrétiens et les bons aryens reprennent l'économie en main. Pour lui, les Juifs sont bien supérieurs et font tourner la ville. En les chassant, il espère redonner du travail aux bons aryens, ainsi l'économie renaîtra.
Ainsi, progressivement, tous les juifs sont envoyés partout dans le monde, en France, en Espagne, en Allemagne, aux Etats Unis, via des trains de plus en plus nombreux, sous les harangues de la foule. La vie à Vienne reprend son cours, l'économie remonte, tout va pour le mieux, mais cela ne dure pas et les habitants de Vienne, en premier lieu les commerçants ,se rendent compte que ce sont les Juifs qui achetaient le plus et au prix for et ils regrettent leurs départs.
Heureusement grâce à un peintre juif, Léo Strakosch,qui, après être parti à Paris, revient à Vienne sous l'identité de Henry Dufresne, un richissime peintre français, va, par amour pour Lotte, faire bouger les choses et changer l'opinion des gens.

Alors, ce n'est pas pour le côté littéraire que ce livre à une importance: le style est simple et n'a pas une grande valeur littéraire, mais la force du livre, c'est son sujet: Hugo Bettauer a démontrer, par le procédé de la farce,ce que serait le monde sans les juifs, sauf qu'ils les montre comme les sauveurs de la ville, puisque ce sont eux qui font tourner l'économie.
Sauf qu'il ne savait pas, en écrivant ce livre, dans les années 20, ce qui allait se passer une décennie plus tard. Au regard de l'Histoire, quand on lit ce livre aujourd'hui, des images deviennent saisissante d'effroi (les trains,qui emmènent les juifs dans les autres villes d'Europe, font cruellement penser aux trains qui emmenaient les juifs à la mort dans les camps de concentration).Ou bien cette phrase terrible qui va faire démentir l'auteur, quelques années plus tard ("Croyez-vous que les Allemands sont aussi crétins que nous et vont flanquer leurs juifs dehors?"), comme le souligne Olivier Guez dans sa préface. (Préface que je vous conseille de lire après la lecture du roman car son auteur dévoile toute l'histoire du livre).
Sous couvert d'une histoire teinté d'humour, avec une histoire d'amour (celle de Léo, peintre juif et Lotte, fille d'un ministre autrichien) et un happy end, ce "roman d'après-demain", comme il fut qualifié en son temps, est un portrait saisissant de l'antisémitisme dans les années 20, mais qui, 95 ans après, fait écho à notre époque.

Au final, un roman, qui malgré un début un peu déconcertant pour moi,ne se lâche pas avant la fin. Un roman indispensable qui nous parle de l'antismétisme. Sauf que l'auteur,assassiné en 1925, par un militant nazi,  ne pouvait pas s'imaginer que sa farce allait rejoindre la plus horrible des réalités près de 20 ans plus tard.

Merci aux Editions Belfond pour cette découverte déconcertante.

Hugo Bettauer: La ville sans juifs, (Die Stadt ohne Juden), Belfond, (Collection Belfond [Vintage],187 pages,  1980 (pour l'édition originale), 1983 (pour la traduction française), 2017 (pour la présente édition)


mardi 17 novembre 2015

Coup de Coeur des Libraires #3: BlasMusikPop

4e de couverture: Au commencement était le ver.
Johannes se destinait à autre chose qu'à cette vie fruste dans le village de ses ancêtres. Son grand-père, Johannes premier du nom, avait lui-même quitté Saint-Peter-sur-Anger pour aller étudier en ville – et observer le développement des vers solitaires ! –, avant de revenir et de s'établir comme médecin. C'est ce dernier qui a communiqué à son petit-fils son goût du savoir et sa passion pour Hérodote, qui font de lui aussi un original dans ce microcosme alpin où se cultiver est considéré comme hautement suspect. ..

(J'ai coupé volontairement le résumé de 4e de couverture car celui ci résumait tout le livre).

Premier roman d'une jeune auteure autrichienne, BlasMusikPop m'a été conseillé par Florence de l'Espace Culturel Leclerc de ma ville . Elle trouvait que l'histoire de cette communauté habitant dans un coin perdu était pleine d'humour, de chaleur humaine, de bagarre et de foot et qu'en plus, il était fourni avec un fond de patois (ce qui m'intriguait et me faisait peur en même temps). 

Ce premier roman est en effet très original, de par sa façon d'être raconté et le choix de créer des dialogues en patois rend le livre, encore plus étrange (Dialogues très bien retranscrits par Corrina Gepner, la traductrice). Car oui, BlasMusikPop est complètement barré: Il sort de l'ordinaire et est peu commun. Ce qui est déjà un bon point pour se lancer dans sa lecture, surtout pour ceux qui veulent sortir des sentiers battus. 

Certes, je me suis senti perdu au départ, mais j'ai été fort bien accueilli dans cette communauté pas comme les autres, où j'ai suivi les deux Johannes, qui vont être les moutons noirs du village car tout deux sont très cultivés et parlent un allemand correct. (Ils ont fait des études à la ville) (Enfin, pour Docteur Papi (Johannes Ier), celui ci  a appris a parler correctement en partant étudier les sciences (et plus particulièrement les vers, depuis qu'un ver solitaire à élu domicile dans son intestin)). Johannes 2e du nom parle un allemand correct depuis tout petit puisque son grand-père décide de l'instruire, afin qu'il découvre le monde...sauf que tout ne se passera pas comme prévu. 

Dans l'ensemble, j'ai aimé le roman, passant de bons moment avec les habitants de Saint Peter et comprenant le désarroi du jeune Johannes (qui, en définitive montre le chemin et la vie à Saint Peter au lecteur). 
Mais, j'ai trouvé que le roman avait quelques longueurs, surtout en son milieu, qui ralentit le rythme. Je trouve que l'auteur, voulant probablement mettre sur un pied d'égalité les deux Johannes, passe trop de temps à nous conter les aventures du grand-père. Je pense que si l'auteur avait raccourci certains  passages, cela aurait été plus rythmé. Mais bon, c'est un problème que rencontre beaucoup d'auteurs avec leur premier roman: ils ne savent pas couper et aller à l'essentiel. 
En revanche, j'ai aimé retrouver entre chaque chapitre, des extraits des Carnets de Johannes A. Irrwein, qui nous raconte l'histoire des barbares des montagnes (alias les habitants de Saint Peter). Ils offrent une respiration bienvenue entre chaque chapitre et surtout nous en apprend plus sur cs habitants attachants. Je vous assure qu'on les comprend mieux en arrivant à la fin du livre et qu'on a un peu de mal à les quitter. 

Malgré ce petit bémol sur la longueur de certaines parties, , c'est un roman frais, complètement original, avec une communauté attachante, qui nous montre surtout, qu'il ne faut pas se fier aux apparence et qu'il faut aller au delà. Un roman à découvrir pour tout ceux qui ont gardé un grain de folie dans un coin de leur tête. 
Le roman n'est pas parfait mais, en tout cas, c'est l'un des romans les plus originaux de ces derniers mois. 

Merci à Florence de l'Espace Culturel Leclerc de Poitiers, pour cette découverte des plus originales. 


Vea Kaiser: BlasMusikPop (Blasmusikpop), Presses de la Cité, 522 pages, 2015