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dimanche 4 septembre 2022

Rentrée Littéraire 2022#3: Les bienheureux

Depuis trois ans, c'est un rendez-vous que je ne raterai pour rien au monde: la découverte du nouveau livre de Julien Dufresne-Lamy. 

A chaque fois, c'est un plaisir renouvelé de retrouver l'écriture de Julien, et de se demander vers quel univers il va nous embarquer. 

Cette année, il revient vers un thème cher à son coeur, celui de la différence. Il avait déjà traité ce sujet dans deux précédents livres: Jolis jolis monstres et Mon père, ma mère, mes tremblements de terre. D'ailleurs, pour moi, ces Bienheureux pourrait être le troisième volet de son diptyque sur la différence. 

Dans ces Bienheureux, Julien va nous faire découvrir le syndrome de Williams -Beuren: cette maladie génétique chromosomique liée à la perte d'un chromosome. Bien évidemment, il va le faire en nous présentant des enfants atteint de ce syndrome. C'est ainsi que se présente à nous, Marius, jeune garçon qui connait plein de recettes de cuisine, mais qui ne sait pas cuisiner, Enzo qui a appris seul à parler anglais, Thomas, qui peut reproduire 25 cris d'animaux, sans oublier Axelle, Marie, Arthur, Romain..., Nous allons suivre ces gamins de l'enfance (l'opération à coeur ouvert de Marius, lorsqu'il a deux ans) à l'adolescence (les premiers émois amoureux d'Arthur à 16 ans). C'est ainsi que Julien nous décrit les premières étapes que chaque enfant traverse (la découverte du monde, des premières rentrée à l'école, des premiers émois amoureux) sous un prisme nouveau. Mais aussi, du combat des parents pour faire accepter leur enfant par la société, mais aussi pour faire avancer la recherche. 

Avec ce livre, j'ai retrouvé le Julien que je connais et que j'aime: celui qui regarde le monde avec toutes ses particularités, avec bienveillance et tendresse. Tout comme "Jolis jolis monstres", et "Mon père, ma mère, mes tremblements de terre", il met sa plume au service des personnes hors norme qui ont énormément d'amour à donner. C'est encore plus flagrant avec ces "Bienheureux". Je défie quiconque de ne pas pleurer et  être touché au coeur par ces enfants qui se dévoilent au fil des pages. Avec sa plume délicate et bienveillante, Julien nous fait aimer Marius, Axelle, Arthur, Thomas, Romain, et tous les autres...sans oublier de nous informer sur cette maladie que je ne connaissais pas, de prime abord (c'est son côté journaliste qui ressort et que j'aime beaucoup à chaque livre). 

Julien a réussi cette année a faire de ces enfants réels de beaux personnages de fiction auquel on s'attache. Surtout il offre le beau portrait d'une héroïne du quotidien en la personne d'Anne-Laure, la maman de Marius, qui ouvre et referme le livre. Encore un beau personnage de femme encore une fois. 

Les Bienheureux est un livre que l'on referme à regret, ne voulant pas quitter ces enfants que l'on a appris à connaitre et aimer. D'ailleurs, Julien écrit son regret de n'avoir pas pu écrire les histoires de tous les enfants qu'il a rencontré...mais la vie est faite de choix. Alors, on referme le livre un peu triste mais heureux d'avoir pu connaître ces  enfants qui ont fait partie de nos vies, le temps d'une lecture. Une lecture qui nous restera au coeur bien après avoir tourné la dernière page. 

Les bienheureux est un livre qui fait du bien à l'âme. 



Julien Dufresne Lamy: Les bienheureux, Plon, 236 pages, 2022






 

vendredi 2 septembre 2022

Rentrée Littéraire 2022 #2: Variations de Paul

 

Dans son nouveau roman, Pierre Ducrozet rend un hommage vibrant à la musique, grâce à une famille de mélomanes pas comme les autres. 

Il y a d'abord Antoine, le père, qui tout jeune apprend le piano et se retrouve plongé dans la musique, entre Debussy et Thelonious Monk. Mais c'est surtout à Paul, son fils, que l'auteur va s'intéresser. Bébé miraculé, qui a survécu à l'accouchement, celui ci va être bercé dès le plus jeune âge par la musique. Mais surtout, il a un "pouvoir magique": il voit les sons, la couleur des sons. C'est ainsi qu'il va se bercer et s'emplir de musique jusqu'à plus soif, quitte parfois à s'y noyer. 

Ce roman est fascinant, de par son sujet d'abord: la musique. Ce livre est un véritable hommage à la musique et à toutes les musiques, qu'elle soit classique, jazz, rock, pop, hard rock. Celle ci virevolte autour de Paul et des pages de ce roman, à en donner le tournis...mais pour un passionné de musique comme moi, ce n'est que du bonheur et c'esr ce qui m'a plu dans ce livre. 

Autre particularité du livre: sa construction déstructurée: en effet, le livre n'arrête pas de faire des aller-retour incessant dans la vie de Paul, mélangeant passé présent, jusqu'à même parfois faire des incursions dans la vie des artistes que Paul écoute: c'est ainsi ,par exemple, que la découverte de la musique d'Elvis Presley par Paul, lorsqu'il est étudiant va amener l'auteur à nous parler de la rencontre de Presley avec un producteur, et ce, dans le même paragraphe: déconcertant, mais passionnant. 

Ce livre est un voyage musical à travers le XXe siècle, qui nous emmène de La Croix Rousse, à Paris, en passant par Londres, New York ou Berlin, nous faisant découvrir le monde de la musique classique, à celui du rock, de la pop, du jazz ou de la techno (grâce au personnage de Chiara, la fille de Paul, qui est Dj)...enfin, tout un monde merveilleux pour tous les amoureux des musiques. 

J'ai aimé l'errance de Paul et la recherche de sa musique, celle qu'il entend et surtout qu'il voit. Celle qu'il essaie de reproduire dans cette symphonie toujours inachevée. En cherchant sa musique, Paul cherche un sens à sa vie et peut être que la mort d'un être cher va lui montrer le chemin. C'est fou, mais j'ai compris ce cheminement (est ce parce que moi aussi, tout comme Paul, je vis le même drame. Peut être que cela fait écho). En tout cas, j'ai aimé ce livre et la fin, très touchante. 

Variations de Paul m'a agréablement surpris. L'histoire de Paul et son parcours m'ont beaucoup touché et ces variations sont un bel hommage à toutes les musiques, que celles ci soient fait de bruit ou de silence. Car même le silence peut être assourdissant parfois. Un roman à découvrir pour tous les passionnés de musique. 


Pierre Ducrozet: Variations de Paul, Actes Sud, 457 pages, 2022





dimanche 28 août 2022

Rentrée Littéraire 2022 #1: Fantaisies guérillères

 

Et c'est parti pour une nouvelle rentrée littéraire! Est ce que celle ci sera aussi riche et plaisante que celle de l'année dernière? Je ne le sais pas encore, mais ce que je peux vous dire, c'est qu'elle commence fort avec le premier roman de Guillaume Lebrun. 


Voilà un roman atypique, qui sort des sentiers battus et qui risque d'en laisser certains sur le bord de la route. D'ailleurs, je tire un grand coup de chapeau à l'éditeur, Christian Bourgois pour cette prise de risque, qui ,je l'espère, va s'avérer  payante. 

Mais Fantaisies Guerrillères, ça raconte quoi? 

Nous sommes au début du XVe siècle. Le Royaume de France se trouve en plein chaos: les Englishes s'imposent dans le pays de puis près de cent ans, et la France est  au bord d'une guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. C'est alors qu'entre en scène, Yolande d'Aragon. Cette dernière, mariée à Louis II d'Anjou, alias Loulou, pour les intimes, décide, après avoir eu la vision d'une prophétesse faisant couronner le dernier Dauphin vivant, de monter une école et d'aller chercher plusieurs jeunes filles du royaume afin de les préparer au combat. C'est ainsi qu'elle se retrouve à la tête de 15 filles, qu'elle va toute surnommer Jehanne, et qu'elle va entrainer aux exigences militaires et intellectuelles afin de sortir le pays de ce marasme. Parmi ces 15 filles, la Douzième va sortir du lot. 

Comme vous pouvez le constater, nous sommes en plein roman historique...sauf que celui ci n'a rien de classique, que ce soit dans son style et dans l'histoire. Guillaume Lebrun s'amuse de la Grande Histoire, qu'il explique fort bien d'ailleurs, dans toutes les ramifications de cette grande famille: c'est ainsi que nous croisons au fil des pages, Isabelle de Bavière, reine de France, marié à Charles VI. Yolande d'Aragon, l'une des narratrices de ce roman, mariée à Louis II d'Anjou, au fils d'Isabelle et Charles, le futur Charles VII... L'Histoire de France est quasiment respectée, oui, mais voilà: guillaume Lebrun à eu la géniale idée d'y mêler une part de fantastique: en effet, Yolande d'Aragon va avoir des visions qui vont lui montrer la voie à prendre pour sortir le pays du joug anglais. D'ailleurs, la fin du roman part dans un univers fantasy à la Tolkien...et c'est génial. Déconcertant, ma foi, mais totalement génial, si on adhère. 

Une autre originalité du roman, c'est la réécriture de l'histoire de Jehanne d'Arc, car oui, ne nous y trompons pas: cette armée de Jehanne que Yolande met en place, c'est pour "créer" Jehanne d'Arc. Là aussi, l'idée est folle mais totalement géniale. 

Dernière originalité qui va peut être en laisser plus d'un sur le bord de la route: le style de l'auteur. Comme je vous le disais, Yolande d'Aragon nous conte cette histoire (elle s'adresse d'ailleurs à nous lecteurs) , mais elle ne sera pas la seule. Cette dernière nous parle, ou plutôt nous écrit dans sa langue à elle, c'est à dire celle du XVe siècle. Enfin, pas vraiment. En fait, Guillaume Lebrun utilise des termes de vieux français, qu'il arrange à sa sauce, mélangé à de l'anglais et à des termes quelquefois incongrus venant de notre temps. En fait, ce style est complètement inclassable...mais si on arrive à entrer dedans, l'histoire devient prenante et géniale. Alors, petit conseil avant de vous emparer de ce livre (conseil qui m'a été donné par ma libraire): avant de faire l'acquisition de ce livre, prenez le temps de lire au moins les 5 premières pages, afin de savoir si le style vous convient. 

Pour ma part, il m'a plu mais j'avoue qu'il m'a fallu plus de 50 pages pour m'y faire et entrer vraiment dans l'histoire. Après cette étape franchie, ce n'est que du bonheur! Surtout que le livre est également rempli d'humour (il y avait longtemps que je n'avais pas ri aux éclats à la lecture d'un livre) et émaillé de quelques références populaires, qu'elles soient musicales ou cinématographiques, certes anachroniques, mais n'oublions pas que nous ne sommes pas dans un roman historique pur. 

Au final, j'ai adoré cette revisite de l'histoire. Fantaisies guerrillères est un roman inclassable, entre roman historique et fantastique (en même temps, le titre du livre vous prévient d'emblé), bourré d'humour et passionnant de bout en bout. Un premier pas réussi dans cette rentrée littéraire, qui, je le pense, sera un peu plus calme et classique, par la suite (enfin nous verrons bien. Mais je vous recommande vivement de tenter l'aventure en compagnie, de Yolande d'Aragon et de ses Jehanne. L'aventure vaut le détour! 


Guillaume Lebrun: Fantaisies guérillères, Christian Bourgois, 311 pages, 2022




 

dimanche 27 février 2022

Leurs enfants après eux

 

Résumé: Août 1992. Une vallée perdue quelque part dans l’Est, des hauts-fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a quatorze ans, et avec son cousin, pour tuer l’ennui, il décide de voler un canoë et d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté, sur la fameuse plage des culs-nus. Au bout, ce sera pour Anthony le premier amour, le premier été, celui qui décide de toute la suite. Ce sera le drame de la vie qui commence.


Il était temps que je sorte le "premier roman" de Nicolas Mathieu de ma PAL. Un roman qui fit du bruit lors de sa sortie et que j'ai laissé trainer sans trop savoir pourquoi. 

C'est après avoir vu Nicolas Mathieu dans plusieurs émissions la même semaine, pour la sortie de son nouveau roman "Conemara",  que je me suis dit que c'était un signe: il fallait que je découvre sa plume. 

Voilà un roman qui m'a parlé dès ses premières pages. Il a fait remonter en moi tous mes souvenirs d'adolescent. Alors, certes, je n'ai pas eu une adolescence aussi mouvementée qu'Anthony, mais tout ce qui l'entoure m'était familier: le fait de vivre dans une petite ville qu'on a envie de quitter, les références télévisuelles (comme "Santa Barbara" que regarde Hélène, la mère d'Anthony ou les musiques comme Nirvana, Gloria Gaynor, ou NTM, que l'auteur parsème dans le roman. Ou bien les évènements de la vie sociale et politique, toute cette époque m'a parlé, car c'est la mienne. 

Dans ce roman construit intelligemment tout en ne perdant pas le lecteur (comme dans un précédent roman que j'ai lu et qui sautait les années d'une partie à l'autre), nous suivons donc, Anthony, ado de 14 ans (en 1992), sur 4 étés qui vont chambouler sa vie. Sa vie qui va être liée à celle d'Hacine, un jeune beur des cités, petit trafiquant de drogue, qui va s'inviter à une fête à laquelle il n'est pas convié et qui va en profiter pour voler la moto du père d'Anthony. Ce vol de moto va être le point de départ d'une danse dangereuse et macabre qui va se conclure quelquefois dans la douleur. 

Alors, ce n'est pas joyeux et la région de l'est, en pleine désuétude et rempli de désillusion, qui sert de décor au roman n'est pas là pour aider. Mais, on s'attache tout de même à ses personnages que l'on va suivre sur 8 ans, puisque les sauts dans le temps seront tous de deux ans; l'action se passera toujours l'été et se terminera par l'été 98, un fameux été de coupe du monde qui pourrait redonner de l'espoir. Ces sauts dans le temps auraient pu être périlleux, mais l'auteur nous tient par la main et nous raconte dans des flashbacks, ce qui s'est passé pour les protagonistes durant les deux ans écoulés. Ainsi, le lecteur n'est pas perdu. 

Le fait également que les personnages ne soient pas nombreux aident beaucoup: en effet, nous suivont à peine une dizaine de personnages: Anthony et ses parents, Hacine et son père, Stéphanie, la jeune fille de bonne famille qu'Anthony aimerait bien baiser, et le cousin d'Anthony (qui ne sera jamais nommé) qui traine tout le temps avec lui. 

Pendant toute ma lecture, j'ai tenté de comprendre le titre du livre et c'est en arrivant à la fin, que la lumière s'est faite: Anthony, Hacine et la jeune Steph ne veulent pas reproduire la vie moyenne et sans relief de leurs parents, cherchant à  quitter ce lieu où le travail à déserté (La fermeture des usines qui faisaient la fierté de l'est de la France est une ombre permanente du livre)...sauf que la voie qu'ils prennent est la même que leur parents. C'est une constatation amère que l'on peut faire à la fin du roman, même si la fuite en avant d'Anthony peut ressembler à un espoir.

Vraiment, voilà un roman que j'ai beaucoup aimé découvrir, avec des personnages paumés auxquels on s'attache parfois avec étonnement. Un roman qui raconte la France d'une certaine époque (celle de la désillusion, même si l'espoir renaît avec une certaine coupe du monde de foot, pour un temps seulement). Une agréable surprise qui me donne l'envie de renouveler l'expérience avec son roman "Conemara". "Les enfants, après eux" a mérité son Goncourt et je vous encourage vivement à le dévorer à votre tour...mais peut être est ce déjà fait. 


P.S. Parfois, des artistes peuvent s'inspirer les uns des autres. C'est ce qui est arrivé avec le roman de Nicolas Mathieu. Un jeune artiste talentueux du nom de Tim Dup a écrit une chanson après la lecture de ce livre. Cette chanson, qui s'intitule "Après eux" résume très bien le livre, en plus d'être un très beau titre. 




Nicolas Mathieu: Leurs enfants, après eux, Actes Sud, 426 pages, 2018




vendredi 11 février 2022

La fortune des Rougon (les Rougon Macquart T1)

 

Ah Zola, Zola, Zola! Il y a déjà quelques années que j'ai envie de me plonger dans sa série des "Rougon Macquart". Pourtant, Zola, j'en gardais un mauvais souvenir et je m'étais dis, "plus jamais je le lirai!". J'étais adolescent. 

Pour bien comprendre mon ressenti de l'époque, il faut que je vous raconte une petite anecdote: c'était l'année de la seconde au lycée, dans les années 90 (il faut savoir qu'à cette époque déjà ,les classes étaient surchargées, montant à près de 35 élèves par classe...sauf que dans cette classe de seconde, dont je faisais parti, nous étions seulement 20 élèves). Notre prof de français, madame Marie, avait prévu de nous faire étudier ce cher Emile. Vu le nombre d'élèves dans la classe, elle eu l'idée de nous faire étudier la saga des Rougon-Macquart en entier: la saga comptant 20 tomes, notre classe, 20 élèves, c'était plus que faisable. Et voilà que chaque élève se retrouva à étudier un tome de la saga.  Bien sûr, nous n'avons pas eu le choix du tome (sinon tout le monde aurait lu et fait un exposé sur "Germinal"! Non, il n'y a eu qu'un veinard qui eu cette chance). Notre prof pris ainsi la liste des élèves et le premier de la liste étudia "La Fortune des Rougon", le 2e, "La Curée"...jusqu'au dernier qui devait lire et exposer "Le Docteur Pascal". 

C'est ainsi que j'ai eu la malchance de tomber sur "Le Rêve"(l'histoire d'Angélique Rougon" si mes souvenirs sont exacts).Et là ce fut un véritable calvaire, pourtant le livre est court. Mais il ne se passait rien dans ce livre, les descriptions de Zola à n'en plus finir finissant de m'achever. Je n'ai aucun souvenir de l'exposé que j'ai proposé de ce livre. Je ne garde en tête que mon ennui face à cette lecture qui me fit dire: "ZOLA? PLUS JAMAIS!'

Mais le temps à passé, et ce désir de lire Zola est revenu, et surtout la curiosité de  découvrir la série des Rougon Macquart. Puis, comme la découverte de Balzac l'année dernière fut une belle surprise (je continuerai d'ailleurs ma découverte de la "Comédie Humaine" cette année), je me suis dis que les classiques me faisaient moins peur et que je pouvais me lancer. 

C'est ainsi que j'ai pris l'initiative de profiter de la sortie de la "Collection Emile Zola" chez Hachette pour me lancer dans l'aventure. Ce ne sera donc pas la seule série des Rougon Macquaart que je m'apprête à lire mais l'oeuvre complète de Zola.

Et voilà que l'aventure commence avec le premier tome des "Rougon Macquart", "La Fortune des Rougon". Alors, je sais, on peut lire les livres de la saga dans le désordre (d'ailleurs, je lirai probablement cette saga dans l'ordre que l'auteur à mis en place) mais je pense qu'il est tout de même important de commencer la saga par ce premier tome: en effet, celui ci pose les bases de la famille Rougon Macquart en nous présentant celle qui en est la génitrice, Adélaïde Fouque, jeune fille de 18 ans, qui se marie avec un paysan du nom de Rougon, qui lui donnera un fils, Pierre, puis, devenu veuve, elle se mettra en ménage avec un braconnier alcoolique et violent Macquart qui lui donnera deux enfants illégitimes: Antoine et Ursule. 

C'est ainsi que ce premier tome, qui a pour toile de fond le Coup d'Etat du 2 décembre 1851, voit le conflit qui va se mettre en place entre Pierre Rougon, bourgeois ventripotent, avide de pouvoir et Antoine Macquart, fainéant patenté, qui hait cordialement son demi -frère. Et au milieu d'eux, se retrouve le jeune Silvère et la petite Miette, sa fiancée, qui vont se trouver mêlés à la révolte. 

Voilà, ce qui s'est passé avec Balzac, se reproduit avec Zola: j'ai adoré ce premier tome! Alors, bien sûr, c'est un tome d'introduction où l'action se déroule sur une semaine, un tome de présentation où l'auteur s'amuse avec des retour en arrière pour nous conter la génèse de tous ses personnages qui vont apparaitre pour certains dans d'autres livres: c'est ainsi que l'on apprend que Pierre se marie avec Félicité, avec laquelle il aura 5 enfants: 3 garçons, Eugène (que l'on retrouvera dans le 6e tome), Pascal (qui sera le fameux Docteur Pascal du 20e et dernier tome de la saga) et Aristide ("héros" du 2e tome: La Curée) et 2 filles (dont j'ai oublié les prénoms puisqu'elles ne sont qu'évoquée). Pierre et Félicité font partie de la caste de ces petits bourgeois avides de pouvoir: ils sont abjects et je n'ai pu que les détester. D'ailleurs, Zola peint un portrait catastrophique de cette famille Rougon, qui vont s'enrichir dans le sang. 

De l'autre, nous avons Antoine Macquart, demi-frère de Pierre, qui se retrouve envoyé en service et qui revient de la vie militaire sans le sou et qui apprend que son frère à pris toute la fortune de leur mère, Adélaïde. Antoine, c'est un fainéant, tout aussi détestable que son frère. Il se marie pour que sa femme et ses enfants travaillent à sa place tandis que lui ne fait rien. Parmi ses enfants, on découvrira Gervaise (la fameuse héroïne de "L'assomoir" qui donnera naissance entre autre à Etienne et Jacques qu'elle a eu avec un certain Lantier (Etienne qui sera le héros de "Germinal" et Jaccques "de "La Bête humaine"). (Quand je vous disais que la lecture de ce premier tome est primordiale en première lecture de la saga pour comprendre les tenants et les aboutissants des autres volumes). 

Ce roman aurait tout de détestable s'il n'y avait pas Silvère et Miette, le petit couple qui ouvre le roman lors de la nuit du coup d'Etat, à Plassans. Leur histoire d'amour raconté dans les chapitres I et V est une bouffée d'air frais et un véritable bonheur teinté de romantisme (dans ce qu'il a de plus beau et de plus tragique également) délivré par la plume poétique de Zola, qui est un véritable enchantement. C'est beau, c'est émouvant et cela nous change des êtres détestables que l'on croise autour d'eux. 

Cependant, le côté politique du roman ,avec les réunions au salon jaune, le coup d'Etat, sont aussi passionnant à découvrir. Malgré leur détestabilité, la famille Rougon est des plus passionnantes à suivre. En fait, je ne me suis pas ennuyé une seule minute dans cette histoire. Elle décrit parfaitement une époque (celle du Second Empire) et pour un passionné d'Histoire comme moi, c'est un plaisir décuplé (même si ce n'est pas ma période préférée de l'Histoire). 

Non, vraiment, c'est une formidable surprise que ce premier volume avec un final qui m'a fait frissonner et qui me donne envie de continuer la saga. Ce sera avec le 6e tome "Son Excellence Eugène Rougon" qui reviendra sur le parcours du fils ainé de Pierre et Félicité Rougon. (enfin lecture qui se fera quand il sera en ma possession). 

Ah Zola Zola Zola! Vous m'avez fait souffrir et soupirer quand j'étais un jeune adolescent. Vous me faites rêver et frissonner de plaisir aujourd'hui. Espérons que la suite de l'aventure soit aussi bien. Je croise les doigts. 


Emile Zola: La Fortune des Rougon (Les Rougon Macquart, T1), Hachette, 226 pages, 1871(édition originale), 2022 (pour mon édition)

 



samedi 22 janvier 2022

L' enfant-rien

 

C'est l'histoire d'un petit garçon qui attend. Qui attend que son père rentre. Sauf qu'il n'arrive jamais et c'est seulement le père de sa demi-soeur Isabelle, qui vient chercher celle ci chaque week-end. 

Mais voilà qu'un jour, leur mère a un acident et la vie d'Adrien va changer, ainsi que son foyer. Comment trouver sa place dans une famille qui n'est pas la vôtre? 

Nathalie Hug, autrice avec son mari Jérome Camut de romans policiers nous livre avec cet enfant-rien, un petit roman d'une puissance émotionnelle phénoménale. Elle se met dans la peau de ce petit garçon qui voudrait seulement être accepté, et savoir qui est son père et pourquoi il n'est pas avec lui et sa mère. 

Je vous assure qu'on ne ressort pas indemne de ce petit livre. De son expérience dans le polar, Nathalie Hug en a conservé le style, puissant et sans concession, qui fait de ce roman une histoire qu'on se prend comme un uppercut en plein coeur. Je défie quiconque de ne pas être bouleversé par la voix du petit Adrien, qui se retrouve de plus en plus seul avec sa mère et qui va se lancer dans une enquête pour tenter de trouver l'identité de ce père absent. Puis, plus on avance et plus on entre dans une angoisse qui ne nous quittera pas jusqu'à un final totalement impensable: un twist final digne des meilleurs polars qui m'a laissé complètement pantois. 

Avec ce premier roman en solo, Nathaalie Hug plonge dans l'enfance d'un petit garçon en manque d'amour qui va vous transpercer le coeur. C'est émouvant, percutant. En deux mot, totalement bluffant! 


Nathalie Hug: L'enfant-rien, Le livre de poche, 119 pages, 2011




dimanche 2 janvier 2022

Le Miroir de Venise

 

Nous sommes à Venise, dans les années 1550. Dans l'atelier du peintre Jacopo, dit "Le Tintoret", un tableau voit le jour, commandé par des moines pour leur couvent. Ce tableau n'est autre que "Le Mariage de la Vierge" et, tel un conteur des temps anciens, il va nous raconter son histoire, de sa naissance jusqu'aux premières années de sa vie, dans cette Venise de la Renaissance. 


Je dois dire que j'ai toujours été attiré par les livres qui raconte des tableaux, comme "La jeune fille à la perle", par exemple. Savoir ce qui se cache derrière ces personnages et leur création. Alors, quand on m'a proposé de lire ce roman, je n'ai pas hésité. 

Comment vous dire, ce livre est un véritable OLNI. Un roman historique teinté de fantastique, où le merveilleux et l'intriguant se mêlent. François de Bernard, prend le parti de donner la parole au tableau même, de sa conception jusqu'à ses premières années dans le vaste monde. 

J'ai été déconcerté par ce choix original de faire parler un tableau, qui a plus de 400 ans, mais la lecture en devient alors très anachronique car l'écriture est un mélange de vieux français, d'italien et latin du XVIe siècle, mais aussi de terme et d'expression contemporaine, faisant un mélange iconoclaste, qui peut laisser le lecteur sur le bord de la route et ne pas le faire  adhérer. Pourtant ce langage unique est compréhensible par la longévité du tableau qui a connu et entendu l'évolution du langage humain. 

Ce roman atypique est fascinant, même si parfois, il m'a laissé, sur certains chapitres, sur le bord de la route, car il y a certaines pensées philosophiques que nous donne à lire ce fameux tableau. Heureusement, son périple tumultueux dans cette Venise secrète, me ramenait toujours dans son sillon et j'ai apprécié découvrir la création de ce tableau dans l'atelier du Tintoret, puis sa vie auprès d'un nonce qui découvrira un complot, créant un mystère bienvenu. Alors, oui, il y a un coté fantastique dans le roman, surtout dans sa dernière partie, mais celle ci ne m'a pas dérangé. En même temps, si vous adhérez, dès le départ qu'un tableau vous murmure son histoire à votre oreille, le côté fantastique ne nous gênera point. 

Je ne vais pas en dire plus, car le roman est très court et je pense qu'il faut le découvrir par soi-même pour en savourer toutes les subtilités. D'ailleurs, je suis dans une certaine ambivalence: je trouve que la brièveté du roman fait sa force, mais j'aurai bien aimé en savoir un peu plus sur les aventures de ce tableau. Un roman que je conseille à tous les amoureux de la peinture, mais aussi aux amateurs de roman historique et aux amoureux de la Sérénissime Venise.  Au final, une belle surprise que ce petit roman atypique qui débute mon année livresque 2022 en beauté.


François de Bernard: Le Miroir de Venise, Editions Héloïse d'Ormesson, 229 pages, 2021




samedi 27 novembre 2021

Le Roi disait que j'étais diable

 

Résumé: Depuis le XIIe siècle, Aliénor d'Aquitaine a sa légende. On l'a décrite libre, sorcière, conquérante : « le roi disait que j'étais diable », selon la formule de l'évêque de Tournai. Clara Dupont-Monod reprend cette figure mythique et invente ses premières années en tant que reine de France au côté de Louis VII. Des noces royales à la deuxième Croisade, du chant des troubadours au fracas des armes émergent un Moyen Âge lumineux, qui prépare sa mue, et la reconstitution d’un amour impossible.


J'ai profité de la venue de l'autrice, Clara Dupont Monod, dans une librairie de ma ville, pour une rencontre à propos de son dernier livre "S'adapter" pour me plonger dans l'un de ses précédents romans, "Le Roi disait que j'étais diable". 

Etant un grand admirateur d'Aliénor d'Aquitaine (en même temps, comme m'a dit Clara Dupont Monod hier soir, pour un Poitevin, cela n'a rien d'étonnant), je ne pouvais pas passer à côté de ce livre, n'est il pas. 

De Clara Dupont Monod, j'avais lu, il y a dix ans, "La Passion selon Juette", dans lequel j'avais eu du mal à m'immerger, mais qu'au final j'avais aimé (j'en ai d'ailleurs profité pour relire l'histoire de Juette cette semaine, que j'ai encore plus apprécié lors de cette relecture), il aura fallu cette rencontre pour me plonger à nouveau dans son univers médiéval. 

Et que dire...

J'ai adoré ce roman sur Aliénor! J'ai aimé l'ambiance de ce Moyen Âge auquel Clara redonne toute sa noblesse et ses couleurs surtout (car oui, l'époque médiévale n'était pas si sombre qu'on le dit, il était vivant, plein de couleurs chatoyantes, de chants, mais aussi de femmes fortes). Et Aliénor en est un bon exemple. 

Ce roman va se focaliser sur la période du mariage d'Aliénor et de Louis VII, son premier mari, donc sur une quinzaine d'années (eh oui, il est parfois bon de faire des choix car raconter toute la vie d'Aliénor, prendrait plusieurs volumes (la grande dame a vécut plus de 80 ans!). Surtout, Clara Dupont Monod va retrouver le style de "La Passion selon Juette", celui de donner des voix à ses personnages...et ici, elle se "met dans la peau" d'Aliénor et de Louis son mari...mais pas que (mais j'y reviendrai plus tard). Elle donne ainsi à entendre la voix forte, rempli de colère et de conviction de cette reine, qui prend son destin en main,  quitte à se mettre l'église à dos, qui ne trouve pas son bonheur dans les bras de ce mari à la vie monacale (en même temps ce cher Louis, était destiné à la prêtrise et non à régner), mais aussi à donner la parole à Louis, roi très pieux qui ne réussira pas à se faire aimer d'Aliénor. 

Comme j'ai aimé entendre ces deux voix, car cela m'a permis de me sentir proche de Louis et d'avoir de la compassion pour lui (et parfois de l'incompréhension devant le comportement d'Aliénor à son égard, même si je l'admire). 

Ainsi, cahin caha, Clara défile l'histoire de ce couple qui n'arrive pas à se trouver, entre intrigue de cour, bataille de pouvoir, jusqu'à cette fameuse croisade à Jérusalem! A mon plus grand étonnement, je pense que cette dernière partie est ma préférée. J'ai adoré sentir l'ambiance et l'histoire de cet Orient que je connais si mal. J'ai adoré les parfums que l'autrice, de sa plume poétique à su nous faire ressentir. Et c'est ici qu'une 3e voix intervient (celel de l'oncle d'Aliénor) pour nous raconter cette fameuse croisade qui va chambouler la vie du couple Aliénor-Louis. Tout à fait passionnant! Et d'ailleurs,  mon seul bémol serait, (qui n'en est pas vraiment un): ce fut un roman trop court! J'aurai voulu rester avec Aliénor et Louis. Mais bon, pour me consoler, je n'aurai qu'à me plonger dans "La révolte", un autre livre que Clara Dupont Monod a consacré à Aliénor d'Aquitaine", probablement la plus grande  reine de France. (comment ça, je ne suis pas objectif!) 

En tout cas, les romans médiévaux de Clara Dupont Monot sont une bouffée d'air frais qui nous promette à chaque fois un voyage merveilleux. Découvrez les si ce n'est pas déjà fait. C'est fantabuleux! 


Clara Dupont Monod: Le roi disait que j'étais diable, Le Livre de Poche, 186 pages, 2014






lundi 1 novembre 2021

Nous sommes les chasseurs

 

Résumé: Dans un univers sombre et magnétique, où les époques et les lieux se superposent jusqu’au vertige, Gabriel, Damien ou Natasha se débattent avec de vieilles peurs héritées de l’enfance et leurs pulsions les plus inavouables.

Jérémy Fel entraîne ici son lecteur dans un imaginaire éblouissant, où cruauté et trahison règnent en maître. Comme dans un palais des glaces, les destins se répondent et se reflètent, créant un monde où visible et invisible, réel et fiction, se confondent.

N'y allons pas par quatre chemins: Jérémy Fel est un génie! 
Avec ses deux premiers romans, Jérémy Fel avait ouvert une nouvelle page et fait entendre une nouvelle voix dans la littérature. 

Pour rappel, j'ai lu ses deux premiers livres en commençant par le 2e, "Héléna", qui est, pour ma part, le plus "facile d'accès" (pour ce qui concerne la structure du roman car l'ambiance noire et malsaine du roman n'est pas faite pour tout le monde). Puis, en ce début d'année, j'ai lu son premier roman "les loups à leur porte" qui avait élevé le niveau et mis la barre haute, pour ce qui est de la construction de ce roman qui montrait les différents visages du Mal. 

Je l'attendais donc au tournant avec son 3e opus: "Nous sommes les chasseurs". Et, comment dire... il ne va pas être simple de parler de ce roman.  J'ai fini, le livre hier et j'essaie de trouver un moyen d'en parler sans rien en dire, car sa force est aussi dans la découverte totale de l'univers a priori bordélique mais d'une structure exceptionnellement maitrisée au cordeau que propose ce livre. Alors, comment parler d'un livre qui m'a laissé complètement pantois d'admiration, que j'ai adoré au plus haut point, qui est d'une originalité folle, et bien plus encore? En fait, ce livre, c'est un livre qui ne ressemble à aucun autre: un "livre monstre" qui vous emporte dans des sphères où vous n'êtes probablement jamais allé. 

"Nous sommes les chasseurs" ne raconte pas une histoire, mais des milliers. Ce livre ne se laisse enfermer dans aucun genre, montrant la liberté (et la culture immense) de Jérémy a se balader dans tous les univers avec brio (celui du drame, de l'horreur, de la science fiction, de l'histoire, du fantastique et bien plus encore), à nous emporter dans des époques différentes (du XIX siècle, aux années 70, en passant par les années 80 et 2000. Nous faisant voyager du Chili à la France, en passant par les Etats Unis. 
Ce livre pourrait sembler être un recueil de nouvelles avec ses 10 histoires aux ambiances et aux époques différentes: en effet, comment la dictature chilienne évoquée dans le premier chapitre peut nous mener à un sextuple meurtre commis sur une famille allemande en 1922, en passant par un jeune adolescent  qui ,avec sa mère, décide d'emmener son ami Lucas, malade d'un virus qui a décimé une partie de la population dans la maison de son grand-père. Oui, quel rapport entre ces différentes histoires? Un lien sera bien fait entre toutes ces histoires, par petites touches, des petits détails que l'auteur parsème dans son récit aux multiples facettes, faisant de son livre, un "livre jeu". Oui, je vous assure, je me suis amusé à chercher un lien entre certaines histoires, que ce soit des personnages ou des lieux...il y a même des références aux 2 premiers romans de Jérémy (rien qu'avec la présence de Damien, personnage des "Loups à leur porte" qui refait surface ici). 
Mais stop n'en dévoilons pas trop! 
Comme ses précédents livres, Jérémy s'interroge, et nous interroge, sur le Mal (dans toute sa splendeur) et ce qu'il peut provoquer en chacun de nous. Encore une fois, il montre les hommes tels qu'ils sont, avec leurs forces et leurs faiblesses. 

En fait, dans "Nous sommes les chasseurs" celui qui fait le lien entre les 10 histoires n'est autre que Jérémy Fel lui même. A travers son imaginaire complexe et varié, il se dévoile comme il ne l'avait jamais fait auparavant, livrant au lecteur une partie de sa vie, de ses goûts, de ses admirations. Il interroge le lecteur sur le pouvoir de l'imaginaire: dans ce livre l'auteur fait revivre deux êtres qu'il a aimé plus que tout: comme un magicien, il se fait disparaitre pour donner sa place à un certain Gregory Fel, essayant de deviner la vie de celui qui n'est pas là. Il fait ainsi le lien entre fiction et réalité, brisant  les barrières et mélangeant ces deux éléments jusqu'au vertige. Ce livre est totalement stratosphérique et ne ressemble à aucun autre, seulement à son auteur. 

"Nous sommes les chasseurs" est probablement le livre le plus original que j'ai lu cette année: il brise les frontières et nous emmène très loin dans l'imaginaire. Il est truffé de références, qu'il est amusant de deviner, de rechercher. Ce roman est unique! Alors, je sais, c'est pas simple de vous le vendre car il est un mélange d'époque, un mélange des genres...mais, essayons: pour ceux qui ont aimé les précédents livres de Jérémy, aucun problème, ils ne seront pas dépaysés, et même vu  qu'il s'est surpassé, ils seront ravis: il a réussi à mettre la barre encore plus haute que pour ses deux premiers romans. 
Mais pour les autres, les éventuels petits nouveaux lecteurs qui aimeraient découvrir ce livre. 
En fait, ce livre, je le recommanderai aux gens curieux de tout, qui n'ont pas peur des expériences: car "Nous sommes les chasseurs" est une expérience formidable qui vous chamboulera, vous fascinera, vous mettra peut être mal à l'aise, mais dont vous ne sortirez pas indifférent. Je le recommande aux gens qui aiment se faire surprendre et aiment naviguer entre plusieurs genres littéraires, sans avoir peur d'être surpris. Ce livre est un formidable terrain de jeu, maitrisé de bout en bout. 

Après, pour les autres, qui ne savent pas dans quoi ce livre pourrait les embarquer, et qui se demande de quoi je suis en train de parler depuis plusieurs paragraphes,  je leur dirai: soit, ne lisez pas "Nous sommes les chasseurs"...tout de suite....mais intéressez vous à l'écrivain formidable qu'est Jérémy Fel. Pour commencer à entrer dans son univers, rien de mieux que de commencer par "Héléna", son roman le plus accessible. Si vous avez aimé, continuez avec "Les loups à leur porte" (qui a une construction semblable à "Nous sommes les chasseurs") et terminez par l'apothéose avec le stratosphérique "Nous sommes les chasseurs". 

Enfin bref: lisez les livres de Jérémy Fel, l'un des auteurs les plus innovants et les plus rafraichissants de la littérature française. Je vous le dit: Jérémy laissera sa pierre à l'édifice de la littérature.

P.S. Les gens aiment comparer les auteurs entre eux, pour savoir dans quelle case les ranger. On compare souvent Jérémy à Stephen King, pour le côté horrifique qui se trouve dans son oeuvre, c'est vrai. Moi même, je lui ai trouvé des similitudes avec Joyce Carol Oates, dans sa manière très viscérale et crue de parler de l'âme humaine et de s'emparer des faits divers pour les faire siens dans la fiction. 
Pourtant, avec "Nous sommes les chasseurs", j'ai compris que Jérémy n'est pas le "Stephen King" ou le "Joyce Carol Oates" français. Ces deux références ne font  que nourrir son imaginaire et son écriture. Jérémy Fel ne ressemble à aucun autre auteur que lui-même. Il a réussi à trouver son propre style et sa propre voix. Il est un auteur inclassable qui à la chance de pouvoir naviguer entre les genres, et le faire avec brio,  sans jamais se renier. C'est un immense conteur et un immense écrivain, qui, tout comme King ou Oates, laissera une trace dans la littérature. 

Jérémy Fel, Nous sommes les chasseurs", Rivages, 718 pages, 2021



dimanche 24 octobre 2021

Rentrée Littéraire 2021#15: Berlin Requiem

 

Résumé: Juin 1954, l’opéra royal du Danemark cherche un nouveau chef d’orchestre pour remplacer le grand Wilhelm Furtwängler, parvenu au terme de sa vie. Un jeune musicien est choisi : Rodolphe Meister, le fils d’une célèbre cantatrice. Tous trois sont nés à Berlin, se sont connus et fréquentés. Mais, en 1933, tandis que les nazis font de Furtwängler un trésor national, le destin de Rodolphe et de sa mère va basculer. L’enfant n’a que huit ans, et comme beaucoup le nazisme le fascine... Jusqu’au jour où la Gestapo découvre à sa mère une ascendance juive.

En 1954, lorsque Rodolphe retrouve Furtwängler, mourant, leurs histoires s’entrechoquent. Des questions surgissent entre un exilé, fils d’une mère déportée à Birkenau, et le chef qui a eu les honneurs de Hitler en personne... Comment Furtwängler a-t-il pu accepter la reconnaissance d’un régime barbare ? Dans un tel contexte, est-il encore possible de placer l’art au-dessus de la morale ?

À travers ce passé douloureux, les deux hommes vont découvrir que la musique n’est peut-être pas la seule chose qui les unit..

Avec son nouveau livre, Xavier Marie Bonnot prouve une fois encore que la Seconde Guerre Mondiale est une période inépuisable pour les écrivains et, surtout, qu'elle peut être traitée sous un angle encore différent. 

Dans Berlin Requiem, l'auteur nous parle d'une personnalité grandiose, que fut Wilhelm Furtwängler, chef d'orchestre mondialement connu, star en Allemagne,  mais que l'histoire a peut être oublié, car trop associé aux nazis. 
Par le prisme de ce personnage fascinant, Xavier Marie Bonnot nous parle de l'art et de son rapport avec la politique. En effet, Hitler s'est "servi" de Furtwângler pour propager ses idées immondes, en se servant de la musique  comme moyen de gagner les foules. Mais, pour Furtwängler, la musique et l'art en général, est plus fort que la politique et est bien au dessus de tous ces gens. 

Furtwângler est un être fascinant, toujours dans un entre-deux, à manier la chèvre et le chou. On sait son aversion pour Hitler, mais pourtant, il "joue" en présence de ces êtres abjects. Il a tout fait pour sauver des juifs, sauf qu'il décide de rester en Allemagne et de continuer son métier, quitte à écorner son image en s'affichant avec Hitler, Goebbels et consorts. 

Ce qui est génial, dans ce roman, c'est que l'on suit le parcours de Furtwängler, depuis l'arrivée des nazis au pouvoir, en 1933, jusqu'à la fin de sa vie en 1954. Ainsi, nous avons le portrait de l'Allemagne, avant, pendant et après le second conflit mondial. 
L'autre originalité de ce roman est son sujet: la musique et le fait qu'elle soit devenue objet de propagande. L'auteur fait interroger ses personnages sur le rôle de la musique en politique. Pour Furtwângler, il n'y en a pas. La musique passe au dessus de tout. Et, même, il méprise tous ces "cochons" de nazis qui ne comprennent rien à la musique. 
Dans ce roman, il y a aussi la réflexion sur la résistance: pour Furtwângler, il est clair qu'il a fait acte de résistance en restant en Allemagne, il a sauvé des juifs qu'il a aidé à fuir, il a imposé certaines musiques de  compositeurs juifs, disant que la musique n'a pas de race. Il s'est opposé à Hitler, à sa façon. Pourtant, il sera jugé comme un nazi, à la fin de la guerre. 

Alors, non, je n'oublie pas que ce livre est un roman et que, même si le roman tourne principalement sur Furtwängler, il ne faut pas en oublier les personnages fictifs, que sont Christa Meister, une grande soprano, et son fils Rodolphe, qui fait la rencontre du grand chef d'orchestre, en 1932,alors qu'il a 7 ans. En fait, leur histoire n'est pas si importante que ça, je trouve. Elle est bien menée, elle permet également de rappeler les camps de la mort avec l'internement de la mère de Rodolphe à Birkenau (passages intéressants quoique brefs), mais elle ne m'a pas plus passionné que ça. Pour moi, la "Grande Histoire" était plus intéressante que la petite histoire de personnages anonymes. Cela ne m'a pas gâché ma lecture, mais les passages sur Furtwängler étaient beaucoup plus intéressant, pour ma part. 

Au final, un roman intriguant sur un sujet mille fois rebattu (la 2nde guerre mondiale), mais vu sous un angle inédit, (pour moi en tout cas)  (la musique) avec un personnage fascinant (Furtwängler) et une belle réflexion sur la musique et l'art, en général, et le rôle que celle ci peut avoir quand elle est confronté à la politique. Passionnant! 

Xavier Marie Bonnot: Berlin Requiem, Plon, 360 pages, 2021



samedi 9 octobre 2021

Bilan Lecture du 26 septembre au 8 octobre 2021

 Je vais tenter quelque chose de nouveau sur le blog: les courtes chroniques. En effet, j'ai lu quelques livres ces dernières semaines, et je n'avais pas vraiment grand chose à dire sur mes lectures et de faire de longs développement. Donc, essayons, la chronique courte et succincte. Voyons voir si je réussis. C'est parti! 


Une intrigue qui se passe en pensionnat, un meurtre, des secrets, une ambiance, très "poètes disparus", j'aurai dû adorer ce livre. Oui, mais voilà, j'ai mis une semaine pour le lire (ce qui est peu quand on sait que le livre fait plus de 700 pages), tellement je n'avais pas envie de retrouver cette bande de gamins prétentieux et imbus d'eux-mêmes. 

Mais, bon, qu'est ce que ça raconte? dès les premières pages, on apprend que les protagonistes tels que Richard, Henry, les jumeaux, et Francis sont responsables de la mort de leur camarade Bunny. Puis, retour en arrière, on découvre Richard qui est accepté dans une université du Vermont où il va faire la connaissance d'un cercle, dans lequel il va s'intégrer. Il y a le chef, Henry, qui sait déjà tout, les jumeaux, inséparables, Francis, et Bunny, un être un peu à part, dans le groupe. Tous, sont des gosses de riches et cela se ressent dans leur comportement. Richard, fasciné, va alors entrer dans un cercle infernal qui va l'amener à commettre l'irréparable. 

Alors, j'ai trouvé que l'intrigue était très bien menée, puisque l'on voit d'abord comment Richard et sa clique en sont arrivés à tuer leur camarades, puis dans une 2e partie, les conséquences de leur acte. Mais je n'ai pas pu m'attacher à cette bande de "gamins" prétentieux, qui boivent plus que de raison (Charlie, l'un des jumeaux, devient même un alcoolique, qui couche avec sa jumelle), se droguent et se prennent carrément pour des divinités. Ils sont imbus d'eux mêmes, se prennent pour le centre du monde et trouvent que les autres, élèves comme profs, sont de la merde. Comment voulez-vous avoir de l'empathie pour eux? Cela me fut impossible. Cependant, Donna Tartt, dont je salue le talent, a su, a à peine 20 ans, menée son intrigue de main de maitre, distillant un suspense à petites gouttes jusqu'à un final surprenant qui m'a  réjouis (oui, je suis sadique). Un roman, dont j'attendais probablement beaucoup trop, qui ne m'a pas totalement embarqué à cause de personnages antipathiques. Mais je conçois que c'est devenu un classique dans le genre des romans à l'ambiance universitaire, avec une intrigue puissante fort bien menée. A lire évidemment. Et je continuerai à découvrir la plume de Donna Tartt. Assurément. 

Donna Tartt, Le maître des illusions (The secret History), Pocket, 706 pages, 1993




  






Il y avait un moment que je n'avais pas lu du Balzac. C'est ainsi que le week-end dernier, j'ai lu "Une double famille", une nouvelle qui se trouve dans "Scènes de la vie privée". 

Dans celle-ci, on va suivre une vieille femme et sa fille Caroline, couturières, pratiquant leur métier dans leur appartement, fenêtre ouverte. C'est ainsi que le jeune comte de Grandville remarque la jeune Caroline et en tombe amoureux. Ils se mettent en ménage. Puis, petit retour en arrière sur la vie antérieure du Comte de Grandville. Celui ci est promis à une amie d'enfance, Angélique, qui s'avèrera dévote, jusqu'à la bigoterie. 

Ces deux histoires vont alors n'en faire qu'une et Balzac, de sa plume incisive et drôle va dresser un portrait peu glorieux de la bigoterie qui excuserait presque que le jeune comte de Grandville prennent une maitresse en la personne de Caroline, car il est malheureux en amour. 

Plus je découvre Balzac, plus je me familiarise avec sa plume que j'apprécie de plus en plus. je trouve que le procédé (qu'il a déjà utilisé dans d'autres nouvelles) du retour en arrière et du double récit ne fonctionne pas totalement ici. En cause, le titre choisi de la nouvelle. On comprend que le comte de Grandville, se retrouve dans une situation d'adultère. Donc plus de surprise. Le précédent titre de la nouvelle (la femme vertueuse), laissait cet aspect de surprise. Dommage. Puis, j'ai trouvé la fin très nébuleuse, tellement qu'il a fallu que je me réfère, au "Dictionnaire des personnages de la Comédie Humaine" pour comprendre cette fin arrivée trop abruptement. Mais cela fut quand même fort plaisant de retrouver la plume de Balzac. je continuerai donc ma découverte de la "Comédie Humaine" à mon rythme. 

Honoré de Balzac: Une double famille, 70 pages, Classiques Garnier, 1830










Dans "L'Âme de l'Empereur", nous allons suivre, Shai, une jeune Forgeuse qui a le don de modifier le passé des objets, qui se fait arrêter pour le vol du Sceptre de l'empereur. Elle est emprisonnée. C'est alors, que le conseil lui offre de fabriquer une nouvelle Âme pour l'Empereur, victime d'une tentative d'assassinat. 

Avec ce court roman, je continue ma découverte de la plume et de l'univers de Brandon Sanderson (dont j'avais lu l'année dernière "Elantris" que j'avais adoré), celui d'Elantris et plus généralement du Cosmère. 

J'ai trouvé ce petit livre fascinant, à plus d'un titre. Fascinant par sa brièveté (moins de 200 pages). En effet, les univers fantasy sont souvent de gros pavés de plus de 500 pages, développés sur des sagas au long cours. Non, ici, Brandon Sanderson nous explique un univers magique dans une simple histoire qui n'a pas besoin d'être développée sur des millier de pages (ce que le monsieur sait aisément faire sur ses autres saga, n'est ce pas "Les archives de Roshar"!) et il le fait admirablement bien. On a le temps de s'attacher à Shai, à découvrir ses capacités magiques. L'histoire est bien développée et trouve une conclusion fort acceptable, qui se suffit à elle même. Il n'y a pas de sentiment de trop peu. C'est seulement un petit roman qui pose sa pierre à l'édifice du Cosmère. Un petit roman plaisant, qui me donne envie de continuer ma découverte de l'univers de Brandon Sanderson. A suivre donc, avec la saga "Fils des Brumes". 

Brandon Sanderson: L'äme de l'Empereur, (The Emperor' Soul), Le livre de poche, 200 pages, 2014










Bienvenue à Shancarrig, petite bourgade irlandaise, où vit toute une petite communauté, tous plus sympathique les uns que les autres, mais qui cachent des petits secrets. 

J'ai tout d'abord été déstabilisé par ce livre, dans lequel il a fallu entrer progressivement. En effet, l'histoire débute par l'ouverture d'une école dans le petit village de Shancarrig. Le Père Gunn attend la visite de l'Evèque, qui doit bénir la nouvelle école. Passé ce chapitre, on va alors suivre le destin des instituteurs et des élèves de cette école. C'est ainsi que chaque chapitre va se concentrer sur un instituteur (comme Maddy Ross ou le couple Kelly) et sur certains élèves, comme Eddie, Maura, Leo (qui est une fille) ou Nessa. 

Ce qui fut déstabilisant, c'est d'avoir l'impression de lire un recueil de nouvelles, dont le lien est un petit village irlandais. En effet, chaque histoire a son début, son milieu et sa fin, sans vraiment de liant apparent entre elles. Chaque histoire commence au début de la vie du protagoniste qu'on suit, ce qui fait qu'on revient tout le temps en arrière. Alors, oui, parfois certains éléments des histoires précédentes sont rappelés dans les autres chapitres , car tout ce joli petit monde se côtoie, mais je n'ai pas eu l'impression de lire un roman. En fait, c'est plus un recueil de nouvelles, dont le protagoniste principal est l'école communale (car le livre débute par l'ouverture et la fermeture de l'école). 

Passé cet état de fait du recueil de nouvelles, les histoires se suivent, avec plus ou moins de plaisir (selon les personnages que l'on suivait). Ce fut plaisant à lire, surtout en cette période automnale. Après, que va t'il m'en rester. je ne sais pas encore. On verra avec le temps. Lecture plaisante, mais pas indispensable. 


Maeve Binchy: Les secrets de Shancarrig, (The Copper Beech), Pocket, 382 pages, 1993




dimanche 26 septembre 2021

Rentrée Littéraire 2021 #14: Les Contreforts

 

Résumé: Au seuil des Corbières, les Testasecca habitent un château-fort fabuleux, fait d’une multitude anarchique de tourelles, de coursives, de chemins de ronde et de passages dérobés.

Clémence, dix-sept ans, bricoleuse de génie, rafistole le domaine au volant de son fidèle tracteur ; Pierre, quinze ans, hypersensible que sa sœur protège d’un amour rugueux, braconne dans les hauts plateaux ; Léon, le père, vigneron lyrique et bagarreur, voit ses pouvoirs décroître à mesure que la vieillesse le prend ; Diane, la mère, essaie tant bien que mal de gérer la propriété.
Ils sont ruinés. Dans l’incapacité d’assumer les coûts nécessaires à la préservation du domaine, ils sont menacés d’expulsion. Et la nature autour devient folle : des hordes de chevreuils désorientés ravagent les cultures.

Nouveau roman de Guillaume Sire, celui ci nous emporte dans le Sud de la France, dans sa région natale, les Corbières, en compagnie d'une famille atypique. 

Pour ma part, c'est ma première découverte de l'auteur, et je dois dire que je suis entré directement dans ce livre où je me suis senti bien. La famille Testasecca, propriétaire d'un château fort qu'ils ne peuvent plus entretenir vont devoir se battre contre l'administration, mais aussi contre la nature et contre le poids trop lourd du passé familial, représenté par ce château en ruines.  

La force de ce roman réside dans sa famille atypique: que ce soit Pierre, ado de 15 ans, solitaire, et qui va braconner dans les alentours, Clémence, sa soeur aînée, 17 ans, un génie du bricolage, qui tente par tous les moyens de réparer les tours et tourelles du château, leurs parents, Diane, femme forte qui essaie de gérer la propriété du mieux qu'elle peut et Léon, homme au caractère fort, bagarreur, bon vivant, mais qui sent la vieillesse le prendre peu à peu. On est de suite en empathie avec  cette famille de bourgeois déchus qui va se battre contre le reste du monde. 

De sa plume alerte, vivante, et poétique, Guillaume Sire nous embarque dans une lutte pour la survie d'une histoire familiale qui part peu à peu en ruines, comme le château dont ils ont la charge. C'est un livre drôle, par moments, aventureux, souvent, chargé d'histoire et rempli de légendes. J'ai trouvé cela magnifique, et je me suis laissé embarqué par ce rythme effréné, qui ménage son petit suspense, qui m'a tenu en haleine; tellement que je n'ai fait qu'une bouchée de ce roman, au ton enjoué qui progressivement nous emporte vers la tragédie. J'ai été surpris de bout en bout. 

Encore une fois, voici une belle surprise de la rentrée littéraire à laquelle je ne m'attendais pas. Un roman atypique, où le passé peut être lourd à porter pour des personnages attachants, qu'on a envie de voir réussir. Un roman rempli de poésie, où les légendes se tapissent dans la nature alentour et où la lutte est la seule porte de salut pour les Testasecca. Alors, laissez vous guider par Guillaume Sire dans ce village du Sud et profitez du voyage. Il est "fantabuleux". 



Guillaume Sire: Les Contreforts, Calmann Levy, 345 pages, 2021